“Je pense que mon épitaphe inclura les mots fauteur de troublepuériltout ce que cette société déteste et il a rendu la laideur belle”.


“Connerie hippy !” a grogné Malcolm McLaren en dérision. C’était en février 1976 et ma première rencontre avec l’homme qui finira par concevoir le plus grand chamboulement dans la culture pop britannique depuis les Beatles. Son venim m’a pris par surprise, dirigé non pas à des rockeurs bouffés par l’acide comme Gong, mais à Eddie And The Hot Rods, groupe en vogue pour qui son groupe était censé ouvrir, du moins sur le papier, au Marquee de Soho ce soir-là.

Le groupe que j’ai chroniqué pour le NME, cependant, n’était pas les Hot Rods (vaillants pubs rockeurs) mais les Sex Pistols, qui avaient un look et une attitude que je n’avais jamais vus auparavant, surtout le chanteur, qui se baladait dans le public épars, se roulant par terre avec une fille plantureuse choucroutée et maquillée à la truelle, et échangeant des insultes avec quelqu’un qui criait “Vous ne savez pas jouer”.

“On n’est pas intéressés par la musique, mais par le chaos”, le guitariste, Steve Jones, m’a dit après, la citation devenant la chute de ma critique du NME, la première du groupe.

La réplique était, bien sûr, de McLaren. Les Pistols étaient profondément intéressés par la musique. Paul Cook, Steve Jones et len Matlocl étaient tous des fans ardents des Faces qui jouaient ensemble depuis un moment. John Lydon, qui avait été “découvert” par l’associé de McLaren et futur manager du Clash, Bernard Rhodes, avait des goûts qui allaient de Captain Beefheart à Can.

McLaren était celui qui était intéressé par le chaos, comme le montreront les 18 mois incendiaires à venir de la carrière des Pistols.

Ce soir au Marquee, cependant, McLaren apparaissait comme cool, réfléchi et charmant, bien habillé en col ras du cou rose et pantalon en cuir. Découvrir qu’il avait une boutique de vêtements a expliqué le look des Pistols. Il m’a invité à un concert le weekend suivant, dans une salle que j’ai cherchée mais jamais trouvée (c’était le studio du sculpteur Andrew Logan). Comme de nombreux autres qui ont rencontré McLaren, j’ai mordu à son hameçon.

* * *

Malcolm McLaren, qui est décédé à l’âge de 64 ans d’un mésothéliome, rare type de cancer, était un révolutionnaire rock’n’roll. flâneur, commerçant, créateur de vêtements, manageur de groupes, producteur de films, créateur de tubes, provocateur culturel, pirate du business – McLaren était tout cela et plus encore. L’étiquette sur laquelle les médias britanniques se sont arrêtés après sa mort – “Le Parrain du Punk” – ne décrivait qu’une partie de l’histoire de Malcolm, en tant que manager des Sex Psitols tristement célèbre, tandis que son caractère ambigu et espiègle était résumé avec brio par son amie Helen Wallington-Brown, comme “une démangeaison dans la culotte de quelqu’un”.

Né d’un père écossais et d’une mère juive, McLaren a été principalement élevé par sa grand-mère (Papa avait rapidement disparu), qui l’a aussi éduqué et “m’a appris à ne craindre aucune autorité sauf la sienne”. Plus tard sont venus six ans de diverses écoles de beaux arts, où Malcolm a pratiqué la subversion, organisant un sit-in en 1971, et s’obsédant pour le situationnisme, mouvement français mineur, avec son camarade étudiant Jamie Reid, plus tard architecte du graphisme des Pistols.

Le succès et la gloire – ou plutôt, la notoriété – dont McLaren avait un besoin maladif est arrivé quand il avait 30 ans, un an après qu’il ait assemblé les Pistols à partir d’un assortiment de marginaux, de personnes qui rêvent d’être célèbres et de poseurs qui fréquentaient sa boutique, Let It Rock, du côté peu chic de la King’s Road.

