Sur le tournage de Control

Le tournage du film Control, l’histoire tragique du chanteur de Joy Division, Ian Curtis, avec la nommée aux Oscars originaire de Nottingham, Samantha Morton, se termine cette semaine avec six passées dans la ville. Simon Wilson est allé sur le plateau…

Nous sommes en mai 1980 et Joy Division est en répétition. Tandis qu’ils s’approchent de la fin de Love Will Tear Us Apart, le manager Rob Gretton entre en paradant une caisse de bière dans les bras.

“Hey, y’a quelque chose qui se prépare”, dit le bassiste Peter Hook.

“Rob nous refait l’un de ses grands sourires figés. T’as encore dépensé nos salaires ou quoi ?”

Gretton garde son sourire, mais ne dit rien.

“Allez, espèce de salaud, accouche”, gronde Bernard Sumner, claviériste et guitariste du groupe.

“Ça arrive les gars, dit Gretton. Faites vos sacs, en selle cow-boys. Le 19 mai, on s’en va aux putains de U.S.A.

“On va être quelqu’un tous”, il continue, tandis qu’ils ouvrent chacun une bouteille, heureux de la nouvelle.

Le chanteur Ian Curtis est silentieux, s’éloignant de la fête, les sourcils froncés. Il n’est pas heureux. Dans deux semaines – la veille de la tournée – on le retrouvera pendu dans sa maison de Macclesfield.

Cette scène de Closer, qui durera peut-être une minute lors du montage final, demande une dizaine de prises, autant de répétitions et trois heures de tournage.

“C’est normal, mec”, dit Toby Kebbell, l’acteur né à Newark qui est apparu dans Match Point de Woody Allen et qui joue Gretton.

“J’ai vu des prises s’étendre sur des journées”.

Pour la scène, Kebbell, diplômé comme Morton du Carlton Junior Workshop, a une cigarette non allumée au coin des lèvres – il vient récemment d’arrêter de fumer.

“J’ai fumé dans quelques scènes parce que c’était nécessaire pour le rôle”.

Gretton est “l’intervalle comique”, dit-il.

“On pourrait le voir comme sombre”, dit-il du film.

“Mais c’est vraiment ce qui est arrivé. La dépression est un gros problème. Je pense qu’une chose que les Américains font bien, c’est d’aller voir des psychiatres”.

Nous sommes au troisième étage d’une ancienne usine de Sneiton. Une grande pièce sombre, un décor vide à part les instruments du groupe. L’équipe tourne autour de 20 personnes.

Durant les six semaines qui viennent de s’écouler, ils ont filmé dans la ville à 60 endroits dont le Boulevard Pub à Radford, le Bestwood Social Club, la Nottingham High School et le Marcus Garvey Centre.

Sur les 42 jours de tournage, 39 se sont passés à Nottingham.

Les trois jours à Macclesfield incluaient des plans d’extérieur à la maison de Curtis et le Job Centre où il travaillait.

La base de Nottingham, où ils ont tourné la majeure partie des scènes d’intérieur, est un ancien studio de télévision Carlton sur Lenton Lane.

“Une grande partie de Nottingham ressemble à Manchester telle qu’elle était dans les années 1980″, dit le producteur Orian Williams, un Californien qui ressemble de manière frappante à un jeune Brian Wilson.

“Elle a l’esthétique parfaite pour le film. Comme cet immeuble. À Manchester, ils ont été transformés en appartements”.

Ils ont approché la commission régionale du cinéma, EM Media, et ont conclu un marché – qui a résulté dans le co-financement à hauteur de 250 000 £. Pour Williams, c’est une somme dérisoire. Il a partagé le siège de producteur avec Nicholas Cage sur le film nommé aux Oscars L’Ombre du vampire.

“Nic est un gars génial, vraiment concentré, un perfectionniste”, dit-il.

Control, qui doit sortir au cinéma au printemps de l’année prochaine, décrit les dernières années de la vie de Ian Curtis. Il dépeind la lutte entre son amour pour sa femme et sa relation naissante avec sa petite amie, et les effets secondaires déprimants de son traitement pour l’épilepsie.

Il est en partie tiré du livre écrit par sa veuve Daborah Curtis, jouée par Samantha Morton.

Morton est absente aujourd’hui, ayant fini son travail de quatre semaines. La nommée aux Oscars qui se tient éloignée des médias est actuellement occupée à filmer la suite de Elizabeth avec Cate Blanchett.

Tandis que le groupe refait une fois encore la scène, je me rends compte qu’ils jouent live.

“C’est comme ça qu’on le voulait”, dit Sam Riley, qui joue Curtis.

Il sait le faire, ayant passé quelques années à être le leader du groupe 10,000 Things.

Malgré un rôle dans 24 Hour Party People, Riley est pratiquement un inconnu. Avant de tourner, il travaillait dans un bar de Leeds. Aujourd’hui, il donne la réplique à Samantha Morton.

“Je suis dans le grand bain, je sais”, dit l’homme de 26 ans.

“Je passe par un arc-en-ciel d’émotions avec Sam. Tout le spectre. Se disputer, faire l’amour…” Comment c’était ?

Il sourit : “Très agréable. C’est un boulot difficile”. Riley a décroché le rôle devant des têtes connues comme Jude Law parce qu’il était exactement ce que le réalisateur Anton Corbijn voulait.

“Sa ressemblance à Ian Curtis est troublante”, dit le grand Hollandais, qui s’est installé au Royaume Uni pour photographier Joy Division en 1979.

Il est depuis devenu un photographe et réalisateur de clips de renom, ayant travaillé avec Johnny Cash, Nirvana, U2, Coldplay et Nick Cave.

“On prend un risque quand ils sont inconnus. Mais il a été étonnant. Il l’a vraiment pris à cœur et a appris très rapidement. Je suis très fier de lui”.

Et notre Morton ?

“Elle était très motivée, j’ai eu mon baptême du feu avec elle comme réalisateur pour la première fois. Si elle avait des problèmes avec quelque chose, on travaillait la scène et c’était toujours meilleur.

“C’est une actrice fantastique”.

Nous faisons une pause pour midi, le van de restauration obligatoire et le bus à deux étages garés sur le parking de Co-op à Sneinton.

Autour d’un poulet, Kebbell, qui a emballé les critiques avec son rôle dans le drame Dead Man’s Shoes de Shane Meadows, dit qu’il a eu peu de temps pour faire la fête dans la ville.

“Je suis ici pour travailler. Je ne bois pas de toute manière”. Il n’a pas non plus vu sa famille de Newark, étant donné qu’il se lève à 6h et arrête de tourner vers 20h la plupart des journées.

Morton a été repérée vers Hockley, tandis que le quatuor qui joue Joy Division – James Anthony Pearson (Bernard Sumner); Joe Anderson (Hooky), Harry Treadaway (Stephen Morris) – sont des réguliers à The Social.

“On veut faire un concert à Nottingham”, dit Riley, dont la ressemblance à Curtis est frappante.

“Ouais, en tant que Joy Division. On le veut vraiment”.

En attendant, il a d’autres chats à fouetter – cet après-midi, ils le jetent dans les escaliers.

Simon Wilson

Traduction – 4 mai 2008