Mode de charme

Ne vous êtes vous jamais demandé ce qui était arrivé à tous ces fans de Depeche Mode qui se moquaient froidement des bêtes sportifs dans les couloirs de vos lycées ?

Eh bien, en tant qu’ancien tennisman de fac, je suis heureux de rapporter que, toutes ces années plus tard, ils semblent bien plus radieux en perspective, vêtements et couleur de peau. Ils ont des cheveux moins aérodynamiques. Et ils restent fièrement et merveilleusement amoureux de ce trio de synthpoppers britanniques né dans les années 1980.

Durant la soirée d’ouverture d’une tournée mondiale – une date précédente à Fort Lauderdale a été annulée à cause des conséquences de l’ouragan – Dave Gahan (le chanteur torturé), Martin Gore (le compositeur torturé) et Andy Fletcher (le troisième gars torturé) ont donné à 8970 fans heureux au St. Pete Times Forum jeudi exactement ce qu’ils désiraient :

90 minutes d’électro-pop cliquetante, tournoyante et martelante parfaite soit pour pleurer votre existence ou faire la danse de robot.

Tournant le nouvel album Playing The Angel – un sombre triomphe maussade qui réussit à sonner à la fois frais et familier (ils savent que c’est bon ; ils en ont joué la majeure partie) – le groupe a rempli une scène flashante et futuriste avec toutes sortes de gadgets digitaux et luisants, dont une géante sphère argentée et trois consoles de claviers encasées dans des nacelles spatiales intergalactiques.

Ambiance Star Trek à part, il y a une raison bien plus terre-à-terre au succès de longue date de Depeche Mode et l’influence indubitable sur des groupes tellement modernes comme Nine Inch Nails, les Killers et le groupe de première partie de jeudi, The Bravery. Somplement : Gore & Co. sont honnêtes à propos de l’aliénation et peuvent rendre le fléau intemporel de la solitude à la fois déchirant et incroyablement entraînant.

Gahan est un leader subtilement séducteur, chanteur dont le style monotone de crooner est interrompu par des inflections aux endroits les plus beaux et les plus douloureux. Sur le morceau d’ouverture A Pain That I’m Used To, qui est également le morceau agressif d’ouverture de Playing The Angel, le chanteur a dansé le shimmy comme un croisement entre Mick Jagger et un danseur de pole-dance, promettant : “Je ne suis plus sûr de ce que je recherche”.

Toujours déplacé après toutes ces années. Oh, comme les intelligents ont hurlé leur approbation. Le nouveau single Precious, appel désespéré à la paix – peut-être entre les amants, peut-être entre les nations – a également reçu un accueil tapageur, et pour une bonne raison. C’est l’une des plus magnifiques chansons que le groupe ait réalisées.

L’assaut d’extase synthétisée était telle qu’il y avait des moments où certaines chansons, dont celles chantées par Gore, Damaged People et Home, ont perdu de la nuance. (Gore, qui a alterné entre de la guitare vrombissante et du clavier murmurant, récupère des points bonus pour avoir porté des ailes d’ange noires durant le concert.) Everything Counts a été tellement bousillé que Gahan a demandé de recommencer. Et avec des grands bouts de salle vides, il était évident que le Times Forum était trop caverneux pour un concert qui aurait bénéficié d’une plus grande intimité.

Mais hey, quand les anciennes lugubres ont été jouées, on ne pouvait s’empêcher de remuer et bien. A Question Of Time de 1985, la première favorie des fans à sortir, a envoyé la foule dans une frénésie pogo. Policy Of Truth de 1990, avec cette accroche de clavier instantanément reconnaissable, sonnait aussi aguichante et sexy que la version studio de 1990.

Depeche Mode peuvent être avares de leur répertoire (pas de People Are People ?), mais la fin du concert était un assaut boom-boom-boom de tubes techno martelés, dont la charge galopante monumentale de Personal Jesus (“Reach out and touch me!”), les fracas en crescendo de Enjoy The Silence (“Words are very unnecessary!“) et la niaiserie de dancefloor de Just Can’t Get Enough (“Just can’t get enough!”).

Au moment où Gahan a grogné : “I’m taking a ride with my best friend” sur le subliment sinistre Never Let Me Down Again, une chose était claire : quand on parcourt la route du chemin de la tristesse, Depeche Mode font une très bon chauffeur.

Sean Daly

Traduction – 1 avril 2008