Jim Keoghan explique pourquoi la cassette compilation C86 a un héritage bien plus important dans la musique indépendante que juste donner naissance à l’indie-pop discordante

Dès qu’un groupe indé cliquetant et discordant apparaît aujourd’hui, l’étiquette C86 n’est pas loin derrière. Et pourtant, ce n’a pas toujours été le cas. Avec le temps, nous semblons avoir diminué une scène qui était bien plus complexe sur le plan musical et culturel qu’il est souvent supposé. Malgré tout son côté discordant, C86 était bien plus que cela.

En reculant de 25 ans en arrière dans la période originale de C86, la Grande Bretagne de l’époque pourrait être méconnaissable pour nous aujourd’hui. Chômage atteignant des millions, inflation grimpant, gouvernement Tory impénitent ; il est difficile de comprendre, mais c’est comme cela que la vie était. Musicalement, Live Aid (qui avait eu lieu un an auparavant) exemplifiait parfaitement le paysage du temps avec une liste de groupe si irrémédiablement anodins qu’il on réussi à rendre Queen intéressant.

Sur cette toile de fond, une rébellion musicale fermentait. Au début elle a commencé dans des poches isolées du pays, dans des endroits comme Bristol et Glasgow mais elles s’uniront bientôt pour produire l’une des scènes les plus éclectiques de la courte histoire de la musique indépendante.

L’une des premières personnes à capter ce changement a été Roy Carr, alors journaliste au NME.

“Durant le milieu des années 1980, quelques uns d’entre nous au journal, on commençait à voir et entendre beaucoup de groupes qui venaient avec un son différent de ce qui avait dominé la scène indépendante pendant une bonne partie du début de la décennie. On avait le sentiment que quelque chose se passait, comme si le son avait légèrement bougé”.

À l’époque, le NME aimait compiler et sortir des cassettes qui couvraient de nombreux genres différents. Cela peut sembler bizarre aujourd’hui dans un âge d’accès illimité à tout ce qui a été sorti, mais dans ces temps reculés, une simple cassette compilation pouvait être la meilleure chance pour ses lecteurs d’obtenir quelque chose de nouveau.

“On avait penser en faire une pour ce qui se passait dans la musique indée à l’époque. Je l’avais fait pour le journal avant en 1981 – avec le titre imaginatif de C81 – et elle avait été assez populaire. Alors on s’est rassemblés et on a commencé à choisir les groupes qu’on voulait sur la cassette”.

La cassette a bien marché, se vendant à des milliers d’exemplaires par correspondance et finalement a été sortie comme LP un an plus tard par Rough Trade. Selon Sean Dickson, ancien chanteur de The Soup Dragons, ce succès a agit comme un catalyseur – non pas uniquement pour les 22 groupes qui se trouvaient dessus, mais sur toute la scène en globalité.

“La cassette a été la clé du décollage de tout le truc C86, dit-il. À part son impact sur notre profil, qui était gros, sa sortie a mis tout en lumière. Je pense que ce qu’on peut dire c’est que tout ce qui était à l’arrière plan est passé devant tout à coup. Ça a pris toutes ses petites scènes du pays et les a poussées ensemble sous les feux de la rampe – des scènes comme la mienne à Glasgow, où des groupes comme nous et Primal Scream bourlinguaient depuis quelques années ; allant aux mêmes concerts, aimant la même musique et partageant une attitude similaire dans la manière dont on faisait la musique”.

Ce qui est frappant à propos des groupes à la fois sur la cassette et ceux associés à la scène, c’est le manque de son définitif. Si on l’écoute aujourd’hui, la cassette du NME sonne comme beaucoup de groupes qui ont peu de choses en commun.

“On sonnait en rien comme les autres groupes”, dit Kev Hopper, bassiste à l’époque de Stump. “Notre chanson, Buffalo, est complètement différente de quelque chose comme Breaking Lines des Pastels. Quand les gens aujourd’hui pensent à C86, c’est les groupes avec les petites mélodies et les guitares discordantes qui viennent à l’esprit. Mais il y avait tellement d’autres groupes qui étaient bruyants et énergiques, comme Big Flame et The Wessing Present, et puis des gens comme nous et Bogshed qui étaient assez expérimentaux. Écoutez la cassette aujourd’hui et il est clair que la scène, c’était bien plus que juste de l’indie-pop”.

