C’est officiel, Blur sont au sommet de la pop et font de leur mieux pour remettre le meilleur dans la pop britannique. Cette semaine, nous coinçons Damon au pub et Dave dans son avion pour discuter toutes les “choses de mec”. (À venir, les deux autres Alex et Graham.) Steve Sutherland discute avec Damon, le prétendu architecte du music-hall post-moderne, à propos du foot, des classes, de l’amour et du prochain round – l’imminente Bataille de Bournmouth !

Le taxi chauffe, coincé dans le gros embouteillage étouffant de Kinghtsbridge. À l’arrière, Damon Albarn tient délicatement une bouteille de bière chaude et acclame bruyamment les protestataires qui scandent dehors sur le trottoir.

“Vous êtes excellents !” crie-t-il par la fenêtre du taxi.

Les protestataires, principalement des adolescents, prennent soin de l’ignorer. Ils ont l’intention d’haranguer le consulat de France à propos des essais nucléaires dans l’atoll de Mururoa.

“C’est excellent, putain”, répète Damon à personne en particulier. “Je n’ai pas vu de panneau de la CND depuis des putains d’années !”.

Un quart d’heure plus tard, le même taxi est coincé dans le même trafic. Nous avons réussi avec bien du mal à arriver jusqu’à Piccadilly Circus et sommes arrivés à un arrêt imprévu de récriminations devant le Trocadero.

Les trottoirs grouillent de touristes en t-shirts du Hard Rock Café. Damon continue à tenir délicatement sa bouteille maintenant vide et s’affaisse dans son siège. Trop tard mec.

“D-A-M-O-N !!! D-A-M-O-N !!!” Un groupe de filles se tirent les manches et pointent du doigt, incitant l’hystérie de chacun. Deux d’entre elles risquent leurs vies et avancent en titubant, criant et battant de l’air, dans le trafic. Miraculeusement, le taxi commence à bouger. Damon leur fait un sourire penaud et un salut royal de la main et essaie de se rappeler où nous allons.

“Oh ouais. Le Mars Bar. Voir si Alex a déjà essayer de lever Barbara Ellen”.

Barbara, actrice qu’elle est, interviewe Alex dans son bar préféré du West End et Damon est déterminé à faire des sottises.

Quand nous finissons par arriver à notre destination – désastre majeur – Alex, le légendaire buveur et homme à femmes, passe une rare journée “sèche” en préparation du Top Of The Pops de demain. Non seulement il n’a pas fait de plat à Barbara, il a positivement peur d’elle.

Damon est complètement dégoûté. Seule une bière de plus atténuera la douleur de la déception.

Alors on s’appuie contre le bar, les conversations tournent en débat comme à leur habitude et une heure plus tard, une ampoule s’allume au dessus de sa tête.

“Justine fait la cuisine !” annonce-t-il soudainement avec une panique palpable. Il emprunte un portable et l’emmène dans la rue où on peut simplement l’entendre dire qu’il sera rapidement à la maison et hurler avec exaspération dans la nuit : “Chérie, je sais pas si c’est le riz ou le bouillon qui va en premier !”

* * *

Voici donc, fans de pop. Quand Justine fait la cuisine chez Albarn, c’est… du risotto !

Et voilà, vous avez tous les ingrédients : Blur, fin août 1995. Assez conscients du point de vue politique pour acclamer la CND et se consacrer au projet Help de War Child. Célèbres au point qu’on leur crie dessus dans la rue. Assez mec pour fantasmer des insinuations dans la plus innocentes des interviews. Et très soûms et très en retard effectivement pour un dîner très élégant. Oh, quelle vie glorieuse !

C’est Blur, rois de tout le Swinging London et le plus grand, le plus intelligent et le meilleur groupe pop de Grande Bretagne. Grâce à plusieurs années de dure labeur et une bonne dose cruciale de croyance en soi, aujourd’hui Blur jouissent de la gloire de leur premier single numéro un.

Ils contemplent aussi avec confiance la sortie de leur quatrième LP, The Great Escape. C’est un album avec beaucoup de fanfaronnades, un album qui est déjà grand favori pour clipser leur puissant Parklife.

