L’Amérique a rendu Blur dingue il y a deux ans, le groupe ayant failli se désintégrer dans la psychose alcoolique. Mais deux ans plus tard, avec un album numéro un derrière eux, ils ont une vue plus saine du pays de McDonald maintenant que le succès de ce côté là de l’Atlantique n’est plus vital à leur stratégie. Keith Cameron les rencontre à Los Angeles et découvre que la vie moderne n’est pas merdique.

Rudy Salinas a roulé sur son scooter depuis Pasadena, zig-zagguant dans le trafic du dimanche matin pendant une grande partie des 45 minutes. Son ami Colin est venu aussi. Cela ne pose aucun problème, ils insistent autour d’une tasse de café et de cigarettes dans le hall du Rooservelt Hotel de Hollywood.

Après tout, ils connaissent bien le chemin de la veille. Alors, Rudy et Colin l’avaient emprunté en trombe pour rentrer du Palace à quelques pas d’ici, trempés autant d’euphorie que de sueur, dans une extase qui titille les sens d’avoir vu leur groupe préféré faire un concert génial.

Non seulement cela, mais leurs héros avaient repéré la moto de Rudy garée contre la barrière de l’entrée backstage de la salle. Elle était difficile à éviter : une Lambretta d’occasion, un peu comme celle que Phil Daniels conduisait dans Quadrophenia, customisée avec soin pour incorporer la cible rouge, blanche et bleue et le nom du groupe préféré de Rudy peint au pochoir sur la visière. Elle ferait, insiste son groupe préféré, l’accessoire parfait pour la session photo du lendemain matin.

Les groupes, par définition, sont toujours en retard ; de manière similaire, leurs fans tiennent à être en avance. Alors Rudy et Colin sont assis dans le hall du Roosevelt et parlent. Leur conversation tourne autour de l’Angleterre, de laquelle les deux jeunes hommes ont une connaissance méticuleuse typique d’obsédés qui doivent encore poser les yeux sur l’objet de leur obsession. Les résultats de foot récemment acquis sont disséqués. “Manchester United a perdu face à Ipswich ?!” Rudy secoue la tête avec incrédulité. Il demande si la Mecque mod de Camden Town, Blow up, est aussi bien qu’elle le semble des articles de magazine qu’il a lus. Et comment est Carnaby Street aujourd’hui ? Un piège à touristes ? Il hoche la tête et sourit mais son regard dit qu’il ira voir cela quand même si – non, quand – il viendra en visite.

Les héros de Rudy arrivent et nous allons dehors. Sur le chemin, Rudy montre le football à la télévision et dit qu’il préfère bien plus la version originaire d’Angleterre au XIXème siècle rapidement embrassée par pratiquement tous les pays de la planète, avec l’exception notable des États-Unis d’Amérique.

Oui, il a vu une partie des matchs de la coupe du monde. “Mon père est argentin, dit-il en souriant. Alors c’était vraiment excitant. On les a vus jouer contre la Grèce, tu sais, quand Maradona a fait un but ? Ils ont un bonne équipe, mais sans lui, ils ont perdu l’envie”.

Tout à coup, sous le soleil aveuglant de Hollywood, le miracle de ce qui arrive devient apparent. Ce môme argentino-américain est fou de la musique et la culture d’une nation contre laquelle les compatriotes de son père ont été envoyés faire la guerre il y a à peine 12 ans. Sa Lambretta est ornée de plusieurs drapeaux Union Jack, le symbole d’identité le plus puissant et confus de cette nation. Et assis admirablement sur son scooter se trouve son héros, le chanteur de son groupe préféré, les fournisseurs proéminents de la pop post-moderniste d’Angleterre.

“C’est très gentil à vous de l’avoir ramenée”, dit-il. Le visage de Rudy rayonne de fierté. C’est la réalité de 1994 de Blur dans Los Angeles et on dirait de la magie. Demandez simplement à Rudy Salinas.

