La pochetronerie : c’est ma religion

Il se peut qu’ils ne soient à l’action que depuis 18 mois, mais MANSUN sont déjà des vétérans de l’excès du rock’n’roll.Ces jours-ci, cependant, leurs intérêts malsains résident moins dans faire la fête que d’exposer les habitudes sexuelles indignes du clergé, en quelque sorte. Le chef chanteur/compositeur, PAUL DRAPER, partage ses pensées étranges et une bière avec MARK BEAUMONT.

Le chanteur lance un regard furieux à la foule en feu, les yeux écarquillées et sans expression, invitant toute la salle sur scène. Des mains se saisissent de sa chemise, l’entraînant à moitié dans la fosse tandis que des accords de retour claquent contre les murs. Quelques personnes dans la fosse, poussés par l’adrénaline, montent avec difficulté sur la minuscule scène, pour être repoussés par un gars de la sécurité. Derrière lui, le groupe se dirige en chancelant vers les coulisses, en faisant toujours signe à la foule de les suivre dans leur monde de démence divine. On éteint les lumières.

Une explosion de furie rock enragée pour Tunbridge Wells, mais juste une autre journée dans Grosbordel Central pour Mansun. C’est, après tout, un groupe qui a amassé plus de gueuletons, d’engueulades et d’effondrements en 12 mois que Led Zeppelin a réussi en… ooh, 1976 au moins. Deux membres perdus à cause de la rigueur de leur style de vie fête-bestiale ; prises de bec avec la police qui croyait qu’ils étaient des terroristes en mission pour détruire le Forum ; interdits d’à peu près tous les hôtels d’Angleterre ; des concerts joués pratiquement dans des états de catatonie et, avec le tout, le cliché du Groupe le plus Sauvage au Monde clamé comme le leur. Ne faites pas d’erreur – Mansun y est passé, l’a fait, a acheté le t-shirt et perdu le badge. C’est le Rock Incarné.

En backstage, le chanteur Paul Draper s’écroule sur une chaise et s’ouvre une Carlsberg. Il se plaint de la qualité du son et repousse les attaques d’un journaliste local avec une retenue admirable. « Pas un concert extra », c’est le verdict général, “mais que pouvez-vous attendre d’une salle qui n’est en vérité que des toilettes converties ?”

Alors, des toilettes de la loge, on entend grommeler. Entre Chad, le cœur hédoniste de Mansun. Idole de légions de fans féminines de la longueur et la largeur du pays, et Guitariste officiel le plus Fou qu’il Existe. Il enlève en quatrième vitesse sa chemise, y essore un flot de sueur et regarde avidement aux quatre coins de la pièce. Il a un besoin, un besoin désespéré.

“Putain merde ! gémit-il. Où est ma putain d’eau minérale ?”

Tout change. C’est le terminus des montagnes russes de Mansun au travers l’oubli et au-delà. Il est temps de se calmer, les poulets…

* * *

Mansun est le Plus Vieux Nouveau Groupe en Grande-Bretagne. T’vois, la plupart des jeunes troupes d’assaut rock aux reins en feu peuvent s’attendre à apprécier quelques années à se déchaîner sans s’inquiéter mais que M. Gros Bordel fasse l’appel. La carrière de Mansun, cependant, est bloqué sur avance rapide depuis le début. Ils ont été signés peu de temps après avoir commencer à répéter en janvier dernier, ont entassé leurs années de vie rapide dans les trois mois qui suivaient et étaient pratiquement morts avant leur première balance.

“On se rendaient ivres morts simplement pour faire un concert”, murmure Paul, la tête baissée, dans le coin d’une chambre d’hôtel non-saccagée. “C’était vraiment confus. Je n’en reviens pas qu’on soit encore là. On aurait dû être enterrés à la naissance. C’était du pur Sex Pistols, on pouvait pas jouer du tout ! Le groupe se désagrégeait. Je pensais que c’était la fin, ou plutôt que ça n’avait jamais arrivé. C’était comme si ça ne signifiait rien pour moi.