Il est possible d’avancer dans C86 et de trouver plusieurs groupes dont la musique avait des choses en commun. Une grande partie viennent de Glasgow, comme les Pastels et Primal Scream, plongés dans le son classique frêle normalement associé avec C86, tandis que sur le label de Ron Johnson, des groupes comme The Shrubs, Big Flame et A Witness ont sorti des chansons qui étaient rapides et furieuses. Mais ces liens étaient limités, et en globalité il y a peu de choses qui unissent les groupes, au delà d’une certaine qualité sous produite qui caractérisait une grande partie de ce qui a été sorti durant cette période.

“Ce truc de la musique de l’époque, c’est que les gens qui la faisaient tiraient leurs influences de tellement d’endroits différents”, dit John Robb, dont le livre Death to Trad Rock catalogue de nombreux groupes de cette époque. “Oui, c’était des groupes qui aimaient beaucoup le Velvet Underground et qui produisait de la pop discordante, mais il y en avait d’autres qui prenaient leurs idées du punk, du blues, du jazz, du funk, du rock’n’roll, du ska, du dub et tout sur quoi ils tombaient pour les mélanger et en faire quelque chose de nouveau”.

Et pourtant dire que ces groupes n’ont rien du tout en commun serait faux. L’une des plus fortes caractéristiques partagées évidentes dans la scène était la redécouverte de l’éthique DIY du punk. “Tout était à propos des groupes qui le font pour eux-mêmes, dit John Robb. Cet aspect de la scène n’est pas toujours apprécié. Ils se s’aplatissaient pas devant les majors. Les groupes pressaient leurs propres disques, montaient leurs propres concerts, concevaient leurs propres pochettes de disques et publiaient leurs propres fanzines. Il pouvait souvent paraître comme de l’amateurisme mais la plupart du temps, c’était parce que ceux impliqués s’en foutaient de paraître rusé. Ce n’était pas du rock de corporation ; ces groupes n’avaient pas à vendre des millions. Ils faisaient de la musique à leur manière. C’était de la musique indépendante dans le sens le plus vrai du terme. Anti-establishment et tout ce que n’était pas le trad-rock”.

Pourtant malgré sa complexité musicale et culturelle évidente, avec le temps C86 a été réduit à juste une chose : l’abréviation journalistique de indie-pop. Son rôle dans la création de ce genre est certainement important ; le son cliquetant et discordant que nous connaissons tous si bien a été formé durant la dernière moitié des années 1980. Les groupes C86 ont joué un grand rôle dans cela, montant les fondations posées par Postcards Records au début de la décennie. La pop indée, dans toutes ses formes variées depuis, est redevable à des groupes comme les Pastels, les Shop Assistants et les Bodines.

Mais cela ne devrait pas être le seul héritage reconnu de C86. Une partie de ses groupes les plus abrasifs ont été cités comme influences par des groupes comme les Manic Street Preachers, Lambchop et Franz Ferdinand. De plus, son succès incluait des groupes comme The Wedding Present, qui reflétaient le côté énergique de la scène. Et quelques années après que C86 s’en soit allé en eau de boudin, sa dimension culturelle a également été une influence spirituelle claire sur Riot Grrrl – quelque chose reconnu par des groupes qui possédait la même éthique DIY, tels que Bikini Kill et Bratmobile.

C86 en tant que scène et étiquette est une bête plus complexe que nous le reconnaissons. Dans l’esprit de l’éthique DIY, c’est ma tentative de me bouger le cul et de corriger le mal qui a été fait à C86 ces 30 dernières années. Partagez la bonne bonne parole chers lecteurs ; C86 était discordant, C86 était frêle mais C86 était tellement d’autres choses aussi.

Tracklisting

Face Un

Primal Scream – Velocity Girl
The Mighty Lemon Drops – Happy Head
The Soup Dragons – Pleasantly Surprised
The Wolfhounds – Feeling So Strange Again
The Bodines – Therese
Mighty Mighty – Law
Stump – Buffalo
Bogshed – Run to the Temple
A Witness – Sharpened Sticks
The Pastels – Breaking Lines
Age of Chance – From Now On, This Will Be Your God

Face Deux

The Shop Assistants – It’s Up to You
Close Lobsters – Firestation Towers
Miaow – Sport Most Royal
Half Man Half Biscuit – I Hate Nerys Hughes (From The Heart)
The Servants – Transparent
The Mackenzies – Big Jim (There’s No Pubs In Heaven)
Big Flame – New Way (Quick Wash And Brush Up With Liberation Theology)
Fuzzbox – Console Me
McCarthy – Celestial City
The Shrubs – Bullfighter’s Bones
The Wedding Present – This Boy Can Wait

The Quietus – 9 mars 2011 – Traduction – 3 mai 2011