Quentin Tarantino refait la deuxième guerre mondiale

SORTIE 21 août
RÉALISATEUR/SCÉNARISTE Quentin Tarantino
DISTRIBUTION Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Michael Fassbender
DURÉE 147 min
SYNOPSIS 1944, en France occupée. Le lieutenant Aldo Raine (Pitt) et ses Bâtards, commando de soldats juifs impitoyables, doivent aider les Alliés à essayer de liquider l’Oberkommando der Wehrmacht lors de l’avant-première d’un film. Le cinéma, cependant, appartient à une survivante juive vengeuse (Laurent) qui a ses propres projets.

Maintenant, on aurait penser qu’on se serait habitué au fait que Quentin Tarantino nous coup l’herbe sous le pied. Après tout, c’est l’homme qui s’est fait un nom avec un film de hold-up qui ne comportait pas de hold-up en fait.

Pourtant, cinq minutes après le début de Inglourious Basterds, il est clair qu’il a recommencé. Tarantino parle de son film d’action de la deuxième guerre mondiale depuis près de dix ans maintenant, mais la réalité est très loin des films violents du style Quand les aigles attaquentles Douze Salopards qui ont été une fois, si on croit tout ce qu’on lit, faits sur mesure pour Arnie et Sly. Mais tndis que le film se déroule avec une conversation de 20 minutes entre un fermier français qui pourrait ou pas cacher des juifs, et le colonel Hans Landa (Christoph Waltz), charmant mais insensible officier nazi surnommé “le Chasseur de Juifs”, il est devenu rapidement apparent que Tarantino a lancé un majeur sanglant à la convention.

Pourtant c’est tout ce que Inglourious Basterds est. Aussi agréablement idiosyncratique que l’orthographe de son titre le suggérerait, c’est un film qui prend un malin plaisir à feindre d’aller à gauche quand il semblerait qu’il aille à droite. Les personnages sont présentés en grande pompe et puis expédiés quasiment avec désinvolte ; les Bâtards eux-mêmes apparaissent à peine, tandis que Brad Pitt, le rôle principal apparent, apparaît pendant seulement trois des cinq chapitres du films et ne tire aucune balle de rage alors qu’on adhère à l’histoire avec toute la justesse d’une note de frais d’un député.

Comme toujours avec Tarantino, Inglourious Basterds révèle un réalisateur amoureux fou du son de la voix de ses personnages – parfois à l’excès, comme dans le troisième chapitre Une soirée allemande à Paris, qui est bourrée de conversations denses aux frais de l’élan dramatique. Mais, avec la rafale complaisante de Boulevard de la mortInglourious Basterds est focalisé et net.

Prenez cette scène d’ouverture, par exemple, dans laquelle Landa joue avec sa proie comme, pour utiliser sa propre analogie, un faucon avec un rat. Ou, de manière plus pertinente, la longue scène du quatrième chapitre située dans un bar français, La Louisiane, dans laquelle le lieutenant de l’armée britannique Archie Hicox (Michael Fassbender), deux Bâtards et l’agent double allemande Bridget von Hammersmark (Diane Krüger) doivent déjouer les manœuvres d’un officier méfiant de la Gestapo (August Diehl).

Dans chacune de ces deux scènes, Tarantino transfère avec brio le contrôle entre personnages, utilisant seulement son dialogue, rempli d’insinuations tacites et de messages sous-jacent menaçants. Les résultats sont pratiquement incroyablement tendus et aussi prenants que tout ce qu’il a fait dans sa carrière. Oubliez les grands boums et les mitraillettes flamboyantes – dans un film de Tarantino, c’est  où se trouve l’action.

Et sa distribution, de Pitt à la fin, lui rend la pareille, qu’ils manient les boutades ou des discours en anglais, en français, en allemand voire en italien. Il y en a qui se détachent du lot, bien sûr. Pitt, dans un rôle qui encore une fois brave les attentes, est souvent hilarant, attaquant son dialogue merveilleux avec un accent du Kentucky aussi épais que la mélasse qui lui-même pourrait demander des sous-titres de temps en temps. Fassbender, rentrant dans le rôle de Hicox après le retrait de Simon Pegg, saisit l’opportunité avec plaisir, injectant à Hicox un mélange parfait de charme de star de cinéma d’une autre époque (le personnage a été fondé en partie sur George Sanders) et un côté plus sévère et coriace qui mérite d’en faire de lui une plus grande star. Mais le film appartient à Waltz, qui a remporté le prix d’interprétation masculine à Cannes, et qui devrait gagner, même aussi loin dans le futur, une nomination pour meilleur acteur dans un second rôle aux Oscars l’année prochaine.

