Pendant des années, c’était le scénario de Tarantino non existant le plus anticipé au monde. Puis Inglourious Basterds a été produit avec précipitation. Avec un accès au tournage sans précédent, Empire révèle la genèse de l’épopée de guerre que Tarantino promet d’être « une putain de grosse soirée au ciné ».

« Oh mon Dieu, il neige dehors. Il neige dehors ! » Lawrence Bender regarde par la porte ouverte, sort sur les marches où des hommes en uniformes nazis et des femmes portant des tailleurs et des chapeaux des années 1940 bien nets fument des cigarettes artisanales. Bender, le producteur de Quentin Tarantino basé à LA depuis Reservoir Dogs, a une bonne cause de s’émerveiller. Nous sommes début décembre 2008 et cela ne frappe Bender que maintenant que cela fait juste cinq mois, presque jour pour jour, que son vieil ami l’a appelé à propos du scénario dont il parle depuis plus d’une décennie. Celui que personne ne pensait qu’il finirait par en faire un film. Celui que même Bender pensait qu’il n’en ferait jamais un film. Et pourtant tout à coup voici QT qui lui passe un coup de film excité le weekend du jour de l’indépendance, non seulement avec un scénario qu’il venait de finir mais avec une question urgente. « Penses-tu qu’on pourrait le faire à temps pour Cannes ? » a demandé Tarantino.

Le prochain festival de Cannes – le 62ème – n’était qu’à dix mois de cela à l’époque. C’est la durée qu’aurait Tarantino pour monter Inglourious Basterds, le film le plus ambitieux de sa carrière, celui qu’ils utilisaient pour se moquer de lui quand il travaillait aux Video Archives comme quoi il ne le ferait jamais. Quand les deux se sont rencontrés pour discuter de la soi-disant épopée de guerre de Tarantino, Bender a sorti une serviette et a fait quelques calculs rapides. « Si on veut faire Cannes, on doit partir en pré-production lundi, a-t-il dit. On aura probablement besoin de 14 semaines environ de tournage, ce qui nous donnerait environ 14 semaines de préparation, ce qui nous donne environ 13 semaines de post-production. On peut faire Cannes, mais ça va être chaud. Je veux dire, personne n’a même pas vu le scénario encore. On n’a pas de financier – et on n’a même pas d’acteurs ! »

Il a regardé Tarantino dans les yeux. « t’es sérieux Quentin ? a-t-il demandé. Parce que demain, je prends mon téléphone et ta vie va changer. On ne pourra pas revenir en arrière ».

Tarantino a souri et a répondu « Okay, on y va ». Et cinq mois plus tard, les voici tous les deux à Berlin en Allemagne. Ils sont arrivés en août, et ont pris tout le cirque dans leurs bagages : le directeur photo Robert Richardson, la monteuse Sally Menke, et les producteurs Pilar Savone et Erica Steinberg. Durant ce temps, ils ont amassé une distribution de 60 acteurs, une équipe proche de 200 personnes et se sont emparés du Studio Babelsberg, le plus grand  au monde. Fritz Lang y a fait Metropolis en 1927, et Roman Polanski a reconstruit le ghetto de Varsovie, pour son drame de la Shoah qui a remporté des Oscars en 2002, le Pianiste, sur un tronçon de route de studio qui, pour les besoins de Tarantino, a désormais été transformée en une rue du Paris occupé : la Rue d’Antin.

Aujourd’hui, cependant, Tarantino tourne en extérieur dans une branche du Café Einstein, qui a été rénové pour devenir le célèbre restaurant parisien le Maxim’s. Habillé d’une chemise de cowboy à carreaux noirs et blancs, le réalisateur est sur le plateau quand Empire arrive. Il est 9h du matin passé, mais la pièce est vivante d’une énergie calme, mais très concentrée. S’il ressent de la pression, cela ne se voit pas. Pourtant, quand il en a la chance avant que la caméra tourne, Tarantino explique qu’il n’y a jamais eu plus grande pression que celle qu’il se met lui-même pour faire Inglourious Basterds – le scénario le plus séduisant et dont on parle le plus de tous ceux qu’il n’a pas fini.

