De Gorillaz à The Good, The Bad & The Queen, tout ce que touche Damon Albarn semble se transformer en or. Il parle même d’un opéra chinois. Q a passé six mois avec l’homme de la Renaissance de la musique britannique. Les révélations incluaient son amour des préposées au thé, sa peur de passer son permis de conduire et – finalement – la vérité sur cette réunion de Blur.

Chris Heath

Quand Damon Albarn a récemment croisé Chrissie Hynde, ils se sont retrouvés à échanger des moments embarrassants qu’ils ont endurés sur scène. Deux sont venus immédiatement à l’esprit de Damon. Le premier était au début de Blur, durant un concert à Leicester Poly. Il trouvait souvent qu’il était difficile de résister à la tentation de grimper sur tout ce qui paraissait grimpable. Ce soir-là, il s’est hissé sur la rampe des projecteurs au milieu d’une chanson ; est monté, monté, puis s’est rendu compte qu’il était… coincé. (“J’étis monté trop haut, clarifie-t-il, et je ne pouvais aucunement descendre”.) Il n’avait pas d’autre choix que d’attirer l’attention sur sa situation fâcheuse et d’attendre de l’aide. Le reste du groupe a continué de jouer pendant que quelqu’un allait chercher une échelle de pompiers. (Entendant cela, Hynde lui a dit qu’elle ne serait plus jamais montée sur scène. Damon a insisté sur le fait que cela ne l’avait pas plus inquiété que cela. Elle lui a répondu qu’il n’avait ni honte ni fierté. Il a acquiescé.)

Son second moment est venu quand Blur était en tête d’affiche du Reading Festival de 2003. Tandis que Beetlebum, la première chanson, commençait, Damon a marché à grandes enjambées de manière triomphante vers le devant de la scène et… est allé trop loin. (“Tout est une question de marges, réfléchit-il, quelque peu avec mélancolie.) Avant même de chanter un mot, il était tombé du bord de la scène et avait disparu dans la fosse.

“C’était assez difficile de garder ma résolution et ma dignité, se souvient-il, et de recommencer”.

Peut-être que c’était un autre signe pour lui-même.

“Je ne pense pas que j’étais taillé pour être un grand leader, dit-il aujourd’hui. Je pense que c’est quelque chose que j’ai aimé dans une certaine mesure, mais je pense que j’étais un peu trop gauche”.

* * *

28 février 2007. The Tabernacle, Ladbroke Grove, Londres

Il y a quelque temps, on a demandé à Damon d’écrire la musique pour un opéra chinois, Monkey: Journey To The West, dont la première doit avoir lieu en juin prochain à Manchester. Après deux voyages de recherche à travers la Chine avec le metteur en scène d’opéra acclamé Chen Shi-Zheng, et son ami et collaborateur de Gorillaz, Jamie Hewlett (qui finira par s’occuper du concept visuel, des costumes, du concept et de l’animation du spectacle), il a accepté. Il a déjà fait des ébauches de démos dans son studio et cette semaine, sur la scène d’une église de l’Ouest londonien, il travaille sur la musique avec un mélange de musiciens occidentaux et chinoois, essayant de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Heure après heure, Damon volète entre la scène et le sol entre ses collaborateurs, rentrant et sortant de l’action. Dans une situation comme celle ci, il a une manière fascinante de paraître à la fois relax et impatient. À différents moments, il prend des guitares, joue du piano, frappe des rythmes sur un tambour, chante en faux mandarin (à la place des vraies paroles en mandarin, toujours en écriture en Chine), bouge les bras dans d’étranges formes rythmiques comme s’il se conduisait lui-même la musique, et crie des instructions passionnées, mais il fume aussi, lance des blagues, se promène, et jette des myrtilles bien haut dans l’air puis essaie de les attraper à la bouche. (Surtout, quand on en vient aux myrtilles, il échoue.) Tour à tour, il semble inspiré, distrait, espiègle, inquiet, amusé, suffisant, indigné, ravi, et, de temps en temps – soit à écouter cet orchestre hybride jouer ses dernières compositions ou assis au piano et permettant ses doigts à trouver leur chemin vers quelque chose de nouveau – comme s’il s’était momentanément perdu dans une sorte de rêverie profonde et assuré.

Durant les pauses, il va vers le balcon où je suis assis. Il mentionne qu’il a pris une leçon d’espagnol plus tôt dans la journée – il apprend depuis trois ans – et qu’il a vu quelque chose à la télé hier qui l’a vraiment ennuyé, “Cette émission, Lifestyles Of The Filthy Rich, faisant la litanie des exploits des riches. Comme Jay-Z a son propre bleu… une autre grande contribution…” Il roule les yeux de désespoir devant toutes ces nouvelles manières dont le monde échoue. J’exprime une légère surprise devant le fait qu’il regarde une telle émission ; sa réponse offre peut-être un instantané de sa vie ces derniers temps : “J’avais une heure à tuer avant de faire des interviews par téléphone pour les États-Unis, et j’allais sortir le soir pour faire autre chose, et ma fille était à la piscine, et ma femme était à Whitelays [le centre commercial], alors j’ai bu une tasse de thé et c’était Blue Peter ou ça. Alors ça m’a consterné, j’ai fait une autre tasse de thé à l’ortie, j’ai fini la salade de la veille et je suis sorti…”

Il a également expliqué un peu la manière dont il a approché la musique sur laquelle il travaille aujourd’hui – ni occidentale ni chinoise mais quelque chose à lui qui s’inspire des deux. Il utilise un système de composition à demi-automatique qui implique une grille de numéros, et la rotation autour des pointes d’une étoile. “Il ne me permet pas de prendre toutes les décisions, et j’aime ça, dit-il. Si tu utilises la bonne rotation, les choses les plus étonnantes arrivent…” La première fois qu’il a utilisé une version rudimentaire de ce système était quand Blur a inventé l’indicatif musical qui aurait été diffusé de la surface de Mars par l’infortuné vaisseau spatial Beagle 2 en 2003. (Damon a changé l’une des notes, brisant le système, et il se demande toujours si c’était cela qui a porté la poisse de la mission.) C’est une méthode de création de choses qui a été inspirée par son père, Keith Albarn, qui a été il y a des années le co-auteur de deux livres plutôt intenses sur des motifs et qui travaille sur les systèmes numériques depuis les années 1970. “Mais comme la plupart des pères et fils, dit Damon, j’ai dû trouver ma propre voie…” Il ébouriffe ses cheveux déjà ébouriffés. “C’est un truc à la Fibonacci, explique-t-il. Des mathématiques pures. Des mathématiques pures par quelqu’un qui ne connait pas ses tables de multiplication”. Il ajoute – comme si c’était la chose la plus simple au monde – qu’il va écrire un morceau choral d’une demi-heure en utilisant cette technique pour qu’il soit interprété sur un bateau de Greenpeace en pleine Tamise la semaine suivante, pour protester contre les projets du gouvernement de remplacer les missiles nucléaires Trident. Il n’a pas encore écrit une note. (Il y arrivera, bien sûr, l’interprétant en direct avec une chorale de 50 personnes et Brian Eno qui sera coopté après que Damon l’ait croisé dans la rue.)

Cette après-midi, au balcon du Tabernacle, Damon ramasse un exemplaire du NME de cette semaine sur un banc, et remarque le titre “Je travaillerai avec Graham..” “Qui a dit ça ?” demande-t-il, et puis se rend compte de l réponse, apparemment, c’est que c’est lui. Il lit l’article. “C’est la même rengaine chaque année, soupire-t-il. Ils en savent plus que moi – c’est ma position”.