Comme on lui a donné le choix, Damon a choisi d’en parler dans un pub au bout de la rue des nouveaux quartiers généraux de EMI dans l’Ouest londonien.

Il est bronzé, détendu et calment suffisant après une semaine de vacances – une semaine durant laquelle Country House a été au sommet des charts, résultat doublement agréable si on considère sa décision de faire un face à face avec Roll With It, le dernier single en date des archi-rivaux nourris par les médias, Oasis.

La veille au soir, dans ce même pub, Damon s’est vu remettre par sa maison de disques une copie encadrée des charts. L’inscription dit : “Mieux que Blur chaque putain de jour de la semaine, Liam Gallagher, festival de Glastonbury, 1995”. Dessous, on lit “PAS AUJOURD’HUI CHÉRI !”

La serveuse demande, et obtient, sa photo avec Damon. Elle verse les pintes et dit qu’elle est fan de Blur. Traite Oasis de “rustres du Nord”. Damon sourit. Nous nous retirons dans le jardin.

* * *

Cette chose Blur contre Oasis est devenue assez sérieuse, non ?

“Ouais, mais personne ne s’en est pris à Oasis de notre côté. Je veux dire, j’ai fait ce truc dans l’émission de Chris Evans quand j’ai dit Ça sonne un peu comme Status Quo, mais c’était la seule chose. Tout s’est passé de leur côté”.

Était-ce juste de bonnes manières ou une sorte de limitation des dégâts de votre part ?

“Oh, on n’était pas 100% confiant qu’on allait gagner. On ne peut l’être. C’est naïf de penser différemment”.

Si on dit qu’on va gagner et qu’on ne gagne pas, on est juste idiot, hein ?

“Eh bien, ouais, et je n’étais pas prêts à ça parce que je fais attention à la musique que je fais”.

L’as-tu mal pris quand Phil Daniels a dit au NME qu’il pensait que Oasis serait numéro un ?

“Oh ouais. Ça m’a vraiment énervé. Je l’ai appelé tout de suite et j’ai dû aller le voir ce soir-là pour en parler prce que… tu sais, j’aime vraiment Phil et j’étais blessé. Je suis bien maintenant, mais, à l’époque, quand j’ai lu ça, j’étais vraiment triste”.

Il a dit que tu pleurais au téléphone.

“C’est des conneries. Il est gentil, hein ?”

Et si tu avais pété un plomb ?

“Je ne sais pas vraiment. J’étais en vacances avec mes parents parce que Justine et moi on avait réservé pour aller en Turquie jusqu’à ce qu’on propose Lollapalooza à Elastica. On avait invité mon père à ouvrir la première école d’art à l’île Maurice alors je suis allé avec lui. Ça allait bien jusqu’au jeudi soir et puis tout a changé et j’ai commencé à m’inquiéter. Le vendredi, je m’agitais vraiment et puis le samedi je suis rentré. Il n’y avait aucune réaction à Heathrow. J’ai pris un taxi et le chauffeur ne m’a pas reconnu, ce qui était un résultat. Justine ne rentrait pas des États-Unis avant le samedi soir alors je suis allé au café du coin de la rue où la serveuse n’a fait un cours de rattrapage sur la presse qui parlait de nous.

“Quand je suis rentré, il n’y avait aucun message sur le répondeur jusqu’à ce que Andy Ross (le chef de Food Records) a appelé et a dit qu’il avait assez confiance. Le lendemain, je suis allé jouer au foot et Andy est arrivé complètement énervé alors je savais qu’on avait gagné, ce qui était génial parce qu’on avait besoin d’éclipser Parklife d’une certaine manière.

“L’ironie, c’est que si on n’avait pas eu le truc avec Oasis, ça n’aurait pas fait les grands titres. Tout le monde aurait dit Bien sûr qu’ils vont être numéro un. Mais le truc oasis l’a complètement changé et oui, j’ai changé la date de sortie pour la même qu’eux !