* * *

L’irréalité de Los Angeles en 1994 frappe Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree fermement entre leurs yeux de gueule de bois tandis que nous nous promenons sur Hollywood Boulevard. Cherchant à se vider la tête collective après le rude supplice de réveil d’une conférence de presse de début d’après-midi tenue pour les freluquets d’une fac de médias locale, ils sont à place bombardés par une succession de traquenards LA quintessentiels.

D’abord, c’est un poli “merci mais…” devant la vaste sélection de bazar OJ Simpson, des cassettes de OJ Rap (“livre !”), aux cartes de la scène de meurtre, à un énorme éventail de T-shirts pro-OJ ; même les designs les plus outrageusement pro-OJ qui disent plus ou moins La chienne le méritait – on t’aime OJ !

Un peu plus loin, Alex, Damon, Dave et Graham s’arrêtent pour regarder bouche bée une vitrine qui montre un étalage exhaustif, non fatiguant, de bouts de tissus légers apparemment conçus pour être porter par les femmes comme sous-vêtements. Un écran vidéo confirme que celles qui ont choisi de ne pas s’être fait gonfler leur taille de poitrine avec le dernier composé radioactif devraient passer leur chemin.

Puis, un homme portant un t-shirt sur lequel on peut lire Merde à Dieu. Dieu peut sucer ma petite bite noire nous accueille chaleureusement et demande à être pris en photo avec Damon. Il demande ensuite si quelqu’un est partant pour une partie d’échecs. Partout, la nourriture est rapide, les disques compacts et l’essence sans plomb.

Peut-être inévitablement dans cet environnement, certains de ces soi-disants monstres et bizarres semblent bien mieux ajustés que ceux considérés par la société comme “normaux”. À un passage piéton, un homme bien habillé se glisse vers une jeune femme et lui dit que son rendez-vous de ce soir l’a laissé tomber mais qu’il serait heureux de l’emmener à sa place. La fille l’ignore. “Allez, dit-il, tout sérieux, je te payerai !”

Damon, inhabituellement, ne sait quoi dire. Tout comme Alex. “Imagine ça pendant neuf semaines”, dit-il, négociant une généreuse part de pizza, son choix d’alimentation de tournée américaine. “Ça te rend fou, putain”.

L’Amérique a rendu Blur si fous il y a deux ans que depuis, ils ont pris des étapes positives pour s’assurer que cela ne se reproduise pas. De manière plus pertinente, ils ont décidé qu’ils n’avaient plus rien à voir avec le totem archétype de la vie sur les routes outre-Atlantique : le long substitut de pénis reluisant, argenté et vitres teintées qu’est le tour bus. Maintenant ils prennent l’avion. LA est le troisième arrêt d’une courte étape de neuf villes qui inclut la plupart des centres cosmopolitains majeurs : New York, Boston, Chicago, San Francisco, Toronto…

Toutes se vendent bien en avance. La réaction du public varie de l’enthousiasme à l’hystérie. Et Bumfluff, dans l’Idaho, brille par son absence du programme. Pour leur bien-être, Blur ont décidé de laisser le cœur homogénéisé de l’Amérique dans l’ignorance magnifique de leurs charmes.

“On préfère payer un peu plus et garder notre santé mentale”, dit Damon, de retour dans le calme de la piscine style David Hockney du Roosevelt. “Je suppose que c’est juste qu’on n’a pas cette idée romantique de se bourrer la tronche et de traverser des déserts. Je veux dire, on l’a fait et c’est une folie mais on ne cherche rien ici. Beaucoup de groupes viennent à la recherche de quelque chose qu’ils n’ont pas trouvé chez eux – on est assez satisfaits de ce qu’on a à la maison et c’est juste un bonus. On n’est juste pas ce genre de groupe. Le mot a été utilisé durant la conférence de presse aujourd’hui, mais on est assez civilisés. C’est ce qu’on est. Je suis un blanc instruit de la classe moyenne. Je cherche différentes choses dans la pop, pas ce qui devrait… Mais tu l’as vu pour nos avoir suivi depuis ces dernières 24 heures combien ça peut épuiser”.

