Simple, c’est bien

Suede s’essaye à quelque chose d’autre sur leur troisième album. Au lieu de la mélancolie et de la difficulté auxquelles ils nous avaient habitués, ils nous servent quelque chose de consciemment plus abordable, plus léger et sans souci. Sur la balance : Steffen Rüth

C’est un individu étrange, ce Brett Anderson. D’abord la grande perche qu’est le chanteur de Suede se plaint que les gens, les journalistes avant tout, préfèrent écrire sur lui et son imaginaire plutôt que sur la musique du groupe. Pour ensuite livrer assez de munitions dans la phrase suivante pour que cela ne change pas si rapidement. “Je suis souvent mal compris parce que je ne suis pas un personnage simple. Je ne suis ni un dur qui boit de la bière, ni une gonzesse qui traverse le pays en robe. Je suis bien trop honnête et réfléchi en ce qui concerne ma personne. Puis la presse exagère tout et immédiatement, tu as une super histoire dans les médias”.

Une stratégie expédiée. Suede sont des superstars dans les îles britanniques malgré le fait que leur musique soit toujours restée underground. “Au moment du premier album, c’était l’aspect de la hype qui intéressait tout le monde. On avait fait un sacré bon album mais tout le monde pensait qu’on était simplement un de ces groupes fabriqués sans importance qui allait disparaître de lui-même. Peu avant la sortie du suivant, on a perdu notre guitariste Bernard Butler. Tous les journalistes faisait alors naturellement rimé quelque chose avec le split et a oublié dans la foulée d’écrire quelque chose sur le disque“.

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Cette fois pas de scandale Aujourd’hui, tout doit enfin changer. Le troisième album Coming Up est là, et jusque là il n’y a pas de scandale qui puisse faire éclipser l’album en vue. D’accord, à part les commentaires du chanteur de Blur, Damon Albarn, comme quoi Brett aurait l’air d’être accro à l’héroïne. “No comment. I don’t give a fuck about Blur. Ils ne m’ont jamais intéressé, je connais à peine leurs chansons”. Brett Anderson se distance naturellement des autres groupes britpop (“On n’entre dans aucun tiroir à part celui de Suede”), mais la maison de disques espère quand même (et on la comprend) que le groupe jusqu’ici vraiment populaires uniquement en Grande-Bretagne et en Scandinavie trouvera dans la lignée de l’explosion britpop “un grand public comme c’est arrivé à Oasis, Blur et Pulp”. (dixit la maison de disques).

Cela peut marcher ou pas. Coming Up est un album pop très accessible et gai qui manque pourtant – le revers logique de la médaille – de profondeur. Avant tout, comparé à son triste, mélancolique et ouvertement épique prédécesseur Dog Man Star, Coming Up ne fait pas le poids. Pour Brett Anderson, c’est un avantage sur lequel il insiste inlassablement : “Sur nos deux premiers albums, les critiques se sont empressés à analyser les chansons et les personnages. Cette fois, on a fait un album pour les masses. C’était important pour Richard (le nouveau guitariste et co-compositeur Richard Oakes – ndlr) et moi d’écrire des chansons qui sont plus légères et heureuses que celles de Dog Man Star.  Ça va être plus facile pour l’auditeur moyen de comprendre les nouveaux morceaux. On n’a pas besoin de se concentrer beaucoup sur le nouvel album. On peut très bien l’écouter accessoirement dans la voiture. Je trouve qu’on est arrivé à faire un album pop simple et direct sans qu’il soit aussi plat que Huey Lewis & The News ou Mariah Carey”.

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Simplement plus aucune profondeur Les chansons de Coming Up sont sans aucun doute plus abordables, mais ce n’est pas pour autant qu’elles sont meilleures que celles des disques précédant. Une grande partie rentrent d’une oreille et sortent de l’autre. Toujours fortement empreint de glamrock des années 1970 (David Bowie, T-Rex), les nouvelles chansons sont claires et on les retient facilement – mais ce n’est pas du grand art. Également, les textes de Brett Anderson tiennent cette fois d’un niveau plus simple en général – il insiste aussi sur le fait que c’est conscient. Filmstar parle d’une star de cinéma, Saturday Night d’un samedi soir et le premier single Trash serait “la première chanson pop avec un texte à jeter”. Même si Brett se refuse à toute interprétation personnelle ici – le système de simplification apparaît. Trash est rentré en troisème place des charts anglais, le plus grand succès en date du groupe. “Ce n’était pas du tout prévu, dixit Anderson, d’avoir encore plus de succès ou de vendre encore plus de disques. Mais naturellement, il est d’intérêt vital pour un groupe que sa musique soit écoutée au lieu du fait qu’on écrive sur lui. en Angleterre, il y a des groupes qui couvrent des pages et des pages de la presse chaque semaine mais dont je n’ai jamais rien écouter. Ça ne doit jamais arriver avec Suede”.

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À PROPOS DE SUEDE

* fondé en 1989 par le chanteur Brett Anderson et le bassiste Mat Osman. Les rejoignent : le guitariste Bernard Butler, Justine Frischmann, aujourd’hui chanteuse/guitariste d’Elastica, à l’époque petite amie de Brett et le batteur Simon Gilbert.
* formation actuelle : Anderson, Osman, Gilbert, le guitariste Richard Oakes et le clavier Neil Codling.
* CD : Suede (1993), Dog Man Star (1994), Coming Up (1996)

Traduction – 24 novembre 2002