Let It Rock vendait un éventail pas très à la mode de redingotes, Creepers et disques vintages à des Teddy Boys purs et durs et des aventuriers du style. Vivienne Westwood, compagne romantique et créative de Malcolm, faisait une partie du stock, mélangeant des copies des originaux des années 1950 avec ses propres créations. Malcolm lui-même s’habillait comme un Ted, et le nom de sa boutique attestait sa croyance que la première vague de rock’n’roll au milieu des années 1950 – Elvis, Jerry Lee Lewis, Little Richard – demeurait l’âge d’or de la pop, à la fois sur le plan musical et vestimentaire.

En 1975, Let It Rock était devenu Sex, avec son stock étendu pour inclure des vêtements fétichistes et plus d’originaux de Westwood. L’emphase était mise sur la transgression sexuelle – des t-shirts érotiques, du matériel en latex, des colliers de chien – bien que l’éventail Sex incluait aussi des “pantalons bondages”, des pulls en mohair et des t-shirts déchirés, des vêtements qui deviendront synonymes des Pistols et du Punk.

Durant son adolescence, Malcolm avait fait une fixette sur le rockeur britannique qui se consumait  Billy Fury, et son manager Larry Parnes, qui a célèbrement auditionné le chanteur, lui a donné son nom de scène sur le champ et l’a poussé sur scène. Malcolm s’est vu dans le même rôle de gourou pop. Avant de s’occuper des Pistols, il a essayé de manigancer le retour des New York Dolls dans leur ville d’origine, mais son plan directeur – mettre les glam rockeurs en cuir rouge avec une toile de fond marteau et enclume – a échoué.

Pour les Pistols, McLaren a adopté une stratégie qui mélangeait le côté obstiné des adolescents et la violence (les concerts des Pistols comprenaient habituellement une bagarre) avec le garage rock fougueux et un frisson de déviance sexuelle. Dans une époque de denim terne, de platitudes hippy fossilisées, de rock progressif morne et d’une rockocratie éloignée, l’anarchisme jeune des Pistols avait une immédiateté électrifiante.

Se moquer de l’autorité et renverser la charrette de pommes de l’establishment semblait être son plaisir principal (avec se faire de l’argent). L’exemple des tactiques situationnistes et des slogans de mai 68 était fort : “Essayez la subversion – c’est marrant” conseillait un t-shirt de Sex. “Seuls les Anarchistes sont jolis”, disait un autre.

Mai 68 a été l’un des rares évènements marquants des années 1960 qui a excité McLaren – il méprisait le mouvement hippy et la musique et la mode associées, qu’il voyait comme passives et bovines. “Hippos” était le terme qu’il utilisait avec Westwood. Les Pistols sont devenus la revanche de McLaren sur les hippies et son business musical associé flatulent de “vieux cons”.

En personne, Malcolm était un lutin androgyne, toujours élégant en cuir et boucles. Il faisait presque autant partie de l’action des Pistols que le groupe. À chaque tournant de leur carrière, il était disponible pour diriger des interviews, faire tourner des évènements, fournir des gros titres, et encourager un mauvais comportement de la part du groupe et leur entourage.

En partie, les Pistols étaient une attaque au bélier sur les coffres de la banque de la pop d’entreprise ; les signant sur EMI et puis, après “l’outrage” de l’émission de Bill Grundy, sur A&M, a fait un bénéfice de milliers de Livres. Puis il y avait la jubilation de faire na nique à l’establishment – on se souvient principalement du Jubilé d’argent de 1977 grâce au God Save The Queen des Pistols et l’artiste Jamie Reid qui glisse une épingle à nourrice dans le nez de la monarque. Comme l’a remarqué Malcolm, 20 ans plus tard, “Y’a pas mieux que ça, mec !”