“Si tu veux vraiment connaître la raison principale, quand Oasis a été numéro un avec Some Might Say, je suis allé à leur fête, tu sais, juste pour dire Bravo. Et Liam est venu me faire Numéro un putain ! dans ma tronche. Alors j’ai pensé D’accord, on va voir…

“Mais ne rentrons pas là dedans. Tout ce qui compte, c’est que ça a payé, dieu merci. Je pense que ça doit se calmer maintenant parce que tout le monde attend avec impatience Bournemouth, où on joue dans la salle juste en face de la leur ? Je n’y suis pour rien. C’est purement et véritablement une coïncidence”.

Tu ne vas pas te dérober, hein ?

“Non”.

* * *

Dans quelques minutes, l’interview sera interrompue par un appel du bureau de Blur.  Il y a eu de la communication de la part du camp Oasis pour voir si rien ne pouvait être fait pour le clash de Bournemouth. Des rumeurs courent que des gangs de Mancuniens en maraude ont déjà loué des cars pour l’occasion, tandis que, pour quelque raison, certains costauds de Wolverhampton projettent de faire des mêlées au nom de Blur. Il semble que tout le monde est fin prêt pour un peu d’ultra-violence à l’ancienne mods contre rockers.

Plusieurs bières plus tard, Damon donnera ses projets pour la bataille de Bournemouth – un numéro un gonflable géant volera au-dessus de la salle de Blur tandis que le logo de Blur, comme le Bat-signal, sera projeté sur le mur de la salle d’Oasis. Comme nos mères le disent souvent, ah, ces garçons !

Maintenant, la bière n’a pas assez nourri la bravade de Damon pour répondre au taquet et il réfléchit toujours à la semaine qui a changé sa vie pour toujours : “Je ne pense pas que j’aurais pu gérer ça en étant là. Je souffre beaucoup d’anxiété et de stress”.

Sûrement, la chose la plus stressante, c’était essayer de travailler sur un nouvel album quand Parklife ne voulait pas se poser et sortir de l’affection de la nation ?

“Eh bien, les pressions étaient étranges. Je n’ai jamais eu ce truc à propos de la célébrité et faire de l’argent que ce soit terrible. Je voulais juste faire quelque chose que je trouvais bon parce que je savais quelle attention aurait cet album. Ce devait être quelque chose qui était au moins un digne successeur de ce qu’on avait déjà fait, quelque chose qui était intelligent sur le plan des paroles. C’était le plus dur.

“Je trouve ça vraiment facile d’écrire des chansons et des mélodies accrocheuses, mais même avec Country House, elle devait avoir des petites choses comme Balzac et Prozac. Des choses bizarres. Elles sont très importantes parce que, pour moi, c’est ce qui la rend intéressante, de la pop légèrement tournée.

“J’étais plus détendu sur cet album en général. Je ne sentais pas la rage que j’avais dans le passé, je ne ressentais pas ce besoin d’être une caricature du British”.

Grâce à Blur, cependant, il n’y a rien dont on peut avoir honte aujourd’hui : London est la capitale rock du monde encore une fois et ils doivent être remerciés pour cela. Damon semble avoir embrasser son rôle, présentant même des groupes comme Sleeper, Menswear, Pulp et Supergrass aux parents dans l’émission spéciale Britpop sur BBC2.

Est-ce que cela t’a gêné, te comporte comme le porte-parole d’une génération ?

“Non… Je me sentais assez à l’aise. Je ne me sentais pas du tout gêné. Je veux dire, Jarvis a présenté Top of the Pops – ce qui lui a donné de la vocation dans la vie ; il sera un grand présentateur et aura sa propre émission. Et entre nous tous, on dirige la culture pop de ce pays. Ça nous laisse ouverts à être complètement tournés en ridicule par la prochaine génération ce qui est d’accord. Mais, à ce moment, on a atteint ce point où c’est notre chose. C’est tout ce qu’une génération peut espérer atteindre”.

Les absents notables de l’émission étaient Oasis.

“Ils ont refusé de le faire”.

Parce que tu présentais ?

“Non, non, non. Je pense que l’un des dangers de ce groupe, c’est qu’ils sont entourés de beaucoup de personnes qui prennent trop de drogues. C’est ce qui se passe avec une grande partie de ces groupes dont l’attrait principal est la sensation de liberté, dont beaucoup est juste une illusion. C’est juste les drogues. Je sais que je sonne comme un vieux con réactionnaire, mais je pense juste qu’on dure plus longtemps et qu’on dit bien plus si on est un peu plus sobre”.

