Introducing The Band – c’est ma tentative d’imiter un chant bouddhiste que j’avais rencontré dans un temple à Kyoto durant une première tournée japonaise de Suede. Je suppose qu’il y avait aussi une sorte de ton orwellien ici, autant que sur l’album. 1984 est l’un de mes livres préférés et je retourne souvent dans la tête l’expression “si tu veux une vision du futur, imagine une botte qui piétine à jamais un visage humain”. Je suppose qu’il y avait quelque chose dans le ronronnement écrasant et métallique de la musique qui me rappelait cette expression et qui m’a inspiré à écrire une sorte de texte fantaisiste sur la force militaire qu’on ne peut pratiquement pas arrêter qu’un groupe puissant peut devenir. La référence à Winterland est bien sûr une référence au dernier concert des Sex Pistols à San Francisco. Il y avait aussi un clin d’œil à Lewis Carroll dans la phrase “poignardé un cervelet avec une plume curieuse”, je suppose qu’elle parodiait l’époque victorienne néo-scientifique de Carroll. Je relisais les Alice à l’époque et aussi beaucoup de biographiques de Carroll lui-même alors c’est inévitablement passé dans mon écriture.

We Are The Pigs – la bande sonore d’une émeute, un péan au chaos et à l’insurrection encore une fois avec un ton fortement orwellien. C’est intéressant de pouvoir regarder ce qu’on a écrit il y a des années et de se rendre compte de ce qu’on n’a pas fait à l’époque. Je suppose que c’était mon commentaire sur un âge d’excès ; un présage de ruine, la réalisation coupable que ce château de cartes grotesque qu’on s’était construit autour de nous pouvait s’effondrer à n’importe quel moment et que la seule manière de traiter cela était d’embrasser et de célébrer sa destruction et de danser autour du feu de joie. J’ai toujours été fasciné par l’imagerie animale, tout le truc animagus l’homme comme animal. Il y avait un peu de Sa Majesté des mouches dedans aussi avec les voix d’enfants innocentes mais froides qui chantent à la fin. Je suppose que ma vision était une sorte de paysage post-apocalyptique où la société est tombée en ruines et l’homme est réduit à sa forme primaire puérile et animale qui cherchent dans les gravats. C’était l’une des premières chansons qui nous soient venus et a toujours été pour moi une déclaration très forte d’intention qui a en quelque sorte installé le décor de tout l’album. Le titre a été inspiré par un vieux groupe d’école à moi qui s’appelait The Pigs.

Heroine – Je l’ai aimée dès que j’ai entendu la démo de Bernard. La ligne de guitare est si belle, sombre, sinueuse et m’a suggéré immédiatement des paroles sombrement sexuelles. La chanson parle de la solitude et de la pornographie et je suppose que c’est la première chanson sur l’album qui introduit les thèmes de l’isolement continué dans 2 Of Us, Still Life, etc. Je me mets dans la peau d’un adolescent hormonal de 18 ans, enfermé dans ce morne taudis et sous l’emprisonnement du pouvoir de la femme, incapable de se libérer de ce fantasme et de former de vraies relations. Bien sûr, j’étais conscient du truc Heroin/Heroine mais j’ai toujours aimé joué avec des homophones. La ligne d’ouverture vient du poème de Lord Byron She Walks in Beauty. La référence à “Marilyn” n’a jamais voulu dire littéralement Monroe mais plus une sorte de référence à Vénus/Aphrodite.

The Wild Ones – En plus d’être ma chanson préférée, c’est aussi ma ligne de basse préférée sur l’album. J’écoutais beaucoup de chanteurs à voix ; Scott Walker, Edith Piaf, Frank Sinatra, Jacques Brel, des gens avec les capacités émotionnelles et musicales pour transformer une chanson en drame. C’est ce que je voulais pour The Wild Ones, que ce soit une tranche éternelle de beauté mélodique sur laquelle les gens se marient et s’embrassent pour la première fois. Quelque chose qui est incrusté profondément dans le paysage sonore de leurs vies. C’est effrontément mainstream mais heureusement avec une profondeur qui trahit cette simple ambition. C’est toujours mon moment préféré de l’histoire de Suede et quand les journalistes me demandent de quoi je suis le plus fier, je mentionne toujours cette chanson. Le refrain a été inspiré par Ne Me Quitte Pas de Brel. Je me souviens de Bernard qui la joue pour la première fois lors d’une balance aux États-Unis en 1993. Il travaillait souvent des trucs avec juste lui et Simon, je suppose pour sentir comment la chanson sonnera forte et sur scène mais sans basse et chant et ainsi toujours dans un état fluide non fini.