Il y avait un côté dérangeant et amoral chez Malcolm. À côté des “pulls thalidomides” dans Sex se trouvait le t-shirt “Violeur de Cambridge”, et à un moment où le Front National montait, on a caressé l’idée de mettre des croix gammées. Puis il y a eu Chicken, le magazine que Malcolm a proposé de créer pour les personnes intéressées par les relations sexuelles avec des mineures (“chicken” ou “poulet” étant de l’argot pour de la jeune viande). En 1980, il m’a régalé de cette idée durant une interview qui a duré une après-midi pour promouvoir Bow Wow Wow, pour qui il avait recruté Annabella Lwin, 14 ans. Sex, m’a informé Malcolm, était “la salle de bains de ton esprit”, idée qu’il peut avoir répéter aux détectives de Scotland Yard après que la mère de Lwin ait porté plainte à la police que sa fille avait été photographiée nue pour une reconstruction rock’n’roll du Déjeuner sur l’herbe de Manet.

Les provocations plus saines du punk – les scènes locales qu’il générait à Manchester et partout, les tas de labels DIY et de fanzines, Rock Against Racism – étaient des affaires d’indifférence pour Malcolm. Après tout, on ne pouvait extorquer de l’argent d’un label indé.

Bien que Malcolm se présentait comme celui qui tirait les ficelles des Pistols, notamment dans la grande Escroquerie du Rock (“le pamphlet du vol de Malcolm”, comme l’a nommé Lydon), durant la tempête du punk,  il s’en est simplement sorti aussi bien qu’il le pouvait tandis que les évènements se déroulaient. Le chaos était un bon slogan, mais une dure politique quand il impliquait une arrestation par la police (sur la balade en bâteau du Jubilé des Pistols) ou le siège du Front National.

La fin des Pistols a laissé un mauvais goût partout : la mort de Sid, les pauvres disques, la notion (l’une des bidons de Malcolm) que le voleur de train exilé Ronnie Briggs était intéressant. Plus loin, il révélait l’intense antagonisme entre McLaren et Lydon, qui l’a traité de “pire homme au monde” et a plus tard dit à Uncut que “l’art de se faire plaisir de Malcolm était la chose la plus difficile à surmonter en tant que groupe”.

Puis il y avait l’argent : en 1986, le groupe a envoyé McLaren au tribunal et s’est procuré la meilleure partie d’un million de Livres.

* * *

“Un étudiant en art snob”, c’est comme cela que Malcolm s’est décrit à moi au printemps 1989, quand j’avais été commissionné pour écrire un portrait de lui pour un magazine de luxe féminin. Malcolm, séparé depuis longtemps de Westwood et compagnon de l’époque de Lauren Hutton, était devenu un célibataire éligible. Nous avons pris notre petit-déjeuner dans un hôtel rupin de Londres. Malcolm portait un costume en laine gris, une chemise vichy et une cravate tricotée – tenue préférée de ses dernières années.

À ce moment-là, McLaren avait remporté une succession de tubes mineurs de son propre droit – exploit peu plausible, bien qu’il montrait que son antenne fonctionnait toujours, ayant détecté le potentiel du hip-hop (pour Buffalo Girls et Double Dutch) et le jive des townships sud-africains (pour Soweto). il a même transformé l’obsession opéra des années 1980 en version disco de Madame Butterfly.

À l’époque, McLaren promouvait Waltz Darling, sa tentative de marier le funk, la valse fin de siècle et le voguing, idée qu’il a déclaré venir d’un bouchon sur le Pacific Highway. “Il y avait des surfeurs d’un côté qui écoutaient du Billy Idol à donf, et d’une autre voiture, on entendait des valses de Strauss, et j’ai pensé : Voila – Billy Idol rencontre le beau Danube bleu sur le surf !« .