Le rôle de Landa était si dur à remplir que Tarantino déclare qu’il aurait abandonné complètement la production si Christoph n’aurait pas valsé vers lui. Non seulement Landa est multilingue, mais c’est une création énormément complexe, bien plus qu’un nazi de cinéma typique. Cruel, confiant, calculateur et souvent contradictoire (regardez comment son attitude envers son surnom de Chasseur de Juifs change selon qui l’entoure), Landa a la plupart des meilleures répliques et des meilleurs moments du film, et il nous manque beaucoup quand il n’est pas là. Heureusement, Tarantino – sentant peut-être qu’il tenait un bon filon – garde cela au minimum.

Et durant tout cela, comme le Raine de Pitt, Landa est très drôle, une présence charmante et quelque peu molle qui ravit par sa maîtrise d’autres cultures (“Bingo !”) et son effet déstabilisant sur les autres. Et voilà un autre élément surprenant ici – Inglourious Basterds est souvent très amusant. En fait, tandis que le film court vers son apogée, il est de plus en plus drôle même si les personnages commencent à tomber comme des mouches. Et la fin elle-même est si audacieuse et si scandaleuse qu’il est difficile de ne pas rire de l’audace de Tanratino.

À Cannes, le point culminant a divisé les critiques, avec certaines offensées par les stratagèmes de Tanrantino. Mais l’indice majeur ici se tient dans  le générique d’ouverture qui déclare simplement, “Il était une fois… dans la France occupée par les nazis”.

Dès le début, avec cette seule phrase, Tarantino explique clairement que Inglourious Basterds ne prendra pas l’approche austère et respectueuse de la liste de Schindler. Au lieu de cela, c’est un conte de fées, une histoire “et si… ?” qui se déroule dans un univers typiquement Tarantino “film dans le film”. Après tout, n’oublions pas que Tarantino a fait dessiner à Uma Thurman une télé sur l’écran dans Pulp Fiction, et Basterds est bourré à craquer de ces touches, de graphiques à l’écran à une bande originale merveilleuse éclectique qui se délecte d’anachronismes comme Cat People (Putting Out Fire) de Bowie.

Cette chanson, comme toutes les autres dans le films, est prise d’un autre film, avec des morceaux de Ennio Morricone et de Dimitri Tiomkin apparaissant de manière proéminente. Bien sûr, ce n’est pas entièrement inhabituel – après tout, Tarantino est la pie voleuse du cinéma, et son œuvre a toujours été informée par les tropes et l’iconographie d’autres films. Basterds, par exemple, est plein de références au cinéma italien, en particulier les Westerns Spaghetti, tandis qu’il y a un élément d’insolence dans sa décision de choisir Mike Myers en général anglais qui a bien plus d’une allusion à Austin Powers.

Au bout du compte, cependant, il parle du charme et du pouvoir du cinéma de faire le bien, de faire l’histoire, de changer les choses pour le meilleur tandis que Tarantino oppose les forces du bien – dont une critique de cinéma, un propriétaire de cinéma et une star de cinéma – au perfide propagandiste nazi, Joseph Goebbels, et son nouveau protégé, Friedrick Zoller (Daniel Brühl). Et tandis que les évènement se déroulent, au milieu de scènes de feu, de chaos, de carnage et une image obsédante d’un visage riant projeté sur des nuages troubles de fumée, il est difficile de ne pas imaginer Tarantino soupirer de bien-être alors qu’il présente sa dernière notion la plus romantique : un réalisateur qui joue Dieu.

Chris Hewitt

VERDICT
Avec une confiance typique de son réalisateur, la dernière réplique de Inglourious Basterds est, “Ce pourrait simplement être mon chef d’œuvre”. Bien qu’il ne soit pas proche de la réalité, c’est un film souvent éblouissant qui voit QT de retour en forme enivrante.
4/5

Traduction – 17 mars