Le toboggan du rock

Quelles folles montagnes russes a été cette première année pour ceux qui sont rapidement devenus célèbres, ceux qui font de la pop nourrie aux guitares, alias MANSUN. À leur 15ème concert, ils jouaient devant 4000 personnes et à leur apparition aux Brats en janvier, ils ont ‘perdu’ un de leurs membres à cause des pressions du rock’n’roll. Et c’est sans compter leur prise de bec avec la maison de disques de Charles Manson. Alors que va-t-il se passer pour ces ‘Suns de Chester ? JOHN PERRY se renseigne.

Voici un visage qui a été ravagé par les pires débaucheries au vin, aux femmes et aux chansons. Un visage sur un corps en forme de toboggan entortillé qui aurait fait la lambada avec Satan lui-même. C’est le visage de la folie pure, le visage de Manson.

Charles Manson, la putain de star chevelue et effrayante, pas Mansun, ceux qui sont rapidement devenus célèbres, ceux qui font de la pop nourrie aux guitares, un groupe distinct de l’idole abrutie par un rétif “u”.

“C’était une grosse embrouille, cette connerie avec Charlie Manson !”, crache le chanteur de Mansun, Paul, tandis qu’il jette un œil furibard au poster “Charlie Don’t Surf” accroché à l’aide de chatterton, peut-être dans un excès d’ironie, au mur de la loge de l’Essex University. “On s’est toujours appelés Mansun, d’après le morceau de The Verve, A Man Called Sun. Mais on a fait imprimé des t-shirts qui sont revenus avec l’orthographe Manson, alors on a fait avec”.

“Jusqu’à ce qu’on se fasse poursuivre par la maison de disques de Charlie Manson”, réplique le bassiste Stove, permettant ainsi à ce qu’une ombre se pose sur ses traits chérubins.

Si on regarde cela comme au travers des yeux de la folie, en se mettant sous un autre angle, est-ce que la résistance de Mansun à nier toute relation avec le soi-disant psychotique Monkee ne soit qu’une dispute à propos d’une faute d’orthographe ? Est-ce que ça se pourrait que Mansun s’identifient à L’Homme Qui A Assassiné Les Années 1960 ? Est-ce que l’odeur du souffre se trouvait dans leurs narines tout le long de leur montée météorique ?

“Ouais, ça a été des putains de montagnes russes, mec !”, s’exclame Paul, son regard voltigeant le long de la pièce, se posant partout sauf sur ces yeux qui nous scrutent de ce poster. “On a été aspirés dans un tourbillon d’alcool, de drogues et de femmes ; les premiers concerts, c’était un vrai carnage. On était complètement défoncés, on allait joué en pensant : Waou ! Putain, c’est de la balle !, tandis que le public se bouchait les oreilles en criant : Mais qu’est-ce que c’est ce BORDEL !”

C’est une expression qui pourrait s’appliquer au chemin tourbillonnant et scintillant qui a fait tourner la tête collective de Mansun. Ce soir, dans le haut lieu du savoir qu’est la venteuse Colchester, le groupe semble véritablement choqué par les cris d’une foule au comble de la joie qui menace de faire couler les mélodies de Mansun guidées au laser avec leurs cris aigus de plaisir. Après seulement trois singles en édition limitée et quelques concerts, la Mansunmania semble prête à balayer le pays. Ou Colchester, du moins. “Être jeté au fond” ne semble pas rendre justice à l’histoire, “être lancé avec violence d’un immeuble avec un piano accroché autour du cou” est peut-être plus proche de la réalité.