« Je pensais la même chose de ce film, aussi, admet-il. Si je pensais que je ne pouvais le faire aussi bien que je pensais qu’il devrait être, alors je ne l’aurais pas fait. Mais je savais que je devais l’écrire, je savais que je devais finir ce scénario – même si j’avais fini par ne pas le faire  – juste pour le sortir de mon système. Juste pour passer de l’autre côté, de manière à trouver le prochain truc. Je devais grimper cette montagne avant de voir où se trouvait l’autre montagne ».

Est-ce que cela veut dire qu’il avait sérieusement pensé à ne pas le faire ? « Ouais, et d’une manière bizarre, c’était en quelque sorte libérant. Se débarrasser de l’idée de le faire m’a en quelque sorte fait que j’y revienne. À un moment, j’avais l’idée de le transformer en mini-série, parce qu’il y a toute une autre histoire que j’ai fini par abandonner, que je pourrais totalement en faire un prequel si ce film marche bien, et c’était la majeure partie de ce que j’avais écrit il y a des années. Je l’avais adapté pour que ça fonctionne comme une mini-série, comme un truc de 12 heures. J’avais même la structure des épisodes et tout. Et puis j’étais là… »

Il soupire, et fait tomber ses épaules dans une pantomime de défaire exagérée. « Je me préparais à m’asseoir et peut-être faire ça. Et puis j’ai pensé Tu sais… Laisse moi essayer une dernière fois de l’adapter en film. Juste une dernière fois…« 

Tarantino glousse. « Je devine que c’était le moment du film. Mais aussi j’avais une petite idée cachée. Je voulais faire un grand film avant la fin de la décennie. Et je ne voulais pas glander ».

* * *

Pendant de nombreuses années, des rumeurs avaient tourbillonné selon quoi Tarantino ne savait pas comment terminer son scénario, point qu’il voudrait désormais clarifier. « Ce n’était pas que je ne savais pas comment le terminer, explique-t-il. Je veux dire, on connait la fin d’un scénario quand on s’engage à l’écrire. Ce qui m’a arrêté toutes ces années, c’est que je ne pouvais m’arrêter d’écrire. Alors, ce n’était pas que je ne savais pas comment le terminer, il était juste si énorme. Ce n’était pas un film. C’était groooos. Et j’ai pensé : Bah alors, est-ce que je suis trop grand pour faire des putains de films maintenant ? Maintenant, le truc, c’était que, depuis le moment où je lai commencé, les mini-séries et les séries sont devenues assez bonnes, alors tout le concept de le regarder en coffret DVD est devenu rapidement une idée très viable. Alors j’ai passé beaucoup de temps après Kill Bill à penser à la manière dont je le ferai ».

Heureusement, Tarantino est revenu à la raison après un dîner avec Luc Besson et son producteur. Tarantino leur a décrit la manière dont il allait le faire – l’idée de la mini-série – et le producteur de Besson a immédiatement été d’accord. « Ahhhh, Luc, a-t-il dit, il a raison. Ça serait une manière super géniale de le faire ». Mais Luc a juste soupiré. « Ouais, je sais. Mais je suis déçu », a-t-il sorti.

Tarantino a demandé pourquoi. Et Besson a répondu, « Parce que tu es une de ces quelques personnes dont les films me poussent à aller au cinéma. Alors je ne veux pas que tu passes tout ce temps de ta vie à faire quelque chose que je peux regarder chez moi ».

« Ça m’a vraiment touché, explique Tarantino. Ça m’a vraiment touché. Et ainsi quand le moment est venu, littéralement, j’ai fait D’accord, laisse-moi voir si je peux le transformer en film…« 

Le résultat est une épopée tentaculaire de la seconde guerre mondiale qui partage le titre américain mais rien d’autre (même pas l’orthographe correcte) du film de « combat maccaroni » de 1978 de Enzo G. Castellari, Quel Maledeto Treno Blindato (littéralement « Quel sacré train blindé »). Commençant dans la campagne de la France de Vichy, le film de Tarantino démarre avec une explosion de violence choquante quand le sadique Colonel Landa (Christoph Waltz), alias le Chasseur de Juifs, massacre la famille Dreyfus, à l’exception de leur fille, Shosanna, qui fuit à Paris, où elle change d’identité et devient la directrice d’un cinéma privé.

