Les Mousquetaires reviennent au cinéma dans une nouvelle version “hybride” qui unit l’élégance et la magnificence d’un film d’époque avec une pointe de modernité steampunk. Un voyage aventureux à la cour française, par l’un des réalisateurs les plus excitants d’Hollywood aujourd’hui.

par Gabrielle Ferrari

Alexandre Dumas a décrit D’Artagnan comme un jeune homme en voyage, équipé de seulement quinze écus, un cheval et une lettre dans ses Trois Mousquetaires. D’Artagnan se dirigeait vers Paris pour rejoindre la garde de Louis XIII. Probablement parce qu’il avait vu un aperçu du nouveau film de Paul W.S. Anderson et avait découvert qu’être au service du souverain français impliquait voler sur des dirigeables géants armés de mitraillettes, de belles aristocrates provocatrices (au ralenti) expertes en coups d’arts martiaux et utilisant un lance-flammes avec une tête de dragon. Non, nous ne sommes pas devenus fous : nous parlons simplement des Trois Mousquetaires, la nouvelle création du réalisateur de Resident Evil, ainsi que le film de vingt secondes de l’histoire du cinéma, adapté du roman de Alexandre Dumas père. Et si ces quelques lignes vous ont fait vouloir hurler à la trahison, si vous pensez que ce film est une terrible idée, attendez et continuez à lire.

La plupart d’entre vous associent l’idée de “mousquetaires au cinéma” avec Leonardo DiCaprio en tant que Homme au masque de fer aux côtés de Jeremy Irons, John Malkovich et Gérard Depardieu. Les mordus de cinéma penseront à Gene Kelly jouant un D’Artagnan un peu vieux dans les Trois Mousquetaires en 1948, ou à Richard Chamberlain et Oliver Reed à la poursuite des ferrets de la Reine dans le film de 1973, et les plus courageux citeront la version Disney très critiquée avec Charlie Sheen, Kiefer Sutherland et Chris O’Donnell. Personne (ou presque) se souviendra de Tim Roth, Nick Moran et Mena Suvari dans des duels d’arts martiaux dans le D’Artagnan de Peter Hyams.

La raison est simple, étant Européens, toute réinterprétation exotique de l’un de nos classiques de la littérature nous fait grimacer. Ou peut-être pas ? Après tout, le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, plein de bagarres à coups de poings et de bons mots, a été un succès au box office. “Dumas lui-même écrivait pour divertir son public et faire de l’argent : il publiait un chapitre par semaine, il les terminait sur des cliffhangers sensationnels et tout compte fait, je pense qu’il approuverait ce que j’ai fait de son histoire” note Paul Anderson. Quand Constantin Film lui a confié le projet, il a dû se dire, pourquoi se limiter à encore un film d’époque et pourquoi pas tenter quelque chose de nouveau et audacieux ? Et c’est exactement cela qu’il a fait : bien que “l’histoire des trois mousquetaires reste la même”, Anderson a décide que “nous vivons dans un monde post-Jack Sparrow, monde dans lequel même les aventures de pirates sont racontées avec un œil moderne, c’est pourquoi je voulais aussi raconter l’histoire de D’Artagnan à travers sa lentille”. Ainsi, un réalisateur qui jusqu’à maintenant s’était fait un nom avec de la science fiction (Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà), de l’horreur (la série des Resident Evil) et même une sorte de film de prison (Course à la mort), a embarqué armes, sacs et caméras 3D en direction de l’Allemagne, où “c’est plein de châteaux merveilleux qui n’ont jamais été utilisés au cinéma” pour tourner son premier film d’époque.

À ses côtés se trouve une distribution d’espoirs et d’acteurs confirmés qui devrait convaincre le plus sceptique. À commencer par, bien sûr, D’Artagnan : Percy Jackson peut ne pas être la meilleure référence à apporter à une audition, mais il est difficile d’imaginer un jeune acteur plus apte que Logan Lerman pour le rôle du cadet de Gascogne. D’Artagnan était décrit comme ayant un long visage et des cheveux foncés, des paillettes saillantes, un regard intense et intelligent ; trop âgé pour être adolescent, trop jeune pour être adulte, ce serait facile de le prendre pour le fils d’un berger. Maintenant essayez juste de dire que ce n’est pas le portrait craché de Logan : 19 ans, mordu de cinéma auto-proclamé, Lerman est probablement le plus enthousiaste des “nouveaux mousquetaires” : “mon D’Artagnan est décidément plus botteur de culs que celui auquel on est habitués et il est le plus dangereux du groupe, une sorte de super-héros de l’époque”. Ce sera celui qui, en unifiant le trio de vétérans (Athos, Porthos et Aramis), fera avancer les évènements du film.