As-tu écouté Morning Glory ?

“Ouais. Assez bizarrement, la personne qui me l’a fait écouter était Paul Weller, mais… euh… J’étais vraiment bourré et… euh…”

Ah ! Après tout ce que tu viens de dire.

“Eh bien, exactement ! Ahahahah !”

Tu es à nouveau diplomate.

“Ah ouais ?” Damon fait une tête comme un écolier pris en train de voler des bonbons. “Je pense que Liam est un leader absolument génial, vraiment. Si j’avais 15 ans, je voudrais être comme Liam”.

* * *

À l’écoute de The Great Escape, il semble que tu te laisses aller à un peu d’adoration d’héro toi aussi. Fade Away, par exemple, c’est les Specials.

“Ouais, malgré ce que les gens pensent, c’était plus mon groupe que Madness. J’aimais vraiment Terry Hall et l’idée d’un groupe qui était mi-noir mi-blanc et qui produisait cette musique qui était autant du music hall que du reggae. J’aimerais être dans un groupe comme ça. Tu sais, c’est pourquoi les groupes comme Black Grape sont géniaux.

“J’ai rencontré Shaun Ryder pour la première fois sur Top Of The Pops et j’avais vraiment peur parce que je les avas vus à l’Astoria et, tu sais, quand on commençait, c’était LE groupe. Mais il était vraiment intelligent et plein d’esprit et gentil, juste un mec pas con qui se défonce évidemment trop la tête”.

Black Grape ont fait ce que les Stone Roses étaient censés faire – ils ont atteint le grand retour.

“Oh, je ne les mets pas dans le même sac. Les Happy Mondays étaient complètement LE groupe. Je n’ai pas beaucoup d’avis sur les Stone Roses. Ils n’ont pas de charme. Ce n’est pas fini jusqu’à ce que le mec plat chante !” Il ricane.

Top Man, c’est Fun Boy Three, hein ?

“Totalement. J’ai pensé que je pouvais le faire parce que j’ai écrit des chansons avec Terry Hall et qu’en récompense, je pouvais juste piquer ça.  Je lui en ai parlé alors c’est bon. On fait tous partie de la même chose. J’espère que je peux dire ça maintenant sans paraître prétentieux. Je pense que je fais partie de tout ce truc qui a existé dans ce pays, l’héritage…”

N’y a-t-il pas un danger ici ? Si tu montres trop de respect pour tes racines, tu laisses la porte ouverte aux cyniques qui disent que tout a été fait avant. Comme tu dis dans Best Days : “D’autres se retourneraient et se moqueraient de toi / Si tu disais que c’étaient les meilleurs jours de nos vies”.

“Je ne sais pas à quel point les générations sont devenues analytiques, mais on a commencé à regarder nos vies au lieu de les vivre. C’est la chose extraordinaire des années 1990 – on se sent séparés du reste de l’existence. On a l’impression de connaître tout ce qui s’est passé et on utilise tout et, ainsi, aucun de nous se sent vrai. Il n’y a jamais eu auparavant une telle préoccupation pour définir si oui ou non les gens sont vrais. Mais j’espère qu’on se détache de ça un peu maintenant. Je pense que tout le monde veut simplement être un peu plus naïf à ce propos, il y a moins d’examen de soi”.

Ressens-tu constamment le défi de faire tes preuves ?

“Chaque jour. Je n’existe pas. Littéralement, chaque jour, je lis quelque chose qui dit que je ne suis pas réel”.

Tu as beaucoup insisté au concert de Mile End à établir tes racines dans l’Est londonien et à te moquer de ceux qui te traitent de Mockney. Est-ce que la déclaration que tu es en quelque sorte faux te blesse ?

“Ouais. J’ai vécu en Essex et à Londres toute ma vie. Je ne suis pas allé dans le privé, je suis allé dans le public. Mes parents ne sont pas riches mais ils sont intelligents. Je n’y peux rien”.