La sécurité de Shosanna est compromise quand le cinéma est choisi par Joseph Goebbels, le ministre de la propagande de Hitler, pour accueillir l’avant-première de sa dernière production, la Fierté de la nation. Mais entre-temps, à l’insu de Shosanna, une équipe d’élite d’assassins juifs américains – connue sous le nom de Bâtards, et mené par le Lt. Aldo Raine de Brad Pitt – a été parachutée derrière les lignes ennemies. Ils sont contactés par les Britanniques, qui ont un plan élaboré pour tuer Hitler à l’avant-première, et tous ces éléments se rassemblent pour le final ultra violent. Mais si cela ne ressemble pas vraiment à la bande annonce que vous aurez vue maintenant, c’est parce que Inglourious Basterds n’est pas un film direct « homme en mission » comme celui que vous imaginez. Pour se préparer, essayez Quand les aigles attaquent (1968), dans lequel plus de la moitié de l’action est fondée sur si oui ou non le personnage de Richard Burton est un agent double, ou les douze Salopards (1967), film qui passe deux tiers du temps sur l’entraînement et les manœuvres dans la campagne britannique avant que les Salopards partent réellement en guerre.

Mais cela ne veut pas dire que la seconde guerre mondiale est simplement une toile de fond pratique : Tarantino sait de quoi il parle. « Quand j’ai commencé à l’écrire, j’ai fait des tonnes de recherche, révèle-t-il. En particulier, il y avait toute cette grande histoire avec ces troupes noires, qui serait le deuxième film si je finis par en faire un. Mais le problème avec ça, c’est que j’ai trouvé que je n’arrêtais pas de mettre dans le film tout ce que j’avais appris, et tout à coup, ça devenait une leçon d’histoire. alors quand je suis revenu au scénario, oui, il y avait des choses dont j’avais besoin de savoir sur la vie en France occupée, mais à part ça, les informations que j’avais déjà, le nouveau scénario a été écrit sans recherche. Pas du tout ».

Il sourit. « je ne voulais pas être bloqué par tout ce qui n’était pas créatif ».

* * *

La scène qui est tournée aujourd’hui est petite mais cruciale, dans laquelle Shosanna (Mélanie Laurent) est invitée à dîner par Friedrich Zoller (Daniel Brühl), jeune tireur d’élite nazi qui a craqué pour elle, sans savoir qu’elle est juive. Le plateau est si calme, même le plus petit crac est mal vu. Dans une minuscule pièce séparée, Tarantino, le DP Richardson et le premier réalisateur assistant s’accroupissent autour d’une table à manger ronde, à laquelle Zoller et Shosanna sont rejoints par Goebbels (Sylvester Groth), sa maîtresse (caméo de Julie Dreyfus de Kill Bill) et un membre de la Gestapo (August Drehl). Tarantino invite Empire à prendre position derrière Richardson tandis qu’il s’entretient avec la fille qui tient le clap. À la place de nombres, les prises se voient attribuées des noms ; celle que l’on va voir sera intitulée Frederick Elmes, en honneur du DP régulier de David Lynch.

Quand la prise est dans la boîte – et elle est longue, environ dix bonnes minutes, tout en allemand – le premier réalisateur assistant fait subir à Empire une blague favorite faite sur tous les tournages de QT. Si vous êtes nouveau, on dit aux acteurs et à l’équipe qu’aujourd’hui, c’est votre anniversaire, et ainsi ils arrêtent ce qu’ils sont en train de faire pour chanter. L’embarras est absolument atroce. Les tournages de Tarantino sont des endroits incroyablement drôles, à cet égard. Les acteurs et les membres de l’équipe qui s’endorment sur le plateau sont photographiées avec un énorme coq en caoutchouc violet et se retrouvent sur le Mur de la Honte. Il y a de la musique entre les prises (aujourd’hui, c’est Hocus Pocus du groupe prog rock hollandais Focus), et quand le niveau d’énergie tombe, Tarantino braillera « On y retourne. Pourquoi ? » Ce à quoi tout le monde répond en chœur péniblement : « Parce qu’on aime faire des films ! »

La bonne humeur de Tarantino aujourd’hui semble provenir en partie du fait que, bien que le sujet général soit sérieux – et il se finit pour Shosanna par une réunion terrifiante – la scène du café est d’une noirceur comique, à la manière de la comédie de guerre de Ernst Lubitsch de 1942, jeux dangereux. « Oh, je pense que c’est une scène très drôle, dit-il. Il y a beaucoup de comédie tout le long du film, mais c’est la séquence la plus Jeux dangereux du film. Elle est enracinée dans la situation de Shosanna, mais tout ce qui se passe autour de la table est très, très drôle. C’est un humour un peu perturbant par moments, mais très drôle ».

