États-Unis, 2011, 132 min., action

Il était une fois un groupe de jeunes mutants en colère sans contrôle sur leurs pouvoirs. Passant des années 1940 aux 1960, le film de Vaughn mélange l’humour de camp, l’histoire et le drame personnel avec un résultat quelque peu perturbant

Il y a les bons mutants, ceux réunis et éduqués par le professeur Xavier (James McAvoy) : ils ont découvert leurs pouvoirs mais ont des problèmes à les contrôler. Leur priorité est l’intégration.

Puis il y a les mauvais mutants, ceux poursuivis et rassemblés par Sebastian Shaw (Kevin Bacon), ancien Nazi qui complote aujourd’hui à faire déborder la tension entre les Soviétiques et les Américains : ils n’ont pas peur d’utiliser leurs pouvoirs, et n’ont aucune intention de s’intégrer dans la société. Leur but est de causer la troisième guerre mondiale, mettre fin à la race humaine et ainsi prendre sa place. Puis il y a Erik Lehnsherr (Michael Fassbender), le futur Magnéto, qui a été victime enfant des expériences de Shaw dans un camp de concentration, et qui cherche maintenant la revanche. L’intrigue tourne encore une fois autour du conflit racial et de ses solutions possibles, présentant les factions de mutants en opposition l’une contre l’autre comme si elles étaient des partis politiques (quand ils parlent ceci dit : le reste du temps, ce sont juste des superhéros qui font des choses de superhéros), sans offrir de variations des trois premiers films réalisés par Singer et Ratner. Cela fait partie du problème : considérant que l’évènement autour duquel le film tourne est la crise des missiles cubains – dont on connait bien les conséquences – et que nous sommes dans un prequel – alors nous savons déjà vers où nous allons – le facteur surprise est complètement absent et le film tourne en un exercice de style. Et voici où se trouve le second problème : Vaughn (Layer Cake, Kick-Ass), considéré à juste titre comme un maître quand on en vient à habiller un film de manière stylée (musique, costumes, décors, une chanson cool – dans ce cas, les Take That réunis), s’emporte dans l’exploitation des suggestions des deux lignes temporelles (l’Allemagne nazie et les États-Unis dans les années 1960) et passe d’un registre tonal à un autre trop rapidement.

La séquence d’ouverture dans le repaire de Shaw, près du camp de concentration, est stylisé, abominable et a un soupçon de porno tortionnaire : un plan inversé soudain transforme ce qui ressemblait à un bureau victorien calme en une chambre des horreurs. Mais la promesse du prologue ne pouvait se maintenir sans que le film soit classé “avertissement parental” voire interdit aux moins de 16 ans (impensable).

L’approche réelle du film est l’opposé : une occasion de jouer avec un groupe de mutants et de super pouvoirs, et de donner aux fans de la série des blagues typiques de préquels (le point de référence est le Star Trek de J.J. Abrams), dont on tire avantage afin de fabriquer un film pour adolescents, où chaque explosion de violence est contredite par la réalisation, avec la caméra qui regarde toujours de loin l’endroit où le couteau ou la balle entre dans la chair. Et ainsi, pour mélanger les cartes un peu et faire que les choses ne deviennent pas trop ennuyantes, Vaughn rassemble des moments de tension dramatique extrême (Xavier qui apprend à Erik comment trouver les plus beaux souvenirs, la fusillade sur la plage), avec des parenthèses caractérisées par un humour de camp bizarre (le recrutement des mutants, leur première rencontre) et par-dessus tout improvise des approches visuelles, comme la longue séquence d’entraînement en écran découpé des jeunes X-Men.

Finalemet, il est impossible de ne pas remarquer la pauvre qualité des effets spéciaux et la maladresse du scénario : on n’a pas besoin d’être expert de la période pour trouver la soudaine décision bipartie (USA-URSS) de bombarder Cuba ridiculement tirée par les cheveux.

Réalisateur : Matthew Vaughn
Distribution : James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon, January Jones
Intrigue :  Les jeunes mutants Xavier et Erik s’allient avec la CIA contre le fou Sebastian Shaw, afin d’éviter la crise des missiles et de parer la troisième guerre mondiale.

Le verdict :
Aucune surprise dans l’histoire, trop d’improvisations dans la réalisation et c’est trop long.
2/5

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MICHAEL FASSBENDER
MAÎTRE DU MAGNÉTISME

Pour l’acteur irlandais né en Allemagne de 33 ans, pratiquement tout ce qu’il a fait dans sa carrière explosive remplie d’accolades a été magnétique. De son rôle déchirant dans Hunger de Steve McQueen à Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, Fassbender a été au bord de grandes choses depuis un moment.

Comment as-tu été mêlé à X-Men ?
Ils m’ont envoyé un scénario et c’était fantastique : dès le début, le personnage d’Erik est sur la page.

Magnéto a une complexité qu’on ne trouve habituellement pas dans un blockbuster.
C’est sûr. C’est une personne abîmée et réservée avec un but défini – il est sur une mission de vengeance. Les méchants ont tendance à être la sorte classique avec un chat sur les genoux [rire maléfique], et ce qui est intéressant ici, c’est que, dans le passé, il a essayé de vivre honnêtement. Il a rencontré Magda dans le camp de concentration et sait que le monde est plein de racisme, d’inconnus et d’inadaptés. Plus tard, il essaie de vivre normalement, mais quand sa fille est brûlée, il pète les plombs et tue tout le village. Madga le quitte, et ainsi il est encore une fois abandonné par la race humaine. J’ai gardé ça dans le fond de mon esprit : sa méfiance des gens.

Et le rapport entre Erik et Charles Xavier ?
Il respecte et aime Charles, et c’est une chose immédiate, une fascination dès le début. Bien qu’il soit très méfiant, il y a quelque chose en Charles qui l’attire, une grande force. Même quand la relation se rompt, le respect entre eux demeure.

Et la recherche pour le rôle ?
La biographie dense du personnage a immensément aidé. J’ai à peine dû choisir ce qui aidait, et quoi jeter.

Quelle caractéristiques as-tu choisi alors ?
L’intelligences, le caractère impitoyable, la résilience aussi. Et le charme, qu’il utilise pour manipuler quand c’est nécessaire.

Oui, le charme. Vaughn dit qu’ici Erik est essentiellement un personnage Bond-esque.
Eh bien, il veut la sophistication bourrue de Connery, surtout dans son rôle de Bond. Bond, orphelin, est soutenu par une personne riche et est introduit aux classes supérieures, mais en dessous, il y a un noyau ouvrier. C’était la vision de Matthew du personnage. Pour moi, c’était plus un personnage machiavélique poussé résolu à obtenir ce qu’il voulait.

As-tu pensé à la direction vers laquelle Erik pourrait aller dans la suite ?
C’est assez clair là il va, mais c’est différent pour Charles. Ce qu’il a à gérer à la fin du premier film est un angle bien plus intéressant. La perte d’une relation avec Charles est le dernier élément d’humanité – il a traversé un pont et il ne reviendra pas en arrière.

Giorgio Viaro

Best Movie International – juillet 2001 – Traduction – 13 août 2011