Nous traversons la route et nous nous asseyons à boire du café tandis que le soleil se couche sur Londres. Une part de gâteau au citron arrive sur la table. Sa taille affronte et consterne Damon. Le monde aujourd’hui…

“De grosses parts, s’agite-t-il. Du gâchis, du gâchis, du gâchis. Tant de gâchis. Qu’est-ce qui est arrivé aux petites parts…?”

* * *

À l’apogée de la célébrité de Damon Albarn au sein de Blur au milieu des années 1990, il parlait de combien un tel succès avait été important pour lui. “J’étais une de ces personnes qui devaient vraiment avoir assez de succès, -t-il expliqué à l’époque. Ça ne me semblait pas normal de ne pas avoir de succès. Je ressentais ça de manière très intense – l’une des émotions les plus fortes que je n’ai jamais ressenties de ma vie”.

“Que j’étais mignon”, dit le Damon Albarn de 2007 quand on l’a interrogé sur ces paroles. “Au début ; ouais, c’était très important. Ça vient d’être un peu excentrique à l’école, d’être harcelé, venir d’une sorte de milieu artistique – des idées différentes, des perspectives différentes – dans un collège publique blanc assez pauvre de l’Essex”.

Et pour commencer, ce qui te satisfaisait, c’était une idée assez conventionnelle de succès énorme et de célébrité et d’attention ?

“Eh bien… non. Tout s’est dégradé pour nous après Parklife. C’est quand la magnifique romance de ça a disparu, et tout le truc Oasis était… pas terrible. On aurait dit que pendant six mois j’étais super cool et puis j’ai tout fait foirer et ne n’étais plus cool. C’était comme si j’étais de retour à l’école et qu’on me harcelait encore… Ils étaient même encore plus sûrs d’eux que je ne l’étais. Je me suis rendu compte que je ne le voulais pas autant qu’eux”.

Mais tu pensais que tu voulais vraiment être le plus grand groupe, et tout cela, n’est-ce pas ?

“Ouais. Je sais. Absolument. Mais tu dois aussi comprendre que quand tu es dans un groupe, tu es défini en quelque sorte par la dynamique de ton groupe. je n’ai jamais joué d’instrument, même si ce sont mes chansons et je les jouais en studio. Tous les autres ont un instrument et j’étais toujours devant avec rien à faire…”

Alors tu devais jouer l’ego… ?

“Eh bien, exactement. Je n’ai rien d’autre à faire. Si j’avais une guitare, ça aurait été une chose différente depuis le début, mais je n’ai jamais été un aussi bon guitariste que Graham alors il n’y avait aucun intérêt. Il n’avait pas du tout besoin de moi – je gênais simplement. Mais si je pouvais le refaire, je m’assurerais d’être derrière un instrument dès le début, alors je ne traverserais pas tout ça. Parce que j’ai trouvé ça difficile”.

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30 mars 2007. Studio 13, Ouest londonien

Le studio d’enregistrement de Damon Albarn est le numéro 13 dans un bloc de boxs industriels. C’est ici où l’album Mali Music, les deux disques de Gorillaz et divers enregistrements plus récents de Blur ont été mis en boîte. Des slogans de provenance et de significations incertaines sont écrits à la bombe sur les murs et le plafond : LA MINORITÉ NON-APATHIQUE À L’INTÉRIEUR, L’INCERTITUDE QUITTE LA PIÈCE POUR LAISSER PLACE À L’ESPOIR, LE TAMBOUR DE SATAN A COMMENCÉ, SI VOUS TOMBEZ RELEVEZ VOUS, PAS DE NOURRITURE POUR LES MÉLODIES FACILES. Damon n’est pas là quand j’arrive, mais il réapparaît rapidement en apportant le déjeuner – il est parti en vélo pour acheter à tout le monde de la nourriture jamaïcaine dans un restaurant du coin. “Poulet jerk, annonce-t-il, ou brown chicken”. Aujourd’hui, il travaille sur des lignes de basse de certaines chansons Monkey, et essaie de trouver comment dupliquer les sons électroniques de ses démos avec des sons qui peuvent être joués par un vrai musicien sur un vrai instrument.

D’en dessous la table de mixage, la contribution de Damon cette après-midi vire du minutieux et analytique (“C’est noir, noir, noir…”, explique-t-il clairement et patiemment) à l’indiscipliné (quand il fait du yaourt mandarin aujourd’hui il fait “… Hong Kong phooey… shiny… tong…”) au sauvage digressif. “J’ai lu que Paul Weller a craché sur une photo de Sting, dit-il, ce que j’ai trouvé admirable et encourageable”. Quand on lui demande s’il ferait la même chose, il prend son temps et réfléchit soigneusement à sa réponse. “Si j’avais quelques verres dans le nez, et si c’était une photo de lui torse nu, posant avec une basse sans raison, explique-t-il, alors, ouais”.

Rapidement, il est l’heure pour Damon d’aller chercher sa fille à l’école. Il part en vélo, laissant les autres continuer à travailler. “C’est un vrai génie”, me raconte le responsable musical de Monkey, David Coulter. “Il y a beaucoup de personnes qui avancent en bluffant. La mélodie et l’harmonie suintent de tous ses pores – c’est juste une personne incroyablement, incroyablement super-douée. C’est juste un musicien total – il a cette émotion et cette passion mais il a aussi cet étonnant talent technique”. Ce pourrait sembler, à l’écrit, plutôt de l’éloge outrancière, mais c’est bien plus du point de vue de quelqu’un qui passe la plupart de son temps à travailler avec des musiciens avant-gardistes très sérieux, et qui sait que, peu importe ce que fait Damon Albarn, il est probable qu’il soit vu comme une autre dilettante de la pop. La remarque de David Coulter, je pense, c’est que, quand on en vient à Damon : les gens ne comprennent pas.

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Damon Albarn se déplace à vélo en partie parce qu’il aime cela et en partie parce qu’il n’a pas le permis. Après plusieurs tentatives, il l’a finalement décroché à 30 ans, mais durant sa première, et unique, année sur la route, il a été attrapé trois fois en excès de vitesse et on lui a retiré son permis. C’est là qu’il a appris que, même si tu es un musicien de 30 ans plutôt qu’un gamin de 17 ans fou sur un vélo, quand tu perds un permis récent, tu dois le repasser. Pendant ce temps, les hommes en place avaient introduit l’épreuve du code à choix multiples.

Damon a désormais échoué cinq fois aux choix multiples.

Ce simple fait, et ses raisons derrière, vous en diront peut-être plus sur la manière dont Damon Albarn et le monde se font face, pour le meilleur et le pire, que peut-être autre chose.

“J’ai un problème avec certains choix, explique-t-il. Je ne suis pas d’accord avec”.

Quasiment tout le monde, s’il a des problèmes avec une des réponses “correctes” au code, serait néanmoins prêt à cocher la case qu’il faut, et faire entendre son désaccord autrement. Damon, naturellement, refuse de faire cela.

“Non ! Dit-il. Je ne suis pas d’accord ! Si vous voyez quelqu’un sur le bord de la route qui semble malade, que faites vous ? Je pourrais faire quelque chose de complètement différent de ce qu’ils disent ! Ça ne veut pas dire que c’est faux”.

