Déchiré
La légende de Joy Division

L’un des groupes les plus influents de Grande Bretagne est désormais le sujet d’un nouveau film irrésistible. Paul Lester parle à Peter Hook, Stephen Morris et Bernard Sumner – et au réalisateur Anton Corbijn

Trois décennies après qu’ils se soient formés et presque trente ans après leur apogée post-punk, Joy Division jette toujours une ombre géante sur le scène musicale. Il y a des rééditions de leurs albums en route, ainsi qu’un documentaire, un film majeur intitulé Control, et des tas de groupes, à la fois britanniques (Editors, Bloc Party) et américains (Interpol, les Killers, dont la version de Shadowplay de JD ferme le film) qui font de la musique sous leur influence.

La version étendue de leurs trois albums monolithiques (Unknown Pleasures, Closer, le moitié live Still), avec leur excellente et parfaite production du regretté génial Martin Hannett, ont été remasterisés par les membres survivants, et le documentaire, simplement intitulé Joy Division et produit par le manager américain de New Order, Tom Atencio, en cours de route.

Puis il y a Control. Tiré en partie de la biographie de la veuve de Ian Curtis, Deborah, parue en 1994, Touching From A Distance et réalisé par l’ancien photographe du NME Anton Corbijn (qui a pris la célèbre image du groupe dans un passage souterrain, avec uniquement Curtis qui fait face à l’objectif, et plus tard a tourné un clip pour Atmosphere de JD), il est filmé dans un noir et blanc austère. Il raconte l’histoire de l’émergence de Joy Division de Manchester et leur montée à la proéminence en tant que groupe capital de leur époque, et se concentre sur le drame qui entoure leur énigmatique chanteur qui, à 23 ans, s’est suicidé le 18 mai 1980, à la veille de la première tournée américaine de Joy Division, torturé par la maladie (il avait récemment développé l’épilepsie) et ses sentiments partagés pour sa femme et sa maîtresse belge Annik Honoré.

Il commence par Curtis adolescent qui fume des cigarettes et qui voue un culte à Iggy/Lou/Bowie dans l’appartement de ses parents à Macclesfield, qui voit ses horizons étendus par la légendaire performance des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall de Manchester, et capture son déclin et sa chute dans des détails médico-légaux. Certaines scènes finales obsédantes du film incluent Bernard Sumner qui tente d’exorciser les démons de Curtis par l’hypnose, sa tentative de suicide en avril 1980, et sa dernière soirée vivant, à écouter The Idiot d’Iggy et à regarder la Balade de Bruno de Werner Herzog.

Control est en fait le second film majeur à présenter Joy Division/New Order, le premier étant 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (2002). Et pourtant, voir leurs jeunes vies jouées sur grand écran n’a pas rapproché Bernard Sumner, Stephen Morris et Peter Hook de New Order ; en fait, ils ont passé la majeure partie du mois d’août à se séparer dans une guerre de mots, malgré le fait qu’ils aient écrit de la musique nouvelle pour la bande originale de Control, aperçu terriblement tentant de ce qu’aurait pu être le successeur de Closer de 1980.

Malgré le fait qu’ils se désintègrent en tant que groupe, ils ne rechignent pas, individuellement, à discuter des réussites des pas un mais deux des plus grands groupes britanniques depuis les Beatles et les Stones. Ici, Sumner, Morris et Hook parlent dans le détail de Ian Curtis, New Order, Control, et le pouvoir et la gloire durables de la musique de Joy Division, pendant que Anton Corbijn, dans une rare interview face à face, discute du film qui a reçu un accueil enthousiaste au festival de Cannes de cette année et qui a réussi à obtenir le feu vert unanime de New Order eux-mêmes.

“Ils ne s’accordent pas sur grand chose, mais ils ont tous semblés aimer ce film, dit le réalisateur. Alors c’est un première”.

PETER HOOK
LE GRAND CHEF DE LA BASSE PORTÉE BAS DONNE UNE INTERVIEW ÉMOTIONNELLE SUR SA VIE ET LE TEMPS.

Étais-tu satisfait de la manière dont tu es représenté dans Control ?
Eh bien, je me suis bien plus reconnu dedans que dans 24 Hour Party People. Quant aux autres personnages, je ne pense pas qu’une personne soit complètement fausse. Il semble assez juste. Je veux dire, Debbie et Annik semblent s’en sortir assez bien [rit]. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde, hein ?

Est-ce que le film prend parti ?
Bernard, Stephen et moi, on se souvient différemment des choes. Ça doit être pris en compte. C’est une histoire vue de trois manières différentes, avec chaque personne qui se rend plus belle.

Est-ce une version poétisée des événements ?
Non. Plutôt, il aurait pu la rendre plus laide. Mais Anton l’a très bien traité. J’étais très impressionné par ça. Je ne pense pas qu’on ait pris de sgants avec. Ce n’est pas un travail à la hachette. Je ne pense pas qu’elle ait été glamorisée pour l’effet. Je pense que c’est traité très véridiquement, étant donné que c’est un sujet délicat.

Avez-vous été impliqués du début à la fin ?
En fait, oui. On a été impliqués en regardant le scénario, en racontant nos histoires et d’autres anecdotes tout le long.

Est-ce qu’Anton a déjà dit : Attends, Bernard a dit quelque chose de complètement différent… ?
Il y a eu des occasions comme ça. C’est toujours comme ça avec New Order, ce qui est assez intéressant. On est comme des négatifs des autres. Les choses principales dont traite le film sont très connues de toute manière. Il se peut qu’il y ait des détails que je pense sont faux mais rien qui n’ait gâché mon plaisir. Si “plaisir” est le bon mot : ça fait aussi plaisir que gratter une croûte. Tu sais que tu ne devrais pas le faire parce que ça va te faire plus mal à la fin. Je ne pensais pas que le film allait m’affecter autant, honnêtement. Ça m’a fait me rendre compte que la chose est toujours à vid. Ce n’est pas sympa à voir. Je suis le pire juge de ça parce que j’étais là. Regarder le film a tout ramené. La prochaine fois que je le verrai, ça sera à l’avant-première de Manchester. Ça sera bizarre pour des milliers d’autres raisons.

Est-ce que Joy Division mérite sa réputation d’obscurité et de désespoir ?
J’ai toujours été en désaccord avec la manière dont les gens décrivent Joy Division. Certains voyaient le groupe seulement comme sombre et triste. Je l’ai trouvé génial, putain ! Je courais de joie grâce à lui. Il n’y a pas grand chose qui me fait cet effet aujourd’hui…

Quand on s’est réunis nous quatre, c’est devenu cette force très sombre qui était très puissante. Dès qu’on arrêtait de jouer, on revenait à la normale. Les gens ont toujours présumé qu’on était des gars très sérieux et austères. Ces éléments ne sortaient uniquement quand on jouait ensemble.

La chose intéressante du film, c’est comment le groupe se développe : ils sont en fait meilleurs au fur et à mesure que le film avance. Je pense que c’était un triomphe subtil, parce que le groupe ne sonne pas aussi bon au début du film qu’à la fin. Anton capture intelligemment cette transition.

Qu’est-ce qui était le plus étrange : te voir représenté en tant que personne ou en tant qu’artiste ?
À cause de toute la merde qu’il y a en ce moment avec New Order, le truc le plus étrange était de revenir à une époque plus heureuse. On avait tous ces espoirs et rêves quand on a commencé. Trente ans plus tard, on se chamaille comme un vieux couple au mariage malheureux.

Mais la bizarreté ultime, c’est la fin. C’était très puissant et très énervant. Tout le monde s’est levé et a applaudi. Et je pense : “C’est ma vie. Asseyez-vous, bande de cons”. Je suis assis la tête dans les mains, à pleurer. C’était une expérience hallucinante.

L’as-tu vu avec les autres ou seul ?
Je l’ai vu une fois seul quand il n’était pas fini, puis une fois ensemble à Cannes. On était dans la même salle mais séparés. Barney ne me parlait pas à l’époque. Il savait alors que je voulais séparer le groupe mais il ne voulait pas en parler et il ne voulait pas me parler.