C’était du Malcolm tout craché. Moins typique, c’était la manière dont il s’est ouvert sur sa famille et sa relation avec Westwood : “C’était mon premier amour et ma première femme, j’étais vierge. On était plus un gang qu’un mariage, cette chose entendue… Je ne peux seulement avancer que l’attirance était que je n’avais pas peur de l’inconnu. Les femmes aiment l’esprit aventureux, les hommes aiment la normalité plus que les femmes”.

À l’époque, Malcolm était principalement obsédé par es expériences dans “le labyrinthe d’Hollywood”. Les noms et les projets tombaient les uns sur les autres – Alan Moore, Steven Spielberg, Flash Dance, Jeff Beck, Richard Price, Annie Lennox (de qui il “était légèrement amoureux”) – même si peu en est sorti. Plus divertissant était son coup de gueule vitriolique sur LA – “une terre de rustres” –  et le déclin de la Grande Bretagne : “À la différence des Européens, on n’a jamais pensé qu’on possédait notre culture”.

Les talents de Malcolm de baratineur et son histoire avec le punk ont fait de lui une attraction médiatique durant ses dernières années, bien qu’aucune de ses tentatives de répliquer son succès plus ancien ne soit allées bien loin. Son émission télé de 1991, The Ghosts Of Oxford Street, avec Sinéad O’Connor et les Happy Mondays, était bien sur papier, mais a déçu. Son album de 1993, Paris, qui comprenait Catherine Deneuve et Françoise Hardy, réitérait sa liaison de longue date avec la ville mais a sombré, tout comme sa tentative en 1998 de lancer Jungk, quintette de Chinoises.

Quand je l’ai vu pour la dernière fois, à Cannes en 2003, il parlait d’une “version musicale de The Servant de Joseph Losey” qui n’a jamais eu lieu comme on pouvait le prévoir, même s’il est devenu producteur du film Fast Food Nation en 2006.

Toujours génial, avec son dernier coup de gueule prêt à partir, McLaren n’a jamais perdu sa capacité à séduire, mas il y avait une touche de désespoir dans son apparition dans des émissions de télé-réalité comme The Baron et Big Brother: Celebrity Hijack.

Il a écrit son propre épitaphe, recommençant plusieurs fois. Quand Don Letts lui a demandé ce qu’il pourrait dire dans Uncut en 2006, il a répondu : “C’est difficile. On pourra se rappeler de moi comme l’homme le plus malfaisant qui n’a jamais vécu sur cette planète. Retournez la pièce et on pourra se rappeler de moi comme un génie artistique que les gens n’ont pas vraiment compris de son vivant. S’il le faut, je pense que mon épitaphe inclura les mots fauteur de troublespuériltout ce que cette société déteste et il a rendu la laideur belle”.

Cela fera l’affaire, Malcolm.

Élitiste jusqu’au bout, Malcolm va être enterré dans le cimetière de Highgate. Son fils avec Westwood, Joe Corré, fondateur de la chaîne de lingerie Agent Provocateur, lui survit. Parmi les nombreux hommages offerts se trouvait celui de son ancien disciple, John Lydon, qui a finalement mis leurs différends de côté : “Avant tout, c’était un amuseur et il va me manquer alors il devra vous manquer aussi”.

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Il était un peu cinglé, mais un bon cinglé…

Le bassiste original des Sex Pistols, glen Matlock, se souvient de McLaren

“J’avais fait une demande d’inscription pour aller aux beaux arts et j’avais besoin d’une personne qui pouvait me donner des références. J’ai demandé à Vivienne si ça llait bien se passer si je demandais à Malcolm. Elle a dit : Je ne sais pas si tu veux lui demander, il a été expulsé de toutes les écoles des beaux arts de Londres. J’ai pensé : Eh bien, c’est intéressant. Et je lui ai effectivement demandé. Il s’est plus intéressé à moi après ça. Je me souviens qu’au début, on accusait les Pistols d’être juste un groupe des beaux arts. La réponse de Malcolm a été : Et puis quoi encore ? Mec, tu imagines Steve Jones en train de dessiner ? Ce qui a été assez efficace.