La dernière fois qu’il a repassé son code, il avait si honte de revenir encore une fois qu’il y est allé déguisé : “un costard, des lunettes et tout – débile, vraiment”. C’était du pareil au même – au lieu d’échouer en tant que Damon Albarn, il a échoué en tant que Damon Albarn déguisé. “Je n’aime pas les examens, dit-il. Je n’aime pas être jugé”. Alors il projette de rester sur son vélo et ses principes. “Les voitures et moi, on ne s’entend pas vraiment, explique-t-il. Je suis un conducteur de merde, et il y en a bien trop, évidemment”.

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31 mars 2007. Hammersmith Palais, Londres

L’antépénultième concert jamais tenu à l’Hammersmith Palais, c’est The Good, The Bad & The Queen. La plupart des gens pensent que The Good, The Bad & The Queen est le nom du dernier groupe de Damon, mais Damon insiste toujours sincèrement que le groupe – lui, Paul Simonon, Tony Allen et Simon Tong – n’a pas de nom, et que The Good, The Bad & The Queen est simplement le nom de leur album. Le fait que The Good, The Bad & The Queen, néanmoins, semble être leur nom sur, disons, iTunes ou les pochettes de leurs singles est juste une partie des compromis nécessaires au sein d’un monde inflexible sans imagination. (Aussi, Damon fait remarquer, en tant que nom, “c’est merdique ! Je n’appellerais jamais un groupe The Good, The Bad & The Queen”.)

Aujourd’hui, leur balance de milieu d’après-midi implique une répétition complète de leur set, qui est, à son tour, une répétition complète de leur album dans l’ordre où il apparaît sur le CD. Damon a adopté la même stratégie sur la tournée Demon Days de Gorillaz. “C’est une histoire. Tu vas à une lecture d’une histoire, tu ne changes pas l’ordre des putains de chapitres, hein ? Je ne comprends pas. Les gens n’y captent rien : Vous n’avez pas de nom et vous le jouez toujours pareil !

Damon et moi, nous avons organisé une petite discussion avant le concert, alors il m’emmène dans un café palestinien qu’il privilégie parce que c’est le seul endroit à Londres qu’il connaisse où on peut avoir du thé à la sauge. “Incroyablement bon pour nettoyer la gorge, il témoigne. Ça arrête 95% des microbes des maux de gorge et infections…” (Le Damon moderne aime ses thés. “Je prends deux tasses de café le matin, dit-il, et après c’est du thé toute la journée…”)

Autour du thé à la sauge et une sorte de polenta au miel et au fenugrec, je lui demande où existe Blur dans sa tête aujourd’hui.

“Ce n’est pas vraiment dans ma tête, pour être honnête avec toi, explique-t-il. Tu sais, peut-être si Graham et moi, on devait se réconcilier, vraiment, d’homme à homme”. Mais il ne considérerait pas faire un autre disque de Blur comm Think Tank, en trio sans Graham. “J n’ai pas du tout aimé cette tournée, raconte-t-il. Et on aurait dit peut-être que c’est plus mon disque que je ne le voulais”.

Selon leurs propres termes, la prestation de The Good, The Bad & The Queen de ce soir est calmement majestueuse, mais on peut sentir que le public s’attend à un évènement ; qu’il demande que la signification de ce qui se finit ici soit reconnu plus que le discours de Damon sur les tea parties de la salle durant la guerre entre deux morceaux d’album. Principalement, je pense qu’il s’attend à un geste d’adieu célébratoire, peut-être une interprétation de (White Man) In Hammersmith Palais du Clash. Rien de cela ne se passe. À la fin, Paul Simonon revient avec une hachette pour découper une planche de la scène comme souvenir, mais c’est tout. “Je ne ressens pas de pression, réfléchira Damon, de faire quoi que ce soit que je ne pense pas être bien”.

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10 mai 2007. Le concert en hommage à Syd Barrett, Barbican Hall, Londres

“C’est un jour de repos sympa, à juste revenir à des chansons simples pour une journée, dit Damon. C’était vraiment facile”. Avec d’autres, il interprète Baby Lemonade, puis la liste musicale surréaliste de Barrett, The Word Song. Quand Damon était plus jeune, Syd Barrett était l’une de ses principales influences : “C’est juste une superbe composition anglaise, explique-t-il, et je l’ai apprise à l’envers, comme toi – Ray Davies, Syd Barrett, les Beatles”. Il suggère que ses expériences avec Monkey lui ont donné la confiance d’approcher cet hommage sans être trop précieux – en contraste, dit-il, aux divers ex-collègues de Barrett dans Pink Floyd. “Je suis désolé, ce sont des gens sympa, mais bon Dieu, leur musique est juste consternante. Ils sont juste merdiques. Ils jouent sans passion”.

As-tu déjà aimé Pink Floyd ?

“Mes parents avaient Atom Heart Mother. J’aimais ça. J’aime les disques de Syd et j’aime celui-là. Je ne sais pas… Je les déteste. Je ne les déteste pas – il y a horriblement beaucoup de mauvaise musique faite sur une échelle très grande et ils contribuent définitivement à l’empreinte de la mauvaise musique”.

Qui d’autre, à part eux ? La plupart des grands groupes rock ?

“Ouais. Tous. Ça ne marche pas, tu sais. Le seul petit bout de rock que j’ai entendu qui ne m’irrite pas ou ne m’emmerde pas à mourir, c’était Arcade Fire. Je veux dire, honnêtement, U2 devrait simplement arrêter maintenant et laisser Arcade Fire reprendre le flambeau, parce que Arcade Fire sont tout ce que ne sont pas U2”.

Que font bien Arcade Fire que U2 ne font pas ?

“Arcade Fire sont enjoués, c’est une démocratie, ils rentrent sur scène pour trouver l’esprit de la musique à chaque fois, il semble. Et ils investissent dans leur public cette recherche et parfois ils le trouvent ensemble. U2 jouent tout simplement les mêmes vieilles chansons aux mêmes personnes, et réalisent le complexe du Messie de Bono”.

Même si tu as été accusé d’avoir parfois un petit complexe du Messie…

“Vraiment ? Qui m’a accusé de ça ?”

Je pense que c’était ton guitariste. (J’ai un peu déformé les paroles de Graham Coxon ici. Ce qu’il a en fait dit, en 2004, c’était, “On m’a tiré de force de part ce putain de monde dans le voyage d’un mégalomaniaque”. Mais je pense que le sens général est assez similaire.)

“Oh ouais. [rit] Mon guitariste ? Je ne pense pas de l’avoir jamais possédé. Tu sais, j’étais définitivement un petit con prétentieux quand j’étais plus jeune. Par occasions. Le truc, c’est que je m’en suis rendu compte de ça… alors que certains ne semblent pas s’en être jamais rendu compte”.

C’était Graham Coxon qui a présenté Damon aux disques de Syd Barrett. “Graham m’a vraiment fait intéresser au rock, dit-il, parce que ça ne m’intéressait pas, vraiment. Je m’y suis intéressé parce que c’était une manière de traîner avec Graham, vraiment”.

Je lui pose la question sur la citation tant répétée de Justine Frischmann – avec qui Damon a vécu durant une grande partie des années 1990 durant les hauts et les bas de la Britpop tandis qu’elle avait son propre grand succès avec Elastica – que lorsqu’elle l’a rencontré “il n’avait que trois cassettes et une, c’était Janis Joplin”. Était-ce juste ?