Tu pensais que la sortie du film vous rapprocherait.
Le film vient à un mauvais moment. On ne choisit pas ces choses, hein ? C’est bizarre parce que ni Barney, ni Steve m’a dit quoi que ce soit à Cannes. C’était comme si j’étais le fou de dire ce que j’avais dit.

Est-ce plus fidèle à l’esprit de Joy Division le fait que vous ayez cette phase grincheuse ?
(rit) Je ne sais pas vraiment, mais ça fait de la bonne presse. Si tu dois partir, claque la porte bien fort au lieu de t’effacer en pleurant.

Est-ce que tu penses que Control se compare aux autres biopics rock ?
Je pense que le seul auquel on peut le comparer, c’est Backbeat. The Doors était plus comme 24 Hour Party People pour moi.

Comment est-ce que Anton a approché les dernières heures de Ian ?
C’était très difficile. La police a décrit ça comme un cas classique : suicide provoqué par dépression, bien documenté par ses appels à l’aide. Malheureusement, on était tous trop jeunes pour comprendre. Mais cette partie du film est glaciale. Vers la fin, on aurait dit que quelqu’un m’avait arraché le cœur et marchait dessus. Quand Atmosphere a commencé, j’ai pensé que j’allais vomir, honnêtement.

Est-ce qu’il y a eu des moments dans le film où tu as voulu avoir pu y rentrer pour sauver Ian ?
Non, ma vie est comme un film de toute manière. Parfois je voudrais en sortir. C’est comme Die Hard.

Comment t’es-tu entendu avec Anton ?
Je me suis brouillé avec lui quand il a commencé à nous dire comment la musique devrait être. Après 30 ans de vie avec la mort de Ian Curtis, si je ne savais pas comment la musique devrait être, alors je ne le saurais jamais, bordel ! On a eu une altercation parce que je n’ai pas besoin que quelqu’un me dise comment écrire de la musique qui va avec la mort de Ian. Parce que je dois vivre avec le fait qu’il soit mort à chaque moment de ma vie.

On s’est réconciliés. J’aime Anton. C’est juste qu’il y a eu des moments où il était en mode réalisateur à plein temps et peut-être qu’il n’appréciait pas combien nos corps et âmes étaient investis dedans.

On a écrit la musique en tant que Joy Division : nous trois. Malheureusement, notre relation se détériorait à l’époque. Steve et moi, on a écrit nos parties ensemble. Bernard a fait ses parties séparément.

La musique est géniale. Anton nous a accusé de la faire trop belle. Il ne voulait pas que la musique porte atteinte au film. C’est de l’excellente musique de Joy Division. Dieu seul sait si cette musique sortira parce qu’on se bat tellement en ce moment.

Est-ce comme un successeur à Closer ?
Je l’ai vu comme notre seule chance en tant que New Order de revenir à Joy Division, seulement sans Bernard qui chante et sans à avoir à s’inquiéter de paroles ; juste mettre nos corps et âmes dans Joy Division. On peut entendre la différence entre New Order et Joy Division assez clairement. J’attendais tellement avec impatience de travailler sur ça. Malheureusement, ça coïncidait avec nous qui nous battions. Mais ça montrait que nous trois, on pouvait toujours faire de la belle musique ensemble, ce qui rend le scénario présent d’autant plus triste vraiment.

Si Ian ne s’était pas suicidé, est-ce qu’Anton aurait fait le film ?
Une autre question : est-ce que le succès aurait changé Joy Division ? On ne le saura jamais, parce qu’on luttait encore quand Ian est mort. On ne gagnait pas d’argent, on ne vendait pas beaucoup de disques. Alors Joy Division n’a jamais connu le succès. Pour ce que j’en sais, le succès aurait pu sauver Ian. Ça aurait pu lui donner le remontant dont il avait besoin. Mais tout est arrivé après sa mort. S’il avait passé ça, je pense qu’il aurait fini comme un croisement entre Bob Geldof et bono avec un petit peu de lui des Doors rajouté dessus.

Le plus grand regret de ma vie est qu’on soit devenus méga gros après Joy Division et que Ian n’était pas là pour le vivre. Parce que je pense qu’il aurait fait une merveilleuse rock star. On pense à des gens comme Sting, Robbie Williams et Bono… Ian aurait soufflé ces connards.

Joy Division projete une ombre plus longue aujourd’hui qu’en 1980.
Et ça me ravi putain ! aucun groupe semble capable d’usurper Joy Division. C’est vraiment bizarre. Tu regardes des groupes comme Editors et Interpol. Ils se rapprochent mais ils ne semblent pas le faire. U2, les pauvres, ont essayé et essayé de s’approcher de ce que Joy Division faisait. Mais ils n’y arrivent pas, hein ? On n’y arrive même pas en tant que New Order.

Quels sont tes sentiments sur Control à la fin ?
La manière dont je juge un film, c’est sur combien de personnes vont pisser durant. Quand je l’ai vu, seules deux personnes se sont échappées. L’une d’elles était Bernard. Il a une petite vessie. On dirait une femme de 75 ans.

À ma connaissance, Deborah [Curtis] ne l’a pas vu. Natalie [Curtis, la file de Ian, 13 mois au moment de sa mort] l’a vu, et ça a dû être bizarre pour elle. Parce que la chose dont je me sens le plus coupable, c’est qu’elle a perdu son père. Je donnerai n’importe quoi pour ramener ça ; plus que tout ce qui a à voir avec la musique.

Non pas que Control me fait révaluer mon existence entière. Il me fait me rendre compte que cette partie de ma vie a été très spéciale pour beaucoup de gens. Ça aide de se rappeler ça quand je traverse beaucoup de merde dans la vie comme maintenant. Quand j’ai l’impression d’avoir rien fait. La rupture d’une relation est toujours difficile, surtout une de 30 ans. Quand je vois le film, ça me fait me rendre compte que Joy Division a changé le monde. C’est fantastique.

Qui devrait réaliser le prochain, les années New Order ?
Quentin Tarantino. Vive les bains de sang ?

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Qu’as-tu pensé de Control ?
Je l’ai aimé. Certains pourraient s’attendre à ce qu’il soit à propos de Joy Division mais ce n’est pas le cas. C’est l’histoire d’Ian, et le reste du groupe fournit le relief.

C’est bizarre de se voir interprété par quelqu’un dans un film. Ça marche, même si on accepte qu’il va y avoir des changements artistiques – par exemple, je ne me souviens pas d’être parti en tournée avec un sac ! Mais tous les faits clés sont là.

Est-ce que les détails de ton personnage sont corrects ?
C’était facile de me faire parce que je ne dis pas grand chose.

Et les scènes avec toi, Hooky et Bernard ? Étaient-elles basées sur le ouï-dire ou les faits ?
L’une d’elles est basée sur l’enregistrement d’une interview. Le reste a dû être inventé au fur et à mesure (rit). Mais c’est plus centré sur Ian.

T’attendais-tu à ce qu’il soit plus arty et plus prétentieux ?
Ouais, basé sur ce qu’Anton avait fait avant. Mais c’était des clips, pas des longs métrages. Je pense qu’il a fait du bon travail. C’est juste que ça m’amuse qu’on dirait que Macclesfield n’a qu’une seule rue ! Une partie a été filmé à Nottingham mais les scènes devant la maison de Ian, c’est Macclesfield. C’était sa maison. Ma tante se plaignait parce qu’elle ne pouvait pas aller chez le médecin avec toutes les caméras !

Ça ressemble aux années 1960. Récemment, j’ai déniché des tas de vieilles photos, et ça ressemblait bien un peu à ça. On voit des photos des années 1970 et elles auraient pu être prises durant la guerre.

Parce que Control est en noir et blanc, on rate toutes les couleurs étranges de l’époque, comme les voitures couleur mandarine, tous les trucs que Life On Mars fait si bien. À l’origine, il devait y avoir une séquence où on voyait les yeux de Ian en couleur. Mais ça ne fonctionnait pas.