Beaucoup de gens te comparent au Mick Jagger des années 1960, la manière dont son accent pouvait être snob ou filou dépendant de avec qui il était. Très indigne de confiance !

“Ouais, je peux voir ça. C’est ce que j’ai aimé chez Shaun Ryder. Il se fout si t’es réel ou pas, tu es soit quelqu’un qu’on aime ou pas. Je veux dire, il vit dans le putain de quartier d’Hampstead ! C’est excellent. J’ai me l’idée de tous ces gens de Hampstead déphasés et riches qui le voient comme une sorte de gourou – c’est  le Bouddha de banlieue le retour ! C’est le Bez de banlieue, hein . Héhé. C’est excellent. C’est ça le vrai sujet”.

Un monde sans classe ?

“Ouais, c’est ce que je veux. La chose la plus intéressante dans toute la presse qui a entouré le single, c’est qu’il a révélé cette plaie béante dans notre société, notre fascination pour la division entre la classe ouvrière et la classe moyenne”.

Le Daily Mail a salué la première place de Country House dans les charts avec un accès de dénigrement de péquenauds. Le titre disait : La victoire pop qui rend la classe moyenne tendance.

“Ouais, et ils ont imprimé une photo de la maison de mes parents. C’est une invasion de la vie privée, nan ? Je déteste ce truc de classe. Ça n’a pas de sens. C’est inutile. Je pense que je suis beaucoup plus relax là-dessus que Justine, cependant. Elle est beaucoup plus vulnérable parce qu’elle est vraiment allée dans le privé et qu’elle est plus sensible à ça. Mais c’est inutile. Ça ne veut rien dire”.

Stereotypes est, euh, une chanson de Blur très stéréotype – la caricature d’une propriétaire bien en chair, la farce Brian Rix, la vilaine carte postale de bord de mer. Il n’y a pas de véritable engagement chez tes personnages – tu les crées et tu les observes dans leurs habitats, mais tu ne fais jamais savoir ce que tu penses d’eux.

“C’est dur”.

Tu ne descends jamais de la barrière.

“Je sais”.

C’est une excuse facile.

“Eh bien, c’est juste une excuse facile si tu demandes, en tant qu’auditeur, une sorte de jugement”.

Pas toi ?

“Eh bien, je pense que les chansons portent des jugements très catégoriques, c’est juste que je peux m’en sortir à bon compte. Je peux être numéro un et me moquer de quelqu’un en particulier que personne ne connait”.

Allez ! Ce n’est pas un secret que Country House est ta revanche contre Dave Balfe (ancien associé de Food Records jusqu’à ce qu’il dise à Blur qu’ils étaient si inutiles qu’ils devraient tout abandonner et qu’il le fasse lui-même).

“Ahahahah. Cette chanson parle de moi. Le morceau qui fait Blow, blow me out. C’est arrivé à un moment où je me sentais vraiment mal et elle m’a juste aidé à me moquer de moi”.

Quand on commence à acheter des maisons de campagne avec ses millions, on est mort.

“Bien sûr, mais le truc bizarre, tu prédis ton propre Némésis tout le temps. Écrire une chanson comme Country House et puis en acheter une est inévitable…”.

Pour quelqu’un qui est si manifestement à l’aise avec la célébrité et la fortune, il est bizarre que tu écrives Entertain Me, qui fit en gros la même chose que … Teen Spirit de Nirvana.

“Ça m’a frappé aussi”.

Alors es-tu déjà arrivé au même degré de désespoir que Kurt Cobain ? Est-ce que cela réfléchit le fait que tu es une propriété publique maintenant, que tu dois être “Damon de Blur” tout le temps ?

“Pas du tout. Ma personne pop m’a en fait rendu plus normal. J’étais mal à l’aise avec le fait de ne pas être célèbre”.

Alors pourquoi as-tu développer Dan Abnormal – ton pseudonyme ?