“Je ne sais pas”, dit-il, légèrement énervé apparemment. “Pour moi, c’est des coups bas faciles. Elle n’a pas mentionné le fait que j’ai grandi en écoutant des raggas indiens et du vieux jazz de la Nouvelle Orléans, hein ? Et, tu sais que j’ai une éducation musicale classique et que j’écrivais de la musique orchestrale adolescent et que j’étais amoureux de Kurt Weill ? Les gens ne le font pas, hein ? Des cous bas faciles, en ce qui me concerne”. Une pause. “Et je suis sûr que je suis aussi coupable de coups bas faciles”. (Mais oui, si vous voulez savoir, il avait une cassette de Janis Joplin.)

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Damon a une fois dit que la Britpop ne serait pas vraiment fini tant que Tony Blair serait là.

“Alors c’est assez excitant, dit-il. Je pense que ce sera intéressant de voir s’il y a un changement”. Il pense plus à la politique que la pop à guitare britannique. “Je ne sais pas – je pense que plus tu vieillis, plus tu te rends compte que toute la nature de ça, c’est faux. On a tant de gros sacrifices à faire si on veut que ça change, et aucun de nous n’est prêt à faire ça. C’est comme ça que des personnes comme Tony Blair deviennent premier ministre – parce qu’ils se rendent compte de ça et l’exploite”.

Damon a certaines pensées, cela ne pourrait pas complètement vous surprendre, sur ce qui devrait être fait. Pour commencer, il pense que les médias devraient être fermés pendant plusieurs années et purgés. “J’y crois vraiment”, déclare-t-il. Nous devrions aussi arrêter de fabriquer des voitures : “Gardons la vieille et réparons la quand il y a besoin”. Eh, bien sûr, nous devrions remettre les tea ladies.

“Qu’est-il arrivé aux tea ladies ? Qu’est-ce qui leur est arrivé ? On a vait un système complètement viable dans le monde où une vieille femme sympa venait te faire une tasse de thé et puis elle la lavait et la réutilisait. Et maintenant, la quantité de polystyrène… il n’y a aucun plaisir à boire dans du plastique, et une bonne tasse en porcelaine, ou un mug, te dureras la vie entière si tu en prends soin. Tu n’en as besoin qu’une. On n’a besoin qu’une voiture. On n’a probablement besoin que de deux paires de chaussures dans ta vie d’adultes. À moins que tu ne marches horriblement beaucoup…”

Tandis que nous continuons à parler, d’autres parties de ce manifeste d’Albarn légèrement hasardeux émergent – par exemple que Damien Hirst (“mon vieux pote Damien”) a aussi besoin d’être arrêté. Son nouveau crâne de diamants est, bien sûr, l’œuvre qui offense particulièrement Damon. “C’est un tas de conneries, mec. On va tous finir par l’encenser en disant, Il est génial. Ce n’est pas génial, c’est chiant. Sois un vrai artiste. Ne me méprends pas – je pense que c’est une personne fantastique et qu’il a fait des choses extraordinaires, mais je pense qu’en ce moment il est enlisé dans une routine”.

Je dis à Damon que je trouve toujours l’œuvre de Damien Hirst bizarrement émouvante.

“Eh bien, tu sais…” dit-il. “C’est un pays libre, mec”.

Pas, je fais remarquer, si on fait comme il le veut.

“Non, reconnaît-il. C’est très vrai”.

* * *

15 mai 2007. Répétitions pour Monkey. Paris

Étalée sur un grand bâtiment d’une vieille usine dans la banlieue parisienne où ils faisaient des boutonnières pour des ceintures, j’étends dire, la production prend forme. Ici, on se rend vraiment compte dans quel projet remarquablement ambitieux et inhabituel s’est jeté Damon. Dans une salle énorme, Chen Shi-Zheng répète la scène d’ouverture avec une partie des acteurs principaux, tous chinois. À côté, c’est l’école du cirque, où des femmes artistes tournoient en l’air de haut en bas sur des harnais. En haut, dans une série de pièces d’accessoires et de costumes, on peut voir des visages d’hommes recouverts d’une matière gluante verte et des masques monstrueux à moitié fini traînent par terre. Où que vous alliez, vous risquez de croiser des gens qui font tourner des bâtons ou tourner des assiettes. “Ça va être complètement le chaos à Manchester, je pense”, dit Damon.

Durant la majeure partie de la journée, Damon est soit recroquevillé, en train de rire comme un fou, ou s’enfuir avec conspiration avec Jamie Hewlett. Quand je demande à Damon quand ses ambitions ont commencé à changer, il mentionne deux choses – sa visite en Afrique de l’Est en 2000 qui a fini par mener à son album Mali Music, et sa rencontre avec Jamie : “Jamie m’a guéri de toutes mes prétensions de rock star. Il est sacrément marrant et s’en contrefout de trucs comme ça, tu sais. Et ça a déteint sur moi à la fin, et je suis devenu une personne plus heureuse pour ça, parce que je n’étais jamais vraiment à l’aise d’être comme ça. Comme tu peux le voir maintenant. J’espère”.

Durant la pause déjeuner, Damon et moi sommes assis sur la pelouse, et il explique qu’il y a eu du changement sur le front Blur. On lui a dit que sa condition sine qua non pour la réunion de Blur – que Graham doit être prêt à venir – a été satisfaite. Les quatre vont se réunir pendant une semaine plus tard dans l’année, et Alex James et Dave Rowntree ont tous deux fait du bruit optimiste dans la presse. Les sentiments de Damon semblent plus en conflit. “Le cynique qu’il y a en moi dirait qu’il y aurait toujours eu un moment où ils voudront bien – ils étant Graham – quand les styles de vie commenceront à être légèrement affectés par des rendements décroissants, explique-t-il. Et l’optimiste en moi dirait que les gens peuvent essayer de se réconcilier et être à nouveau amis”.

Et quand vous allez vous voir, vous allez essayer tout de suite de faire de la musique ?

“Ouais, juste pour voir ce qui arrivera. Je saurai assez rapidement si ça marche ou pas. Je ne sais pas. Peut-être que trop de temps a passé. Tout ce que je sais, c’est que ça va arriver et on va juste se pointer en studio comme si les six ou sept dernières années n’étaient jamais arrivées. Il sera dans un coin avec ses pédales et sa guitare…”.

Alors pourriez-vous concevoir un disque de Blur qui sortirait l’année prochaine et qui te rendrait heureux ?

“[Longue pause] Pas vraiment, pour être totalement honnête avec toi. Mais tu sais, j’essayerai. Je ne sais pas si je le veux vraiment, honnêtement. Mais j’essayerai. Ce que je trouve très bien”.

Et pourrais-tu voir ton amitié avec Graham revenir ?

“Eh bien, ça serait génial. Parce qu’on était de grands potes. On était comme des frères quand on était plus jeunes. Et ce serait sympa… tu sais, personne n’est là aussi longtemps pour se permettre de, tu sais, se comporter comme on l’a fait, vraiment, l’un envers l’autre”.

Penses-tu que c’est en grande partie ta faute ?

“Euh… [pause]… Je préférerais dire 50-50. [Il rit] Mais ce serait poussif. Ce n’est pas aussi simple qu’il l’a exposé. Il a omis tant de facteurs qui ont contribué à tout ce qui est arrivé. Et certains sont énormes. Comme Country House – je me souviens quand on l’a finie que j’ai regardé Graham dans les yeux et j’ai dit, Je ne pense pas qu’on devrait le faire, et il a répondu, Non, c’est génial”.

