Ewan McGregor rejoint Clash dans une rétrospective sur le film culte classique de Danny Boyle en 1996, Trainspotting, et parle du Trivial Pursuit spécial héroïne, de toilettes en plexiglas et la possibilité d’adapter Porno au cinéma…

Quinze ans depuis sa sortie, Trainspotting est sans aucun doute fermement positionné à l’avant-plan de l’esprit du public lorsqu’il pense au cinéma britannique. Le film est tellement iconique qu’il déloge même des vieux classiques comme le Pont de la Rivière Kwai dans la sélection des 10 films britanniques préférés du XXème siècle du BFI.

Le film de Danny Boyle de 1994, Petits Meurtres entres Amis, a pu être sur toutes les lèvres de Sundance lorsqu’il est sorti, mais c’était l’arrivée de Trainspotting (adaptation du roman de Irvine Welsh) deux ans plus tard qui a annoncé une renaissance sans précédent du cinéma britannique – et particulièrement écossais.

Le charme universel extraordinaire du film a sans doute grandement affecté le paysage social et culturel de la Grande Bretagne d’aujourd’hui. Malgré son âge, l’influence de Trainspotting pénètre toujours le cœur et l’âme de la plupart des jeunes de 16 à 24 ans comme c’était le cas en 1996. Que ce soit des t-shirts bizarres vendus à Camden ou simplement des posters des personnages accrochés dans les chambres d’étudiants. C’est, en un mot, iconique.

Racontant l’histoire d’un groupe de junkies à Édimbourg, il est arrivé en plein Cool Britannia, quand la Britpop régnait sur les antennes, et a présenté un ensemble incroyable d’acteurs dont la carrière a été transformée du jour au lendemain : Robert Carlyle, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Kelly Macdonald et, dans le rôle principal, Ewan McGregor.

“À 24 ans, j’étais d’une humeur brillamment jeune et maître du monde”, explique McGregor, qui a joué Renton, adorable mais peu recommandable, obsédé par la poudre. “Je pensais que tout ce que avec quoi j’étais impliqué allait être un tube à l’époque, mais sincèrement, je ne pense pas qu’on aurait pu prévoir combien Trainspotting allait être un succès aujourd’hui. Je veux dire, c’est toujours le sujet de discussion principal quand les gens m’accostent dans la rue. J’ai vraiment le sentiment que c’est possiblement le film le plus grand que j’ai fait, ou définitivement celui qui a eu le plus de succès dans la conscience des gens”.

Pourtant, malgré l’humour à l’esprit vif d’un divertissement contagieux du film, Trainspotting n’a pas toujours été dans les petits papiers de la presse. En fait, pendant de nombreuses années après sa sortie, il était fréquemment condamné, toujours au centre de débats pour son allure sexy et apparemment attirante de la consommation de drogue. “Je n’y ai jamais cru, proclame un autoritaire McGregor. L’histoire est juste devant vos yeux et il y a beaucoup de chagrin et de merde terrible qui se passe. Je veux dire, oui, le film est un peu tourné en faveur de ça, mais c’est parce qu’il est très attachant. Dans le livre, on ne voulait pas le reposer parce qu’on voulait être avec ces gens – quand dans la vraie vie ce serait un cauchemar de rencontrer ces gens – et je pense ce qu’on a fait dans le film. Il y a quelque chose de très vibrant dedans et quelque chose de charmant chez ces personnages. Ouais, il y a des moments dans les premières scènes quand ils prennent de la drogue et qu’on dirait qu’ils prennent leur pied, mais c’est parce qu’ils prennent vraiment leur pied. D’une manière, c’est parce qu’ils n’ont pas vraiment grand chose d’autre, c’est pourquoi les gens prennent de la drogue et c’est pourquoi les gens deviennent accro. C’est une fuite, et c’est une fuite dans leur cas à cause de la pauvreté et manque d’espoir. Alors ne pas montrer ce côté, ce high qu’ils essaient d’atteindre, ça ne serait pas toute l’histoire. Peut-être que les gens n’aiment pas le mélange de ce look stylisé et le sujet, mais je pense que ça ne compte pas au bout du compte. Le film ne dit pas prendre de l’héroïne c’est génial, et il n’y a aucune question vraiment ; on ne montre pas une manière de vivre heureuse”.

“Ce que les gens oublient, c’est qu’on a fait la majeure partie de notre préparation à Glasgow avec des accros à l’héroïne en désintox, il continue. Alors on était constamment entouré de ces gars qui avaient vraiment vécu ce dont parle le film. Danny nous a emmenés visiter cet endroit nommé le Calton Athletic Recovery Group, qui est un projet fantastique. Alors on s’est assis avec eux et on a beaucoup appris. Quand on a finalement commencé à tourné, ce gars génial nommé Eamonn du club venait nous donner des conseils à chaque fois qu’on faisait quelque chose lié à la drogue sur le plateau. Il nous a appris à tout faire correctement. Il se tenait devant nous avec une cuillère, des filtres, du bicarbonate de soude et un petit sachet d’héroïne et il nous montrait les manières traditionnelles et les meilleures pour faire sa cuisine. Puis on essayait tous un par un et faisait les cent pas devant la table où on était assis, nous donnant des conseils comme non, pas comme ça, trop de ça, moins de ça. Comme l’équivalent héroïne du Trivial Pursuit”, suggère un McGregor pouffant.