Dans ce court temps, Blur ont montré la sorte de forme qui a aidé à sauver leur carrière du marasme de 1992 et les a mis sur le chemin de leur situation actuelle heureuse : à savoir, un goût inépuisable d’être Blur à toute heure. À peine deux heures après s’être installé à l’hôtel après cinq heures de vol depuis New York, Damon a joyeusement été enlevé dans le chouette cabriolet Chevrolet loué par le NME vers la plage de Santa Monica. Là, il a bravé le surf pour des photos en jean trempé (tout comme notre photographe “Pour le Devoir du Travail” Cummins) et a généreusement offert les glaces.

S’arrêtant brièvement au Roosevelt pour changer de vêtements et récupérer Alex, Dave et Graham, nous partons ensuite à Pasadena pour une interview en direct à la radio chez KROQ, la radio “alternative” de LA “célèbre dans le monde entier”. Comme de nombreux établissements dans cette ville qui déclarent être connus de part le monde, on peut débattre si oui ou non la célébrité de KROQ s’étend vraiment au delà des frontières des États-Unis, voire la Californie, encore moi la planète entière. Tel est l’orgueil d’une nation dont le patchwork multi-ethnique l’a laissée sujette à la désillusion que la plupart du monde vit ici de toute manière – et pourquoi pas, mec ?!

Ce qui est au delà de la dispute, c’est que KROQ fournit un emploi lucratif à l’une des institutions rock de LA, qui s’avère aussi être un grand fan de Blur. Dans les années 1960, Rodney Bingenheimer était la doublure de Davy Jones dans les Monkees, mais se fera rapidement un nom dans Ligger To The Stars. Les GTOs, les protégées groupies de Frank Zappa, l’ont immortalisé dans l’une de leurs premières chansons : “On a un ami qui s’appelle Rodney Bingenheimer / Il a une coupe à la Hollandaise et il fait 1m60… Il est si étonnant tu devrais voir ses murs / Ils crient juste Viens voir les pop stars !

Plus d’un quart de siècle a passé et ces détails s’appliquent encore. Rodney est un petit gars avec les cheveux au carré et il insiste pour que Blur viennent voir son casier KROQ, orné de photos de lui avec des stars de magnitude la plus élevée, à partir Elvis Presley. En fait, dans la plupart, “avec” se traduit par “légèrement derrière et à gauche”, mais c’est un éventail impressionnant quand même. L’impulsion de demander d’où vient l’inclusion incongrue de Twiggy assise sur une radio géante est tempérée par la suspicion que Rodney était en fait là depuis tout le temps, mais caché par la radio.

Blur posent pour les photos obligatoires avec M. Bingenheimer, stoïques sachant que lorsque Rodney aura 70 ans, il les montrera à la classe stupéfiée de 2015 en disant : “Voici ce Damon Allbran – quel gars !”

À KROQ, le groupe négocie avec succès une interview pré-enregistrée avec Rodney, ainsi que la besogne en direct avec un DJ nommé Sluggo. Cela s’avère révélateur pour plusieurs raisons, la première confirmant le statut – en Amérique du moins – de Modern Life Is Rubbish comme l’album perdu de Blur en s’extasiant sur l’énorme changement de style entre Parklife et “le dernier disque Leisure”.

Ce qui est aussi révélée, c’est l’aptitude des garçons en tant que journalistes du courrier du cœur. Dans une tentative de réduire le nombre de personnes qui appellent pour des tickets gratuits pour le concert du lendemain, ils suggèrent de répéter la formule de l’émission Lovelines qu’ils avaient fait la veille à New York. Arrive Misty, une fille qui vivait dans la même rue que le Gars de ses Rêves et pensait qu’il partageait ses sentiments mais n’était pas sûre. Que devrait-elle faire ? “Eh bien, c’est dur, les gars”, rire bruyamment le résolument irrévérencieux Sluggo. “Qu’est-ce que vous direz ?”