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La légende de Mansun se présente ainsi : coincés dans les fins fonds nébuleux de Chester, Paul, Stove, le batteur Hib, le guitariste Chad et le cinquième Mansun à l’origine, Mark (aucuns noms de famille à l’horizon) passaient leur seul jour de congé à “déconner” dans un studio de répétition à Liverpool. Le soir, Mansun ont commencé à poser les bases de leur attaque vigoureuse en fréquentant le club de “rock à trois balles”, The Tivoli, où ils ont absorbé sans fin les disques de Rainbow, Led Zep et Hendrix. Inévitablement, lorsque Mansun en sont venus à se brancher, ils ont été tentés par prendre leur pied en jouant bêtement très fort.

“L’Angleterre s’intéresse plus à ta coupe de cheveux qu’à ta musique”, argumente Paul, 22 ans, qui enfonce son chapeau Reni un peu plus sur les yeux. “Mais on vient d’un autre angle que tous ces groupes indés, on vient d’une culture de guitares rock. On est litérallement un groupe rock, il se trouve simplement qu’on joue des mélodies pop”.

“C’est pourquoi on était sujets à des plaisanteries continuelles à Liverpool, se souvient Stove avec un haussement d’épaules. Ils pensaient qu’on était les têtes de nœuds à mi-temps parce qu’on écoutait pas les mêmes groupes qu’eux et qu’on ne suivait paucun mouvement. Et tout à coup, on est dans la file rapide à doubler tout le monde avec le monde nous passant devant en tromble !”

Le premier tournant fait au frein à main était Take It Easy Chicken, le premier single d’un entraînant fantastique qui prenait les rythmes baggy déchiquetés et les étalait en couches épaisses sur des guitares hurlantes. Il fallait s’en douter, le mariage impossible d’Oasis avec Faith No More a fait saliver les maisons de disques qui sont tombées de leur petit nuage pour venir frapper à la porte. Mais c’était la sortie l’année dernière de la bombe pop de fabrication artisanale, Skin Up Pin Up, et de la tournée de 30 dates qui l’accompagnait qui a cloué l’accélérateur au plancher.

“De la folie pure du début à la fin ! s’exclame Paul. On était entourés de gens qui étaient heureux de nous nourrir dans notre spirale vers le néant. On agissait par pur instinct et il n’y avait absolument pas de contrôle”.

L’instant critique est venu le soir de la triomphante apparition de Mansun aux Brats en janvier, lorsque la psychose a complement avalé le groupe et les a jeté dans le caniveau, alors que le sampleur de Mansun, Mark, 16 ans, a simplement disparu.

“Ce n’était pas vraiment la faute de Mark, il ne pouvait pas supporter la pression, explique Stove en secouant la tête. J’veux dire, ça a été une course incroyable. On a fait, genre, 30 concerts et ceci devant 2000 personnes qui étaient complètement à fond dans nous, nous qui étions salués comme un des meilleurs nouveaux groupes du pays. C’était la folie totale”.

“Quand finalement, on lui a mis la main dessus, il était complètement perdu, dit doucement Stove, 20 ans. Il était parano, il tremblait, il pouvait à peine parler. On était vraiment désolés pour lui, j’veux dire, à 16 ans, tu veux juste sortir et taper dans la balle avec tes potes, hein ? Tu veux pas être coincé dans un studio pendant cinq semaines. Ça nous a tous rendu déments, mais pour nous, c’est une démence positive”.

En effet, Mansun crépitent avec une électricité qui suggère que chanceller au bord du gouffre est la pierre angulaire de leur créativité. Soit ça, ou alors ils aiment les sous-vêtements en nylon.

“Ouais, mec, on s’identifie complètement avec les gens qui sont passionnés, les gens en lesquels on peut croire, déclare Stove. J’veux dire, regarde Chad, il a éclaté toutes les guitares qu’il n’ait jamais possédées, il accumule d’énormes notes d’hôtel, et se fait tabasser presque toutes les semaines ! Il est compètement auto-destructeur, mais c’est tellement un guitariste hors-pair, il est irremplaçable”.

“Le problème, c’est qu’il le sait, ajoute Paul. Chaque fois qu’on le menace de le virer, on le retrouve à cinq heures du mat’ tout habillé dans une piscine”.

