Introducing The Band

“There’ll be blue skies over… the white cliffs of Dover”. La voix de Dame Veralynn flotte de manière incongrue dans le petit hall de l’église tandis que la lumière rouge et la glace sifflante transforme la salle en bordel fumant. Le public, constitué en grande partie d’excentriques et d’inadaptés, est comprimé contre la scène, la température monte. Une silhouette vague aux cheveux hérissés se glisse furtivement de derrière les rideaux de velours vers son tabouret de batteur tandis que les accents d’ouverture de Pantomime Horse s’avancent en chatoyant, les joueurs attendant toujurs sur la touche. Le bouffon du roi arrive en ondulant, s’assois comme un home et sourit comme un reptile, son costume collant tel une seconde peau qui attend que le serpent mue. Des talismans ethniques pendent à son cou et ses poignets, complémentant ses mouvements hypnotiques, presque sataniques. Tandis que la musique s’élève en spirales, cet homme charmeur de serpent étend son dos dans des contorsions érotiques, caméléon, corinthien et caricature. “Have you ever tried it that way ?” Des deux côtés de la scène, le bassiste et le guitariste entrent sur scène avec désinvolture tels des sentinelles, envoyant la chanson dans un tournoiement grâce à plusieurs crescendos avant qu’elle ne retombe finalement avec fracas telle une bête mortellement blessée. Avant que le public trempé de sueur ne puisse s’en remettre, le groupe se jete dans deux nouvelles chansons furieuses, qui abondent en crachat et jurons. Brett semble hurler “shit sucker !” et “rescue me from this horrible life”. Puis c’est le Tube. Le tohu-bohu éclate. Mentons meurtris et côtes écrasées. Le chanteur et le guitariste échangent des regards furieux, la foule les encourage comme si c’est un match de box illégal. Est-ce pour de vrai ou cela fait-il partie du concert ? Il y a un changemen de guitare pour l’une des chansons les plus lentes mais quelque chose ne va pas. Brett jete son micro par terre avec violence et dégoût et sort avec rage. Bernard le suit. La foule s’agite et certains au balcon commencent à scander : “Il n’y a qu’un Simon Gibert !” Brett est de retour. Il se joint au chant, puis rajoute “Pas merci pour ça !” Personne n’est vraiment sûr s’il blague ou pas. Bernard est revenu aussi, pour son trésor He’s Dead. Ce soir, elle semble être un incroyable solo de guitare avec Brett réduit à un gogo dancer accompagnant. Vers la fin le guitariste retrouve quelques notes de Loch Lomonds. Pas en reste, Brett s’y joint, “I’ll be in Scotland afore ye”. Le public d’Édimbourg pense qu’il se moque de leur patrie. “Connards condescendants !” Plus de sifflets suivent une intro avortée de Metal Mickey. “Que portez-vous ?” Un autre changement de guitare, un autre incident technique. Quelqu’un va taper quelqu’un dans pas longtemps. Au moment de la dernière chanson, la tension et le danger sont presque écrasants. Cela fait un concert fantastique. Stay Together ne se trouvera pas dans les bacs avant plusieurs jours, mais ce boucan paranoïaque ne ressemble que faiblement à la version polie que les fans entendent à la radio. La guitare de Bernard est telle un sacrifice hurlant, se tortillant dans ses mains. Brett crie “Whipping up a storm like a fucker from the dead” encore et encore jusqu’à ce qu’il parte sans prévenir, laissant les autres finir la chanson sans lui. Finalement, seul Bernard reste, au centre de la scène, sont t-shirt “Remember Elvis” trempé. Sa main gauche serre les dernières gouttes de vie de sa guitare tandis qu’il donne un salut triomphant de l’autre, croisement pervers enttre Benny Hill et le victorieux solitaire d’une lutte avec la mort. C’est la dernière performance publique de Bernard Butler avec Suede.

Cinq mois plus tard, dans la première interview depuis le départ de Bernard, Brett Anderson a dit au NME : “L’histoire de ce putain de groupe est ridicule. C’est comme Machiavelli qui réécrit Las Vegas Parano. Elle implique des milliers d’acteurs. Elle devrait avoir Charlton Heston en premier rôle… c’est comme un landau qui vient d’être poussé du haut d’une colline. Elle a toujours été féroce et passionnée, vraiment au bord et elle ne s’arrête jamais. Je ne pense pas qu’elle s’arrêtera. Elle ferait un putain de bon livre”.

C’était en août 1994, bien que la citation aurait pu facilement venir de n’importe quel moment de la tumultueuse carrière du groupe. Car l’histoire de Suede en est une d’extrêmes. De hauts vertigineux et de bas désespérés. D’époques où ils semblaient avoir le monde à leurs pieds et d’autres périodes où il semblait impossible de continuer.

Les détracteurs de Suede ont souvent décrits le groupe comme froid, cynique, prétentieux et, le plus accablant de tout, sans humour. L’opposé même dans ce cas. Suede sont trop humains tous. Leurs chansons sont des drames tragi-comiques sur des vraies personnes et de vraies vies. Ou comme l’a une fois dit Brett, “à propos de la capote utilisée jetée sous le litÌ. Leur histoire – sans vouloir paraître trop cynique, sans humour ou (j’espère bien que non) prétentieux – est un testament à la puissance de l’esprit humain. Et, on l’espère, elle fera un putain de bon livre.

Traduction – 4 novembre 2008