“Montre lui tes nichons, chérie”, vient la réponse du grand et sensible Alex aux yeux de biche. Nous nous excusons et partons.

Les festivités du soir nous emmènent au Rainbow, restaurant modérément obscène populaire chez la Teased Hait and Tits Brigade (Brigade des cheveux peignés et des nichons) de Hollywood. Apparemment, nous avons failli partagé le même espace que le batteur de Motley Crue, mais cela valait mieux ainsi quand Alex a attiré l’attention d’une troupe de la susmentionnée TH&TB (chapitre féminin).

“Enterrement de vie de garçon ?” a demandé l’une d’entre elles, avec espoir.

“Ouais, répond Graham, c’est la dernière nuit d’Alex en tant que célibataire”.

“Lui ? Oh waoou !” Elle est retournée vers sa petite troupe, battant des paupières et murmurant à l’effet de “quel gâchis !”.

À la demande spéciale de l’un de ses membres les plus faibles, le groupe d’Alex passe ensuite à The Viper Room, l’antre soi-disant cool et célèbre appartenant à Johnny Depp et voué à qu’on s’en souvienne comme l’endroit où River Phoenix a pris trop de drogues merdiques.

Jusqu’à ce que les membres de Blur viennent rendre visite, c’est à dire. En ce qui les concerne, The Viper Room représentera toujours une boîte de banlieue minable et trop chère à la sécurité crétine. Alors que Kevin C s’est attiré des gros problèmes pour avoir oser prendre une photo et que la foule pas très prestigieuse dansait de manière incertaine sur un vieux disque de Prince, Damon a observé qu’il n’avait pas besoin de venir à LA pour une soirée comme cela.

Après avoir franchement hué le Viper, des plans alternatifs ont été hâtivement établis pour rendre visite à un bar avec DJ nommé Smalls. Il y avait plus de monde que d’habitude, tandis que des locaux de beauté de divers degrés essayaient désespérément de s’impressionner les uns les autres tandis que les Britanniques soûls avançaient en titubant, contre leurs meilleurs instincts, étant impressionnés. Une noble scène que votre reporter aurait manqué grâce à l’insistance mesquine du videur qu’une pièce d’identité devait être produite afin de gagner accès à son établissement illustre, si Alex ne m’avait pas filé son passeport en douce.

Le seul problème était ensuite de convaincre notre amical représentant de la loi local que le fars aux traits chérubins et au sourire moqueur pourrait possiblement avoir été moi à un moment de ces 15 dernières années. Sans surprise, il n’a rien avalé de cela, mais est finalement revenu sur sa décision par ennui et m’a donné accès à ce palais doré du pêché.

Ma récompense ? La chance de boire des mini-bouteilles de Newcy Brown et de danser désespérément sur Neat Neat Neat des Damned. “Je pense que je me suis transformé en âne”, a dit Alex tandis que je lui rendais son passeport. Il est temps d’aller au lit.

La, la-la-la la / Il aimerait vivre dans l’Amérique magique / Avec tous les gens magiques…
Magic America

* * *

L’Amérique a longtemps été considérée comme l’ennemie de Blur. C’était ici en 1992 que leur tournée s’est désintégrée en psychose alcoolique et a rapproché le groupe le plus de la séparation. Dans les interviews, elle a été mis au pilori l’exportatrice de la mode poubelle et de sous-standards de la musique, tandis que sur disque, elle a été rendue coupable de l’asphyxie de la culture indigène de l’Angleterre essentiellement décente.

Le seul cas de grossièreté sur le sinon superlatif Parklife est Magic America, coup de patte sarcastique à l’endroit “où il y a des immeubles dans le ciel et l’air est sans sucre”.

Comment, on se demande, est-ce que les fans américains de Blur le prennent ? Sont-ils conscients des ironies ? Ou pensent-ils que c’est une chanson qui dit que l’Amérique est magique ?