Est-ce une version poétisée des événements ou une version graveleuse et réaliste ?
Peut-être un peu des deux. S’il avait été trop réaliste, on se serait retrouvés avec un de ces films à problème. Ça aurait trop ressemblé à Cathy Come Home. Je pense qu’il est bien équilibré.

Qu’est-ce que cela fait de voir le début de sa vie mystifié ?
C’est ce qui m’a fait plonger dans les vieilles photos, parce que je me demandais : “Ça ressemblait vraiment à ça ?” Elle [l’époque capturée dans Control] paraissait plus datée que je ne pensais qu’elle le serait.

Comme se compare-t-il à 24 Hour Party People ?
C’était une farce, et il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas vraies, ou c’était des exaggérations. C’était un peu comme Carry On Factory Records. Celui-ci est plus basé sur les faits.

Pourtant, c’est assez étonnant d’avoir un film réalisé sur nous tandis que la majeure partie des personnages sont toujours vivants. En avoir deux est assez bizarre.

Comment Control se mesure à, disons, The Doors d’Oliver Stone ?
J’ai trouvé The Doors terrible. Et j’aurais détesté la pensée de Control impliquant des acteurs qui font du play-back. Quand j’ai entendu qu’ils allaient jouer la musique eux-mêmes, je savais que ça pouvait aller de deux manières : très bon ou très merdique. Mais ils ont vraiment bien réussi leur coup.

Te souviens-tu d’Ian comme le personnage montré dans Control ?
Tout le monde a son propre Ian, ses propres souvenirs de lui. Dans le film, c’est la version de quelqu’un. Au bout du compte, c’est un acteur qui prétend être quelqu’un. Il y a définitivement des bouts d’Ian à l’écran que je reconnais.

La scène d’épilepsie dans la voiture est arrivée à peu près comme ça. Peut-être que Ian était encore plus infect en réalité. Ça a monté en une vieille dispute à propos de mon sac de couchage. “Tu l’as eu pendant 10 minutes – je le veux !” Il était vraiment con, il me tapait dans le dos. (trsitement) Puis on s’est rendu compte que quelqu’un n’allait terriblement pas.

Est-ce que tu penses que le film se glorifie dans l’obscurité et le suicide, ou est-il sans équivoque certain ?
Je pense qu’il est assez franc. Il y a eu quelques versions de scénarios et certaines commençaient avec la fin dès le début, puis toute l’histoire est racontée à l’envers. J’aimais assez l’idée parce qu’on se débarrassait de la mort. Mais la manière dont ils l’ont fait maintenant fonctionne aussi bien.

Finalement, la génération post-punk a son propre film…
Ouais, peut-être que ce sera Frankie Goes To Hollywood après ! Ou Nirvana. Mais il est horrible de penser que quelqu’un ait dû mourir avant qu’ils ne fassent un film sur vous. Nirvana sont probablement les premiers prétendants à un biopic, même si c’est un terme que j’ai en horreur.

Qu’est-ce que c’était de regarder Control avec les autres ?
Je l’ai vu avec Bernard et Hooky à Cannes. On aurait pensé que le film nous aurait rapprocher à nouveau. Mais ça a été éclipsé par le zoo qu’est Cannes. Il y a des flashs partout, ce qui n’est pas nous. Il y avait une fête Control sur la plage où ils ont diffusé les images live de [la vidéo de Joy Division] Here Are The Young Men en boucle. Si on avait remonté le temps et que Joy Division avaient essayer d’aller à une fête comme ça, on leur aurait dit d’aller se faire foutre.

Y’a-t-il un danger de devenir mainstream ? Préfères-tu l’idée de Joy Division en tant que plus grand groupe underground du monde ?
Ouais. Ce n’est pas un mauvais épitaphe. Mais ce n’est pas que nous. C’est la manière dont a tourné la musique elle-même. Je me souviens de la musique comme étant très personnelle. Tu rentrais à la maison avec le LP et il t’appartenait. Aujourd’hui, tu vas à Boots pour acheter une brosse à dents et Iggy Pop est dans les haut-parleurs. La musique est devenue comme l’air ; elle a perdu beaucoup de mystique. Et tu n’as pas cet attachement personnel qu’on avait avec une pile de vinyles qu’on a avec les téléchargements.

Quelqu’un a dit une fois que Joy Division était le dernier groupe qui comptait, le dernier groupe avec lequel quelque chose comptait…
Alors que pour la plupart des groupes aujourd’hui, c’est devenu une option de carrière. Pour nous, ce n’était pas que se sentir angoissé et vouloir sortir ça. On n’avait pas la moindre idée de ce qu’on faisait. C’était ce qu’on voulait faire. C’est mopins une expressions de soi aujourd’hui et plus l’expression de quelqu’un que tu devrais être.

Qu’est-ce que JD a changé ?
C’était un amalgame de Joy Division, de Factory, des pochettes de Peter Saville – tout le lot. Factory a changé la manière dont fonctionnaient les maisons de disques. On a changé beaucoup de choses juste en voulant faire chier le monde et Factory nous a ouvert la voie. Ça a fonctionné contre nous le fait qu’on paraissait comme des individus sombres et mystérieux. Puis, quand les gens nous rencontraient en personne, ils étaient un peu énervés. Le fait qu’on faisait des blagues à tout le monde n’a pas aidé.

Est-ce que le film aurait été fait si Ian ne s’était pas suicidé ?
Je pense que la seule manière dont Ian aurait survécu aurait été la fin du groupe. Si on s’était tous séparés en disant : “Okay, remets-toi sur pieds”. Si cela était arrivé, ce film n’aurait jamais été fait, définitivement.

Dans quelle mesure ses problèmes étaient liés aux femmes ?
Les femmes étaient définitivement impliquées. C’était l’une des raisons pour laquelle il avait monté le groupe, cet instinct primal. Mais je ne peux souligner assez que Joy Division était le produit de nous quatre, avec Martin Hannett, qui a fait sonner les disques comme ils sont. On en comprenait pas ce qu’il faisait. On voulait sonner de la manière dont on sonnait sur scène, mais ce n’était pas le cas des disques. Les entendre récemment a été un petit choc – quand on en est venus à les remasteriser, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait leur imposer des valeurs de production modernes. On finit pas les rendre pires, pas meilleurs.

Unknown Pleasures et Closer sonnent toujours aussi fantastiques aujourd’hui.

Qu’est-ce que c’était d’enregistrer de la nouvelle musique de Joy Division pour la bande originale ?
Ce n’était pas comme si on s’était mis dans la peau de nous trente ans plus tôt. On ne peut pas vraiment faire ça. On ne peut pas rembobiner 30 ans de sa vie et être la personne qu’on était à l’époque, parce que tu ne l’es pas. Avec la BO, on regardait ce que Anton voulait. Ça pourrait être Joy Divisionesque. Mais on n’essayait pas d’être à nouveau Joy Division. Il n’y a seulement que trois petits morceaux dedans et ils sont assez légers : la scène de l’hypnose, la scène où il quittait l’hôpital et la dernière scène.

Peut-on écarter un troisième album de JD ?
Je ne pense pas que ça va arriver (rit). Après la mort d’Ian, on a retourné la chose quand on a fait New Order et c’était un cas de : “On n’est pas Joy Division”. On aurait pu prendre un autre chanteur et faire des vieux trucs. On a préféré tirer un trait dessus. Il nous restait Ceremony et In A Lonely Place en deux dernières chansons de Joy Division. On les a prises comme des cadeaux et on en est arrivés à avoir la réputation d’être en rogne durant les interviews. Eh bien, la seule raison pour laquelle on se mettait en rogne, c’était parce que tout ce qu’on entendait était : “Pourquoi est-ce que Ian s’est tué ?” Alors on a arrêté de faire des interviews. On est allés dans la direction opposée et on a commencé à faire du disco, l’antithèse de ce qu’aurait fait Joy Division. Mais avec le recul, ce n’était pas si différence de ce qui aurait pu arriver.

