Ils Savent Si Prendre

Mansun
Woughton Centre, Milton Keynes
2 juillet 1998

“Nous avons installé une ligne téléphonique chez Stove, notre bassiste, et nous rappelons tout le monde”, révèle le chanteur de Mansun à la mèche pendante, Paul Draper. Ce contact avec leurs fans a aidé à nourrir leurs adeptes obsessifs qui ont envoyé leur premier album, Attack Of The Grey Lantern, à la place de Numéro 1 en 1997, et leur single, Legacy, au Numéro 7 avec le minimum de publicité et de passage radio.

La même semaine durant laquelle Mansun ont achevé leur deuxième album, Six (d’après le personnage de Patrick McGoohan dans la série des années 1960, Le Prisonnier), ils se sont lancé dans une brève tournée britannique, opportunité de se défouler devant un public de partisans. Cependant, en choississant des salles que leurs contemporains évitent habituellement, ils se retrouvent devant un public dont la plupart est là pour voir un groupe – n’importe lequel. Lorsque Mansun jouent leur nouveau single, seule une poignée des 400 personnes présentes le reconnaît, contribuant ainsi à renforcer l’atmosphère sérieuse.

“Ils sont venus jeter une oreille à notre musique”, s’accorde Draper, un homme dans la vingtaine, timide, consciencieux et qui évite de regarder dans les yeux. “Cela ne nous intéresse pas de jouer devant les mêmes personnes”.

On ne peut atteindre cette banlieue de Milton Keynes par les transports en commun, ainsi tout le monde est venu en voiture et ne boit pas. Pire encore, il n’y a pas de première partie pour chauffer le public.

Mansun sont impressionnants à défaut d’être passionnés, ce qui est étrange pour un groupe qui a fait quatre tournées britanniques l’année dernière et qui va recommencer cela en 1998.

Ce qui est surprenant, c’est que leur set d’une heure ne comprend que trois chansons tirées de Six : le single, Shotgun et Negative.  “Nous changeons les nouvelles chaque soir”, explique Draper. Ce soir, le mélange de conservatisme et d’ambition signifie que leur initiative à jouer devant de nouvelles personnes restreint leur set list. À part le trio féroce d’hymnes comme Wide Open Space, She Makes My Nose Bleed et Take It Easy Chicken, ces contradictions créent une camisole de force pour un groupe qui est romantique dans son approche de la pop.

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Attack Of The Grey Lantern était construit autour de guitares fougueuses et de cordes épiques, complétées de la voix soutenue de Draper. Lyriquement, il a adopté le rôle d’un conteur, en créant un vague concept sur un superhéros du nord qui observe les étrangetés dans lesquelles sont impliqués les gens du coin avec un regard cynique, détaché à la Monty Python.

“J’avais assez peur d’écrire à la première personne, alors j’ai inventé ce réseau d’idées bizarre qui est probablement assez compliqué à comprendre”, explique-t-il, révélant sa tendance British vers l’introspection et un intérêt pour des alter-egos plus grands que nature. “Nous avons essayé de faire une histoire, parce que personne d’autre ne le faisait, et tout le monde a dit que c’était de la merde”, ajoute-t-il, tombant dans la sensibilité isolationniste qui bloque Mansun à l’extérieur de la mode, mais – à part les fans, dont certains ont été invités au studio durant l’enregistrement de Six – à l’intérieur de leur paranoïa.

Les passades en dents de scie de l’année dernière avec le vernis à ongles noir écaillé, le fond de teint Max Factor et les chemises à fanfreluches Durannie faisaient partie de la vision que Draper avait de la pop classique, tout comme le mélange des baggyismes à boîte à rythmes des premiers jours de Mansun était inspiré par l’ambition contrariée de l’indie-dance. Les extrêmes s’infectent toujours : le guitariste Dominic Chad ne se montre plus sous son apparence à la Brian Jones au bord de l’alcoolisme, et est devenu un Taoiste qui ne boit pas. Draper a réalisé ses fantasmes d’adolescent en sortant une vieille idole de sa retraite – le fondateur de Magazine, Howard Devoto – et ils ont imité KLF en balançant 25 000£ de leur propre argent à Waterloo Station afin de filmer la réaction des gens pour le clip de Taxloss.

Malgré leurs fans et leurs places dans les charts (tous leurs huit EP ont atteint le Top 40), ils sont en transition depuis leur formation en 1992, en passant par trois batteurs, une boîte à rythmes et un gars de 16 ans aux ”platines et samplers”.

Les paroles personnelles de l’album Six qui est basé sur les guitares est décrit par Draper comme “un disque rock par un groupe rock – c’est tout ce que nous sommes vraiment”. Cependant, dans le sillage de Radiohead et de The Verve, ce groupe solidaire et insulaire a tourné le dos aux structures de chanson traditionnelles. Ils ont même enrôlé le Dr Who des années 1970, Tom Baker, sur Witness To A Murder.

Les changements fous d’image peuvent faire partie du passé, mais les nouvelles chansons sonnent comme s’ils avaient des doubles personnalités. Shotgun est une suite de changements de tempo, de jeux de guitare fracturés et de plus d’airs qu’aucune tentative sur un album entier. C’est à tour de rôle excitant et fatiguant, et un élément perturbateur répond en criant : “Jouez de la pop, espèces de connards”, mais cela va de pair avec les jeunes obstinés qui sont arrivés à Londres de leur Chester natal il y a trois ans en se proclamant Meilleur Groupe de Grande-Bretagne. ***

Steve Malins

Traduction – 26 juin 2002