Darren Aronofsky libère la moitié sombre de Natalie Portman.

Black Swan
Film 4/5 Bonus 3/5
Sortie le 16 mai

“Fait à mort, je sais” dit l’imprésario Thomas joué par Vincent Cassel du Lac des cygnes. Ses ingrédients peuvent ête familiers, mais le frisson de son renversement danse du spectacle de Darren Aronofsky qui en fait son propre matériel par la pure force de sa volonté directoriale et un flair pour faire briller les étoiles.

Aronofsky promouvoit son cinquième film comme “un film de cygne-garou” dans les bonus, hybride qui semble délicieux mais un qui n’effleure que la surface du film. C’est une symphonie de chair écorchée, de douleur orgasmique et d’extase trouvée. C’est un mélodrame en coulisses au bord de la folie, la terreur de la transformation en tutu, un film de changement de tête qui a mal tourné, de l’horreur du corps en leggings et la danse des Chaussons rouges sur la musique dérangée de Dario Argento. Ce devrait être n’importe quoi :  que des allusions, pas de mise au point.

Un coup d’œil aux parallèle de Black Swan avec The Wrestler prouve l’empreinte de Aronofsky, cependant. Un film sur une grosse brute vieillissante et l’autre sur une fille poussée à la folie par la demande de jouer les Cygnes Blanc et Noir du Lac des cygnes, mais la déclaration de Aronofsky que ce sont des films jumeaux tient le coup. Tous les deux pèsent lourd sur leurs acteurs principaux, Mickey Rourke dans le rôle de Randy et Portman dans le rôle de Nina, femme virginale qui incinère sa répression dans les flammes d’un rôle d’étoile qui nécessite de la passion à l’état brut. La peau de Portman est d’albâtre au steak haché du visage de Rourke, mais les deux films s’extasient sur l’agonie et l’extase dans le plus grand effet spécial du cinéma  le visage humain. Les deux préfèrent la caméra portée et les couleurs fades, soulignant le psychodrame sur le style et les décors. Et les deux brouillent les frontières entre l’humain et l’animal, bélier/homme et cygne/femme, se concentrant sur la chair à son plus “viscéral et réel”.

Black Swan est plus baroque que The Wrestler, mais de manière appropriée et avec des échos résonnants à l’œuvre précédente de Aronofsky. La grandiloquence arrive avec la musique retentissante de Tchaïkovski, ici effrontément malmené par Clint Mansell ; l’accent mis sur les dégâts psychologiques rappelle Requiem For A Dream.

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On peut avancer que les attitudes de Aronofsky envers les femmes sont régressives, renforcant les dichotomies vierge-salope ou les caractérisant comme hystériques. Mais, aux côtés d’un Cassel qui se lèche les babines, les trois générations de femmes impeccablement choisies ici se délectent à l’idée de ravir le décor. Mila Kunis est parfaite dans le rôle de la doublure qui fume qui semble désirer le rôle de Nina. Humanisant et détruisant simultanément son rôle potentiellement grotesque de mauvaise sorcière de l’Upper West Side, Barbara Hershey incarne la mère qui a emprisonné Nina dans le rose soit par jalouse, amour étouffant ou psychose que la mère de Carrie White pourrait reconnaître. Et puis il y a Winona Ryder, celle que Portman remplace, choisie dans le rôle d’une ballerine de la vieille époque rejetée mais qui attaque son rôle comme si c’était de la viande et qu’elle n’avait pas mangé depuis des jours.

C’est une corbeille pleine de cakes d’accord, incarnant ceux qui sont instrumentaux dans le déclin de Nina. Nous n’oublions jamais que Nina est nos yeux peu fiables sur les évènements, cependant ; et aussi sûr que The Wrestler suivait la dérive de Rourke, c’est le film dans lequel Portman, récompensée par un Oscar, s’épanouit après des déceptions comme les Fantômes de Goya et (admettez le) Star Wars. La récente déclaration de sa doublure corps Sarah Lane qu’elle a fait toutes les danses déborde d’ironie, étant donné l’emphase peut-être lourde de Swan sur la doublure. Mais que Lane ait dominé ou pas, le visage de Portman nous magnétise, passant de désespéré et réprimé à effrayé, confus, extasié, libéré, psychotique et finalement, s’étant débarrassé de toute assurance, sauvage cinglant en noir.

Peut-être pour la première fois, la fille de Léon semble capable de grandir en intensité avec l’âge – et malgré la jeunesse de Portman, l’âge lie aussi Black Swan à The Wrestler et RFAD. David Cronenberg maintenait que la Mouche, autre tragi-mélodrame de transformation, ne parlait jamais de Sida mais de vieillir. L’âge est de manière similaire l’ombre des ombres de Black Swan, représenté par les personnages aigris de Ryder et Hershey. Et ce pourrait bien être ce que Swan pourrait être vraiment : un miroir des dossiers de Hollywood d’actrices mâchonnées et recrachées, avec des échos à la “promotion canapé” quand Thomas demande au partenaire de Nina : “Tu baiseras cette fille ?”

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Qu’elle ait dansé ou pas, Portman donne toutes les impressions de souffrir pour son art dans les bonus. Les featurettes sur le design sont de la taille d’une bouchée, mais un making of de 50 minutes offre certaines révélations, dont des images de Portman qui fait semblant de se tirer une balle dans la tête alors que Aronofsky crie “Coupez ! On recommence” durant son plongeon du cygne. Les décompositions des effets spéciaux montrent son visage superposé sur le corps de sa doublure, mais Portman s’est entraînée pendant six mois, cinq heures par jour et, reflétait le perfectionnisme de Nina, admet : “J’aurais pu faire mieux”.

Est-ce que Black Swan aurait pu être meilleur ? Probablement. Avec le Randy de Rourke comme exception qui confirme la règle, Aronofsky ne fait toujours pas dans la nuance émotionnelle ; éblouissante comme l’est sa réalisation, ses fioritures stridentes contournent le cœur.

Mais Black Swan est une explosion qui dure le temps du film, poussant à demander un troisième film pour compléter la trilogie directionnelle de Aronofsky. On ne peut s’empêcher non plus de se demander ce qu’il ferait avec une franchise de super-héros – et avec avec une grosse sur le marché bientôt, il serait génial de le voir mettre son cachet sur une certaine chauve-souris…

Kevin Harley

Bonus
Making-Of – Featurettes (BD) – Interviews (BD)

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SUJET DE DISCUTION
En réponse à la déclaration de Sarah Lane qu’elle a fait toutes les danses, Aronofsky a calculé :  “De 139 plans, 111 sont de Natalie, 28 sont de sa doublure. C’est Natalie à 80%”.

Traduction – 8 décembre 2011