Quand on s’est remis ensemble en 1998, on s’est demandé “Pourquoi on ne joue plus de chansons de Joy Division ?” Si quelqu’un allait les jouer, alors c’était sûrement nous. Ça nous a vraiment pris aussi longtemps avant de pouvoir boucler la boucle. Une fois qu’on a commencé à les jouer, c’était intéressant parce qu’on s’est rendus compte que la manière dont on approchait les chansons était très différente dans New Order. Avec Joy Division, on faisait juste ce qu’on faisait, se nourrissant de chacun, plutôt que d’avoir du sens sur le plan musical. Dans New Order, c’était inchangeable parce que c’était comme un saleté de robot !

Avec New Order, on a recommencé à zéro. Ian était tellement une grande partie de notre son. On ne pouvait pas remplacer ce qu’il faisait. Ça n’aurait pas été correct si quelqu’un avait prétendu être lui dans le groupe. Alors, on devait être un groupe complètement différent. Au moment de Power Corruption & Lies [de 1983], on travaillait avec des boîtes à rythmes et des synthés, ce qui est devenu la locomotive.

Je ne le verrais pas comme une renaissance. On ne nait qu’une fois.

Comment as-tu trouvé la transition de Joy Division à New Order ?
Très difficile. Après tout, l’un de nos potes était mort d’une manière très bizarre. Ça sonne horrible, mais ce n’est qu’après la mort d’Ian qu’on s’est assis et qu’on a écouté les paroles. On se retrouve à penser : “Oh mon Dieu, j’ai raté ça”. Parce que moi, je regardais les paroles d’Ian et trouvais qu’il était vachement intelligent pour se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais cru qu’il écrivait sur lui-même. Avec le recul, comment ai-je pu être aussi crétin ? Bien sûr qu’il écrivait sur lui-même ! Mais je ne suis jamais allé le voir en lui demandant “Qu’est-ce qu’il se passe ?” Tu perds ton temps à te demander ce que tu aurais pu faire. Je ne lui ai pas posé ces questions et je dois vivre avec ça. En regardant le film, il y a eu des moments où j’aurais voulu rentrer dans le film. Malheureusement, on ne peut pas.

De qui es-tu le plus fier : Joy Division ou New Order ?
Quand j’y repense, je ne vois plus deux groupes différents, c’est une unité. Au début de New Order, je le compartimentais et j’ai pratiquement claqué la porte sur Joy Division. Si tu m’avais posé cette question à l’époque, j’aurais dit que “c’est un groupe complètement différent”. Avec le recul, je dirais que c’est un groupe à qui quelque chose est arrivée et on est sorti de l’autre côté.

Aller aux États-Unis aurait pu tout changer…
Dieu seul le sait. C’est l’une des choses les plus bizarres que je n’ai jamais pu comprendre, parce que Ian voulait aller aux États-Unis autant que nous. On était des mômes dans une boutique de bonbons. C’était d’autant plus choquant qu’il l’ait fait à ce moment. Ian était : “Génial, on se voit à l’aéroport”. Mais ça n’est jamais allé aussi loin.

Est-ce que Joy Division aurait pu devenir U2 ?
Je n’espère pas. Mais je savais qu’on avait un impact. Depuis, on a eu Live Aid et tout le reste. La musique est désormais une façade, pas le moteur.

Quel est le futur de New Order ?
Je ne sais pas vraiment. Le truc avec New Order, c’est qu’on s’est toujours efforcés à ne pas avoir de plan ni d’idée de ce qu’on allait faire apprès. On verra.

Est-ce que Joy Division/New Order est le groupe le plus important entre les Beatles…
… et n’importe quel groupe important demain ? Ce n’est pas à moi de le dire. Il s’avère que je suis dans un groupe dont j’aimais la musique. Quand tu fais ça, il n’y a pas d’intention d’être important sur le plan historique. C’est sympa si quelqu’un pense qu’on est le lien entre les Beatles et n’importe qui. Je ne peux que voir ça comme une époque de ma vie qui a été désormais documentée dans deux films.

BERNARD SUMNER
LE METTEUR EN SCÈNE NON OFFICIEL DE JD/NO À PROPOS DES VRAIS MOTIFS DU SUICIDE DE IAN CURTIS.

Qu’as-tu pensé de Control ?
Je l’ai aimé, il est incroyablement juste.

Certains s’attendaient à ce qu’il soit plus artistique, plus avant-garde…
Mais ce n’est pas vraiment une histoire avant-gardiste. Il était important que l’histoire vienne d’abord, avant toute sorte d’expressions libre de la part d’Anton. Ian est le personnage principal, pas Anton. Je pense que les gens veulent l’histoire. J’aime vraiment l’image. C’est en gros comme c’était, vraiment. Peut-être que les personnages du groupe ont été un peu supprimés. On était plus puérillement idiots que ça. Mais on avait un côté sérieux et c’est capturé de manière très juste. Le gars qui joue Ian a fait un boulot absolument étonnant. Une chose, c’est que Ian avait un côté très explosif et ça n’apparaît qu’une fois dans le film. Sa manière de traiter les problèmes était d’exploser. Mais les êtres humains sont des créatures compliquées. Il est impossible de capturer toutes les facettes de la personnalité de quelqu’un dans un film.

Cela doit être bizarre de voir quelqu’un vivant après 27 ans…
Ouais. Ça a été très étrange de le voir à Cannes, voir des tas d’autres gens te regarder.

Les acteurs ont très rapidement appris à jouer les chansons.
Quand on a écrit ces premières chansons, on ne jouait de nos instruments que depuis huit mois. Par la nature même de ça, nos parties étaient très simples. On s’asseait dans cette salle de répétition, une grande usine désaffectée avec des vitres cassées et des ordures empilées dans un coin. On avait le magnétophone le moins cher du marché. Et on jouait. Ian choisissait toujours les bons morceaux : “C’est bon, ça fonctionne”. Et je disais : “Okay, ajoutons ce morceau à ce morceau, ça sera une bonne chanson”. Alors Ian reperrait les riffs et je faisais les arrangements.

On dirait que le film se déroule dans les années 1960…
C’est parce qu’on est à Macclesfield ! Y’a toujours eu une décennie de retard.

Le son de Joy Division en est un techno moderne européen et soigné, et pourtant il est fabriqué dans les rues pavées et les barres HLM du vieux Nord anglais lugubre…
Steve a une discothèque électique. Il aimait le son Krautrock, des groupes comme Neu! Il avait travaillé chez un disquaire et avait chipé des trucs de là-bas. Notre son était un produit de la musique qu’on écoutait.

Cela doit être bizarre de voir la fin de votre adolescence mythifiée sur le grand écran.
J’ai une assez bonne mémoire de moi à l’époque. La question pour moi est comment quatre jeunes hommes faisaient de la musique qui était si lourde. On écoutait des choses comme The Idiot d’Iggy en répet’ et on savait qu’on ne pouvait faire de la musique comme ça parce qu’on était pas assez compétents. On laissait l’empreinte de nos personnalités sur la musique de Joy Division et elle sonnait lourde. Mais on n’était pas vraiment des gens lourds. Je suppose que j’avais eu la vie dure auparavant. J’ai dû passer par beaucoup de décès et de maladies dans ma famille depuis un jeune âge. Peut-être que ça m’a donné une perspective lugubre sur le monde.

Tu dis “lourd”, mais à bien égards le film est assez léger étant donné que c’est un film sur Joy Division réalisé par Anton Corbijn. Il a ses moments de légéreté et d’humour.
Je pense qu’il [Anton] a laissé la musique faire ça, la laissé parler en son nom. On ne veut pas faire quelque chose qui est si lourd qu’on doit l’arrêter après 10 minutes. C’est un film accessible. De cette manière, on communique à plus de personnes.

Avec le recul, on était l’opposé de personnes lourdes. On était flippants et joueurs. On aimait bien rire. Mais quand on entrait dans la salle de répet’, c’est la musique qui en sortait.

Il y avait un sentiment inexprimé qu’on ne pouvait pas parler de notre musique. Il y avait ce flot de créativité et on ne devrait pas la regarder de trop près ou l’analyser. Ne la remets pas en question. Ne l’observe même pas. Définitivement, n’essaye pas de la comprendre. Tout a été fait à l’instinct. Il n’y avait ni formule ni processus. Durant les répétitions, moins on en parlait et moins on la regardait, plus facilement venait la musique.