“Je n’arrive pas à croire que c’est le cas, dit Damon. Tu dois te souvenir que le public qui vient nous voir est… Je veux dire, ils conduisent des Lambretta ! Ils sont un peu décalés. Je pense que c’est ce qu’on aime chez eux. Le public de Blur en Amérique est la plus dysfonctionnelle tribu de toutes”.

Une petite partie de la tribu de LA de Blur a pu assister aux balances le samedi après-idi. Laissé avec la tâche de transporter le groupe à la salle à temps, nous fourrons les quatre sur la banquette arrière de notre Chevrolet et partons pour la courte distance qui sépare le Roosevelt au Palace. “C’est marrant, ça, s’enthousiaste Alex. Comme les Monkees”.

Les choses tournent bien plus à la Monkees tandis que nous approchons le Palace. Remarquant un petit groupe bien visible de fans hardcores, présents quatre heures avant le début du concert seulement pour apercevoir le groupe, notre folie devient apparente. Nous voici, avec le groupe britannique le plus en vogue en Amérique pratiquement debout dans une voiture décapotable, pensant que nous pouvions passer tranquillement sains et sauf. Oh non…

“OH NON !!!” répond le groupe en chœur avec horreur. “Kevin !” beugle Damon. “Sors-nous d’ici putain de merde !” Sous les cris angoissés de plusieurs centaines fans de Blur principalement féminines, Cummins appuie sur le champignon et nous nous éloignons du concert, poursuivis dans la rue par un chapelet de fans excités qui ne vont pas abandonner leur quête aussi facilement.

Nous tournons au coin en direction du parking via l’entrée de derrière, mais cette ruse a déjà été repérée et Blur sont véritablement assaillis tandis que nous nous arrêtons. Les filles tremblent d’agitation hormonales et les gars ne sont pas si solides que cela sur leurs guibolles.

Dans la sécurité de la loge, Alex révèle que de tels cas de folie adolescente ne sont pas rares.

“À Chicago, je suis sorti du concert et j’ai pris un taxi, et la voiture a été complètement submergée. Le chauffeur ne pouvait pas bouger et la police est arrivée et l’a arrêté pour avoir obstrué l’autoroute !”

“Toronto, c’est pareil, considère Damon. Probablement pire. C’est seulement dans les endroits où le disque a été gros. Tu sais ce que c’est en Amérique, on est gros à LA mais si tu vas à 50 mètres, on ne veut rien dire. Au Canada, Girls And Boys a été un tube du Top 20, alors c’est une sorte de truc ado là bas”.

“Les gens se moquent d’eux s’ils disent qu’ils nous aiment”, dit Graham en gloussant.

“Mais c’est génial d’être vu comme exotique”, ajoute Damon.

Ce qui est ironique quand on considère que la notion moderne de l’Amérique a poussé à l’origine de graines humaines transplantées d’Angleterre.

Damon : “c’est génial d’atterrir à l’aéroport Newark. Mes grand-parents vivent près de Newark dans le Lincolnshire et c’est extraordinaire de voir cette métropole tentaculaire et de penser à un petit bourg dans le Lincolnshire.

“Parfois, comme aujourd’hui quand on marchait sur Hollywood boulevard. Je me suis juste rendu compte combien il serait impossible de vivre ici. J’aurais peur”.

Graham : “Je ne pense pas que je sortirais. Je n’ai pas vraiment aimé nos sorties le soir ici non plus. Je ne comprends pas les bars ici”.

Damon, avec sympathie : “Ils ne sont pas comme The Good Mixer, hein ? C’est juste qu’en Grande Bretagne, on a à un certain degré un choix entre aller au McDo ou pas. Mais ici il n’y a absolument aucun choix, peu importe combien tu veux essayer de l’éviter. C’est leur culture, ils n’ont pas d’alternative. C’est ce qu’ils sont”.

Et vous avez toujours le choix en Angleterre ?

“Eh bien, je ne pense pas qu’on n’ait nécessairement l choix, mais il est très clair que c’est quelque chose qui a poussé sur quelque chose qui est bien plus ancien – et pas nécessairement meilleur, mais beaucoup plus ancien. Il y a plus de couches, alors qu’ici c’est une masse. Il soupire. Mais je suis fatigué de faire ces comparaisons pré-élémentaires entre les deux”.