J’aime toujours Country House.

“Eh bien, voilà. Voilà ! Il faut faire admettre ça à Graham, cependant. Et par la suite, j’ai tout compris. Maintenant, ces trucs peuvent blesser un home à vie, à cause de ce qui arrive après. Il s’est désavoué de tout ça, et c’est du genre, on ne peut faire ça parce qu’on a tous en fait été d’accord pour le faire, c’est une responsabilité collective. Et il est devenu de plus en plus comme ça. Alors j’ai dû prendre de plus en plus de responsabilité et il a en quelque sorte dépeint ça comme si je devenais de plus en plus égotiste, ce qui n’était pas ce qui arrivait en réalité. Ce qui se passait, c’est que je devais en faire plus”.

Je demande à Damon de me dire quand a-t-il vu pour la dernière fois chaque membre de Blur.

Pour Dave, c’était au Hammersmith Palais. “Il m’a demandé où je faisais faire mes costumes, explique Damon, et je lui ai dit et il s’en est fait faire un et c’est son costume du parti travailliste”. Dave faisait ses premiers pas dans la politique de parti en se présentant comme candidat travailliste pour la circonscription de Marylebone High Street du conseil de Westminster. (Comme prévu – c’est une zone très conservatrice – il a perdu.) “J’aime Dave énormément et je pense que c’est un mec très intelligent, note Damon, mais je ne suis pas vraiment du tout d’accord avec sa politique”.

Quand as-tu vu Alex pour la dernière fois ?

“Il a fait un saut pour prendre un café la semaine dernière. Il allait faire quelque chose avec une chemise affreuse. J’étais là Ne porte pas cette chemise. Et je l’ai vue cette semaine dans la presse partout. Florale. Alex a un goût très bizarre pour son style. C’est un gène au hasard”. (Quelques semaines plus tard, il jugera le livre d’Alex, Bit of a Blur, du peu dont il en a lu comme “une opportunité manquée” et ajoutera : “C’est ce qu’il fait maintenant. Il n’est pas musicien, il est journaliste. Je pensais qu’il aurait vraiment osé dire comment c’était vraiment. Je veux dire, il y a manifestement des parties que j’aurais trouvées pénibles s’il l’avait fait, mais… c’est comme du lait écrémé, tu sais”.)

Et Graham ?

“La dernière fois que j’ai vu Graham, c’était quand Dave a insisté pour qu’on ailler voir un rabbin pour faire le médiateur entre nous tous”.

Un rabbin ?

“Oui. On a eu ce mec formidable, adorable, une sorte d’intermédiaire professionnel. Un médiateur. Alors il y avait Graham d’un côté de la table et nous trois de l’autre et le rabbin au milieu, et il faisait le médiateur entre nous. Ça n’a pas marché”.

C’était il y a combien de temps ?

“Ça doit bien faire trois, quatre ans”.

Après Think Tank ?

“Ouais”.

Alors qu’est-ce qui s’est passé ?

“Eh bien… [il soupire]… Je ne vais pas entrer dans les détails. Je ne suis pas particulièrement heureuse de ce qui s’est passé, mais c’est à propos d’argent, alors je ne vais pas en parler. On s’est mis d’accord sur le fait de n’être pas d’accord…”

Était-ce l’idée que cela vous rapprocherait ?

“C’était juste essayer en quelque sorte de… essayer de se réconcilier. Mais Graham à ce moment n’était absolument pas intéressé par être dans la même pièce que moi et Daven en particulier. Ça allait d’être dans une pièce avec Alex. Il avait évidemment beaucoup de choses à régler dans sa tête. Et je comprends ça”.

* * *

Un vendredi soir ce janvier là, Damon était chez lui, assis dans le canapé avec, comme il le dit, “ma femme”, à regarder Newsnight Review, quand il a entendu son nom mentionné. Il était horrifié. Dans une discussion sur “Cool Britannia”, Sue Perkins s’est référée à Damon comme l’un de ces musiciens qui étaient allés à Downing Street aux tout débuts du gouvernement de Tony Blair. Damon pensait justement que le récit de sa cour, et son rejet, de Tony Blair et Alistair Campbell avant la victoire des travaillistes aux élections était raisonnablement connu. Pas assez, visiblement. Sa lettre de correction, publié sur le site de la BBC la semaine suivante, décrivait cette affirmation en direct comme “la chose la plus insultante qu’on n’ait jamais dite sur moi”.

Quand je lui demande exactement comment il a réagi à l’époque, Damon joue un effondrement total de fureur et d’exaspération. La réaction de sa compagne Suzi, il note, a été plus contenue. “Elle ne s’énerve jamais pour les choses qui m’énervent. Enfin, si, mais pas pour des choses comme ça”. Ceci, il admet, a été une bonne influence sur lui récemment : “Je dirais qu’entre Jamie et Suzi, il n’y avait pas beaucoup de place pour manœuvre comme un dieu du rock, si tu vois ce que je veux dire. Il n’y avait aucune tolérance”.

Il me raconte sa première rencontre avec elle, quand ils étaient tous les deux invités dans l’émission de Radio 4, Midweek with Libby Purves. Suzi Winstanley est une artiste qui, avec sa collaboratrice Olly Williams, voyage aux quatre coins du monde pour créer des œuvres d’art qui interagissent avec le monde naturel qu’elles décrivent. Comme Damon s’en souvient, elle était venue parler d’ours polaires. “J’ai sorti, Oh ouais, j’ai une maison à Reykjavik…”, dit-il. (Ce n’était pas une répartie brillamment impressionnante – Damon a, il est vrai, une maison à Reykjavik, à côté de chez son ami Einar Örn des Sugarcubes, mais il n’y a pas d’ours polaires là-bas, ni, normalement, en Islande.) Il a rapidement appris que jouer la carte de la popstar n’allait pas l’emmener loin de toute manière : “Elle a passé les années 1990 essentiellement à l’étranger – en Arctique, en Afrique, en Amérique du Sud, en Inde – alors elle n’avait véritablement aucune idée de qui j’étais, explique-t-il, avec une fausse exaspération. “Ni combien j’étais important”. La première fois qu’il est allé dans son meublé près de Liverpool Street, elle a suggéré d’aller voir la sculpture de Richard Serra pas loin. On était proche de l’heure de pointe. “Non, tu ne veux pas faire ça”, lui a-t-il dit. “Fais-moi confiance. Et elle était là, Quoi ? Elle a juste pensé, Quel branleur. Alors, on y est allés, quand même, et elle s’est rendue compte. Quatre bimbos arrivent par l’escalator et sortent, C’est ta nouvelle copine, Damon ?

Pourtant, Damon insiste que la tolérance zéro pour le comportement de rock star égocentrique dans sa vie a commencé là et persiste. “Ce qui est bon, il reconnait. Et aujourd’hui, je n’ai aucune tolérance pour tous ceux qui se comporte comme ça”.

Comme un fumeur qui arrête de fumeur et devient fanatique de l’interdiction de fumer ?

“Je suppose que oui. Je vois où tu veux en venir mais…” – il soupire de manière mélodramatique – “oh, d’accord”.