C’était l’une des raisons pour lesquelles on n’aimait pas faire d’interviews. Parce que les journalistes nous demandaient comment on écrivait et d’où venait le son. On était véritablement incapables de répondre à ces questions. Si on commençait à leur répondre, ça étouffait notre créativité.

Combien d’attention as-tu payé aux paroles d’Ian ?
Quand Ian est mort, j’ai passé en revue ses paroles et je me suis retrouvé à penser : “Mon Dieu”. On les regarde avec un filtre différent à cause de ce qui est arrivé. Mais on n’a jamais vraiment écouté ses paroles, pour être honnête. Du moins, on ne s’est jamais assis pour analyser ses paroles. C’est un peu comme lire les lettres de ton ami, je suppose.

As-tu été consulté à propos de la scène d’hypnose dans le film ?
Ouais. Je n’étais pas sûr si je voulais qu’elle y apparaisse. Mais la manière dont Anton l’a traité l’a rendue acceptable. Lors des répétitions, quand on s’ennuyait, je faisais parfois l’imbécile avec l’hypnose. J’ai découvert que Ian pouvait être facilement hypnotisé. À un moment, j’ai fait de la régession hypnotique sur lui. Il a eu ces visions d’expériences passées. Quand je l’ai ranimé, il n’avait aucun souvenir. Je n’avais pas les boules quand ça a marché sur Ian parce que je l’avais fait tellement de fois auparavant. Il était très susceptible. J’avais entendu qu’on pouvait débloquer des problèmes chez les gens. D’une manière, c’était une tentative désespérée pour débloquer ce qui causait les problèmes d’Ian.

Il est resté chez moi pendant 10 à 15 jours [au début de l’année 1980]. On veillait tout la nuit à parler. Un soir, je lui ai demandé à propos de l’hypnose que je lui avais fait en répet’. Il ne s’en rappelait pas. Alors j’ai dit qu’on devrait le refaire, et que je l’enregistrerai. Alors c’est ce qu’on a fait et il a eu exactement les mêmes expériences qu’il avait eu en répet’. C’était une tentative d’atteindre son problème.

Mais ce n’était pas à propos de Deborah ou d’Annik. On ne s’y est pas impliqués. Comment est-ce qu’on pouvait lui dire avec quelle fille aller ? Ça aurait été injuste pour les deux.

Le film m’a aidé à voir les chose de la perspective de Debbie. Elle semblait toujours amère et en colère contre le groupe. Le film montre pourquoi elle pensait ça. Après la mort de Ian, elle a été complètement isolée ; elle n’avait personne vers qui se tourner. Toutes ces années, elle a été laissée seule. En tant que groupe, on avait un cours politique très difficile à naviguer entre Deborah et Annik. On devait se tenir à distance. Le film m’a vraiment aidé à comprendre leur point de vue, d’avoir une idée de l’expérience dans leurs yeux.

Est-ce que Control conclut que la musique de Joy Division était ultimativement “sur” les problèmes de Ian avec les femmes ?
Je ne pense pas qu’il dit que la musique de Joy Division parlait de ça. C’était plus un cas qu’on faisait cette musique et le chanteur avait ces problèmes. Une grande partie de la musique a été écrite avant qu’il ne rencontre Annik. Il n’était pas déchiré entre deux femmes au début du groupe. Peut-être que ça veut juste dire que les problèmes d’Ian étaient insurmontables. Non seulement avait-il cet horrible problème de relation, mais il avait cette maladie qui est arrivée en même temps. Il a développé l’épilepsie à 22 ans et ce n’était pas une forme modérée. C’était vraiment, vraiment mauvais et elle arrivait fréquemment. Puis il avait cette personnalité explosive….

Les gens me demandent souvent pourquoi Ian s’est tué. Il y a tellement de choses. À part le reste, l’épilepsie a dû projeter une ombre sur son avenir, particulièrement son avenir avec le groupe. Avec les relations, c’était une autre ombre géante. Il était extrêmement coupable à propos de sa fille Natalie parce que sa relation avec Debbie se détériorait. Je me souviens de lui qui me disait qu’il ne pouvait pas prendre Natalie dans ses bras au cas où il aurait une crise et la lâcherait. Ça le perturbait vraiment. Il ne pouvait conduire. À cet âge, 22 ou 23 ans, peu importe combien tu te sens mature, ça fait beaucoup à gérer.

Puis il était dans un groupe qui faisait des concerts. avant de mourir, on venait de passer quatre ans à devenir Joy Division. On avait acheté nos instruments, écrit les chansons et on était allés les jouer. Ça a révolutionné toutes nos vies parce qu’on était des garçons de petites villes : Steve et Ian venaient de Macclesfield qui est une petite ville. Hooky et moi, on venait de Salford qui est une petite ville d’un point de vue culturel. On avait passé deux ans à jouer dans des bouges et des bleds partout. Chaque concert était une éducation énorme pour nous et on trouvait notre place. Après quatre ans, on était sur le point de devenir vraiment grands. On allait aller aux États-Unis. Les gens prennent l’avion pour New York tous les jours aujourd’hui pour faire du shopping. À cette époque, c’était une grands chose. Pour nous, partir de jouer dans des petits clubs du West Yorkshire ou du Lancashire à jouer sur la côte Est des États-Unis était une grande chose. On était tous si excités par ça. Mais, pour Ian, il y avait la pensée d’aller là-bas et d’avoir des crises devant des gens durant un concert. On n’avait pas de lumières stroboscopiques mais parfois un rythme particulier lui faisait quelque chose. Il partait en transe pendant un moment, puis il partait et avait une crise. On devait arrêter le concert et l’emmener dans la loge où il pleurait toutes les larmes de son corps parce que cette chose horrible venait de lui arriver. Les médicaments qu’il prenait semblaient aggraver la situation. Ils le rendaient très, très triste. Une minute il riait, la suivante il pleurait. Il était sous de lourds barbituriques, mais ils n’arrêtaient pas ses crises. Ils semblaient être un autre problème pour lui. Je ne pense pas qu’il y avait de solution au problème d’Ian à cette époque.

Avais-tu une petite idée qu’il ne prendrait pas cet avion pour les États-Unis ?
Non, je pensais qu’il allait le prendre. Si Ian n’avait pas été malade, je suis sûr que Joy Division aurait été énorme. Mais si on aurait été aussi gros, Ian n’aurait pas pu gérer ça. Je pense qu’il aurait atteint un point où ça aurait été : “J’en peux plus, les gars”. Avant d emourir, il y avait des périodes où il sentait qu’il devait quitter le groupe. Il avait un ami à Bournemouth et il allait ouvrir une librairie. Ce qui est arrivé, c’est qu’on a décidé de faire une pause de trois ou quatre mois pour voir si Ian voulait continuer. Et il a décidé qu’il le voulait.

Comme Cobain, y-avait-il une partie de lui qui ne voulait pas être une rock star célèbre ?
C’est une question intéressante. Je me la suis souvent posée à son propos. Après toutes ces années à essayer, il obtenait ce qu’il affirmait vouloir. Ça s’est transmuté d’un rêve à une réalité. Peut-être qu’il voulait le rêve mais pas la réalité. Je pense qu’il y a une possibilité définie de ça, ouais.

Comme Jim Morrison et les autres, est-ce que Ian était voué à mourir jeune ? Était-ce complètement et horriblement inévitable ?
Il y a un élément de vérité dans ça. Ian savait à un certain moment de sa vie qu’il allait se suicider. Il a gardé ça bien loin de nous parce qu’on était très surpris quand il a fait sa première tentative : six semaines avant de mourir, il a fait une overdose de cachets.

Le premier signe de problème a été quand il est arrivé aux répets un jour. Il a dit qu’il s’était réveillé par terre avec des marques de couteau sur la poitrine et les bras. Qu’est-ce que ça pouvait être, bordel ? Puis est venue l’overdose de cachets, probablement des barbituriques avec une demi-bouteille de whisky. Mais il s’est dégonflé et a appelé une ambulance. Il m’a dit que la raison pour laquelle il a appelé l’ambulance, c’est qu’il avait lu que si on ne prend pas assez de cachets, on pouvait finir avec des lésions cérébrales.

