L’ancien svengali des Sex Pistols est décédé d’un cancer le 8 avril. John Niven célèbre une vie de subversion.

Au revoir, Malcolm McLaren, l’une des dernières voix uniques de la culture britannique, emporté à juste 64 ans par une vulgaire petite tumeur.

Et cette voix était inestimable, un mélange traînant et parfait d’incrédulité maniérée et de condescendance : la lady Bracknell d’Oscar Wilder une journée bien remplie. Je l’ai une fois entendue venant d’une banquette d’un restaurant, à quelque-unes de la mienne, et je dois admettre que j’ai  passé quelques heures difficiles à essayer de rester intéressé par ce qu’on me disait.

Il y a un moment fantastique et révélateur dan les chutes du film de Julien Temple l’Obscénité et la Fureur où la voix de McLaren est utilisée avec le plus grand des effets. On lui demande s’il a assisté à de nombreux tout premiers concerts des Sex Pistols, ceux qui ont eu lieu dans des villes satellites de Londres comme High Wycombe, Welwyn Garden City et St Albans. Des concerts que beaucoup d’entre nous auraient donné n’importe quoi pour les voir, que de nombreuses personnes ont menti en disant y avoir assisté. “Oh Dieu, non”, dit-il, complètement horrifié par la pensée même de cela. “Je n’irais jamais dans ces lieux. Pour moi c’tait putain…” La main de McLaren flotte mollement dans l’air, un oiseau tiré tandis qu’il cherche la bonne expression. “Le Pays des Bourdons”, déclare-t-il finalement.

Plus tard dans le même documentaire John Lydon tente quelque chose de similaire quand il décrit l’Angleterre Moyenne comme la “Nation de Tring”. Mais “le Pays des Bourdons” est assez juste, et Betjeman-esque dans son dégoût de l’Angleterre des villes dortoires, la perfection pour quelqu’un dont la carrière était fermement fondée sur “épater le bourgeois”.

Pour la plupart des moins de 30 ans, leur idée d’un svengali de l’industrie musicale, c’est Simon Cowell, et en effet,  il y a des similitudes entre Cowell et McLaren : une volonté d’utiliser les gens comme des palettes de leurs propres idées, un intérêt pour la manipulation (les Sex Pistols, au début du moins, quand ils étaient intéressants, étaient aussi fabriqués que Westlife ou Robson & Jerome). Mais il y a aussi des différences cruciales. Produit des beaux-arts et du situationnisme, McLaren était intéressé par renverser le monde et y danser dans les ruines, non pas simplement le transformer en spectacle de talent de station balnéaire et danser dans l’argent.

Dans les années 1970, McLaren a contribué à faire avancer l’horloge culturelle à une vitesse terrifiante, les nombres passant à toute allure, un flou insensé vers le futur. Cowell a fait remonter l’horloge à une époque pas simplement pré-punk mais pré-Beatles, même. Une époque de Tin Pan Alley et le divertissement léger de fin d’après-midi (“La culture pop n’est plus subversive, c’est un divertissement familial”, a dit McLaren – encore plus en avance sur son temps, il ne parlait pas l’année dernière mais en 1982). Cowell est fermement le Pays des Bourdons, la fière Nation de Tring. McLaren était Soho. Manhattan.

Effacez Simon Cowell de l’existence, et que perdrions-nous ? Diverses sociétés de disques et de télé souffriraient de pertes de revenue de milliards de dollars, et beaucoup de disques pop affreux disparaîtraient. Retirez McLaren de l’histoire et vous dites au revoir à une sensibilité entière. Dans un terrible effet papillon culturel, tout ce qui vous entoure serait différent : les vêtements que vous portez, l son et le look de tous les groupes valables depuis 1977 jusqu’à aujourd’hui. La publicité et le cinéma. La typographie. Le magazine que vous tenez dans les mains. Tout complètement changé. En plus pauvre.

peu peuvent revendiquer une vie aussi pleinement vécue.

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McLaren : les hommages

Les hommages ont coulé à flots après la mort de McLaren. Le plus surprenant venait de son antagoniste de longue date John Lydon. “Pour moi, Malc était toujours amusant, et j’espère que vous vous souvenez de cela”, a-t-il dit, signant sa déclaration “Johnny Rotten”. “Au delà de tout cela, c’était un amuseur et il va me manquer, alors à vous aussi”.

L’ancien collègue de Lydon dans les Sex Pistols, le guitariste Steve Jones, a également rendu un hommage. “Malcolm était le Brian Epstein du punk – sans lui, rien ne serait arrivé comme cela. Mon meilleur souvenir de Malcolm, et j’aimais le gars, était le cadeau d’anniversaire qu’il m’a fait pour mes 21 ans – il m’a offert une pute et de l’héroïne”.

D’autres associés se souviennent de l’influence de McLaren. “Le punk ne mourra jamais !” s’est exclamé Boy George. “C’était une fripouille, nous avons eu nos drames mais c’était une grande partie de ma vie”. David Johansen, leader des protégés pré-Pistols de McLaren, les New York Dolls, a ajouté, “C’était la parfaite protection contre la raideur et le manque d’humanité”.

Traduction – 15 février 2012