Désormais en trois films, le Hobbit a l’intention d’être plus époque, plus comique, et encore plus fidèle au livre, Peter Jackson a juste besoin de finir son premier film pour le prouver…

Le réalisateur qui a amené le Seigneur des Anneaux à la vie si vive n’a pas besoin de s’expliquer, mais, fièrement en harmonie avec ses fans (même ceux du côté de J.R.R. tolkien), Peter Jackson veut mettre les choses au clair. “Il y avait beaucoup de choses qu’on n’allait jamais pouvoir rentrer dans la durée qu’on avait. Alors on a simplement commencé à parler du concept de trois films”.

On était à deux semaines du Comic-Con 2012, où Jackson révélerait des images de Cul-de-Sac (beaucoup de discussion sur les termes du contrat de Bilbon), la caverne de Gollum (pose de devinettes dans l’obscurité bleutée) et un montage intermédiaire qui s’est révélé plus tourné vers l’avenir que ce qu’il n’avait à l’esprit. La jeune fille elfe d’Evangeline Lilly, Tauriel, et Gandalf poursuivi dans les ruines nuageuses de Dol Guldur est désormais dans l’épisode deux, la Désolation de Smaug. “On regardait certaines coupures qu’on avait faites”, dit Jackson de l’un de ses pow-wows réguliers avec Fran Walsh et Philippa Boyens (les producteurs de la trilogie du Hobbit), “à réfléchir à la forme globale des deux films, et comment façonner une partie des thèmes”. Pertinemment, ils ont commencé à évaluer ce qui restait à écrire pour les reprises qui  doivent être tournées en 2013, et cela les a menés aux appendices, et cela les a menés aux choses qu’ils voulaient ajouter. Comme Jackson le dit, la liste n’arrêtait pas de grandir…

Alors, c’est devenu un jeu, quasiment. Et si le Hobbit était une trilogie ? Comment passe-t-on de deux à trois films ? On a sorti du papier et ils ont commencé à restructurer leurs films, griffonnant de nouvelles scènes, étendant de vieilles. “On n’arrêtait pas de dire Ce sera trois films vraiment géniaux”.

“On ne l’aurait pas fait si l’histoire n’était pas là”, insiste Boyens, qui, de la sainte trinité, est la plus versée dans la mythologie de Tolkien et peut-être la plus sensible aux critiques d’assouvissement. “À la fin, c’est devenu une opportunité de raconter une partie de l’histoire qui ne sera jamais racontée si on ne le fait pas maintenant. Ce n’est pas une question de film de transition, c’est une question de trucs qui se passent dans le Hobbit”.

Avec Jackson enchaîné au plancher des vaches à tourner, Walsh et Boyens ont été envoyées à Los Angeles pour promouvoir l’idée à un Warner Bros. qui ne se doutait de rien. Une ironie amusante a dû les frapper tandis qu’elles atterrissaient : là où autrefois le porte-parole de New Line, Bob Shaye, avait poliment suggéré trois films Seigneur des Anneaux au lieu des deux que défendait Jackson, aujourd’hui l’équipe de Jackson demandait un trio. Tandis que le studio avait besoin de donner son accord, et fournir les fonds nécessaires, ils étaient déterminés à ce que toutes les voix créatrices principales croient en l’expansion. Ils ont reçu un chœur d’approbation. “Ça en dit beaucoup sur la force de l’idée”, dit-elle.

“D’un côté, je n’étais pas surpris”, explique Hugo Weaving,  dont les contributions en tant que pourvoyeur de sagesse ancienne et archer du sourcil sceptique sous l’apparence de Elrond s’étendront maintenant sur six films, “mais d’un autre, je l’étais. Je savais qu’ils avaient beaucoup de matériau, mais assez pour complètement un autre film ?” La Terre du Milieu a l’habitude de vous ramener à elle.

Pour Martin Freeman, sur le haussement d’épaules duquel repose désormais une trilogie, c’était une question de confiance que l’équipe créatrice savait ce qu’ils faisaient. “Vous voulez faire trois films ? D’accord, si vous pensez que c’est ce dont vous voulez. Parce que c’est un monde qu’ils connaissent et ils ont eu énormément de succès artistique et commercial en le faisant”.

Ainsi, pour ceux qui y voient de grandes conspirations de studios grippes-sous, ou d’incontinence naine, la vérité, aussi solide que les remparts du Gouffre de Helm, c’est que c’était une décision créative, avancée par Jackson et son équipe et acceptée volontiers par Warner Bros. La qualité se révélera à l’usage.

Retrouvant Empire dans sa suite de montage, Jackson a bloqué le premier de ses gages, un Voyage inattendu, et entre de longues sessions Skype avec Howard Shore et l’orchestre philharmonique de Londres, à perfectionner leurs motifs choraux aux studios Abbey Road à Londres, et approuvant les milliers de plans à effets spéciaux en cuisson à Weta digital, il a en fait trouvé le temps de réfléchir sur son propre état d’esprit. “Je me sens bien, il atteste. Et je sens bien le film”.

Si on revient à la fin de l’année 2001, tandis que le monde attendait impatiemment la Communauté de l’Anneau, on pourrait comprendre qu’il était dans  un état différent, sur le plan mental, sinon physique. Les augures avaient été bons, deux bandes annonces électrisantes suggérant que Jackson parlait couramment le Tolkien, et une distribution et une équipe suggérent qu’il faisait partie des êtres humaines les plus doués à marcher sur Terre (pieds nus). Mais il était toujours non testé – le film aurait pu aussi facilement être accueilli aussi par des rires moqueurs dérisoires que de l’adulation ingénue. “J’essaie de me rappeler, dit-il de ces jours anciens. J’avais de la pression”.