Quand Rob [Gretton, le manager] m’a appelé pour dire que Ian s’était suicidé, je l’ai compris comme : “Ian a refait une tentative”. Mais comment peut-on le juger ? Parce qu’on n’a pas eu les expériences de sa vie. C’est impossible pour nous de regarder sa vie du point de vue qu’il avait.

Peut-être que si ses problèmes étaient arrivés quand il était plus vieux, il ne se serait pas suicidé. Je ne sais pas s’il avait une attitude envers le suicide avant de le rencontrer, ou s’il avait déjà fantasmé dessus avant. C’était certainement un sujet qui n’est jamais venu dans la conversation. Pas avec moi en tout cas. Je ne sais pas s’il en a déjà parlé avec Debbie.

Comment penses-tu qu’Anton a traité cette partie du film, la scène finale ?
Vraiment bien. Il n’y a rien de sensationnaliste dedans. Tout le monde sait ce qui est arrivé à Ian. Le film dit juste : “C’est ce qui est arrivé”. C’est tout ce qu’on a besoin de savoir, vraiment. Parce que c’est important de préserver la dignité de Ian.

Comment penses-tu que Ian émerge de Control ? Est-il désormais au panthéon des grandes rock stars regrettées, comme Morrison et Hendrix ?
Eh bien, je pense que le concept de rock star est fondammentalement imparfait. Parce que quelqu’un prend une guitare ou un micro, ça ne le rend pas meilleur que quelqu’un d’autre. Je vois l’histoire de Ian tout d’abord comme celle d’un homme, et deuxième comme un chanteur d’un groupe.

Quand on a commencé à parler à Anton du film, on pensait qu’il devait fonctionner comme une biographie d’un homme et qu’on aurait pas à rentrer dans la musique de Joy Division pour obtenir de l’accomplissement de la part du film.

Je peux voir à travers les pop stars et les rock stars. Ce sont juste des gens pour moi ; je ne les vois pas comme des demi-dieux. Je pensais que le punk avait enterré cette notion pour de bon. Je pensais qu’on s’était débarrassé de ce syndrome d’adoration.

Control est l’histoire de la vie d’un homme. Et au fait, c’était également le compositeur et le chanteur d’un groupe nommé Joy Division. Il avait une vie perturbée. Il n’a pas réussi à gérer cette vie perturbée. C’est comme cela qu’il a échoué.

On vit et meurt tous de nos décisions. S’il y a un message moral qui sort du film peut-être que c’est qu’on doit prendre les bonnes décisions dans la vie. Certaines de ces décisions sont cruciales et on devrait y réfléchir longuement.

Même dans ce monde moderne high-tech dans lequel on est éloignés de la vie par la technologie, on vit et meurt encore de nos décisions. Il y a des moments où on doit rentrer en contact avec le plus grand réalisme des choses, peu importe combien de voitures ou de télé 16:9 on a. Peut-être que certaines personnalités sont mieux encodées pour traitrer les problèmes que d’autres. Certains s’auto-détruisent. Je ne comprends tout simplement pas comment quelqu’un peut traiter un problème en se détruisant. Le suicide est un acte terrible de violence. Littéralement, c’est le meurtre de soi. C’ets presque inconcevable pour moi. Mais alors, je ne suis pas dans la position dans laquelle Ian était. Alors je ne devrais pas juger, vraiment.

Bien sûr, la chose tragique à propos du suicide est que tu ne tues pas seulement toi-même, tu blesses sérieusement les gens qui t’entourent.

Au début de la vingtaine, il y a assez souvent beaucoup de trouble émotionnel. Toutes tes hormones volent encore. Tu réagis de manière exagérée aux choses. Tu es amoureux toutes les cinq minutes. Tu as cette théorie que si tu passes le début de la vingtaine, alors tu passeras la vie, sans problème.

Est-ce que le film t’a aidé à comprendre ce qui s’est passé ?
Ça m’a aidé à voir l’histoire du point de vue d’autres personnes. Dont celui de Ian. C’est comme si tu écris quelque chose, ça devient une partie de ce monde. La mort de Ian a toujours été dans l’air. Elle a toujours existé dans mes pensées. Mais quand tu le vois à l’écran, ça devient une partie de ce monde. Je pense que c’est important que Ian ne soit pas oublié. Aussi, le film illustre vraiment bien la musique de Joy Division. Je pense que c’est génial de ce point de vue. Peut-être que ça aidera notre musique à vivre plus longtemps.

Est-ce que Joy Division/New Order est le lien manquant entre les Beatles et Nirvana ?
Je pense que ouais. Mais vraiment je pense qu’on était une étrange anomalie qui venait du Nord et du Sud de Manchester. Peu importe combien de personnes essayent de la disséquer, c’était juste de la musique qu’on écrivait, jouait et enregistrait. Elle s’est juste avérée avoir une profonde résonnance chez les gens. Quand on l’a écrtie, on avait aucune idée qu’elle aurait cet effet. Voir d’autres personnes jouer cette musique dans le film m’a fait me rendre compte combien elle était géniale, et est toujours.

ANTON CORBIJN
LE RÉALISATEUR HOLLANDAIS QUI A DONNÉ LE LOOK DE L’ÉPOQUE POST-PUNK PARLE DE LA CAPTURE DE L’ESSENCE DE CURTIS DANS SON “HISTOIRE D’AMOUR À TROIS CÔTÉS”

Es-tu satisfait de la manière dont est apparu le film ?
Très satisfait. Bien sûr, je vois mes erreurs quand je le regarde, des petites choses. Mais il est ressorti bien mieux que je ne l’attendais. J’ai eu de la chance de travailler avec ces acteurs. J’ai toujours raconté des histoires dans mes photos et mes clips. Ce n’est pas nouveau pour moi. Ce qui est nouveau, c’est de diriger des acteurs.

Combien Sam Riley était proche du Curtis dont tu te souviens ?
Aussi proche que possible ; vraiment étrange. Ça a dû être bizarre pour Debbie. Elle est venue sur le plateau quelques fois ; à la fin, elle l’appelait Ian. Trouver quelqu’un qui est inconnu, et qu’il s’avère meilleur que n’importe quel acteur connu aurait pu être dans ce rôle était incroyable. C’est certain, on a cherché des acteurs plus connus. Jude Lax était l’un des noms mentionnés au début. Mais pas pour moi.

Pourquoi as-tu décidé de faire un film sur Ian Curtis et pas un sur Joy Division ?
Parce que j’étais intéressé par l’histoire de Ian Curtis. Joy Division est couvert par l’histoire, mais je n’étais pas intéressé par faire un film rock.

Dans la création de Ian sur grand écran, j’avais mes propres souvenirs de lui et les souvenirs de ceux qui le connaissaient – Debbie, Annik, les gars de New Order… Tony Wilson était un co-producteur du film alors on a eu beaucoup de conseils de sa part, aussi. Des gens ont été interviewés. Il y a eu beaucoup de recherche, même si peu d’images de Ian existe. Dans l’ère pré-numérique, on ne filmait pas beaucoup.

Allait-il toujours être en noir et blanc ?
Oui, bien qu’au début, je pensais que j’allais utiliser une petite tache de couleur au milieu du film. Mais ça n’a pas marché. J’ai trouvé que mes souvenirs de Joy Division étaient tout en noir et blanc. Leurs photos, les pochettes d’album… ils s’habillaient en nuances de noir et blanc. Ça semblait la manière correcte de montrer la période.

As-tu déjà été tenté de faire Control aussi abstrait et impressionniste que ton clip pour Atmosphere ?
Non. C’est une histoire très humaine ; très simple, très linéaire. Je le voulais émotionnel. Avec une histoire comme celle-ci, ce n’est pas très différent que prendre une photo. Et tu dois le faire bien. Je ne voulais pas me cacher derrière des effets. Le scénario lui-même n’était pas linéaire, mais je l’ai rendu linéaire parce que je le trouvais plus dramatique ainsi.