“C’est un nom que Justine m’a donné. Je l’ai trouvé excellent? Il représente une grande partie de mes habitudes les moins appétissantes. Je veux dire, je pense que la chanson Dan Abnormal parle du fait que j’ai passé la majeure partir de cette année seul parce que Justine n’était pas là. Alors j’ai passé une grande partie du temps à me soûler la nuit, sortir et faire ce que les célibataires font… non, c’est trop ambigu merde, hein ? Ce que je voulais dire, je suis devenu complètement seul. Tu sais, je me retrouvais dans Soho à trois heures du mat, vraiment bourré et montant dans un taxi pour rentrer à la maison à regarder un sale film ou peu importe. Je veux dire, j’ai vu Justine trois semaines cette année, ce qui, pour quoi avec qui tu es depuis très longtemps, c’est…” Il s’arrête progressivement, ce regard de pin-up absent dans les yeux.

La chose ensemble/seul surgit beaucoup sur cet album.

“Ouais. Le refrain de ma chanson préférée sur l’album, Yuko And Hiro – “Je ne te vois jamais/Nous ne sommes jamais ensemble/Je t’aimerai à jamais” – l’est vraiment. C’est aussi proche de la réalité que possible. Justine n’aime pas vraiment que je chante des choses comme ça. C’est embarrassant”.

The Universal est aussi très romantique. C’est comme This Is A Low amplifié au max. Cela semble être une joie héroïque d’être assez costaud pour accepter la défaite.

“Je trouve ça vrai dur de me lâcher, de me laisser être un total… c’est quoi le mot ? Fantôme. J’aimerais être un fantôme parfois. La chanson que j’ai faite avec Tricky, je pense qu’il va l’appeler Pass Right Through You. Il a écrit les paroles et je trouvais ça excellent parce que c’est quelque chose que j’ai toujours voulu exprimer. The Universal est comme ça. Elle dit Quand les jours semblent passer sans toi / Laisse les passer. C’est probablement très négatif”.

On ne le dirait pas. Parfois on a juste besoin de couper les amarres, parfois c’est la seule manière de survivre.

“Ouais, le foot au festival de Phoenix était un exemple parfait de ça”. Damon a joué dans l’équipe de football à cinq du NME à Phoenix. L’équipe est allée jusqu’en demi-finale où elle s’est faite battre à plates coutures 3-0 par, on doit le dire, une équipe d’Arsenal beaucoup plus qualifiée. Damon l’a pris le plus mal. Cela lui a demandé des heures et plusieurs pintes pour accepter la défaite, peu importe le nombre de fois qu’on lui a rabâché des platitudes comme “pour bien gagner, on doit apprendre à bien perdre”.

C’est ce qui est génial dans le football ; sa simplicité. Après une semaine où il est difficile de dire où on est ou comment on va, le fait de gagner, faire un nul ou perdre est un soulagement et un échappatoire. Le football vous donne un sens clair de la réussite.

“C’est pourquoi je joue au foot. Ça me rachète. Je sais que c’est cavalier de dire ça, mais si Kurt Cobain avait joué au foot, il serait probablement vivant aujourd’hui. Je sais que ça sonne comme la chose la plus ridicule mais, si tu joue au foot, tu sais ce que ça veut dire. Le foot m’a donné la simplicité que je suis toujours en train de chercher. Je veux juste être une simple personne. Je veux être normal”.

Cela n’existe pas.

“Non, bien sûr, mais encore une fois, si. Ça s’appelle le foot”.

N’y-a-t-il pas quelque chose que le football ne peut régler alors ?

“Je trouve ça de plus en plus difficile de trouver des choses qu’il ne peut résoudre. L’amour, peut-être. Il ne règle rien entre les hommes et les femmes, mais je pense qu’il peut régler la plupart des choses entre les hommes et les hommes”.

Certains déclarent que le sport est juste un substitut de guerre.

“Ça pourrait être vrai. Ma famille n’est pas intéressée par le foot et c’est probablement parce qu’ils étaient tous, d’un côté, adeptes de l’objection de conscience et, de l’autre, des fermiers. Alors je suis le premier de mon clam à devenir provocateur. Le reste sont tous assez passifs et civilisés”.

Il doit y avoir un gène isolé.

“Oui ! Je suis le premier voyou qui boit de la bière !”

Eh bien, tu étais heureux d’apparaître dans un premier numéro de Loaded et tu as embrassé le revival lad dès le début.