* * *

6 juillet 2007. Palace Theatre, Manchester

Monkey tourne depuis près de deux semaines et finira demain. L’opéra a reçu de la part de tout le monde le genre de critiques, des critiques de grande culture à celles pop, qu’on ne pourrait rêver. (Le Daily Telepgraph a donné le ton : “La musique d’Albarn est un pur délice. Bien que influencé par l’exotisme de Messiaen et les séquences répétitives des minimalistes, elle trouve ses bases dans un pastiche de traditions populaires chinoises. Effrontée, vulgaire, percutante, et seulement expansive sur le plan lyrique par occasions, elle est également sans prétention et honnête de façon engageante – il n’y a pas de sentiment de musicien rock qui pète plus haut que son cul”.) Damon a pris l’avion pour être là ce soir – hier soir après minuit, il nageait dans un fjord avec Paul Simonon après un festival norvégien ; demain soir The Good, The Bad & The Queen sera entendu à Montreux. Je suis assis à deux sièges de lui à la représentation de ce soir. C’est un spectacle remarquable, et le public semble enchanté. Damon remue la tête au rythme de sa musique, quitte son siège en plein milieu, puis apparaît pour le dernier salut sur scène.

Après cela, il y a une fête pour les acteurs et l’équipe, payée par la carte de crédit de Damon, dans le bar d’un hôtel du coin. Damon semble soulagé, fier et épuisé. “Ça ira où que ça voudra maintenant”, essayant peut-être de ne pas montrer combien cela a été satisfaisant. “On a eu des offres de partout. On a le choix entre une résidence de 50 ans au Butlins ou à la Royal Opera House”. Ce soir en est un qui ne sera pas, avec insistance, “que du thé”. Une des quelques autres citations que j’écris dans mon carnet, c’est quand Damon annonce avec une fanfaronnade confiante seulement légèrement sabotée par les véritables mots qui sortent, “Je pense que j’ai dit autre chose plus tôt. Quelque chose… à propos de quelque chose”.

Quand les têtes sont un peu plus claires, Damon avait réfléchi sur combien la réaction à Monkey avait été bizarre pour lui. Peut-être qu’au fils des années, il s’est habitué à être remis en doute, critiqué après coup et sous-estimé – et occasionnellement simplement tourné en dérision – par les critiques, et a trouvé satisfaction en combien de fois il a triomphé malgré cela. Mais maintenant,  quelque peu à sa surprise, les gens font la queue pour s’extasier sur lui comme un homme de la Renaissance touché par le génie qui ne peut se tromper. L’acclamation positive universelle, même si elle est gratifiante, peut également avoir ses aspects profondément troublants et perturbants pour un homme comme Damon Albarn. Autrement dit, les critiques ont enfin trouvé une manière de le secouer.

“On te refuse”, se plaint-il, “cette émotion stable de, putains de cons…”

* * *

“C’est ce que c’est”, a dit Damon de Monkey à Manchester. “Passons à la prochaine chose…”

Comme toujours, les possibilités s’entassent. Il projette d’enregistrer Monkey en tant qu’album, réincorporant une partie des boîtes à rythmes et de la programmation de ses démos originales de manière à ce que ce soit traité plus comme un disque pop : “Un peu plus, disons, Gorillaz-y”. On parle d’un film de Gorillaz, utilisant peut-être des prises inédites et des films amateurs de la légende du Kung-Fu Bruce Lee, et la bande originale qui va avec. L’organisation Africa Express qu’il a contribué à fonder à la suite du Live 8 pour encourager la fertilisation interculturelle entre les musiciens – plus récemment vu dans toute sa gloire chaotique triomphante à Glastonbury – continuera ; un voyage au Congo est imminent. Il veut écrire un autre opéra et est en discussion pour écrire un quartet à cordes pour le Kronos Quartet. “Je suppose que si je suis honnête, dit-il, ce que je veux faire, c’est juste des morceaux de musique de plus en plus longs”.

Mais, n’ayant jamais peur des contradictions, Damon pourrait rapidement – “à l’opposé radical de tout ce que je n’ai jamais dit” – sortir un album sous son propre nom pour la première fois. “Je veux faire un album de chansons d’amour, explique-t-il. Tout un album dédié à la musique romantique que j’ai écrite sans honte. Je pense que ce serait un album sympa à faire en ce moment”. Il dit qu’il a déjà beaucoup de chansons adéquates en stock, plus qu’il ne prévoit d’écrire (“J’aimerais faire, dit-il, la chanson la plus triste au monde”) et pourrait même considérer revisiter des anciennes. “Par exemple, une chanson comme To The End, explique-t-il. Je sais que je pourrais mieux la chanter maintenant”.

* * *

30 juillet 2007. Ouest londonien

Damon a désormais un tout nouveau studio – un complexe de studio, presque, avec un espace pour Jamie Hewlett au-dessus. “On peut juste bricoler sans fin”, dit-il. En bas, les maçons mettent les dernières touches, alors nous sommes assis dans le patio sur le toit, juste à côté de la voie ferrée à propos de laquelle on a dit à Damon qu’elle transporte des expéditions nucléaires une fois par jour. Parmi les nombreuses choses qu’il a à dire aujourd’hui, une est que ses pensées sur la réunion potentielle de Blur se sont durcies.

“C’est mieux qu’on continue tous nos vies, explique-t-il. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé maintenant. J’ai pris cette décision. Je pense que ce serait une terrible erreur. Ça semble juste inutile. C’était une période dans le passé, on a fait ça, génial – continuons nos vies. Ça serait juste évidemment pour l’argent, et c’est juste merdique”.

Est-ce toujours dans l’agenda ?

“C’est toujours dans l’agenda, ouais. Fin septembre”.

Mais tu penses à y mettre fin ?

“Ce n’est pas bien. On dirait que ce n’est pas sincère, en mon nom. Je veux dire, la seule raison pour laquelle je ferais ça, ça serait parce que j’ai dit que je le ferais. Mais encore, j’ai dit ça avant qu’il n’y ait aucune indication que Graham serait intéressé, alors peut-être je l’ai dit en pensant juste qu’il ne voudra jamais, alors c’était facile pour moi de dire ça”. Mais maintenant, il doit y réfléchir. Il se demande s’ils doivent toujours se voir, mais pas ici, pas en studio à attendre de faire de la musique ensemble. “Et juste voir s’il y a toujours de la vraie affection qui reste entre nous tous… Je ne sais pas… C’est vraiment dur pour moi de parler de ça. Tout ce que je dis, c’est que ça ne va pas être le bon truc à dire pour quelqu’un”.

Parfois, quand Damon parle avec des manières qui semblent garanties pour saboter toute réunion de Blur possible, je me demande vraiment s’il ne crée pas effectivement le seul environnement pour lui où Blur pourrait refaire finalement quelque chose qui vaut la peine ; une fois il semble qu’elles suivent leur cours le moins prévisible et probable, et exactement le genre de défi pervers et illogique sur quoi Damon prospère. Ce n’est pas dire qu’il le fait de manière si délibérée ; ni qu’il ne pourrait causer trop de dommage en cours de route. Je lui demande s’il a entendu The Old Town, le nouveau single de Graham avec Paul Weller. Oui. “Il ne m’a pas fait grande impression. Graham ne semble pas vouloir du tout changer, il semble juste se contenter de faire ce genre de musique. Il y a toujours un élément de cette chose fantastique que Graham a quand il prend une guitare, mais je ne pense pas qu’il se soit étendu d’une quelconque manière assez près. Et ça m’ennuie un peu à propos de retravailler ensemble – quelqu’un qui a tellement de capacité, en faire si peu avec, à mon avis”.