Sylvester Groth, dans le rôle de Goebbels, est particulièrement déconcertant, attaquant les prises subséquentes de différentes manières, à un moment se lançant dans la chanson I Wish I Were A Chicken, extraite du succès produit par Goebbels en 1936, Glückskinder. « Le truc, explique Tarantino. C’est que j’ai toujours été fasciné par l’idée de Goebbels à la tête d’un studio, ce qui, en ce qui le concerne, était une de ses tâches principales. Maintenant, la plupart des films que Goebbels a fait étaient des comédies et des comédies musicales. Si vous voulez voir des membres des sections d’assaut nazis se balader, vous devez regarder des films de propagande américains ou britanniques. Mais ce n’était pas ça dont voulait Goebbels. Dites le comme ça – si vous viviez en Allemagne à cette époque et que la seule chose que vous connaissiez de la guerre venait des films, vous n’auriez même pas su qu’il y avait la guerre ! »

L’autre genre préféré de Goebbels, selon Tarantino, était « les films des Grands Hommes du Passé », ce qui peut expliquer pourquoi, dans Inglourious Basterds, le nouveau film de Goebbels, la Fierté de la nation, rend hommage à Zoller, qui est devenu une icône nazie très jeune. « Alors, le truc, c’est, il continue, que puisque le film tourne autour du cinéma allemand sous le Troisième Reich, je pense que c’est très intéressant de le faire tourner autour de l’idée de Goebbels, le chef du studio, qui en fait son chef-d’œuvre et qui organise son avant-première ».

À l’origine, Tarantino allait donner à Shosanna le boulot de se pointer à la fête de Goebbels sans invitation. « Mais j’ai commencé ce scénario il y a longtemps, avant de faire Kill Bill, explique-t-il, alors une grande partie de ce truc de vengeresse, la qualité qui déchire que Shosanna possède, je l’avais fait avec La Mariée. Alors quand j’y suis revenu, c’était juste trop similaire. Le truc intéressant, c’est que Shosanna est devenue moins un personnage de film en conséquent, et bien plus réelle ».

À la place, Tarantino a donné le gros du bottage de culs aux Bâtards, qui traversent l’Europe en scalpant et scarifiant, taillant des croix gammées sur le front des (rares) survivants. « L’idée, c’est qu’ils font une résistance Apache contre les Nazis, explique Tarantino. L’idée est de terrifier les Nazis, rentrer dans leurs esprits. À l’époque, les officiers de la cavalerie blanche, s’ils allaient être capturés par les Apaches, se tuaient plutôt que de laisser arriver ce qui allait leur arriver. C’est ce que les Bâtards essaient de faire : ils essaient de gagner une guérilla psychologique contre les Nazis. et ils doivent être Juifs pour cela ».

Certains pourraient dire que Tarantino est tout aussi dans une impasse lui-même, après le flop du diptyque de série B Grindhouse (bien que la moitié de Tarantino, Boulevard de la mort, ait été un succès autonome en France et en Allemagne). Il a eu 46 ans cette année et ses fans ne sont plus aussi loyaux qu’avant. Mais s’il a de quelconques réserves à propos de faire ses preuves, il ne les montre pas.

« Est-ce que j’ai l’air d’avoir des réserves ? dit-il avec un large sourire. Mais tu as posé la question un peu plus tôt : Suis-je inquiet de la pression et des attentes du films ? Eh bien, je devrais m’inquiéter s’il n’y avait  pas d’attente. Je veux de grands idéaux, je veux une attente gigantesque. C’est là où je vis. Je veux que les gens s’attendent à un chef-d’œuvre. C’est ce que je veux. Je veux que les gens se disent Ah putain, j’en peux plus d’attendre ! Je veux qu’il envoie. Que ce soit une putain de soirée au cinéma. Et avec un peu de chance, ce sera un de vos films préférés.

« Sur chaque étagère de tous les garçons », il rugit, chauffé par le thème. « Sur cette petite étagère de DVD en parpaing, à côté de Scarfaceles AffranchisPulp Fiction et Reservoir Dogs… » Il s’arrête pour l’effet. « Il y aura : Inglourious Basterds« .