“Y’a des fois où j’ai cru mourir. Comme on a dû annuler la prestation ici la dernière fois. J’étais dans un hôtel au bout de la rue, raide, pouvais pas bouger. Ça a duré deux jours environ”.

Il y a eu plus de gouttes qui font déborder le vase qu’ils ne s’en souviennent. Leur pote de 16 ans aux samples, Mark, a quitté le groupe à la suite d’une crise de paranoïa après leur concert pour les Brats en janvier, tandis que le batteur original, Hib (remplacé par l’ex-Kinky Machiner, Julian), est parti au cours de l’été, incapable de gérer l’ordre du jour de fête 24 heures sur 24 installé par Chad. Leurs sets live, quand ils ont effectivement réussi à venir, commençaient plus à la manière de scènes tirées de Dawn Of The Dead que de concerts. Étonnament, cependant, le trio central du groupe – Paul, Chad et le bassiste Stove – ont persévéré, appris quelques accords reconnaissables et sont devenus des pros.

“Je pense que durant la dernière tournée on a pensé : La vache ! On a des fans maintenant!, explique Paul. Alors on a essayé de répondre aux attentes des gens.

“En tant que groupe de gens, on est super calmes. On est dans l’œil du cyclone avec tout ce chaos qu’il y a autour de nous, mais c’est supra calme au milieu. Chad ne boit plus du tout depuis qu’il s’est ouvert la main sur sa guitare il y a quelques mois. On a pensé qu’il serait mieux de tirer un trait dessus après ça”.

Tu penses que tu as de la chance d’avoir survécu pendant, euh, 18 mois ?

“Je suis heureux qu’on fasse toujours des disques et qu’ils rentrent dans les charts, dit Paul, honnêtement. C’est comme défier la gravité. On aurait dû tomber il y a longtemps de ça. Ça doit être la destinée qui est venue mettre son grain de sel. On est tous réglo maintenant, concentrés à mort. On est parti de rien vers le chaos et maintenant vers l’équilibre en l’espace de neuf mois”.

Quelles sont tes vues sur le monde merveilleux et effrayant des drogues maintenant ?

“Je pense que les drogues détruisent les groupes, détruisent les personnalités, détruisent la musique. Tu dois savoir l’heure et l’endroit pour faire une fête”.

Sages paroles sortant de lèvres jeunes en apparence. Alors on fixe une date, hein ? L’heure, c’est maintenant. L’endroit, c’est votre chaîne. Et la raison à célébrer, c’est le nouveau single de Mansun Stripper Vicar, une collision qui pète le feu de bon vieux rock, d’harmonies d’enfant de chœur errantes et d’une grosse dose de sacrilège. Voyons voir… un homme du clergé apparemment responsable se met à exercer le déshabillage en dehors de son boulot avant de mourir dans un accident bizarre de bas/oreille interne. Hmmm. Un commentaire sur l’immortalité propre à la religion organisée peut-être ?

“Je pense que ça vient du fait d’être aller dans une horrible école catholique avec des nonnes folles qui te frappaient quand tu n’avais pas fait tes devoirs”, raconte Paul, l’étincelle de la vengeance dans les yeux.  “Depuis lors, je regarde la religion comme un moyen d’embrouiller les gens. Si tu grattes la surface de quelqu’un, peu importe qu’il soit guindé ou propre, tu trouveras toujours quelque chose de sinistre en-dessous. C’est la nature humaine, non ?

“Je suis dégoûté par la religion. La religion catholique est la plus grande société du monde. Elle a pleins de réserves d’or et elle a hébergé des criminels de guerre nazis après la guerre. Elle ferait campagne avec des collections si les prix des actions venaient à chuter !”

Mais attends un peu ! Le pauvre ecclésiastique exerce seulement son droit de s’exposer pour le divertissement d’adultes qui paient. Pourquoi doit-il mourir à la fin ?

“C’était juste bien de le voir mourir. C’est marrant”.

