Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Ralph Fiennes

Réalisé par David Yates

par Sean Smith

La Salle sur Demande est en feu. Dans un studio en périphérie de Londres en août dernier, Daniel Radcliffe serpente autour de flammes de gaz incandescent et entre des piles de 10 mètres de haut parsemées de trésors des précédents films de Harry Potter : les pions d’échec géants de l’École des Sorciers, les lanternes chinoises du Prince de Sang-Mêlé, les tasses à thé du Professeur Trelawney, le gramophone de Rusard, les bannières de Quidditch ainsi que des cornemuses, des cages à oiseaux et des fioles à potions pour y verse de “l’Essence de Murlap” et autres. Tout cela – à l’écran du moins – sera en flammes quand du feu généré par l’ordinateur sera rajouté. Radcliffe, en sueur, fait un sprint vers la caméra avec terreur et plus s’arrête, se rendant compte qu’il a saboté son jeu. “Zut”, dit-il, en retournant tranquillement vers la montagne de souvenirs pour refaire la scène. “J’ai oublié une partie essentielle de ça”.

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Harry Potter et les Reliques de la Mort – le septième et dernier roman de Harry Potter – s’est venu à plus de 11 millions d’exemplaires en juste 24 heures quand il est sorti en juillet 2007, en faisait le livre le plus rapidement vendu de l’histoire. C’est probablement le livre lu le plus rapidement, aussi. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques pour le prouver, des millions de lecteurs ont dévoré les 759 pages de J.K. Rowling à la vitesse d’un Vif d’or cet été là, désespérés de découvrir le sort ultime du Survivant. Regarder l’adapation cinématographique à la même vitesse, cependant, ne sera pas une option. Les Reliques de la Mort, comme la plupart des fans le savent déjà, a été coupé en deux films. Warner Bros. sortira la 1ère partie le 19 novembre. La 2ème partie arrivera l’été prochain, le 15 juillet.

Au début de la 1ère partie, Harry (Radcliffe), Ron (Rupert Grint) et Hermione (Emma Watson) ont quitté l’École de Magie et de Sorcellerie de Poudlard et fuient Voldemort (Ralph Fiennes) et les Mangemorts, qui ont pris le pouvoir du Ministère de la Magie anglais. Le trio a besoin de trouver et détruire les Horcruxes restant – des objets qui contiennent l’âme de Voldemort – ainsi que combattre les forces du mal (dont l’énorme serpent Nagini) ainsi que leurs propres doutes et démons pour le faire. “La 1ère partie est assez ancrée dans la réalité”, dit le réalisateur David Yates, qui a aussi tenu la barre de l’Ordre du Phénix et le Prince de Sang-Mêlé. “On a l’impression que ces trois mômes sont des réfugiés. Ils sont pratiquement sans abri, et il est intéressant de les voir éloignés du havre de Poudlard”.

La 2ème partie mènera à une énorme bataille à l’école, la mort de plusieurs personnages principaux, et la  confrontation finale de Harry avec le Seigneur des Ténèbres. “Je ne voulais pas que les deux films soient de tons similaires, dit Yates. Alors la 2ème partie est bien plus opéra, coloré et orientée sur la fantasy. Ce qui vous donne la séparation entre les films, ce sont ces personnages et la vraie relation que le public a développée avec eux”.

C’est une telle relation, en fait, que certains fans ont été en rogne quand Warner Bros. (qui, comme EW, font partie de Time Warner) a annoncé que le dernier livre serait coupé en deux à l’écran. Les Potterites ne voulaient pas attendre huit mois de plus pour avoir une closure et soupçonnaient le studio d’être rapace. (La 1ère partie, au fait, se terminera à peu près au chapitre 24 du livre, avec Voldemort rentrant en possession de la Baguette de Sureau, l’une des trois Reliques de la Mort qui permettent au porteur de conquérir la mort.) Malgré l’insistance des cinéastes que le choix de séparer les films a été fait pour des raisons créatives – être aussi fidèle aux livres que possible – certains fans sceptiques croient toujours que la décision a été faite pour des raisons purement commerciales. “Le mot clé ici est purement”, dit le président de Warner Bros. Entertainment alan Horn. “Je ne veux pas être déloyal ou malhonnête à ce propos. Il y a aucune question que Warner Bros. fera plus d’argent avec deux films qu’avec un. Mais nous n’aurions jamais, jamais fait cela si Jo [Rowling] n’aurait pas approuvé cela, et si nous ne pensions pas que nous donnions un meilleur final, avec un sens plus complet de closure. Nous respectons simplement et aimons trop les livres pour cela”.

