Depeche Mode : Playing The Angel
À la mode

Avant même d’écouter le nouvel album de Depeche Mode, Playing The Angel, j’ai rencontré un problème particulier. Il est clair que Depeche Mode excellent en leur genre de pop synthétique maussade, mais s’ils la font encore et encore depuis 25 ans ? Est-ce une cause de célébration ou de déception ? Devons-nous nous attendre à la réinvention – au risque de l’échec possible – ou à une sûre formule de “retour en forme” ? Avec Playing The Angel, il est immédiatement clair que Depeche Mode a choisi la deuxième possibilité.

Playing The Angel est un plagiat effronté des 25 ans de carrière au succès fou de Depeche Mode. Mais qui suis-je pour me plaindre ? Cet album fonctionne et Depeche Mode offrent aucune excuse pour être peu originaux par rapport à, eh bien, eux-mêmes. Et pourquoi le devraient-ils l’être ? L’album est attirant à la fois pour les nouveaux et les anciens fans de Depeche Mode pour sa fusion des sensibilités dance-pop du début des années 1980, la sombre et pénétrante mélancolie de la fin des années 1980 et la qualité parfaite de la production de leur œuvre de la fin des années 1980. Playing The Angel ne peut pas tenir l’honneur d’être du Depeche Mode  “essentiel”, mais cet album n’a rien de honteux et on peut garantir que les fans inébranlables vont s’emballer pour lui. Avec les artistes pop (et leurs publics cibles) se rajeunissant de plus en plus (Jo-Jo a 13 ans. Je veux dire, sérieusement ?), il est étonnant que Depeche Mode ne tressaillissent même pas. C’est un groupe intensément et tranquillement conscient de sa grandeur et ce n’est plus évident que sur Playing The Angel.

Le premier morceau, A Pain That I’m Used To, sert la même fonction que Barrel Of A Gun qui ouvrait l’album Ultra en 1997. Il empeste positivement le Depeche Mode classique, mais l’humeur générale est déjà vue – tout a déjà été fait avant. Cependant, cela ne diminue pas le fait que c’est toujouts l’une des meilleures chansons que Depeche Mode n’ait jamais créées. Des guitares oscillantes et hurlantes ouvrent le morceau, qui suinte la bourbe industrielle, jusqu’à ce qu’un synthétiseur pulsatif entre, tirant le rythme dans une douce brûlure uniforme. Le chant inimitable de Gahan est fluide et concentré pourtant sur ce morceau, on le trouve à son plus sinistre.

Même si le plagiat saute au yeux tout au long de l’album, il n’est peu que offensif et après la déception en 2001 de Exciter (tu parles d’un titre ironique d’album), c’est même un grand soulagement. Precious est pratiquement une réplique à l’identique de leur carton de 1990, Enjoy The Silence, mais cela ne retire pas le fait que Precious est une putain de bonne chanson. Le rythme qui la porte et la délicate mélodie de piano sont vraiment piqués de leur précédent album à succès – mais on s’en fout. La voix de Gahan est la meilleure chose ici et elle est tirée sans efforts de son habituel territoire maussade et déprimant pour émerger impossiblement pure, claire voire tendre par moments. Alors pourquoi remanier une recette qui s’est révélée avoir tant de succès dans le passé ? J’ose le dire : Precious peut être meilleure que Enjoy The Silence – la production est plus nette et la voix de Gahan n’a jamais été si bonne, si angélique.

Illustrant le meilleur de Depeche Mode, il y a beaucoup de morceaux sur lesquels danser sur Playing The Angel. Lillian rajeunit la fin de l’album avec un tourbillon de chant tremblant et jeune et une vague synthétique accomodante. John The Revelator est une deuxième morceau puissant et martelant et revient sur le territoire familier de Depeche Mode d’iconographie religieuse dans la tradition des classiques new wave Personal Jesus et Judas.

Suffer Well, version plus lente de A Question Of Time, est l’une des contributions les plus réussies de Dave Gahan en tant que compositeur (traditionnellement, Martin Gore occupe le créneau en tant qu’unique compositeur) sur Playing The Angel. Abordant les thèmes préférés de Depeche Mode du sadisme, de l’anxiété et de l’aliénation, les talents de compositeur de Gahan se sont améliorés de manière significative depuis son premier album solo grandement décevant, Paper Monsters.

Malheureusement, là où un morceau de Gahan réussit, une autre tombe à plat ventre sur six minutes. La production terne, le chant de Gahan qui se morfond et l’instrumentale tiède de I Want It All traînent dans la monotonie insupportable. Malgré les améliorations dans la composition de Gahan, le morceau remplace nettement les paroles nuancées de Martin Gore par des clichés dignes d’humiliation (“Parfois je pleure / Parfois je meurs / C’est vrai”). Un groupe qui existe depuis avant ma naissance devrait savoir maintenant.

Virant vers l’inégal, Playing The Angel n’est pas un album parfait. Les morceaux qui sont bons sont vraiment incroyables et montrent Depeche Mode à l’apogée de leurs pouvoirs. Mais l’album est bien trop négligent dans l’inclusions hasardeuse de morceaux médiocres (comme le bouche trou pseudo-ambiant d’Introspectre et l’ennuyeux Nothing Impossible pour rivaliser avec Violator ou Songs Of Faith And Devotion.

Après 25 ans de carrière, les hommes de Depeche Mode savent ce qui fonctionne et sont naturellement peu disposés à toucher à une formule infaillible. Bien que nous soyons en terrain familier (est-ce de la pop électro sombre et rêveuse, des paroles macabres, des chants détachés, du romantisme gothique et des déserts industriels peut faire penser aussi fort à un autre groupe ?), les chansons conservent une fraîcheur qui leur confère une importante pertinence contemporaine. Dans le sillage d’une récente obsession pour la new wave des années 1980 (The Bravery, The Killers), Depeche Mode, les indestructibles grand-pères de la pop synthétique, sont calmement remontés sur scène, prêts à nous rappeller tous pourquoi Brandon Flowers est un pauvre imitateur de la Vraie Affaire. Et mec, nous en sommes contents.

Natasha Pickowicz

Traduction – 22 juillet 2007