Daddy’s Speeding – Étrange histoire de rêve/fantasme sur la mort de James Dean. Je m’immergeais dans l’iconographie Hollywood ouvertement clichée à l’époque. Je devine que c’était une extension des thèmes isolement/pornographie dans lesquels je voyais des gens former des relations avec des personnages de fiction plutôt qu’avec des vraies personnes ; nos nouvelles communautés étaient les feuilletons, nos nouveaux amis étaient des personnages de sit-coms américains. Je voulais donner au chant une qualité à la Lennon, cette manière rêveuse et magique avec laquelle il chantait des chansons comme Day In The Life et Across The universe que je trouvais compléterait le ton progressif et envolé de la musique. Il y avait des sections qui étaient directement inspirées par How Do you Think It Feels sur l’album Berlin de Lou Reed.

The Power – La dernière chanson écrite pour l’album et la seule enregistrée sans Bernard. Je pense qu’on peut l’entendre dans la légèreté, elle n’a pas vraiment la profondeur de touche de Bernard, mais je me souviens de moi, Mat et Simon l’enregistrant ensemble à Master Rock et que c’était marrant. Je suppose qu’il y a un clin d’œil à Quicksand ici si je suis honnête et tout imite ce côté acoustique à la Hunky Dory. Je suis sûr qu’elle aura sonner différemment si Bernard avait été impliqué au-delà de la phase d’écriture. C’est un simple message d’avoir les pleins pouvoirs. Je suppose que je me sentais fier de m’être tiré d’un HLM de Hayward’s Heath dans une position d’être l’un des musiciens des années 1990 dont on parlait le plus en Grande Bretagne et c’est cela (et aussi le message du titre de l’album) qui a été en quelque sorte influencé par cette trajectoire. Je sais que ça sonne vain mais je pense que le dynamisme derrière la chanson était moins suffisant et moins satisfait de soi. C’était censé être une sorte d’hymne à la méritocratie ; une croyance, ancrée dans la politique de gauche, que tout le monde, malgré la classe et l’éducation, a la capacité et de droit d’atteindre ce qu’il veut.

New Generation – L’un des meilleurs chants sur l’album. C’est une chanson incroyablement difficile à chanter, elle demande beaucoup d’endurance vocal, de puissance et d’étendue et je ne pense pas que je me serais ennuyé à tenter quelque chose comme ça sur le premier album. Sur scène, elle sonne toujours un peu inégale sur le plan vocal mais c’est là qu’elle touche vraiment le but. Sur le plan des paroles, c’est assez anodin honnêtement. La meilleure ligne, c’est “we take the pills to find each other”, un petit morceau qui résume ma recherche d’appartenance via les produits narcotiques. Sur le plan de la structure, c’est intéressant dans le fait qu’on avait commencé à incorporer avec succès des parties de pont dans nos chansons.

This Hollywood Life – Mon riff de guitare préféré sur l’album ; primaire, sexuel, urgent, il suggérait immédiatement un conte sordide d’envie et d’ambition situé dans le monde sale de la promotion canapé. Je suppose qu’il fait le parallèle de la montée en échelon de n’importe qui et était une allégorie de mes expériences dans le côté plus miteux de l’industrie musicale où tout le monde doit débattre de soi plus ou moins afin d’avoir du succès. C’est juste la loi de l’univers et on peut la voir en action à chaque fois qu’un groupe fait un concert humiliant au fond d’un pub devant trois personnes, quelque chose que Suede a beaucoup expérimenté au début. Le saxophone mal articulé au début était mon idée (comme les mômes qui chantent dans WATP) et ajouté à l’étape du mastering après le départ de Bernard. Il était projeté pour faire passer l’idée d’un voyage tordu de l’ambition Hollywood aux yeux frais jusqu’au compromis miteux. Le titre provisoire de la chanson était Trashy, ce qui aurait pu facilement être le titre fini. En fait, peut-être qu’il aurait dû l’être.