“Ouais, je sentais que quelque chose arrivait, mais aussi je savais qu’il y aurait une réaction très violente contre les groupes américaines une année en avance. Je suis assez bon à savoir en gros ce qu’il se passe. Je pense que la raison pour laquelle on a survécu pendant si longtemps, c’est qu’on comprend ça même si on n’incarne rien en particulier. On a toujours été une incarnation mais pas celle de ça.

“David Bowie était comme ça. Trois ou quatre de ses albums sont dans mes préférés. Je comprends totalement comment il captait ce qu’il se passait à chaque fois et se moulait autour. Il aimait complètement se métamorphoser”.

La rumeur veut que tu aies beaucoup traîné avec lui.

“Non, pas vraiment. Il semblait me suivre partout pendant une semaine quand on travaillait sur le clip de Country House avec Damien Hirst”.

Il semble un peu perdu aujourd’hui.

“Ouais, je ne suis pas certain de comment il va… Je ne suis pas sûr qu’il passe assez de temps aux bons endroits. Je suis sûr que s’il le faisait, il irait bien”.

Concevoir du papier-peint n’a pas été la meilleure idée qu’il ait eu.

“Eh bien, ce n’est pas important. Damien a donné l’illusion que l’art est important parce que c’est un si bon vendeur et qu’il a un côté tabloïde excellent”.

Pourquoi avez-vous travaillé avec lui ?

“Eh bien, évidemment j’aime à penser qu’il y avait cette période, en 1987/88 à Goldsmiths, où il y avait beaucoup de bonne pensée qui se faisait sur comment, dan l’avenir, sa génération s’exprimerait d’une forme ou d’une autre. Mais, très honnêtement, c’est Alex. Tu sais qu’il aime le Groucho’s. Il aime les yachts. Il est amoureux de Damien Hirst. Pauvre Alex – il a grandi dans la mauvaise décennie.

“Alors, les premières fois que j’ai rencontré Damien, je disais juste T’es un pauvre type. Tu bosses avec Dave Stewart, David Bowie, David Bailey, David Gower putain… n’importe qui. Achète toi une vie, mec. Mais c’est un mec génial et il a cette quantité énorme d’énergie et il était d’accord avec mon idée que ça serait génial de faire un clip qui était assez Benny Hill”.

Cela n’a pas vraiment fonctionné, n’est-ce pas ?

“Eh bien, ça a marché dans le sens où on est numéro un. et il a fait la une du Sunday Sport. Il a marché, en gros, parce qu’on a utilisé des filles de la Page 3 plus que tout”.

Comment l’a pris Graham ? Il sort avec une des Huggy Bear, n’est-ce pas ? Sa vie a dû être un enfer.

“Ouais, je pense que oui. Mais Graham n’a pas l’option de dire Non, je ne veux pas faire ça et, si non, alors il a dû faire avec. Il est très complexe, Graham. Il y a cinq côtés différents chez Graham et ça dépend de quel côté il est ce jour particulier quant à savoir s’il est d’accord ou non avec quelque chose.

“Le truc bizarre, c’était que beaucoup de personnes de notre boîte de disques ont vraiment été offensés par le clip et ils voulaient qu’on le refasse. Mais quand ils l’ont montré à leurs mômes, ils ne pouvaient pas s’arrêter de le regarder, alors tout à coup, tu sais, c’est devenu un grand clip. Il y a tant de gens qui sont venus me voir en disant Je n’y crois pas que Joanna Guest est dans ton clip. Elle est comment ? Alors ça a marché parce qu’il a embrassé le sentiment tabloïde de ce que ces dernières semaines ont été”.

Pour la première fois, l’écriture de l’album est attribué à “Albarn”. Avant, c’était plus démocratique. Est-ce que cela veut dire que tu es l chef maintenant ?

“Non, bien sûr que non”.

D’accord, alors quelle était la contribution de Graham sur The Great Escape ?

“Eh bien, ce que Graham voulait faire sur cet album était juste bizarre. C’est difficile à expliquer, mais il fait sonner les choses justes. Tu sais, il met une difficulté dans les choses que je fais qui ne serait pas là sinon. Comme le solo de guitare dans Country House qui est très subtile mais c’est juste… fou. De la même maière que moi et mes paroles, il n’est pas prêt à s’asseoir et débiter des notes de blues.