Le principal problème avec Blur l’implique clairement avec Graham, à bien des égards. “Écoute, ça ne pourra jamais été désamorcé, et jamais résolu, jusqu’à ce que Graham et moi, en tête à tête, on règle nos différents. Et ça serait vraiment sympa, évidemment. Mais si ça arrive ou pas, je ne sais pas. Parfois, si tu es vraiment proche de quelqu’un, alors parfois on se fait trop de mal à chacun… mais je suppose qu’on espère toujours qu’on peut. Je m’en rends compte maintenant : c’était une relation dans ma vie, comme ma relation avec Justine. Des relations qui ne sont plus vraiment là, mais qui étaient très importantes à l’époque”.

Cela semble être le bon moment de poser une question que je soupçonne Damon n’accueillera pas à bras ouverts. Considérant le grand ménage qu’a fait Damon dans la musique depuis les débuts de Blur, à la fois dans et au-delà de la pop, il y a une partie qui est restée dans l’ombre. Je lui demande s’il est juste de dire que parfois il se laissait aller à faire croire qu’il a beaucoup fait dans le premier album d’Elastica. Il me regarde, quelque part entre l’amusement, l’étonnement et l’horreur, et à ce moment exact, nous sommes interrompus par la nouvelle que son taxi l’attend dehors et qu’il est en retard pour rentrer chez lui. Nous y finirons de parler. “Heureusement, dit-il, au moment où on y arrivera, tu auras oublié cette question”.

Dans le taxi, nous parlons d’autres choses.

* * *

Nous nous réunissons à nouveau dans son jardin. Quand j’entends un bruit bizarre derrière moi, Damon me rassure que c’est soit un chat ou un bambou grinçant. Les bruits bizarres qui viennent de la cuisine viennent de la fille de Damon qui génère des couinements électroniques à partir d’un petit dispositif en métal de David Coulter qu’elle vient juste de découvrir.

Damon fait du café pour nous deux et l’amène à table.

“Okay, dit-il. Pourquoi veux-tu me poser cette question ? Et quelle réponse penses-tu puis-je te donner ?”

Eh bien, peut-être que tu ne peux pas…

“Si c’est vrai, est-ce que tu la poses ?”

Je pense que oui.

“Penses-tu que c’est vrai ou pas ?”

Oui, je soupçonne que c’est assez vrai.

Il rigole. “Alors voilà. Je veux dire que c’était un moment très intéressant, créatif et excitant. Et Justine et moi, on a eu de grandes années ensemble et je l’ai aidée et elle m’a aidé. Elle avait des idées géniales. Je pense que j’ai appris beaucoup d’elle sur l’ADN du style et l’iconographie. Le moment où nos chemins se sont vraiment croisés, on s’est bien amusés. Et puis tout est parti en vrille…” Il reviendra plus tard à cela, brièvement. “Me demander si j’ai écrit ou pas l’album d’Elastica, c’est une question à laquelle…” Il secoue la tête. “Il m’est impossible de répondre”.

* * *

Je pousse Damon à considérer ce qu’il a réalisé jusqu’ici, et il essaie de répondre aussi bien que possible à une question comme celle-ci en disant des choses comme, “Tu sais, comme Ian Dury a dit, J’ai vu des bouts – mais peut-être que c’est tout ce que tu verras”, quand sa fille se faufile derrière lui et commence à lui faire des cornes avec les doigts. (Elle attend que nous finissions pour qu’il puisse l’emmener à la piscine et voir le film des Simpson.) Il se retourne et lui demande ce qu’elle pense il a réalisé dans sa vie. À moins qu’il ait espéré ardemment être considéré comme la source des pets les plus odorants au monde, la réponse ne peut être précisément ce qu’il voulait.

“Évidemment, j’ai changé énormément, il réfléchit. Mais je suis content d’avoir vécu ça. Je suis content d’être gauche, célèbre, joli, désagréable, et toutes ces choses ensemble…” L’une des leçons il dit avoir essayé d’apprendre, c’est comment être la personne la moins impressionnée quand on en vient à ce que tu crées, et il projette de beaucoup plus s’y entraîner. Il continuera aussi – parce qu’après tout, il reste Damon Albarn – sans aucun doute à s’emporter contre les manières sensiblement non exhaustives, grandes et petites, dont il trouve le monde moderne nous déçoit.

“Tu sais quand je m’énervais sur les tasses à thé et tout ? demande-t-il. “Une autre chose m’a tapé sur le système. En revenant en avion, British Midland. Des petits sachets de morceaux de pomme ! Maintenant, qu’est-ce qui ne va pas avec une pomme… ?”

*

LE JUKEBOX DE DAMON ALBARN

Ses meilleurs moments musicaux, de Blur à The Good, The Bad & The Queen (cliquez sur les logos Spotify/YouTube pour les écouter)