Alors Mansun ont négligemment égaré un mec boutonneux et retrouve régulièrement leur résident branleur de messie torturé dégoulinant sur le paillasson. Il est certain que les esprits de Mansun à la coupe au bol seront les prochains blessés ?

Paul se frotte doucement les yeux et dit : “On est un groupe explosif, mais c’est la seule façon pour que ça marche. La première règle est d’être soi-même. On peut pas l’allumer et l’éteindre, les chansons représentent qui on est et la manière dont nous jouons représente nos personnalités. C’est juste vrai, mec”.

Malgré le fait que la réalité est clairement régulièrement absente chez Mansun, les yeux vides de Paul reviennent à la vie tandis qu’il se laisse entraîner par son sujet.

“Je ne pourrais pas écrire des folles chansons discordantes sur combien j’aime la fille du bout de la rue, bouillonne-t-il. Des chansons comme Egg Shaped Fred parlent de nos vies : être enfermés dans des bleds paumés à vouloir s’échapper, à avoir besoin de échapper. Et les gens se connnectent à elles à cause de ça et parce qu’on les joue avec des mélodies géniales. C’est de la pure intensité, mec !”

Des pures guitares, des pures drogues, de la pure intensité, de la pure Évian… La marche de Mansun sur le Nord s’est périlleusement faite sur la pointe des pieds et dans des duffelcoats trop grands. Dans une buée de mélodies cinglantes, de paroles embrouillées et de chaussettes trempées, Mansun ont passé leur première année à jouer avec des jouets d’adultes au lieu de faire leurs devoirs. Mais l’énergie frétillante du dernier cadeau de Mansun, au titre très original, Mansun One EP, montre que des pilules, des frissons et des maux d’estomac sont secoués à l’intérieur de têtes qui peuvent exploser dans une combustion interne fracassante. Le morceau d’ouverture, Egg Shaped Fred est la collection des disques d’Anthrax costauds auxquels on auraient ajouté les Bluetones, tandis que Ski Jump Nose est le son d’un troupeau d’hippopotames dans de très grands anoraks qui fuient en désordre dans vos têtes. Du pur Mansun.

Paul affirme honnêtement de la tête : « On est rentrés dans ça comme un ouragan ; notre 15ème concert, c’était à la Brixton Academy devant 4000 personnes (en première partie des Charlatans) et j’étais tellement stone que je ne savais pas où j’étais. On était juste des têtes de nœuds du Nord et on voulait que tout soit déjà parfait.

“C’est sûr, c’était un vrai cri, mais on a complètement déraillé et on a failli se tuer avant d’avoir même commencé. Le lendemain des Brats, on s’est réveillé et on a juré que ça n’arrivera plus jamais. Maintenant, on a la place de prendre tous ces mauvais trips dans lesquels on a été et de les canaliser directement dans la musique. Et on va le faire, parce qu’on une responsabilité envers les 6000 personnes qui ont acheté nos singles, les petits gars qui viennent aux concerts avec des chapeaux de pêcheurs. On peut pas les décevoir en étant des connards”.

Les yeux vifs de Stove brillent alors qu’il se rend compte que Mansun sont sur le point de laisser leur époque comme “les têtes de nœuds à mi-temps” loin derrière eux.

“Une fenêtre s’est ouverte à cause du potentiel qu’on montrait, et on a sauté dedans à deux pieds, s’étale-t-il, mais jamais on ne la laissera se fermer. On est un groupe sérieux, on aura un héritage d’albums géniaux. On sera jamais un groupe de couvertures de journaux qui aura duré 18 mois et qui vendra son âme au diable”.

“De plus, dit Paul, en regardant de travers l’autre Manson. Je pense que le diable en a marre d’entendre notre nom”.

Traduction – 03 juillet 2002 – révisée : 14 mars 2004, 06 mars 2005