Transformer la douleur en joie est la chose dont sont faits les rêves, sur un album d’une ambition aussi palpitante qu’énigmatique

Demander à James Allan de parler des paroles du second album de son groupe, et vous trouverez difficile de l’arrêter. Demandez-lui de décrire ses sons, cependant, et il répondra constamment avec une seule expression : “comme un rêve”.

Le fait que ces trois petits mots soient la clé de cet album richement compliqué à la vitalité enivrante est clair dès ses premiers moments.

Des doigts pâles et glacés de synthé se tendent et se déplacent rapidement comme des projecteurs, et une voix entonne en français : “Souffrance, vous n’avez jamais existé”. C’est une lente introduction dans le monde imaginaire parfois obscur, brumeux et à l’ornement éblouissant de EUPHORIC/// HEARTBREAK\\\, d’abord masqué dans une autre langue et puis en dessous de couches de réverbération brillante tandis que James Allan commence à répéter les mots, en anglais, dans un murmure d’hypnotiseur.

Pain, Pain, Never Again est une ouverture aussi dense, grandiose, Vangelis SF qu’on aurait pu s’attendre de la couverture du NME de janvier, sur laquelle Allan apparaissait avec le soliloque de mort de Roy de Blade Runner barbouillé sur le torse, les derniers mots changés de “time to die” à “time to live”.

Si cet indice faisait allusion au “cœur brisé” du titre de l’album que les grands titres devaient par la suite écrire, ici, si vous écoutez attentivement, Allan s’y confronte, et sa sœur et manager, y fait face : “Denise, Denise, regarde le cygne qui vogue…” dit-il dans un sifflement. “Et toi et moi triomphants, encore, encore et encore… le générique de fin nous nomme comme ceux qui ont majestueusement échapper à la cocaïne”.

C’est la seule référence directe (si on peut l’appeler directe) que Allan fera à ses problèmes passés, parce que cet album de 2011 ne parle pas de cela, pas vraiment. Glasvegas sont bien, bien mieux que le second album qui raconte “mon enfer dans la drogue”, et dès le début de l’heure la plus sombre d’une personne, EUPHORIC/// HEARTBREAK\\\ vous guide vers l’aube, dans les draps incessamment froissés de nombreux rêveurs. Il traverse un monde sonore spacieux et recouvert de synthé à des années lumières de leurs débuts grumeleux de groupe à filles ; l’ambition sera un choc sonore pou ceux qui voulaient que le groupe reste les “héros de la classe ouvrière” dont ils se disent être avec ironie. Ce ne le devrait pas être, vraiment. Si une botte coqué sondait les caniveaux sur leur premier album, les yeux de Glasvegas étaient toujours tournés vers les étoiles ; maintenant, ils regardent juste d’un peu plus près.

Entre ces deux vient le cœur palpitant de l’album. Dream Dream Dreaming prend comme modèle Mr Sandman et All I Have To Do Is Dream, chansons dans lesquelles des imaginations endormies offrent une chance pour une consommation autrement impossibles, mais ici c’est familial plutôt que romantique, tandis que Allan adopte la voix de son père pour s’adresser à son oncle et homonyme, qui s’est pendu quand Allan était jeune. À la fois une excuse imaginée de frère à frère et un gage de fils à père pour redresser l’équilibre de Daddy’s Gone, c’est une centrale électrique émotionnelle époustouflante qui sort avec difficulté de la magie de la plus merdique des situations. Avec une batterie de guerre dans les cieux et une chant déchirant, elle se libère de la culpabilité, saisit la douleur par les cornes et essaie de tromper la mort. Tandis que le monde entier s’accroche à un roulement de tambour, un battement de cœur, avant que ce troisième refrain donne une raclée avec la force d’une dernière chance, juste pour un instant, il y arrive.

Les cycles de sommeil vous aspirent plus profondément tandis que Allan répète avec insistance “pain, pain, never again”, jusqu’à ce qu’avec une secousse frappante comme un rêve dans lequel on tombe, The World Is Yours vous plonge dans la fantaisie. Le changement adroit de cette ligne “le générique de fin… cocaïne” au titre qui fait référence à Scarface d’une chanson qui court la tête la première loin de la douleur personnelle dans l’urgence question vie ou de mort universelle, est stupéfiante, Allan insistant sur “Ne laissons pas cela pour une autre fois / Rappelle-toi au milieu de mes rêves quand je rêvais que tu étais mienne”. Ce rêve est lucide, dans lequel les choix, les chances et les pointes ondulent dans la vie réelle.