Est-ce qu’il y a eu des gens qui disaient : “Ça n’est pas arrivé comme ça…”?
New Order, tu veux dire ? Ils ne sont pas venus sur le plateau. Ils y étaient invités mais je ne pense pas qu’ils auraient pu faire face à ça. Je les ai rencontrés pour parler du scénario avant de tourner.

Bien sûr, il y a des risques quand trop de personnes s’impliquent. Mais on m’a laissé me débrouiller. Je n’avais rien à cacher. Je voulais être complètement honnête sur tout. Je ne voulais favoriser ni Debbie ni Annik.

Je ne m’étais pas rendu compte combien les problèmes de Ian venaient de ses relations.
Faire face à ça, ouais. Mais être déchiré entre deux femmes n’est pas normalement une recette pour le suicide. C’était l’épilepsie qui l’a vraiment effiloché. Les médicaments qu’il devait prendre pour ça avaient d’incroyables effets secondaires. Combinés à l’alcool, ils lui donnaient de lourds changements d’humeur. Entre ces changements d’humeur, le démon était énorme. Mais si deux femmes t’aiment, ça ne veut pas dire que tu vas te tuer. Ça vient d’autre part.

Les changements d’humeur provoqués par les médicaments, peut-être qu’ils ont provoqué des décisions. Peut-être que d’autres choses ont contribué – la musique qu’il écoutait, le film qu’il regardait, l’alcool… tout s’additionne à ça. Peut-être qu’il y avait quelque chose en lui qui voulait tout finir. Il a laissé son alliance chez sa mère ce soir-là. C’était bizarre.

Le film qu’il a regardé juste avant de se tuer, la Balade de Bruno, parle d’un homme de Berlin qui sort de prison et qui va aux États-unis dans l’espoir de trouver une nouvelle vie dans le Wisconsin. Le lendemain, Ian devait aller aux États-unis avec le groupe. Dans le film, le gars se tue. Mais je ne voudrais pas spéculer sur combie de fois Ian avait contemplé le suicide.

Pour un homme de 23 ans, il semblait assez las du monde. Sur quoi as-tu fondé ton portrait de lui ?
Je l’ai rencontré deux semaines après m’être installé en Angleterre. Mon anglais était très mauvais. Je ne pense pas que j’avais atteint le niveau pidgin. Ce n’était pas un gars vantard. Il était timide et moi aussi. Alors ce n’était ps facile pour moi de communiquer. J’ai plus de souvenirs visuels. Je comptais sur le livre [Touching From A Distance de Deborah Curtis] et les souvenirs d’autres.

Est-ce que cette histoire aurait pu être racontée s’il ne s’était pas tué ?
C’est bien plus dramatique ainsi. S’il ne s’était pas tué, tout aurait été différent.

Est-ce que le film déboulonne ou accroit le mythe de Ian Curtis ?
Je ne voulais pas le rendre mythologique. J’ai essayé de tout l’humaniser. S’il y a un mythe autour de lui, alors peut-être qu’un film va l’accroître. J’espère juste que le film ouvrira la musique de Joy Division à un plus grand public, parce que cette musique est éternelle.

Est-ce qu’ils étaient le groupe le plus important de ta vie ?
Eh bien, j’ai quitté la Hollande pour Londres à cause de Joy Division. Je les ai rencontré 12 jours plus tard et j’ai pris la photo qui est devenue très connue. Ils ont aimé la photo et m’ont demandé d’aller à Manchester en faire plus avec eux. C’est incroyable le fait que j’ai pris quelques photos et je suis lié à jamais à ce groupe. J’étais juste un petit garçon d’un village hollandais.

As-tu modelé le look de l’époque post-punk avec tes images ?
Possiblement. Mais ça ressemble à une grande déclaration. Les photos que j’ai prises de Joy Division sont un élément important dans la manière dont les gens regardent le groupe et réfléchissent dessus. Ils aimaient juste l’idée d’être photographiés avec l’emphase mise sur leurs visages.

Y’a-t-il des moments marrants durant la réalisation de ce film ?
Oui, et des moments très beaux. Le film comprend beaucoup d’humour, mais de l’humour noir du Nord de l’Angleterre. Le groupe a appris à jouer à partir de zéro en deux mois. Ça vous fait vous rappeler que la musique de Joy Division était assez simple mais aussi très puissante. Puis les paroles l’ont rendue très spéciale. Mais la musique elle-même n’était pas si complexe que ça. On ne parle pas de Pink Floyd ici.

Est-ce que Joy Division est le maillon manquant entre les Beatles et Nirvana ?
Eh bien, le délai est correct. Ce que je dirais sur eux, c’est qu’ils méritaient un plus large public. C’est vraiment un groupe séminal. Quant à Ian Curtis, je ne le comparerais à aucune autre personnalité musicale.

Était-il le proto-Bono ?
Je ne sais pas. Dès le début, Bono était indomptable. Et U2 étaient des amis de Joy Division à l’époque. Je ne peux répondre à ça.

Comment as-tu assemblé la scène finale ?
Certaines choses étaient connues, comme le disque qu’il écoutait… Cette scène est longue et elle devait dire la vérité. J’ai dû indiquer comment il a effectivement mis fin à sa vie. J’ai dû l’assemblée et prétendre que c’était proche de ce qui s’est véritablement passé.

J’ai choisi Atmosphere pour conclure le film parce que cette chanson est liée à tant de souvenirs.

Le film commence de manière très positive. Ce n’est seulement après qu’il épouse Debbie… c’est la descente à partir de là. On peut voir ça dans le livre, comment les choses ont changé quand ils se sont mariés.

Le contraste entre la jeunesse novice dépeinte dans la scène de mariage et Curtis l’homme post-punk quintessentiel est frappant…
Je pense qu’il a été gagné par cette obsession de devenir quelqu’un. Il était attiré par les rock stars mythiques comme Jim Morrison. La poésie et la musique sont devenus le centre de son intérêt. Quelque chose venait à lui quand il était sur scène. Ça le rendait énigmatique à regarder. Il était hypnotisant.

Quelle a été la réaction au film à Cannes ?
Au-delà de tout ce que j’avais espéré. Je suis allé là-bas naïvement. C’était en noir et blanc. C’est mon premier film en tant que réalisateur. L’acteur principal était inconnu – c’était les problèmes que j’ai rencontrés en essayant de vendre l’idée à des investisseurs. Mais, comme ça s’est avéré, ils font partie des éléments les plus forts du film.

Est-ce le côté sombre de 24 Hour Party People ?
C’était un film sur Tony Wilson et Factory Records. Celui-ci a très peu à voir avec ça. 24 Hour Party People est un film très marrant et il gratte la surface de beaucoup de choses. Il parle d’une personne de cette époque et va profond. Les films peuvent facilement co-exister. Mais aucune ne parle de Joy Division.

Ce film est fait dans l’esprit de notre génération. Ce n’est pas sentimental ni brillant. Je pense qu’il est pur. Il y a une honnêteté ici, et une force.

Pourquoi Control ?
J’ai choisi le titre pour la raison évidente de She’s Lost Control. Aussi, Ian était en quelque sorte un fou de contrôle. Mais le seul élément de sa vie qu’il ne pouvait contrôler était l’épilepsie. Aussi, j’aime les titres d’un mot pour les albums et les films.

Est-ce que Control parle autant d’Anton Corbijn qu’il ne parle de Ian Curtis ?
Dans le look du film, c’est certain. aussi, la musique voulait tout dire pour moi. C’était mon monde quand je grandissais. C’était ma manière de communiquer avec le monde extérieur. J’étais assez timide et solitaire.

Je sais que l’histoire est très anglaise mais son look est très européen. Elle est aussi très insulaire. On voit très peu du monde extérieur. Je ne voulais pas montrer Denis Healy ni aucun de ces hommes politiques de l’époque. Je n’étais pas intéressé par le contexte politique. Ma manière de raconter une histoire est de me concentrer sur les éléments qui m’intéressent. Bien que ce soit un film qui se déroule dans les années 1970 et se termine en 1980, il aurait pu se dérouler à n’importe quelle période parce que l’attrait du film dépasse Joy Division. C’est une histoire d’amour à trois côtés et un drame humain. C’est une histoire tragique et c’est pourquoi je suis si heureux du morceau des Killers à la fin : parce que ça la soulève à nouveau. J’espère qu’elle rappellera au spectateur que beaucoup de belles choses sont sorties de Joy Division. Mais on en n’oublie pas pour autant l’effet dévastateur qu’a eu son suicide sur ses proches.