Damon Wise

*

BRIEFING
INGLOURIOUS BASTERDS
Sortie : 21 août
Réalisateur : Quentin Tarantino
Avec : Brad Pitt, Mélanie Laurent, Eli Roth, Christoph Waltz, Michael Fassbender, Diane Krüger, Daniel Brühl, Mike Myers.
Résumé : France de Vichy. La juive Shosanna Dreyfus (Laurent) cherche à se venger des Nazis pour le meurtre de sa famille. Elle possède le cinéma parisien où le ministre de la propagande Goebbels (Sylvester Groth) veut tenir l’avent-première de son dernier film – et Hitler lui-même sera là aussi. Pendant ce temps, l’unité tueuse de Nazis, les Bâtards, menée par le Lt. Aldo Raine (Pitt), ont leur propre complot pour scalper le Führer…

MICHAEL FASSBENDER EST LE LT. ARCHIBALD HICOX
Qui est Archibald ?
« C’est un lieutenant, un soldat britannique. Ce n’est pas un commando super cool. Quentin m’a dit, Je ne recherche pas Michael Caine ici – il ressemble à un jeune George Sanders. C’est une star de cinéma des années 1940″.
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « Je pense juste lui là ! Quand j’avais 18 ans, j’avais mis en scène une pièce de théâtre adaptée de Reservoir Dogs avec mes amis. Et me voilà dirigé par Quentin Tarantino ».
Réplique préférée : « Le bar est sur le globe« .

ELI ROTH EST LE SGT. DONNY DONOWITZ
Qui est Donny ? « C’est un Juif de Boston. C’est un fan des Red Sox, et il a une batte de baseball et demande à tous ceux de son quartier de la signer avec le nom de quelqu’un pour qui ils se sont fait du soucis en Europe. Et il prend cette batte et martèle à mort tous les Nazis qu’il rencontre ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « La calebasse – la pipe de Sherlock Holmes que le Colonel Landa fume. Un jour, j’ai levé les yeux et Quentin était assis là avec son scénario, à fumer cette calebasse. J’étais là, Quentin, c’est comme ça dont je me souviendrai toujours de toi sur ce film« .
Réplique préférée : « Quand Landa fait signe à Bridget de mettre son pied sur son genou. J’ai aussi Attendez la crème et Qu’est-ce que j’aime les rumeurs ! Mais je pense que tout se ramène à ce geste. Quentin deviendrait si fou ! »

TIL SCHWEIGER EST LE SGT. HUGO STIGLITZ
Qui est Hugo ? « Il déteste les Nazis et il est en mission pour tous les tuer. Il se fait attraper pour ça, mais alors il est libéré par les Bâtards et les rejoints. Il est cool ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « Son énergie. Il est fou, et je dis ça de la meilleure manière possible.  Il est fou de et obsédé par les acteurs. On se sent incroyablement en sécurité ».
Réplique préférée : « À cette distance, je suis un vrai Fredrick Zoller. Je me pissais dessus à rire en lisant le scénario ».

DIANE KRÜGER EST BRIDGET VAN HAMMERSMARK
Qui est Bridget ?
« C’est une star de cinéma, mais également un agent double. Quentin était catégorique de ne pas en faire une James Bond, alors ce n’est pas une machine à tuer. Elle est en fait assez vulnérable ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « Il est très vocal. On sait toujours où on en est avec lui. Il s’assoit à côté de la caméra – il n’y a pas de moniteur – alors il est juste là, à te fixer, ce qui est assez troublant au début. On a dû faire pas mal de pauses entre les prises marrantes dans la scène de La Louisiane parce qu’il riait tellement ».
Réplique préférée : « quand ils mangent le strudel à Maxim’s , Landa qui dit à Shosanna Attendez la crème !« .

CHRISTOPH WALTZ EST LE COL. HANS LANDA
Qui est Hans ?
« Le Chasseur de Juifs. Qu’est-ce que je puis dire sur lui ? Eh bien, imaginez-vous dans la position unique où vous n’avez pas besoin d’expliquer, mais en fait de simplement le faire. Je ne vais pas en parler. Pourquoi je le devrais quand je peux simplement vous inviter à le regarder ? »
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « Ce que j’ai remarqué le tout premier jour, c’est qu’il ne vous dit pas quoi faire, mais vous faites exactement ce qu’il veut. Ce n’est pas un instructeur, c’est un metteur en scène : il vous montre où aller. Et vous seriez un balourd de ne pas suivre son exemple ».
Réplique préférée : « J’aime particulièrement L’œuvre d’un Bâtard n’est jamais finie« .

