MANSUN
Little Kix
(PARLOPHONE)
****°

Après avoir péter plus haut que leurs culs proverbiaux avec leur deuxième album, Six, de prog-Britpop tentaculaire qui ne se refusait rien, Paul Draper et ses cohortes sont de retour avec un effort bien plus immédiat et focalisé. Le premier single, I Can Only Disappoint U, semble parler de U2 et est le meilleur hymne que Bono n’ait jamais écrit, avec pleins de vocaux ardents et la guitare cinglante de Dominic Chad qui ajoute des fioritures appropriées à la Edge. Si cette comparaison vous fait fuire, rappelez-vous que Mansun n’ont jamais été exactement crédibles. En effet, les fantômes de Tears For Fears et de Duran Duran pointent encore le bout de leur nez par moments dans la rencontre âme aux yeux bleus avec Wide Open Space sur respectivement Love Is… et Butterfly (A New Beginning). Autre part, le beau et grandiose tourbillon orchestral de 4 2 Lovers – Draper, je t’enlève tes disques de Prince ! – et les guitares Beatlesques de Forgive Me propulsent Mansun dans un universe Fab Fourien à des années lumières d’un certain gang de supporteurs de Man City. Draper, Chad, le bassiste Stove King et le batteur Andie Rathbone ont manifestement l’intégrale des Beatles et de Pink Floyd comme clause de leur contrat avec EMI mais, à plusieurs reprises, le groupe n’est pas que la somme de leurs influences (du Bowie typique Ziggy Stardust vient également à l’esprit, surtout sur Comes As No Surprise, Electric Man et Until The Next Life). À tour de rôle ambitieux, audacieux, épique et pastoral, le troisième opus de Mansun les voit se retirer de l’abysse du mode de vie rock’n’roll et les clichés rent-a-choc du passé (Stripper Vicar, Taxlo$$) pour regarder cruellement et honnêtement leurs propres défauts et petites manies en général (Forgive Me, Fool, We Are The Boys). La vulnérabilité de Draper nouvellement trouvée (ses harmonies vocales se laissent emporter sur un fausset très touchant sur Goodbye) est une bénédiction pour l’auditeur tandis que la maturité évidente du groupe ravira plus de personnes que le fan dévoué.

PIERRE PERRONE

Traduction – 30 juin 2002