“Malcolm était un personnage complètement exceptionnel et excentrique. Assez affable, un peu cinglé. Mais un bon cinglé. Un mec intéressant sous tous rapports”.

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“Tout était une occasion pour lui…

Ses amis, collègues et collaborateurs partagent leurs souvenirs de Malcolm…

Sylvain Sylvain New York Dolls

“Après la séparation des Dolls en 1975, je l’ai emmené à la Nouvelle Orléans dans le break de location qu’on avait encore. Je l’ai emmené dans Magazine Street, où se trouvent toutes les boutiques de vinyles. Il aimait les blues, Professor Longhair, Huey ‘Piano’ Smith. On est allés voir les Meters ensemble. Un jour, il réveille et me dit : Eh, mec, on va au studio de Allen Toussaint ! J’ai répondu Mec, comment t’as fait ça ? Le gentleman qu’était Malcolm, il pouvait juste remuer son derrière”.

Jah Wobble PiL

“En 1976, moi et mon pote Ronnie, on s’est je ne sais pas comment retrouvés en sa compagnie un soir et on a pris une cuite. Malcolm ne tenait pas l’alcool, mais ce n’était pas un mauvais poivrot, il était heureux bourré. Je me souviens qu’il est tombé dans une grande poubelle, à glousser. À un moment durant la soirée, il nous a expliqué comment, à part quelques premiers singles rock’n’roll, il n’aimait pas vraiment la musique. Je me rappelle avoir dit Eh bien, tu feras un parfait manager alors, Malcolm. Et c’était le cas”.

Marco Pirroni Adam And The Ants

“J’avais 14 ans quand je l’ai rencontré. C’était le premier adulte que j’ai admiré. Avec Malc et Vivienne, j’ai pensé Bon Dieu, c’est les gens que je veux être. Beaucoup de ce qu’il m’a dit à l’époque a touché une corde sensible et m’a fait penser : Bon Dieu, j’ai raison. C’est la première personne qui m’ai jamais dit que j’avais raison. Que la vie qui est tracée pour toi – aller à l’école, aller aux beaux arts – est une vie que tu ne veux pas nécessairement. Il n’y avait personne en Grande Bretagne pour me dire ça à l’époque”.

Viv Albertine The Slits

“Malcolm a managé les Slits pendant une brève période, mais on a arrêté parce qu’on n’arrivait pas à le joindre ! Pour lui, tout était une occasion. Il arrangeait toujours les réunions dans des endroits bizarres, comme le kiosque à musique de Soho Square. Mon souvenir inoubliable serait le rencontrer dans le club lesbien, Louise’s. Il était assis sur une banquette de velours rouge, portant un fabuleux costume bleu pastel, et on était tous assis autour de lui, à écouter ses anecdotes hilarantes”.

Julien Temple Réalisateur, la plus grande Escroquerie du rock’n’roll

“Je me souviens d’avoir fait entrer en douce une caméra dans le 100 Club, à essayer de filmer les Pistols sans permission. Je me suis fait attraper par lui, mais au lieu de me jeter dehors, il a vu le bénéfice d’un étudiant avec une caméra qui travaillerait pour rien, alors il m’a employé, à 12£ par semaine – plus que ce que touchaient les Pistols !”

Don Letts DJ punk

“Malcolm comprenait le lien entre Kent State et les Situationnistes. Il avait une perspective très caucasienne. Il ne se tournait pas vers la culture noire pour un shoot de rébellion. Il était assez intelligent pour le  trouver dans sa propre culture. Il pouvait être un salaud méchant et impitoyable. Mais les gars gentils n’ont pas de grandes idées. C’est un Anglais archétype – colonisant une idée, y collant un Union Jack dessus et la nommant sienne”.

Interviews par Nick Hasted et John Lewis

Traduction – 29 septembre 2012