MÉLANIE LAURENT EST SHOSANNA DREYFUS
Qui est Shosanna ? « On commence le film avec elle. Elle est très jeune et terrifiée, parce qu’elle voit sa famille assassinée par les Nazis devant elle. Puis trois ans plus tard, on la retrouve à Paris, où elle se cache dans un cinéma ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « La plus belle image que j’ai de lui dans ma tête, c’est le premier jour, quand j’échappe aux Nazis, à courir dans la campagne, couverte de sang. Il a dit Action, Shosanna ! et il a couru à mes côtés ! Il était épuisé, tout comme moi ».
Réplique préférée : « Et je veux que vous regardez bien dans les yeux du Juif qui va faire ça !« .

DANIEL BRÜHL EST LE SDT. FREDRICK ZOLLER
Qui est Fredrick ?
« C’est le premier Allemand sympathique à apparaître dans le film. Au moment où Shosanna le rencontre, il est déjà devenu un héros de la propagande, et il l’est devenu parce que, assez accidentellement, il a tué 300 Américains en Italie ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « Je me souviens de ce bâtard qui se moquait toujours de notre langue, comme tous les Américains ! Il était toujours marrant, et je me souviens qu’on riait toujours. Il a vraiment créé et dicté l’atmosphère sur le plateau, avec son énergie et la manière dont il parlait aux gens ».
Réplique préférée : « Bon Dieu, il y en a tellement. Je ne peux choisir… J’adore le personnage du Col. Landa. Certaines de ses scènes sont absolument horribles à regarder. J’aime les répliques banales du genre quand Landa dit Avant de partir, pourrais-je avoir un autre verre de votre délicieux lait ?« .

BRAD PITT EST LE LT. ALDO RAINE
Qui est Aldo ?
« Il est du Tennessee, c’est un lieutenant, et il mène ce groupe de guérilla en France sur l’occupation qui est fermement déterminée à se débarrasser des Nazis. Dans un vrai style guérilla ».
Meilleur souvenir de QT sur le tournage : « J’étais vraiment impressionnée par le fait qu’il était capable de remodeler le film pendant qu’il le faisait. Il est tellement versé dans le langage cinématographique qu’il pouvait savoir quand il s’ennuyait lui-même de son propre film ».
Réplique préférée : « Oh, quelques unes. Il y en a de bonnes ici. Mais la mienne, personnellement, c’est Ce sont les fantassins d’un fou qui haït les Juifs et les tuent en masse, et ils ont besoin d’être détruits. Avec l’accent bien sûr ».

« Vous voulez un café ? » brad Pitt semble en avoir besoin d’un. Nous nous trouvons dans un bar lounge sans fenêtre dans un hôtel classe mais discret de Cannes, à dix minutes de son lieu de prédilection habituel, l’Hôtel du Cap 5 étoiles. ses lunettes de soleil sont sur la table, il est habillé en noir, arborant un polo à manches courtes génial, et il est tout sourire quand il se lève pour nous serrer la main. Le langage de son corps est intéressant, aussi ; si vous preniez Brad pour un fainéant monosyllabique, il est d’une agilité surprenante dans la vraie vie. Le seul fait révélateur, c’est quand il parle. Par moments, il s’interrompt et part dans une digression folle, comme quand il s’arrête, à propos de rien, pour dire : « Les réalisateurs adorent votre magazine. Vraiment ! » Parfois, il n’arrive pas à répondre à une question aussi simple que Parle-nous de ton personnage (« Euh, j’ai juste ce bouton qui m’éteint quand je dois parler de mes personnages »). Et parfois, il perd complètement le fil de ses pensées (« Le truc, c’est, il soupire, on a vraiment passé une bonne soirée hier soir, et maintenant je suis vraiment rouillé ».)