Parce que tu te rends compte que c’est plus compliqué que cela ?

“Ouais. Je pense que sur Modern Life Is Rubbish, c’était un peu naïf, les slogans. Je veux dire, ça a marché, dans une certaine mesure, pour nous. Mais cet album a avancé par rapport à ça aujourd’hui. Ce n’est plus vraiment ce qu’on dit. Dans un sens les rébellions ont eu lieu et arrivent. La voiture de Kevin était là aujourd’hui et ce black passait à côté. Je suis littéralement allé vers la voiture et il a dit Je ne vais pas la voler.

“Il y a ces mécanismes que tout le monde dans ce pays a. Je suppose que c’est leur manière de gérer ça. Mais c’est une culture dans laquelle tout le monde gère ça. On n’a pas le sentiment que quelqu’un a une idée pour changer ça ou améliorer ça. Alors tout le monde a ces mécanismes de défense qui se déclenchent tout le temps”.

Ton antipathie envers la soi-disant américanisation de la culture anglaise est bien connue. N’y-a-t-il pas un sentiment de culpabilité ici, parce que tu te rends compte que beaucoup de personnes chez toi la trouve attirante et séduisante ?

“Ouais”, renifle Damon, qui semblerait avoir attrapé un rhume après les ébats dans l’océan d’hier. “Je pense que tout le monde la trouve attirante. Dans ce sens, la volonté de l’Amérique de partager sa culture avec tout le monde a résulté dans tout le monde qui est américain. Tout le monde est américain. Et la seule raison pour laquelle c’est arrivé, c’est parce que les Américains sont u groupe de gens si disparates.  Tout le monde est américain”.

“C’est étrange comment les Américains trouvent les choses européens glamour, considère Dave. Je pensais aux bouteilles de shampoing à l’hôtel – il y a marqué dessus Shampoing européen”.

C’est une tentative de transmettre la sophistication. On voit cela dans d’autres pays colonisés à l’origine par l’Angleterre, comme l’Australie où les pubs à la télé pour des produits haut de gamme auront souvent des accents anglais mais pour les trucs comme la bière ou les cheeseburgers le patois local reprend le dessus.

“En Angleterre aussi, même, observe Alex. Les gâteaux Mr Kipling sont les plus intelligents, là où il dit gâteaux excessivement bons. Tu ne connais personne avec du goût qui mange des putains de gâteaux Mr Kipling, mais ça te rassure en quelque sorte”.

Alors regardons-nous une tendance irréversible ici ?

“Oh complètement, dit Damon. Ce n’est plus une tendance, c’est une manière de vivre. Et dans un sens, on se fait des sous à pousser un coup de gueule de temps en temps dans la presse à ce propos. J’aimerais juste pouvoir comprendre contre quoi j’étais vraiment en colère. Je ne suis pas vraiment sûr. Mais je ne pense pas qu’aucun d’entre nous l’est encore, et c’est la raison pour laquelle ça envahit tout, le sentiment qu’on est arrivé dans l’avenir mais que personne ne sait exactement pourquoi on est arrivés ici. On a arrêté d’être optimiste en tant qu’espèce”.

Comment sommes-nous censés vivre avec le chaos que nous avons créé ?

“Ouais. Quand le corps souffre, des endorphines sont sécrétées. Alors on vit sous endorphines mentales”.

Le titre préliminaire de Modern Life était England Versus America, non ?

“il se serait probablement vendu deux fois plus ici s’il avait eu Amérique dans le titre !” dit Alex en pouffant.

Blur projettent d’enregistrer leur prochain album en décembre ou janvier. Ils ont déjà 15 chansons écrites pour la dernière partie suggérée de la trilogie Life et l’anticipent pouvoir le sorti début été 1995. Trois albums en trois ans – un taux de travail atypique ces jours-ci alors que les maisons de disques préfèrent exploiter chaque album jusqu’à la dernière note pendant jusqu’à deux ans à chaque fois. Ils attribuent le phénomène à la détermination, la discipline en studio (“On arrive à 11h, on mange à 13h et on finit à 22h et on va au pub”) et le fait qu’ils ne prennent pas de drogues dures.