Des évènements qui, au premier lieu, suivent ceux des romans : Richelieu (le nouveau méchant par excellence de Hollywood, Christoph Waltz, voir encadré ci-dessous) veut conquérir le trône français, et pour cela il orchestre une liaison illégitime qui sèmera la discorde entre le roi Louis (Freddie Fox) et sa nouvelle épouse la reine Anne (Juno Temple, qui nous verrons aussi dans The Dark Knight Rises). Comme tous les grands méchants cependant, Richelieu ne se salit pas les mains, mais confit plutôt la mission à Milady de Winter (Milla Jovovich : il serait superflu de la nommer “la muse d’Anderson”, puisque les deux sont mariés) et le Duc de Buckingham (Orlando Bloom), qui a la tâche ingrate de séduire Anne. Une intrigue entièrement du style feuilleton, avec au moins deux grands ajouts nouveaux. Le premier concerne le trio du titre : dites adieu aux guerriers robustes et infaillibles auxquels vous étiez habitués, parce que ces mousquetaires sont plus similaires à ceux vus dans l’Homme au masque de fer. Vieillissants (sinon complètement éreintés), humiliés à plus d’une occasion par leur ancienne alliée Milady, quand nous les rencontrons, leurs carrières autrefois brillantes sont dans une phase de déclin marquée.

Les visages choisis par Anderson – peu importe ce que vous pensez de lui, on ne peut nier qu’il a du talent à choisir ses acteurs – sont parfaits dans ce sens. Le leader, Athos, par exemple, possède les yeux tristes et le visage légèrement étiré de Matthew Macfadyen, régulier des films d’époque que l’on retrouve dans Orgueil et préjugés et le Robin des Bois de Ridley Scott. Le rôle du gigantesque Porthos a été confié à Ray Stevenson de Thor, tandis que Aramis sera Luke Evans, que l’on verra dans les Immortels et le Hobbit dans les mois à venir. Et si vous vous imaginez l’homme de foi calme du livre, remplacez le par “une sorte de mélange entre Batman et un ninja, le vrai James Bond du groupe”.

Ce qui nous emmène, inévitablement, à la dernière étape de la transformation des mousquetaires en “sexy, fun et modernes. Mais sans sacrifier le lieu historique, parce que le Paris du XVIIème siècle est un environnement fascinant à explorer, surtout en 3D ; mais je voulais ajouter une atmosphère décidément steampunk à tout”. Anderson a décidé de jouer avec la technologie, introduisant des machines de guerre pleines de rouages et de bouffées de vapeur et les emploient pour gonfler l’attention au delà des niveaux d’attention. “Je veux raconter l’histoire habituelle, juste d’une manière qui est un peu différente de l’habituelle, et je ne pense pas que la technologie que j’ai utilisée soit déplacée. Des bateaux volants et des dirigeables ? Ils seront inventés au court du même siècle, alors ne me parlez pas d’anachronismes”. Anderson sait certainement comment faire du spectacle – sa dernière œuvre, Resident Evil: Afterlife, est le triomphe de la chorégraphie devant l’histoire – et ainsi il aurait été dommage de laisser passer l’opportunité de “tourner un film en costumes, avec des centaines de figurants à cheval et des explosions et de le faire en vraie 3D, pas ces affreuses conversions en post-production qui sont à la mode aujourd’hui”. Les Trois Mousquetaires sera donc un film qui est “historique, mais tourné d’une manière moderne, différent des histoires de mousquetaires mais également de mes films habituels. C’est une histoire d’amour et d’amitié, un conte de fées de cape et d’épée dans lequel j’ai inséré des explosions et de l’action”. Geste courageux d’un réalisateur que certains ont accusé de se reposer sur ses lauriers. Et un pari que Anderson est confiant de gagner : “Ce sera un film incroyablement excitant. Ce n’est pas les mousquetaires de vos parents”.

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Christoph Waltz, le méchant préféré de Hollywood

“La première pièce de la distribution à se mettre en place était Christoph : après l’avoir vu dans Inglourious Basterds, je savais que je le voulais à tout prix dans mon film. C’était avant même qu’il remporte l’Oscar !” Christoph Waltz est devenu, en mois de deux ans, l’acteur européen le plus recherché par les majors. Que ce soit pour ce visage , disons, “bâtard”, ou son immense talent, son portrait de l’officier nazi Hans Landa lui a ouvert les portes : quand on a besoin d’un méchant intéressant à de nombreuses facettes (comme dans The Green Hornet et de l’Eau pour les éléphants), tout le monde se tourne vers lui. “C’est un homme très intelligent, il n’utilise jamais l’approche classique pour jouer un méchant, ce que j’appelle Le Dennis Hopper, je veux dire un personnage fou et exagéré ; il humanise la cruauté, il est impossible de ne pas l’aimer même s’il ne joue que le méchant de service”, voici l’analyse de Paul Anderson. Et ce n’est pas que les réalisateurs qui chantent ses louanges : “Il est modeste, humble, il aime parler de tout et ne se complaît jamais dans son succès. Avec lui, j’ai plus parlé de politique allemande que de cinéma !” a dit sa co-star Luke Evans.

Traduction – 22 octobre 2011