2 Of Us – Description de l’isolement qui vient avec le succès mais raconté sur la toile de fond du monde de la grande finance, les personnages se faisant des millions mais incapable de négocier des relations d’émotion humaines de base ; “seul mais friqué”. Je suppose encore que c’était une sorte d’allégorie de mon propre sort où je me retrouvais adoré sur scène mais ensuite complètement incapable de me connecter et de communiquer quand j’allais dans la vraie vie. Un isolement auto-imposé a suivi qui a construit les fondations de nombreux thèmes sur le disque. “The snow might fall and write the line on the silent page” est ma ligne préférée sur Dog Man Star. Je me souviens d’entendre Bernard jouer la chanson à Master Rock et d’être entièrement, entièrement touché par la beauté et la tristesse qui consomment de sa performance. À ce jour, l’un de mes souvenirs les plus puissants et émouvants de lui en tant que musicien.

Black Or Blue – Simple conte autobiographique d’une relation ratée mise en scène sur un sous-texte de tension raciale. Une sorte d’histoire tragique et vouée à l’échec à la Roméo et Juliette. J’était le garçon de la côte qui aimait le son du métro.

Je me souviens de Bernard qui est allé dans un studio différent et qui a joué ses parties de cette chanson après avoir quitté le groupe pour remplir ses obligations contractuelles.

Asphalt World – c’était la pièce centrale de Dog Man Star ; une chanson qui capturait la beauté de la déviance d’une manière que je savais toujours qu’on pouvait. C’est élégant, épique et sexuel et comme on a discuté, c’est pratiquement une page déchirée directement de mon journal intime de l’époque. “Elle a un ami, ils partage du mascara je prétend” est pour moi la ligne clé de la chanson. J’aime la manière dont on doit attendre le deuxième couplet pour capter ça et tout d’un coup quand c’est donné l’auditeur comprend de quoi parle la chanson. Les thèmes de la jalousie sexuelle et de l’excitation ne deviennent jamais trop ouverts pour ne pas être licencieux mais restent furtivement dans le cadre épique de la chanson, commandant l’attention complète de l’auditeur.

Je suppose que la musique a un qualité presque Pink Floyd par endroits, le sentiment d’un voyage musical et texturé. J’ai toujours aimé des trucs comme Saucerful of Secrets et The Dark Side of the Moon alors j’aimais les parallèles musicaux que j’ai vus dedans, mais j’allais jamais écrire des paroles comme Roger Waters. Oui, la performance vocale a été enregistrée le jour où j’ai lu l’interview de Bernard dans Vox. L’une des choses étonnantes dans le fait d’être parolier, c’est qu’on peut littéralement atteindre l’alchimie. J’ai pris toute la douleur que je ressentais à ce moment et je l’ai canalisée dans mon élocution. À chaque fois que je chante cette chanson aujourd’hui, je suis toujours, toujours complètement, complètement engagé dedans et dans le moment. Je la trouve toujours si émotionnellement consumante.

Still Life – Les ménagères de Sleeping Pills reviennent en étendant les thèmes de l’isolement que j’ai construits sur tout l’album depuis We Are The Pigs (et sur les chansons de Suede depuis He’s Dead). Cette chanson a été écrite très tôt et a pratiquement pu être mise sur le premier album… mais on ne savait pas trop comment l’arranger. C’est une simple histoire de quelqu’un qui attend que sa moitié revienne à la maison, assis à côté de la fenêtre en se demandant à qui appartiennent les phares qui s’approchent. Je suppose que je me suis mis dans la peau de la ménagère dans cette chanson et je me souviens d’avoir accès à beaucoup de douleur latente afin de faire appel à l’imagerie lugubre.

Il y a définitivement une influence Scott Walker ici et j’essayais définitivement de m’étirer en tant que chanteur, le changement un octave au dessus dans le troisième couplet étant un testament à ça. Avec le recul, je pense qu’on est possiblement allé trop loin et le chanson aurait été bien plus puissante sans le coda exagéré mais je suppose qu’il était conçu avec le voyage de l’album en tête et ainsi fournissait une fin éloquente.