Ah, ce légendaire “humour noir” de Chester en plein effet. Mais alors, c’est la pratique de Mansun à dissimuler leur moralisations intensément noires avec de la comédie surréelle (les singles en date incluent Egg Shaped Fred – “Fred Tête d’Œuf” – et Take It Easy Chicken – “Relaxe Poulet”) ce qui les rend bien plus intriguants que nos victimes de lobotomie Noelrock moyennes. Ça ne les empêche pas de sortir des gags quand l’envie les prend, cependant.

“Je suis monté sur scène en pasteur un soir, dit Paul en riant, et on a essayé d’avoir un pasteur et une nonne pour première partie sur la tournée pour qu’ils se désapent, mais aucune salle n’en avaient. Finalement, on a trouvé ce gars qui bosse dans une agence de strip et qui était d’accord, et quand notre agent l’a dit aux responsables des salles, ils ont retourné leurs vestes et ont sorti : Mais c’est pas un groupe ! et on répliquait : C’est un artiste solo !”

Assez ! Depuis un moment, Paul fonde ses chansons sur des personnages qu’il imagine vivre dans un village imaginaire informatisé (“J’ai eu une enfance très bizarre, je suppose”). Il se concentre toujours sur les côtés tordus, tourmentés ou carrément pervers des natures de ses protagonistes, fasciné par la viscosité qui se cache derrière la façade. Jamais ressenti le besoins de chantonner des mots doux à ton bay-yay-bay, alors ?

“Je n’ai jamais été amoureux, dit-il sans expression. Je ne sais pas ce que c’est, alors pourquoi je devrais écrire à ce propos ? Je veux juste faire quelque chose de différent. Si Elvis ou Bill Haley avaient commencé à écrire sur des pasteurs et des poulets alors peut-être tout le monde ferait ça aujourd’hui – Hard Day’s Egg ou Jailhouse Vicar – et puis peut-être que j’écrirais à propos d’amour”.

* * *

Tristement, il semble que Mansun aient violé la règle capitale de la pop – ils ont commencé quelque chose qu’ils n’ont pas pu finir. C’est peut-être la fin de la ligne d’hédonisme pour le groupe lui-même, mais pour les mômes, la fête chaotique bat encore son plein. Déjà sur leur tournée actuelle, ils ont eu des pogoteurs qui ont mis leur tête dans l’ampli de basse de Stove, qui ont casser les dents de Paul avec le pied du micro et, à Newcastle, qui ont effectivement sauté sur scène pour essayer de les étrangler. Avec tout cela, ils ont été attaqué par la presse à scandales, désireuse de déterrer quelques merdes concernant les insinuations de Stripper Vicar et, encore pire, il y a quelques semaines de cela, Stove s’est retrouvé à devoir repousser un perturbateur fou du premier rang avec sa basse.

“On semble attirer ce genre d’élément fou, rêvasse Paul, des menaces de mort et tout le tralala. Il y a un gars qui a dit que si on jouait Reading, il nous tuerait. On a trouvé ça fantastique ! Génial ! Si quelqu’un se prend la tête à nous détester autant, c’est qu’on doit avoir quelque chose !”

Ce n’est pas étonnant alors si Paul est la seule rock star certaine en attente qui n’aime pas du tout être une star, merci beaucoup. Il se peut qu’il soit le chanteur du groupe live le plus incendiaire à atteindre nos scènes depuis The Amazing Gibbo And His Exploding Sideburns, mais, pour lui, les gens qui se rappellent de son nom signifie une adresse plus exacte pour tous ces colis piégés.

“Si vous êtes dans un groupe et que vous vendez dix millions d’albums, ça ne veut pas dire que tu as dix millions de fans”, déclame-t-il en se penchant en avant sur sa chaise, “ça veut dire qu’il y a 40 million de personnes qui te détestent. C’est la vision de Mansun”.

Ahh, la vie au travers des verres teintés de sang. C’est une plus jolie vue que vous ne croyez…

Traduction – 12 août 2002