Sing, Blur
Île isolée de beauté dans l’éparpillement qui recherche l’attention qu’est le premier album de Blur. A alerté le monde (enfin, ceux qui écoutaient) à la tendance d’Albarn à la mélancolie anglaise classique. Elle reviendra comme thème régulier.
Disponible sur : Leisure (Food, 1991)
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For Tomorrow, Blur
La première grande chanson d’Albarn avait besoin qu’Andy Ross de Food rejette Modern Life Is Rubbish à la place de singles. L’autobiographie, Robert Wyatt, la pop mod des sixties et une bringue dans l’East End entrent en collision dans sa riposte parfaite.
Disponible sur : Modern Life Is Rubbish (Food, 1993)
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Colin Zeal, Blur
Au moment de The Great Escape, la brimade de bourgeois à la troisième personne était devenue un réglage par défaut tiède, mais en 1993, la misanthropie naissante d’Albarn était une bouffée d’air frais. Notez la lourde dette à Went Crazy des Teardrop Explodes.
Disponible sur : Modern Life Is Rubbish (Food, 1993)
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Girls & Boys, Blur
Fanfaronnade disco irrésistiblement dissolue qui a marqué Blur comme des preneurs de risques, et qui a signalé le début de leur période impériale. Prophétie spirituelle de la dégénération sexuelle des années 1990 déguisée en hymne de baise de Loaded.
Disponible sur : Parklife (Food, 1994)
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This Is A Low, Blur
Chanté comme le Bowie période Anthony Newley qui est en dépression nerveuse (notre héro n’aura qu’à attendre six mois pour que la vraie arrive). Albarn utilise la météo marine pour fabriquer une exquise élégie au déclin de la Grande-Bretagne.
Disponible sur : Parklife (Food, 1994)
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The Universal, Blur
Si The Great Escape était, comme le ressent aujourd’hui Albarn, la grande erreur de Blur, il valait le coup d’être fait pour cette tranche amère de culture de la loterie Weltschmerz qui tourne au Bacharach. Partout ailleurs, la Cool Britannia mijotait.
Disponible sur : The Great Escape (Food, 1995)
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Death Of A Party, Blur
Vieille chanson, mise en démo en 1992, ce chant funèbre irrésistiblement morbide a été ranimé (enfin, presque) pour résumer la gueule de bois post-Britpop. Désormais, a compris Albarn, l’ironie ne suffisait pas – il fallait mieux sortir l’artillerie lourde.
Disponible sur : Blur (Food, 1997)
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Waterloo Sunset, Ray Davies & Damon Albarn
Aucune honte dans la dette d’Albarn envers Davies, de qui il a appris le pouvoir du détail lyrique et du lieu, et c’est un charmant duo de salon sur la plus grande pop song de la langue anglaise.
Disponible sur : This Is Where I Belong: The Songs Of Ray Davies & The Kinks (Rykodisc, 1997)
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Popscene (live at Peel Acres), Blur
La chanson qui a donné le coup d’envoi de la Britpop (selon Blur) matraquée à mort dans le jardin de John Peel. Preuve, s’il en fallait, que le thrashpower hardcore de Coxon et teaser parfait de leur rumeur (mais ne le criez pas trop fort) de leur rapprochement d’automne.
Disponible sur : Face B de On Your Own (Food, 1997)
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Trimm Trabb, Blur
Après 1997, Albarn est parti en voyage, brusquement plus intéressé par le son que les concepts. Indice : sa chanson la plus droguée en date, avec la guitare de Coxon qui scie de façon menaçante tandis qu’un Albarn endormi est entraîné vers Hades par des fantômes.
Disponible sur : 13 (Food, 1999)
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No Distance Left To Run, Blur
13 a également vue la naissance de la narration effrontément personnelle d’Albarn. Ici, on dit adieu à sa rupture d’avec Justine Frischmann d’Elastica avec des accords pleureurs, la guitare lasse de Coxon et (une autre première) une sincérité non forcée.
Disponible sur : 13 (Food, 1999)
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Trek To The Cave, Damon Albarn & Michel Nyman
On s’attendait qu’un relativement novice des musiques de film soit intimidé par Monsieur la Leçon de piano, mais le sens de la mélodie d’Albarn existe de son propre droit au sein des harpes, banjos et orchestre du Juif.
Disponible sur : BOF de Vorace (EMI, 1999)
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Music Is My Radar, Blur
Controversée à l’époque, Albarn prend son pied sur un groove lourd Afro-rock et déclare que “Tony Allan m’a vraiment fait danser”. Ne sonne pas du tout comme Blur et Graham est rapidement parti.
Disponible sur : Music Is My Radar (single, Food, 2000)
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Clint Eastwood, Gorillaz
L’idée – Damon Albarn fait du hip hop, avec des dessins animés – les a rendus morts de rire chez Oasis. Mais la réalité – du funk filiforme qui fout la frousse en faisant retentir un gros éclat de rire dans le vide – et les ventes, ont eu le dernier éclat de rire.
Disponible sur : Gorillaz (Parlophone, 2001)
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Sunset Coming On, Afel Bocoum, Damon Albarn, Toumani Diabaté and friends
Petit mantra de descente élégant extrait du carnet de voyage dédié à Oxfam, avec le chant d’Albarn qui sonne fatigué désormais familier et le caméo du mélodica. Entracte bienvenue au sein des bœufs afro libres et autres diversions dub de l’album.
Disponible sur : Mali Music (Honest Jon’s, 2002)
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Out Of Time, Blur
On dirait qu’il parle à un ami (“Tu as été si occupé ces derniers temps”) ; en fait il parle aux hommes politiques. Polémique habillée de pop triste dépouillée et sophistiquée qu’Albarn trouve aujourd’hui trop subtile.
Disponible sur : Think Tank (Food, 2003)
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Half A Song, Damon Albarn
Extrait d’un album vinyle de schémas quatre pistes, vignette poignante que de nombreux proches d’Albarn insistent qu’il devrait encore “développer”. Fait : Albarn a vu Democrazy comme le premier d’une série, avec Paul Weller contribuant le deuxème. Grosse chance !
Disponible sur : Democrazy (Honest Jon’s, 2003)
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Every Season, Tony Allen (featuring Damon Albarn & Ty)
Le morceau qui a convaincu la légende des rythmes afro qu’Albarn n’était pas un touriste qui poursuivait une tendance en faisant semblant de s’intéresser à la musique non occidentale. La graine qui a fait germer The Good, The Bad & The Queen.
Disponible sur : Home Cooking (Wrasse, 2004)
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Fire Coming Out Of The Monkey’s Head, Gorillaz
La largeur de l’ambition d’Albarn et la profondeur de ses ressources musicales, enveloppées de compassion et recouvertes de la voix de Dennis Hopper et des visuels cauchemardesques de Jamies Hewlett. Irrésistible.
Disponible sur : Demon Days Live At the Manchester Opera House (EMI DVD, 2006)
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A Soldier’s Tale, The Good, The Bad & The Queen
Retour à la case départ (enfin presque) avec une mise à jour de For Tomorrow et son narrateur soûl qui regarde avec nostalgie l’Angleterre qui va de mal en pis. Souris Damon, cela ne pourrait jamais arriver ! Oh… si en fait.
Disponible sur : The Good, The Bad & The Queen (Parlophone, 2007)
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NOS AMIS ÉCLECTIQUES

Damon Albarn, par ses collaborateurs.

JAMIE HEWLETT [l’artiste en résidence chez Gorillaz]
“J’avais l’habitude de traîner avec Justine Frischmann quand Damon vivait avec elle. Quand j’étais chez eux, il disait des choses comme, Pourquoi Hewlett est là ? Quand on a fini par vraiment se parler, on a découvert qu’on s’entendait bien. On a fini par vivre dans un F3 sur Westbourne Grove pendant un an et demi. C’est un très, très bon cuisinier. Très bordélique, cependant. Il n’avait pas de penderie : il avait juste une grosse pile de fringues dans sa chambre. J’étais un obsessif de la propreté. Il m’a guéri de ça. Damon a été une thérapie fortuite de mes tocs”.

DAVE ROWNTREE [batteur de Blur]
“Dans Blur, c’était Damon qui sortait tout le monde du lit le matin. Il voulait toujours juste une répétition de plus avant un concert ou juste une chanson de plus pour l’album. C’est la différence entre un groupe qui a du succès et un groupe qui n’en a pas. Un groupe a besoin dans une certaine mesure d’être une dictature. C’était absolument essentiel pour nous”.

PAUL SIMONON [bassiste de The Good, The Bad & The Queen]
“On m’avait dit qu’il était difficile de travailler avec Damon. Ça m’a surpris parce qu’on s’est bien entendus tout de suite. C’était similaire au Clash. Les idées étaient mises sur la table et réarrangées. Damon est très ouvert d’esprit à la contribution des autres. Il sait que tu dois pouvoir prendre du recul pour te rendre compte que quelqu’un d’autre pourrait avoir une meilleure idée.

ROBERT DEL NAJA [3D de Massive Attack]
“Damon a toujours beaucoup à dire. Parfois tu peux même faire passer ton opinion. Je me souviens de la nuit de la marche anti-Iraq [à Londres le 15 février 2003], on nous a demandé d’aller sur Newsnight. Je ne voulais pas le faire parce que je pensais qu’on serait malmenés et ferait du tort à la cause. Mais Damon pensait que c’était important de faire passer le message”.

MICHAEL NYMAN [compositeur aux multiples récompenses]
“Damon et moi, on a travaillé sur un morceau pour l’album hommage à Noêl Coward [Twentieth-Century Blues: The Songs Of Noel Coward de 1993]. Quand on lui a demandé d »écrire la bande originale de Vorace [film d’horreur de 1999], il a insisté qu’il ne pouvait faire ça qu’en collaboration avec moi. J’ai pris du plaisir à le former et à l’aider à être compositeur d’orchestre. J’étais très impressionné : il a une certaine liberté de penser”.

Traduction – 30 juin 2013