TOP DIX DES RARÉTÉS DE JOY DIVISION
Compilé par Jake Kennedy

Joy Division est une bizarrerie de collection. Il semble que chaque jour un nouveau groupe vienne en les citant comme influence majeure, et leur son peut se tracer dans des groupes tels que Interpol, Editors et même Nine Inch Nails.

Mais malgré tout cela, leur étendue de collection reste précieusement petite. Inévitablement, les premiers ont les prix les plus hauts, mais il y a quelques surprises. Le groupe est dans une position unique où il a existé durant une courte durée, sur un label qui est devenu un objet de collection, tout en faisant une partie de la musique la plus touchante et éternelle jamais produite de ce côté du punk. Tandis qu’il n’y ait pas beaucoup à collectionner, les prix peuvent surprendre, et avec la fascination grandissante pour le groupe, ils ne vont qu’augmenter.

Alors voici le Top 10 des raretés européennes de Joy Division, les pressages japonais avec Obi atteignent désormais des prix élevés également. De plus, il y a désormais un grand intérêt pour les posters, les flyers et les prospectus liés à Factory qui entourent le groupe, et la scène pirate est, comme toujours, est une loi en elle-même…

Heart & Soul
(London 828968-2 4 CD avec livret, 12/97) 20£

Toujours officiellement disponible, ce coffret exhaustif, sorti après que Factory ait été vendu, déclare contenir le répertoire entier de Joy Division, ainsi que quatre morceaux enregistrés pour Unknown Pleasures qui ne sont pas apparus sur le disque, et divers enregistrements live. Malheureusement cependant, aucune apparition télé n’existe sur le coffret. Une section des notes de livret extensives a été écrite par la lumière de Manchester et ami du groupe, Paul Morley. Le point de départ idéal pour tous ceux curieux d’apprendre sur Joy Division.

Here Are The Young Men
(Factory FACT 37 VHS, 8/82) 25£

Le label Factory était renommé (et parfois moqué) pour son appétit de sortir la musique sur divers formats. Même le cercueil du regretté Tony Wilson avait un numéro de catalogue du label. À un moment, il y a eu une aile vidéo du label (nommée Ikon), et cette VHS, contenant des sections d’images enregistrées à deux dates de Manchester en 1978, est le seul document visuel du groupe sur scène sorti officiellement.

Still
(Factory FACT 40 2LP, pochette reliée en toile de jute, pochettes internes en carton, ruban blanc, 10/81) 50£

On pourrait avancer que Still a été là où le “mythe” de Joy Division a commencé à grandir. Sorti après la mort de Ian Curtis, et avec un package réalisé d’une manière à suggérer qu’elle était à lire dans une église au lieu d’être écoutée sur une platine, la compilation rassemble une performance du dernier concert de Joy Division à Birmingham (remarquable pour avoir été la seule occasion où le groupe a joué Ceremony sur scène) et 11 morceaux studios des sessions de Closer – dont une reprise de Sister Ray du Velvet Underground.

Short Circuit: Live At The Electric Circus
(Virgin VCL 5003 10” LP, vinyle jaune, inclus At A Later Date [sous le nom de Warsaw], 6/78) 50£

Beaucoup se souviennent de l’Electric Circus de Manchester, peut-être pas tendrement, comme le centre du punk dans la ville. En octobre 1977, il a fermé ses portes pour la denrière fois, et pour témoigner de la sympathie, une sorte de festival de trois jours s’est tenu et été enregistré pour la postérité, qui sortira l’année suivante. Warsaw a joué aux côtés de groupes dont Slaughter & The Dogs, V2, The Fall, Buzzcocks et bien d’autres. Le biographe de Joy Division, Mick Middles, a décrit la salle comme “la salle de concert punk ultime… c’était comme un site de démolition, les mômes se levaient et jetaient des briques aux personnes qui faisaient la queue pour entrer, mais c’était également la meilleure salle de Manchester”.

A Factory Sample
(Factory FAC 2 EP double pack 45 tours, inclus Digital et Glass, 1/79) 90£

Digital et Glass sont de fermes favorites des fans, deux morceaux qui ont vu le son de Joy Division sauter du punk de deuxième catégorie à quelque chose de bien plus frappant. C’est également notable comme la première preuve du travail du groupe avec le producteur Martin Hannett. Tony Wilson a financé le pressage de la sortie avec un héritage, et déclarait avait été inspiré de faire la vitrine du label sur le format double 45 tours après une nuit passée à prendre des acides, en regardant des albums de prog des années 1970 surdesignées. Cette sortie, comme la majeure partie de l’œuvre du groupe, a été contrefaite plusieurs fois, souvent avec beaucoup de compétence.

Short Circuit: Live At the Electric Circus
(virgin VCL 5003 LP 10”, vinyle orange, inclus At A Later Date [sous le nom de Warsaw], avec poster et 45 tours de John Dowie, 6/78) 120£

Idem que ci-dessus, pressé sur vinyle orange plus rare. D’autres couleurs font surface de temps en temps (gris, violet) mais en bien plus grandes quantités.

A Factory Sample
(Factory FAC 2 2×45 tours, inclus Digital et Glass, avec cinq autocollants, 1/79) 140 £

Exactement la même sortie que l’autre Sample de notre liste, seulement cette version inclut la feuille de cinq autocollants dessinés par Petr Saville, comprenant un clown de bord de mer, une case de B.D., un logo de sécurité, un texte sur le foie de Hitler et un homme qui urine, qui se réfèrent tous au titre des chansons des artistes de la sortie.

An Ideal For Living
(Anonymous ANON 1, maxi 45 tours, réédition à 1200 exemplaires, 9/78) 300£

Ressortie du tout premier enregistrement de Joy Division/Warsaw, avec Failures/Warsaw/No Love Lost/Leaders Of Men, dans le format 45 tours avec une pochette différente, avec une photo monochrome d’échafaudages. Le nombre exact de ce pressage est incertain, mais on pense qu’il n’y a qu’une centaine de plus que la sortie originale.

Licht Und Blindheit
(Sordide Sentimental 33002 French, 1578 exemplaires, numérotés, pochette poster pliée, 2 encarts, dans un plastique transparente, 3/80) 400£ et plus

Seul pressage non britannique de notre liste, le EP Licht Und Blindheit (“Lumière et aveuglement”) est arrivé après que Joy Division ait été approché par le label artistique français Sordide Sentimental pour produire un disque pour une série en cours. Les deux morceaux, Atmosphere et Dead Souls, étaient inédits à l’époque, et la liberté du “contrat” que le groupe avait avec Factory leur permettait essentiellement de sortir ce qu’ils voulait où ils voulaient.

An Ideal For Living
(Enigman PSS 139 EP, 1000 exemplaires, pochette poster pliée de 35 cm x 35 cm, étiquette sérigraphiée sur le disque, EG dans le dernier sillon, lourdement contrefait, 6/78) 600 £

enregistré dans les Pennine Sound Studios à Oldham en décembre 1977, An Ideal For Living est loin d’être leur meilleur œuvre. Mais c’est leur plus chère. Contenue dans une pochette conçue par Bernard Sumner, les morceaux autoproduits (Warsaw/No Love Lost/Leaders Of Men/Failures) montrent la sorte de punk de chambrée “1-2-3-4 go!” manié par des groupes comme Sham 69. La pochette présente un garçon tambour, et a résulté en une sorte de controverse, extrait soi-disant d’un pochette de propagande des Jeunesses Hitlériennes. Si cela est vrai ou non, le groupe a eu toutes les difficultés du monde à se débarrasser de ces allégations, surtout à la lumière du contexte du nom qu’ils ont choisi après Warsaw…

Traduction – 13 avril 2008