C’est le lendemain matin de la nuit d’avant et pour Brad Pitt, hier soir a été une très grosse soirée. Mercredi 20 mai 2009 a vu l’avant-première de Inglourious Basterds au Palais avec une standing ovation de 11 minutes, suivie d’une fête à la Baioli Beach où il s’est reclus dans un coin avec sa compagne toute aussi célèbre tandis qu’un gros DJ Eurotrash vêtu d’un t-shirt et d’un short n’arrêtait pas de brailler grossièrement « C’EST LA FÊTE DE QUENTIN TARANTINO ! » et montrait du doigt QT dans la zone VIP vaguement privée (« Les DJ du Sud de la France », a désapprouvé la co-star parisienne de Pitt, Mélanie Laurent, avec condescendance). « Ces fêtes, c’est habituellement du boulot pour moi, alors elles sont toutes pareilles, dit Pitt. Je dois ramener des gens que je veux remercier et ils passent une bonne soirée. Mais pour moi, c’est du boulot ».

Pourtant, Pitt est heureux, et il est ravi du film. « Il est assez outrageux, dit-il avec un large sourire. À la manière de Tarantino, il est bon et outrageux ». Alors quand l’as-tu vu pour la première fois ? « Hier soir », raconte-t-il toujours choqué par la vitesse de Tarantino. « Tu sais, on n’a fini le tournage qu’il y a trois mois. Je pense que le dernier film de Quentin, Boulevard de la Mort, lui a pris trop longtemps pour l’adapter à l’écran – parce qu’il travaillait en tandem avec Robert Rodriguez – et ça l’a fait chier. Alors même s’il a mis huit ans à écrire Inglourious Basterds, ça ne lui a pris que huit mois pour l’adapter en film, parce qu’il voulait garder cette énergie, tout ce qui arrive quand on fait un film. Il voulait faire passer des choses et ne pas avoir le luxe de les sur-réfléchir. Et ça a imposé la forme, je pense. Il jetait des trucs super sympa s’il pensait que ça n’allait pas dans le sens où allait la chose – pour le bien du monstre qu’il avait besoin de garder à flot. Et si tu as vu combien il aime faire des films, c’est contagieux d’être dans le coin. C’est comme une religion – on a tous vraiment adhéré à son truc ».

Comme de nombreuses autres personnes qui ont vu le film pour la première fois, Pitt a été pris au dépourvu par son sens de l’humour inattendu mais souvent hilarant. « À la fin, se rappelle-t-il, j’étais surpris par comment il était devenu marrant. Quand je le faisais, il est juste devenu marrant. Je ne l’ai pas capté dans le scénario, il a juste suivi sa route. Il rit. Pendant ce temps, des femmes se font étrangler et les gens se font descendre ».

Mais quant à la collision de front du film avec les véritables faits de la seconde guerre mondiale, Pitt admet qu’il a certainement eu des doutes. « Eh bien, je me suis demandé, même l’histoire est bâtardisée dans celui-là. J’ai pensé, Peux-tu faire ça ? Je suis un peu mordu d’histoire, et je l’apprécie. Mais, tu sais, c’est un film de Quentin Tarantino, et ça a sa propre signification maintenant.Les gens savent ce que c’est. Ils savent qu’il y a une certaine place dans un film, si c’est un de Tarantino, et il y a une licence que tu obtiens en entrant dans un film de Tarantino. J’ai demandé à Quentin ce qu’il en pensait, en fait, oui, je l’ai fait ».

Qu’est-ce qu’il a dit ? « Je ne m’en souviens pas, parce qu’on était assez bourrés à ce moment là ! Mais lui, il s’en souviendra. Quentin se souvient de tout. Mais alors, je me suis rendu compte qu’il allait s’amuser avec. C’est un scénario Et si« .

Et, aussi, il s’est rendu compte que la pression serait sur quelqu’un d’autre pour changer. Après Benjamin Button, Pitt a pu apprécier le plaisir de faire partie d’une équipe et ne pas porter tout le poids de la production sur ses épaules. « Tu sais, accepter un film, c’est accepter de constamment le pousser en haut de la colline, explique-t-il. Avec ton rôle, tu essayes de le remodeler et l’affiner. Tu essayes de le démonter et de l’analyser. Mais c’était vraiment unique. C’était comme si, après toutes ces années de dure labeur, c’était une récompense. Le scénario atterrit sur la table, et c’est parfait. Tu y vas et tu sais exactement quoi faire avec. Il y a un gars génial qui mène le tout, t tout va bien… »

Il hausse les épaules, et prend ses lunettes de soleil. « Tout roule ma poule ! »

Traduction – 7 juillet 2012