“Eh bien, j’espère juste qu’on n’aura jamais Evan Dando qui nous ennuiera, dit Damon. On n’est pas vraiment dans une scène du tout et c’est principalement à cause de ça. C’est juste la manière dont on choisit de mener notre vie”.

“On est juste des pochetrons, vraiment, c’est ce qu’on est, dit Alex en haussant des épaules. C’est aussi mauvais que le reste mais on évite le baratin. C’est une bonne drogue populaire”.

“Et, ajoute Damon, la meilleure chose c’est qu’on ne peut même pas prétendre être créatif sous alcool, parce que tu veux juste aller au pub !”

N’est-ce pas bizarre que l’héroïne est en quelque chose regardée comme une drogue glamour ici, alors que la culture populaire britannique considère les junkies comme le plus bas des plus bas ?

“Comme les fumeurs ici !” rit Alex.

Exactemen ! On a lu que les junkies à LA ne toucheraient pas à une cigarette parce qu’ils pensent que c’est mauvais pour eux.

Alex : “C’est un endroit interdit de fumer ici”.

Dave : “Ils sont très enclins à te faire baisser le son aussi. Tous les propriétaires de club sont en permanence paranoïaques à l’idée d’être poursuivis en justice par quelqu’un qui devient sourd”.

Damon : “Tout le monde peut poursuivre tout le monde. Et malheureusement, les droits que les gens ont tendance à utiliser le plus sont ceux qui leur permet de se faire de l’argent. Comme la femme qui a poursuivi McDo pour 2.4 millions $ parce que son café était trop chaud. Elle s’est brûlée les genoux avec, elle a essayé de l’ouvrir en conduisant”.

Dave : “Droit human de base, nan, boire son café en conduisant !”

Alex, fumant à propos du sujet : “Et qu’est-ce qui se passe merde avec le lait aussi ici ?!”

“Mais en Grande Bretagne, conseille Damon, elle serait celle en tort. Ici c’est McDo. C’est le jour et la nuit ici”.

* * *

Peut-être. Néanmoins, les Yankees et les Anglishes semblent unis dans leur appréciation exagérée pour le groupe Blur maintenant. Ils admettent faire un concert assez magnifique – et le public du Palace avait été chauffé à blanc par les estimables Pulp, groupe de première partie pour toute la tournée américaine – mais tandis que Parklife tourne en spirale dans les cœurs d’une génération comme “son” album, Blur sont en très bons termes avec Lui là-haut. Qu’est-ce qui peut être derrière eux maintenant ?

Alex : “Cette émission de conseils de sexe à New York avec des gens qui appelaient avec leurs problèmes – la réponse à chaque question était Parles à l’autre personne !

Damon : “Ouais. Je pense que ma copine est un hommeEn as-tu discuté avec lui ou elle ? Non. Il y avait une femme super qui a appelé en disant J’aime avaler – je veux juste savoir, y’a combien de calories dedans ? !”

Graham : “Elle pouvait dire ce que mangeait le gars, aussi. On lui a dit que c’était une manière agréable de faire un régime. Continue le sirop d’Homme !”

“Alors tu vois, dit Damon, on est intéressés par ce pays. Et peut-être qu’un jour Blur fera un album américain qui parlera des Américains et il se vendra aussi bien que Parklife en Grande Bretagne. David Bowie l’a fait brillamment avec Young Americans, et j’ai toujours pensé à un moment que cela arrivera. Mais ça ne peut arriver jusqu’à ce que le moment soit bon, sinon c’est… Primal Scream”.

Ha ! Tu ne penses pas sérieusement à parier contre eux, hein ? CentralParklife – ils aiment cela.

NME – 8 octobre 1994 – Traduction – 13 avril 2011