De chanter dans un groupe local et faire des petits boulots dans sa ville natale, le petit gars de Leeds Sam Riley est au bord de rejoindre le panthéon des grands acteurs tandis qu’il joue le rôle principale du film épique Brighton Rock.

On est bien loin de Leeds. Sam Riley, ancien barman du pub Primrose de Meanwood et ouvrier d’entrepôt à Granary Wharf, se trouve maintenant à considérer un tout nouveau niveau de célébrité.

L’homme de 31 ans originaire de Menston est déjà considéré avec grande estime dans le monde du cinéma après que son premier film, Control, ait soufflé les critiques et l’a vu nommé aux BAFTA en 2007.

Jouer le tragique leader de Joy Division, Ian Curtis, lui a donné un statut culte, mais il n’est pas encore connu du grand public. Tout pourrait changer.

Vendredi, il revient sur nos écrans dans un rôle que des acteurs plus établis tueraient pour : Pinkie Brown qui manie le rasoir dans l’adaptation du roman classique de Graeme Greene le Rocher de Brighton.

Le livre de 1938 a fait du bruit dès le début avec sa représentation violente d’un jeune homme qui tente de se hisser dans les rangs du crime organisé.

Le statut iconique de l’histoire a été cimenté avec l’adaptation au cinéma en 1947, avec un jeune Lord Richard Attenborough dans le rôle principal.

Pour beaucoup, rien ne peut surpasser ce film, alors il n’est pas étonnant qu’une nouvelle adaptation cinématographique, avec Sam Riley dans le rôle de Pinkie, fasse froncer quelques sourcils – en particulier parce que l’action a été déplacée dans les années 1960.

Riley admet qu’il a eu des réserves au début. “Ma première réaction a été Est-ce qu’ils veulent faire un croisement entre Brighton Rock et Heartbeat ou quoi ?” dit-il avec son accent du Yorkshire âpre prononcé.

“Est-ce que je pense qu’il pourrait me catapulter dans le peloton de tête ? Eh bien, jour après jour, je n’y pense pas. Ce n’est que lorsqu’on fait des interviews et qu’on voit une photo de soi sur des posters – alors on commence à y réfléchir”.

Ses réserves initiales ont été atténuées quand Riley, autrefois chanteur du groupe de Leeds 10,000 Things, a rencontré le scénariste et réalisateur du film, Rowan Joffe, et s’est rendu compte que ce “n’était pas un truc publicitaire”.

Pour Joffe, l’action ne pouvait se dérouler qu’en 1964, année pivot dans l’histoire et une qui servait parfaitement l’histoire du film.

C’était la dernière année de la peine de mort en Grande Bretagne, la menace qui incite Pinkie à séduire Rose (jouée par Andrea Riseborough), serveuse innocente qui est tombée sur des preuves qui le lient à un meurtre de vengeance.

Cette année-là a également inauguré une génération de gangsters notoires, dont les jumeaux Kray, et marqué une ère de modernité où la jeunesse était tout.

Toujours, les détracteurs demeurent douteux, même si Attenborough a en fait donné sa bénédiction au projet.

On parlait même d’un caméo pour lui, une idée qui a due être oubliée à cause de sa mauvaise santé.

Riley est particulièrement excité par l’idée qu’un gars de Leeds joue désormais des coudes avec les plus grands de la scène et du grand écran.

“J’aurais adoré rencontrer Attenborough”, dit Riley, qui admet avoir ressentir une certaine trépidation avant d’accepter le rôle puisque le film jouit d’un casting stellaire qui inclut Dame Helen Mirren et John Hurt.

“Il se peut qu’il y ait des doutes avant et tu penses Oh mon Dieu, mais si tu commences à y penser quand tu es en train de jouer, alors tu est fichu”, dit-il.

Il se rappelle que la relecture a été particulièrement embarrassante, cependant. “Je devais dire à Helen : Laisse nous vieille salope et elle s’est simplement retournée et a dit : Enlève le vieille. Ça m’a complètement déconcerté”, dit-il en riant.

Riley a été sorti de l’obscurité pour jouer Ian Cutis, le chanteur torturé de Joy Division qui a mis fin à sa vie à l’âge de 23 ans, dans Control de 2007, acclamé par la critique.