“Mais, ceci dit, j’ai vraiment eu l’impression que je me battais à cette occasion alors j’étais probablement assez agressif sur ce que je voulais faire”.

* * *

Pourquoi avoir appeler l’album The Great Escape ?

“Bon film (La Grande évasion). C’est un mec très charmant, Steve McQueen. Je ne trouvais rien qui était drôle. Je m’étais épuise avec les paroles et Alex a sorti ça. Il ne l’aimait pas mais moi oui parce que c’était exactement de quoi parlait l’album, dans le sens où tous mes personnages ont toujours fui ou essayé de devenir quelqu’un d’autre ou de revenir au bercail après être parti.

“Stephen Street pensait qu’il s’appelait comme ça parce qu’on avait réussit à écrire un album qui succède à Parklife, mais c’était la dernière chose que j’avais en tête”.

Et pourquoi tous ces sous-vêtements à fanfreluches et ces trucs pervers dans Stereotypes et Mr Robinson’s Quango ?

“Chais pas. Je ne suis pas vraiment très intéressé par les sous-vêtements du tout, mais dans les chansons… Chais pas. Ma tante tient un B&B et elle est convaincue que Stereotypes parle d’elle donc je veux juste dire, officiellement, ça n’a rien à voir avec toit, tata. Mais avec Mr Robinson’s Quango, je suis allé voir mes grand-parents à Grantham et j’étais à la gare et je voulais aller aux toilettes et lors quand je me suis assis, sur la porte, il y avait écrit au feutre : “I’m wearing black French knickers on under my suit / I’ve got stockings and suspenders on / I’m feeling rather loose” et c’est de là que j’ai pris toute la chanson. Juste l’idée que quelqu’un à Grantham, qui faisait manifestement la navette vers Londres, s’était assis là et avait écrit ça ! Je trouvais ça merveilleux. Espérons que cette personne saura qu’elle a été immortalisée”.

Tu le trouves vraiment merveilleux ou n’est-il pas simplement triste ?

“Eh bien, c’est un personnage désespéré, un maire ou quelque chose dans le genre, quelqu’un d’assez important qui pince le derrière de sa secrétaire. Un travesti qui prend de la drogue. Un franc-maçon. C’est l’homme qui a tous les secrets honteux de la famille. On pourrait passer des années à le disséquer”.

C’est l’archétype de l’Anglais.

“Eh bien, pas vraiment. Tu le penses ?”

C’est tous les faits divers du dimanche.

“Oui…”

… Mais amplifiés et concentrés, tout comme The Great Escape.

“Ouais. C’est le nouveau Daz amélioré”.

C’est la fin de la trilogie, n’est-ce pas ? Vous n’allez pas recommencer.

“J’en n’ai pas l’intention. C’est le dernier”.

Et la suite ?

“Oh très différente. Je suspecte que ce LP nous mettra dans une position avantageuse”.

Pas le quadruple album concept !

“Non, rien de ça. Je suis une personne pop différence maintenant. Je suis très pop. Ah ah ah. Je pense que la chose la plus satisfaisante chez nous, c’est qu’on est sur la couv de Sugar, de Big, de Smash Hits et du NME. Tout l’éventail. Tout le monde nous regarde. Je ne veux pas perdre ça.

“Ce qui est intéressant, c’est qu’à l’époque de Parklife, Kurt Cobain est mort, et à la même époque, Robbie a quitté Take That. C’est bizarre mais ces choses arrivent. C’est comme, tu as déjà joué à ce jeu qui s’appelle Risk ? C’est comme ça vraiment. Des continents entiers deviennent la possession de quelqu’un d’autre”.

Es-tu en train de dire que tu es béni ?

“Ouais, dit-il en riant. Je pense que oui. Allons voir ce que fait Alex…”

Et sur ce, il sort en traînant les pieds dans la rue, bière à la main, le soleil dans les yeux, dans les bras de sa ville, ses fans, dans les feux éblouissants du reste de sa vie.

Traduction –  4 janvier 2012