Le réalisateur de Control trouve le malaise et la joie

Il y a quelques années, le photographe/réalisateur de clip de rock de renom, Anton Corbijn a refusé de se reposer sur ses lauriers. Il voulait des indices sur ce qui avait à l’origine encouragé sa désormais infatigable poursuite des arts visuels.

Il est retourné sur l’île où il est né en Hollande pour voir ce qui l’avait motivé, dit-il. Quand il est arrivé dans son village de Strijen, il s’est rendu compte qu’il n’y avait rien : “Tout ce qui m’avait poussé venait de dehors l’île, et je voulais en faire partie, je voulais être quelqu’un”. Il a documenté le voyage dans un livre de photo, A Somebody, et a refermé le couvercle sur son passé austère en grande pompe.

Ou c’est ce qu’il pensait.

Corbijn, 52 ans, avait caressé l’idée de faire le saut vers les longs métrages, mais a repoussé les scénarios, pensant que d’autres réalisateurs les feront mieux.

Avec un fort accent, il dit : “Mais quand c’est venu, j’avais une connexion émotionnelle à l’histoire ainsi que visuelle, alors j’ai pensé que ça pourrait compenser tout manque de talent technique. C’est pourquoi j’ai osé prendre ce projet”.

La mission était un petit biopic en noir et blanc intitulé Control.

Il raconte l’histoire tragique de Joy Division, le légendaire combo post-punk qui s’est brisé en éclats après seulement deux albums quand le leader Ian Curtis s’est pendu à l’âge de 23 ans. Tiré du livre Touching From A Distance de la veuve de Curtis, Deborah (jouée jusqu’aux effets torturés par Samantha Morton), et avec le petit nouveau aux yeux hagards Sam Riley dans le rôle du sombre chanteur, Control dépeind un homme qui avait tout, et qui a progressivement tout perdu.

Corbijn tisse le catalogue énigmatique du groupe sur Factory (Unknown Pleasures, Closer et le coda live Still, tous réédités par Rhino cette semaine en remasters deux disques deluxe) au travers de scènes de concert, tandis que Riley se contorsionne dans la présence scènique spasmodique de Curtis. Au moment où la signature Atmosphere flotte sur le générique de fin, on ressent un sens profond de perte pour ce talentueux perturbé zigouillé avant son heure.

Corbijn peut définir la voix extérieure qu’il a entedu appeler enfant – celle de Curtis, qu’il a rencontré peu parès s’être installé à Londres en 1979.

“Joy Division était vraiment le catalyseur pour que je quitte mon pays, dit-il. Ces albums étaient si mystérieux, et ils semblaient capturer l’esprit de l’époque”.

“Alors le film commence de manière assez optimiste, explique Corbijn. Ian est un jeune garçon, qui commence à s’exprimer. Puis le film tourne au pire, tandis qu’il commence à interioriser son émotion et à se renfermer sur lui. Et ce n’est pas un film très américain – il est très européen. Moi et le directeur de la photo, on est tous les deux d’Europe du Nord, informés par des gens comme Godard et Tarkovski, des réalisateurs qui laissent les choses ouvertes à l’interprétation”.

Désormais qu’il est devenu quelqu’un dans un nouveau domaine, le photographe peut finalement fermer le cas Strijen. “Les influences comme Joy Division étaient une telle part de ma jeune vie, admet-il. Mais avec ce film, je veux ferme le livre sur ce chapitre et avancer vers des influences plus récentes. Des choses, disons, des 10 dernières années peut-être ?”

Tom Lanham

Traduction – 3 décembre 2007