Pourquoi les projets de Hooky d’hommage à Ian Curtis semblent incorrects

Rick Martin

Cela fait 30 ans que l’homme de Joy Division est décédé, mais le Mancunien de service du NME Rick Martin pense que des mémoriaux mal conçus sont en danger de devenir indignes.

La légende, l’importance et l’influence de Ian Curtis surgit tellement dans ma ville natale de Manchester – et l’indé en général – que “célébrer” l’anniversaire de son suicide tous les cinq ans semble un peu inutile. Mais avec le 18 mai qui doit marquer le 30ème anniversaire du décès du chanteur de Joy Division, le déluge de ressorties, d’hommages et de camelote est assez inévitable.

Justement, c’est naturel que les fans veulent se souvenir d’un génie extraordinairement talentueux – et tout aussi torturé – en tirant les rideaux et se plonger dans Unknown Pleasures, ou en regardant l’excellent biopic de 2007, Control, voire en faisant un pèlerinage sur sa pierre mémoriale à Macclesfield.

Mais un hommage qui m’inquiète particulièrement, c’est l’ancien collègue de Curtis, Peter Hook, jouant Unknown Pleasures en live en entier dans son nouveau club thémé sur l’Haçienda, FAC 251.

Non parce que le concert verra sans aucun doute la sortie du tout vieux Manchester, mais aussi parce qu’on dirait un exercice de nostalgie comme détestait Curtis – on sent que son héritage mérité plus que les inévitables reprises en chœur une bière en main.

Écoutez, j’aime bien les hommages les yeux mouillés – un hommage anniversaire par ci, une réévaluation d’un disque par là – autant que j’aime découvrir un nouveau groupe. Et il est certain que le cœur de Hooky est au bon endroit, une opportunité pour lui de lever un toast à son collègue qui lui manque tant avec ses amis et ses fans.

Pourquoi donc cela semble-t-il faux, voire suspect ?

D’abord, à part l’enterrement de la hache de guerre en quelques semaines, il est peu probable que le reste de Joy Division – certainement pas Bernard Sumner et probablement pas Stephen Morris – sera dans le public.

Comment sonnera Unknown Pleasures sans les coups de poignard guitaristiques reconnaissables entre tous de Sumner ou le jeu de batterie mécanique qui est la marque de fabrique de Morris ? Si les fantômes habituels du passé mancunien sont impliqués – Andy Rourke et Mike Joyce, par exemple – probablement un peu merdique.

Pendant ce temps, le fait que Hooky va aussi faire une soirée de spoken word – An Evening Of Unknown Pleasures – avec le raseur de service Howard Marks ne fait qu’en rajouter au sentiment de malaise.

Ultimativement, on doit remettre en question les véritables raisons de Hooky. Est-ce que l’autobiographie (de l’aveu général très divertissante) How Not To Run a Club a besoin d’être poussée un peu plus après que ses ventes de Noël aient diminuées petit à petit ? Est-ce que FAC 251 a besoin d’argent dans le véritable esprit de l’Haçienda ? Est-ce que tous ceux impliqués sont simplement inconscients de combien cela sonne boiteux ?

Ultimativement, faire la paix avec Sumner et reformer New Order pour un concert de chansons de Joy Division dans une grande salle serait l’hommage le plus approprié – mais c’en est demander bien trop du couple le plus têtu et grincheux de Manchester. Rassembler la nouvelle génération de Manchester, ceux qui ont tous été inspirés à la propre manière par Curtis – les Courteeners, Delphic, Hurts – pour une soirée de reprises serait plus cela. Peu importe, la mémoire de Ian mérite sûrement mieux que cela, non ?

Traduction – 22 mai 2010