Ils devraient. Les six films de Harry Potter ont gagné plus de 5.4 milliards de $ de part le monde, en faisant la franchise mondiale la plus gagnante de l’histoire du cinéma. (Star Wars la bat encore au niveau national, mais à peine.) Plus important pour les fans, cependant, les films en date ont maintenu une qualité consistante – malgré avoir quatre réalisateurs différent. Encore plus miraculeux, la distribution centrale est restée pratiquement intacte. (Richard Harris, le Dumbledore original, est décédé en 2002 et a été remplacé par Michael Gambon.) Et bien qu’ils aient grand dans le bocal de la célébrité, les trois jeunes stars ont émergé de leur décennie à Poudlard indemnes de scandale ou d’auto-destruction adolescente.

Néanmoins, le trio semble tous affligés de divers degrés d’ancienneté sur le tournage aux Leavesden Studios. “Je tourne vraiment la page maintenant, je pense”, dit Grint entre les prises. “Ce film est une manière géniale de refermer toute l’époque, et ça va être triste, parce que évidemment tous mes amis sont ici, mais 10 ans, ça suffit”. Les trois tournent une scène dans la Salle sur Demande dans laquelle Harry, Ron et Hermione cherchent un Horcrux – dans ce cas, le diadème de Serdaigle. Watson et Grint sont trempés jusqu’aux os. (Dans le film, Ron et Hermione ont récemment détruit un autre Horcrux dans l’eau et étaient poursuivis par un tsunami en forme de Voldemort.) L’équipe ne cesse de tremper Grint et Watson en les aspergeant toutes les quelques minutes. Cela ne rend pas Watson heureuse. “Ça dure depuis des semaines”, dit-elle en tremblant à côté d’un radiateur. “Je déteste sonner comme une pleurnicharde, mais c’est horrible. C’est triste d’être mouillé tout le temps”. Elle hausse les épaules et ajoute tout net : “Mais, tu sais, on m’a dit que ça semblera très dramatique quand on verra les films, alors ça en vaudra la peine”.

Radcliffe, pendant ce temps, semble être en pleine lutte acharnée contre lui-même quant à finir son rôle de Harry Potter. “Ce film a été dur à faire, et j’ai eu des moments les plus fatigants, à la fois physiquement et mentalement, qu’auparavant, dit-il durant une pause. Je n’étais pas particulièrement content de mon jeu dans le Prince de Sang-Mêlé – je le trouvais redondant, et je ne pensais pas qu’il y avait assez de variation dedans – alors j’ai travaillé dur pour m’assurer que si le septième film sort et que j’ne suis toujours mécontent, je saurais que ça ne vient pas de ne pas assez essayer. Il s’arrête. On a encore beaucoup de boulot devant nous, mais honnêtement, je m’en fiche. J’aime être ici. Je n’aimerais être rien pour rien au monde”.

Les trois stars de Potter ont toujours été immanquablement polis envers les visiteurs durant toutes les années, et ils n’ont jamais semblé peu reconnaissants pour les expériences extraordinaires qu’on leur a données. Pourtant, ce sont aussi des jeunes qui rentrent dans la vingtaine – Radcliffe et Grint ont 21 ans, et Watson 20. Et tandis que les adultes autour d’eux sont devenus d’humeur nostalgiques à propos du long voyage Potter, généralement parlant, Grint, Watson et Radcliffe sont impatients. “On a tourné pendant un très long moment, en comparaison à tout”, dit Yates des deux derniers films. “Dan et Rupert ont été sur le tournage pendant un an – et il y avait des phases, des périodes, où on pensait tous Bon Dieu, je veux juste en finir. On a besoin de closure. Mais de mon point de vue, ils sont aussi très engagés à donner leur meilleur parce que c’était leur dernière opportunité d’être ces personnages”.

Tandis que la production des deux films se finissait cet été, les trois stars ont fait face à la perspective de devoir tourner leur dernière scène ensemble. “C’était bizarre”, a dit Watson la semaine dernière au téléphone. “Arriver sur le tournage ce jour-là, il y avait une atmosphère incroyablement lourde. On sentait le moment dans l’Histoire. C’était vraiment énorme”. Dans la scène, Harry, Ron et Hermione sont rentrés par effraction dans le Ministère de la Magie. Ils jettent un sort à une femme et la tirent dans un petit placard à balais. “Ces trois personnages ont été dans les situations les plus fantastiques à Poudlard – ils ont été dans la Forêt Interdite, tous ces endroits extraordinaires, explique Yates. C’était une manière bizarre de finir, vraiment”. Mais poétique, peut-être, si on considère que toute la série a commencé avec un garçon qui vivait dans une petite chambre sous les escaliers d’une maison de Privet Drive. “D’une manière, dit Yates, la série a commencé avec un placard et a finit avec un autre”.

Traduction – 8 janvier 2012