Jusqu’à ce moment, il était apparu dans une production scolaire de Nicholas Nickleby et était allé au National Youth Theatre durant les vacances d’été, mais une audition pour la LAMDA s’est révélée être un désastre après qu’il ait oublié ses répliques et que RADA lui dise qu’il n’avait pas assez d’expérience.

Il a pris un agent quand même,  mais s’est ensuite centralisé sur sa musique et a fait un album avec son groupe 10,000 Things.

Le disque n’a pas réussi à mettre le feu à l’industrie du disque et par chance il s’est mis en contact avec son agent qui l’a mis en avant pour Control.

Il a pu se sentir terrifié avant l’audition, mais le réalisateur a vu une vulnérabilité qui pouvait passer au public et sa performance hypnotisante a reçu de nombreuses ovations.

“Quand Control est sorti à Cannes, j’ai pensé que je n’aurais pu rêvé de quelque chose comme ça”, dit Riley.

Même s’il n’a pas réalisé son rêve de véritable rock star, Riley en a toujours l’apparence, portant un long manteau bleu drapé sur son grand et maigre corps d’un mètre 85.

Dessous se trouvent un jean noir skinny et une chemise en jean bleue foncée – le col remonté. Avec son teint pâle, sa structure osseuse bien dessinée et des cheveux foncés qu’il dégage régulièrement de ses yeux, il est facile de voir pourquoi Burberry l’a signé comme mannequin pour l’une de leurs campagnes.

Tout comme il l’a fait dans Control, Riley a encore une fois donné une performance terrible avec une interprétation sombre et malveillante de Pinkie – ce qui n’est pas mauvais pour un homme qui n’a jamais reçu de formation formelle.

“Le scénario aide et le livre, parce qu’il est si magnifiquement écrit, il t’aide à entrer dans ses pensés”, dit Riley.

“Le personnage est venu à la vie quand je l’ai lu et j’ai pensé Ouais, je pourrais me voir faire ça. J’ai compris son ambition, même si c’est un peu rétif”.

Le costume l’a aussi aidé à se transformer pour le rôle. “Quand je répétais en jeans et sweat, je ne sentais pas que j’y arrivais, et puis j’ai mis le costume et j’ai lissé mes cheveux en arrière. C’est comme se mettre sur son trente-et-un.

“Mais aussi, c’est plus facile d’être le roi quand tu as la couronne sur la tête”.

Il se considère toujours comme un novice et loue énormément la sensibilité de Joffe sur le tournage.

“Il y avait une longue scène sur la jetée qui faisait cinq pages (sur le scénario) et j’étais très nerveux de la faire parce que je n’avais jamais vraiment dit quoi que ce soit dans les films que j’avais faits.

“J’ai chanté ou fumé, c’est mon fort”, ajoute-t-il avec un sourire espiègle.

“Au lieu de crier devant tout le monde, il est venu me voir et m’a dit C’était génial mais… et il me l’a murmuré à l’oreille”.

Tandis que Riley a été aidé pour se glisser dans le rôle de Pinkie, c’était un scénario légèrement différent sur le tournage de son dernier film en date, une adaptation de Sur la route de Jack Kerouac, dans laquelle il joue le narrateur autobiographique de Kerouac, Sal Paradise.

“C’était très intimidant de jouer Kerouac, ou Sal Paradise, surtout en tant qu’Anglais, explique-t-il. Et le premier jour était une scène de funérailles”, dit-il en grimaçant.

Les acteurs, dont Kristen Stewart de Twilight, se sont préparés pour le film en allant dans un “camp d’entraînement Beatnik”.

“On portait tous des bérets et on se déplaçait en claquant des doigts”, blague-t-il.

“C’était une expérience incroyable. Je n’avais jamais été dans les endroits où on est allés. On est partis de Montréal puis après on est allés au Chili, en Argentine, en Louisiane, en Arizona, au Mexique, à Calgary et San Francisco”.

Mais cela voulait dire passer plus de cinq mois éloigné de chez lui à Berlin, qu’il partage avec sa femme, l’actrice Alexandra Maria Lara, qu’il a rencontré sur le tournage de Control.

“Ouais, ça a dû être comme ça pendant quelques périodes, explique-t-il. Quand tu es dans une relation et que tu fais ce travail bizarre, tu essaies de trouver une règle de ne pas être éloigné pendant plus de trois semaines. Ce n’est pas toujours possible”.

Yorkshire Evening post – 2 février 2011 – Traduction – 6 juillet 2011