“Avec le recul, j’imagine que ça a dû être une expérience super chelou pour lui aussi, nous regarder jouer, le faire pour le boulot, quand il le faisait pour de vrai, une manière de vivre. C’était certainement un monde très étrange et très sombre à habiter pendant les six ou sept semaines qu’on a tourné. Mais aussi sur le plateau, on était tous joyeux. Je me souviens qu’il y avait un grand moment avec Brian Tufano, qui est un excellent directeur de photographie au passage ; il a dû filmer de dessous des toilettes au travers cette boîte de plexiglas pour obtenir le moment où je me rends compte que j’ai perdu les suppositoires. Mais ça voulait dire en gros qu’il a regardé mes couilles et mon trou du cul pendant des siècles pendant on préparait tout. Je lui ai dit Brian, je suis terriblement désolé pour ça si c’est une situation peu confortable, et il s’est tout simplement tourné vers moi et m’a répondu Eh bien, je te connaîtrais beaucoup plus après avoir fini le plan !” McGregor éclate d’un rire maniaque.

“J’ai certainement aimé chaque moment, surtout les parties qui ne sont pas arrivées jusqu’au film, dit-il, entre deux éclats de rire. Il y a cette réplique que je n’oublierai jamais quand Swanney [Peter Mullan] regarde Spud de haut [qui vient de se faire un fix] et dit : Pure comme la neige l’est à la merde. Et Ewen [Bremner] avait cette réplique qu’ils ont coupé quand il crie : Aah, chante le merde, Père Noël !

“Avec le recul aujourd’hui, c’est vraiment excitant de penser combien ce film est devenu massif et ce qu’on a fait. Même aux États-Unis, Trainspotting est devenu ce genre de truc culte à regarder. Il a fait de moi ce que je suis aujourd’hui et je suis sérieusement fier de lui. C’est toujours un peu triste que Danny et moi on ne travaille plus ensemble, parce qu’il était génial. Ça a toujours été dommage, je suppose”.

Malgré l’angoisse de McGregor de ne pas se réunir avec Boyle, les fans des romans de l’écrivain Irvine Welsh sauront bien sûr qu’il pourrait y avoir de l’espoir que le duo retravaille ensemble. Depuis la sortie de la suite en 2002 de Welsh, le roman Porno – situé dix ans après Trainspotting, avec le business de la pornographie fournissant le centre de l’histoire – des rumeurs d’une suite possible au cinéma ont couru ; avec les derniers marmonnements venant de Danny Boyle lui-même, quand il a simplement dit en décembre que “cela pourrait arriver”.

“Tu sais, après toutes ces années à parler de Porno, on ne m’a jamais donné un scénario”, confie McGregor, qui a régulièrement été rapporté comme ne pas être d’accord avec une suite. “Je ne veux pas être le gars qui arrêterait le projet, surtout si tous les autres veulent le faire. Mais je ne voudrais pas faire une suite de Trainspotting juste pour en faire une, et honnêtement, je n’ai pas été particulièrement retourné par le livre. Je veux dire, j’aime les trucs de Irvine Welsh et je trouve que c’est un excellent écrivain – Trainspotting m’a retourné – mais j’ai trouvé que Porno revenait trop sur les trucs du roman Trainspotting. On sentait un peu que Welsh avait écrit une bonne suite au film, mais pas une bonne suite à son roman. Il y a trop de mauvaises suites dans le monde, et ce serait terrible d’abîmer la réputation de Trainspotting en en faisant quelque chose dont les gens se souviennent pour sa suite moins bonne et plus maladroite”.

“Ce n’est pas quelque chose que je vais complètement rejeter sur le champ jusqu’à ce que je voie un scénario, admet-il. Je veux dire, ce pourrait être excellent, mais même, le cinéma a tellement avancé à cause de Trainspotting, à cause de l’excellence de Danny. Certains plans et l’énergie contenus dans ce film, le public s’est tellement habitué à cette vibration maintenant, alors qu’à l’époque, c’était nouveau, c’était différent. Alors au-dessus du scénario, on aura besoin de sentir à nouveau cette originalité, et comment sera-t-elle créée ? Comment vont-ils faire ça ? Je ne sais pas moi-même mais ce serait intéressant de voir ce qu’ils vont nous pondre. Alors je devine que la réponse est, on va devoir prendre son mal en patience”.

James Wright

Clash – avril 2011 – Traduction – 28 août 2011