Boyle et Franco prennent des risques

127 Heures
Film 4/55 Bonus 3/5
Sortie le 6 juin

La prestation terne de James Franco en tant que présentateur des Oscars a beaucoup éclipser l’une des raisons clés pourquoi il a décroché le job en premier lieu :  à savoir, sa prestation nommée aux Oscars dans 127 Heures dans le rôle d’un grimpeur dont le bras est piégé par un rocher qui tombe pendant qu’il fait de la randonnée dans l’Utah. Comme c’est ironique qu’il soit plus animé quand il est rendu désespérément immobile dans le film de Danny Boyle que lorsqu’il est sur la scène du Kodak Theatre avec une liberté totale de mouvement. Il y a des moments où il semble vouloir imiter la fuite et l’amputation du bras de son personnage plutôt qu’échanger une autre vanne avec Anne Hathaway ou participer à une autre parodie crétine.

Heureusement, longtemps après que les souvenirs de cette soirée ignominieux seront oubliés, son œuvre ici continuera à vivre – testament au talent avec lequel l’homme de Milk suit le parcours de la métamorphose de Aron Ralston d’hédoniste outrecuidant à survivant stoïque avec une appréciation nouvelle pour la vie et ceux qu’il aime. Présente dès le départ comme un amateur de sensations fortes avec un souhait de mort aussi grand que son sourire insouciant, Ralston donne l’impression d’être une andouille. Mais après sa chute fatale – un point de l’intrigue que le scénariste Simon Beaufoy repousse astucieusement en jumelant Franco avec deux voyageuses angéliques (Kate Mara et Amber Tamblyn) pour du chahut dans un lac rocheux – un nouvel Aron émerge : un blessé et vulnérable, certes, mais un avec des immenses réserves de courage et d’endurance.

Pour une star souvent définie par sa réserve hipster, c’est une certaine réussite qu’il se libère de son aura de cool et s’expose de manière aussi nue. Pourtant, aussi impressionnant qu’est Franco ici, il ne volerait pas sans la réalisation éblouissante de Boyle, qui transforme la situation peut-être la plus statique jamais imaginée en un déluge sensoriel qui fait écarquiller les yeux de flashbacks, séquences de rêve, écrans séparés et réserves de multiples films. Que ce soit enregistrer les hauts et les bas de l’héroïnomanie dans Trainspotting, chercher le paradis dans The Beach ou voyager dans l’espace dans Sunshine, les films de Boyle ont toujours montré un dynamisme agité et cinétique. Le coup dans 127 Heures est d’apporter la même technique pour porter une histoire où le seul mouvement est à l’intérieur de l’esprit de son héros désespéré et déshydraté tandis qu’il change d’avis sur la seule option qui lui reste, à part la capitulation et la mort.

Lançons des lauriers au réalisateur de Slumdog Millionaire pour l’utilisation de la bienveillance et du poids de ce film pour pousser ce projet à la gestation longue à la réalité, et pour s’accrocher à ses idées jusqu’à son point culminant horrible. Pourtant, l’ayant vu une fois, combien choisiront de revenir l voir ? On peut probablement les compter sur les doigts d’une main…

En plus du commentaire audio des cinéastes, des scènes supprimées (sagement) et des featurettes (dont une détaillant la tentative de sauvetage de Ralston), les fans de blu-ray auront le droit à l’histoire de fléchette sans expression God of Love, lauréat de l’Oscar du meilleur court métrage cette année. Et pourquoi pas ?

Neil Smith

Bonus
Commentaire – Scènes supprimées – Making Of – Featurettes – Court métrage (BD)

Point de discution
Aron Ralston voulait à l’origine faire un documentaire de sa vie dans lequel il serait apparu dans son propre rôle. Boyle a réussit à le dissuader. “Personne n’y aurait cru”, dit-il.

Traduction – 11 décembre 2011