Dériver de cette fougue de première catégorie dans l’obscurité hypnotisante de You pourrait sembler déroutant. Tout va bien ; les rêves sont déroutants, et livrent rarement leurs significations sans un petit peu d’analyse. Vous pourriez passer au tamis ces eaux sombres pendant des semaines, mais tous vos efforts seront récompensés entièrement.

Coupant vivement de l’éther à une autre scène de sommeil paisible, Shine Like Stars passe une vitesse dans la course vers la lumière du jour, d’un romantisme brute, d’un lustre synthétique, Allan pleurant “Je vois le noir passer au gris / Je me penche en avant, c’est la seule solution”. Tout en étant un album d’affirmation, cependant, Allan a dit déjà en 2009 que ce sera un album de chansons d’amour, et choisissant la vie ici, c’est toujours choisir l’amour. Whatever Hurts You Through The Night est le plus grand de ces gestes, des Chapelles Sistine de synthé sautant vers le haut sur un rythme de soft rock. C’est Take My Breath Away, c’est It Must Have Been Love, c’est Love Song For A Vampire, tous la BO de la scène de la salle de bal de Labyrinth. C’est ridiculement ampoulé, mais aussi, c’est l’amour.

Si cette chanson se précipite sciemment et ouvertement dans le mépris, imposer deux morceaux sous-titrés Homosexualité Première Partie et … Deuxième Partie à un monde cynique pourrait sembler être une bravade. Au delà de l’audace de ces mots, cependant, il n’y a rien de plus controversé qu’une autre exploration du choix constant de EUPHORIC/// HEARTBREAK\\\ entre “le démon omniprésent nommé honte” identifié dans Pain, Pain, Never Again et le chemin difficile vers le bonheur. Ou, comme le narrateur du doucement déroutant Vienna de Ultravox croisé avec Cocteau Twins I Feel Wrong le dit “Ce n’est que l’amour”.

Pour un album qui exalte autant l’optimisme, l’ordre des deux morceaux finaux semblent bizarre au premier abord. La bénédiction dure, piano-voix de Change aurait sûrement été mieux terminée par la quasi-déclaration d’amour pratiquement perdu “je crie du haut des montagnes tandis qu’ils s’effondrent dans la mer” qu’est Lots Sometimes. C’est sûrement mieux de partir sur une note haute ? Eh bien, non, parce que le bon choix n’est jamais facile, comme refermer l’album avec le duo de Allan avec sa mère nous le rappelle. En dessous de son histoire de surface des peurs d’un jeune garçon à sa sortie de prison, Allan répète avec douleur ces couchers plus profondes de signification qui rentrent en jeu. Encore une fois, il est très clair maintenant de ce qui a informé la performance, et tandis que Pain, Pain… ouvrait subtilement l’album avec ce contexte concret, ici la touche la plus légère s’y fait écho. Alors que des accords mélancoliques retentissent, des bribes de radio se sont entendre ; Daydream Believer, bien sûr. Les sons heureux d’une fête d’anniversaire se répandant ; celle d’Allan, à Santa Monica, une qui n’aurait pas vu. Mais en se contentant des petits détails, le choix ici aurait pu être n’importe quoi, n’importe qui, et les paroles nues et chaudes de Elizabeth Corrigan vont vous réduire à zéro tandis qu’elle réprimande gentiment “avant que tu ne changes pour moi… change pour toi”.

C’est une fin ouverte et honnête, un réveil qui rappelle l’auditeur, comme Yeats l’avait dit, que dans les rêves commencent les responsabilités. Glasvegas se sont déjà montrés à la hauteur des leurs, et comment.

9/10

Emily Mackay

Téléchargez : Dream Dream Dreaming, Lots Sometimes, Whatever Hurts You Through The Night

Lisez le guide morceau par morceau de l’album par Allan sur nme.com/blogs

Fille de couverture

La pochette de EUPHORIC/// HEARTBREAK\\\ comprend une image de Marilyn Monroe prise durant le tournage de son dernier film, la comédie de cinglés jamais terminée Something’s Got To Give. Une Monroe perturbée et fatiguée a été par la suite renvoyée du film avant sa mort en 1962, mais le cliché pris par le photographe George Barris capture un moment plus heureux, et a été pris sur une plage de Santa Monica près de l’endroit où le groupe a écrit l’album. L’image est l’une des nombreuses prises durant les six semaines que le photographe renommé Barris a passé avec l’actrice, tandis qu’elle lui racontait progressivement l’histoire de sa vie. Dans un moment bizarre de hasard absolu, James avait aimé le cliché avant de découvrir où il avait été pris. La pochette est censée le montrer en train de regarder par la fenêtre Marilyn sur la plage.

NME – 2 avril 2011 – Traduction – 26 juin 2011