Cela n’a certainement pas changé. Il ne reste que huit semaines – Jackson a promis de livrer un film fini à Warner Bros. huit jours avant l’avant-première. Ciseler finement les choses fait complètement partie de sa manière de filmer la fantasy. C’est une question d’extraire autant de jus de la Terre du Milieu qu’il le peut. “Il n’y a pas beaucoup de place pour les erreurs”, dit-il en riant à moitié. Mais plus de  place pour ce qui va bien.

“Il est très en sécurité dans son talent”, explique Boyens, qui frémit à la pensée de devoir se tourner vers la réalisation. “Il a ce sens organique d’aller avec un moment et un sens vital de l’ensemble”.

Essayons des questions rhétoriques : serait-ce devenu une trilogie dans les mains de Guillermo del Toro ? Aurait-il saisi la raison pour laquelle il y a besoin de trois films ? Et quelque chose de ne pas aussi rhétorique : est-ce que le premier film va nous surprendre ? “C’est une question intéressante”, répond Jackson, qui essaye de ne pas prévoir son public. “Ce que j’aime chez ce film, comparé aux films des Anneaux, c’est qu’il y a plus d’humour dedans, mais en même temps, il y a des trucs assez sérieux. Il est assez rapide – une fois qu’on rencontre nos nains et qu’on part sur la route et que Bilbon est recruté, ça va très vite. C’est un récit épatant”.

* * *

“Ori et Nori, déplacez-vous légèrement sur la gauche”, demande Peter Jackson, dissimulé derrière un moniteur assez large pour couvrir l’Anduin. “Balin aussi”. Voici donc une brève réorganisation de nains, exercice qui ne vient pas sans sa part de heurts et de bousculades. D’une certaine manière, peu importe où il est positionné, Bombur est dans le passage. Un fracas métallique retentit dès que sa marmite en fonte est frappée par une hache qui passe par là. On commence à glousser. Cela sonner de manière suspicieuse comme Bofur. “Silence, s’il vous plaît”, ordonne le premier régisseur, avec le ton tendu de quelqu’un qui finit par accepter l’idée de mener 13 nains turbulents pendant les 18 mois à venir.

Il y a des années lumière de cela, Empire observe calmement le tournage sur un plateau rempli à Wellington. En vérité, un an et demi s’est écoulé, environ deux heures et 40 minutes sur l’échelle de la Terre du Milieu – l’estimation actuelle de la durée de un Voyage innatendu. À l’époque, un mois après le début du tournage principal, l’idée d’un film fini est difficile à contempler, il y a tant à faire, tant d’endroits à visiter… L’idée de trois films est non-existente.

“D’accord, on y va”, fait signe le réalisateur désincarné. Les Nains commencent à agiter des armes vers des chevaux imaginaires qui leur tournent autour (ils apparaîtront dans la prochaine installation avec les doublures tailles). Des guerriers elfes à terre ne font actuellement rien sur une scène voisine tandis que leurs chevaux demeurent stoïquement calmes tandis que des Kiwis baraqués passent le squelette de plâtre de Dol Guldur à la ponceuse. Quand les gens en parlent comme une industrie de la Terre du Milieu, voilà ce qu’ils veulent dire. Pas un centimètre n’est libre. En termes fictifs, les Nains se mettent en garde contre la patrouille frontalière de Fondcombe au crépuscule, mais l’endroit est suffocant. Entre les prises, les Nains se branchent sur des systèmes de refroidissement portables, qui remplissent des sous-vêtements spéciaux d’eau glaciale. Ils ressemblent à des astronautes complètement barjots, se rassemblant sous une tente climatisée ou suivant Empire pour offir de nouvelles perles de sagesse.

“C’est du pur Cecil B. DeMille”, s’émerveille James Nesbitt (le susmentionné Bofur), dont la main balayeuse se saisit de chevaux, d’elfes, d’une table sur tréteau remplie de punch aux fruits et de barres chocolatées, et un chariot élévateur portant un tronc d’arbre. Sur le plateau, en pleine réalisation du Hobbit, on ne sent pas que le film (alors) en deux parties sera moins épique d’ambition que ses suites, choyé par le charme tranquille du premier roman de Tolkien. Même ainsi, un équilibrisme plus délicat a été requis – ils doivent progressivement infuser le “récit palpitant” du sérieux des Anneaux. Comme Boyens l’explique, “Au début du Seigneur des Anneaux, le sort du monde est en jeu. On commence cette histoire et le sort d’un Hobbit légèrement dépassé, excentrique et respectable est en jeu  puis on comprend qu’il y a bien plus en jeu”.

Ce Hobbit légèrement dépassé se rappelle de sa journée passée à être scanné à Weta Digital : “C’est un peu comme être chez le dentiste mais sans la douleur”, observe Freeman, qui a également été photographié sous tous les angles concevables. “Ce qu’ils font est outrageusement intelligent”. Il a été soulagé par le progrès fait à partir d’un “moi bizarre en pâte à modeler” à un Sacquet plutôt exact et plus adepte sur le plan physique. Si quelqu’un va être tenu à l’envers par un troll grossier, ce sera son jumeau hi-tech. Ce qui, en fait, se déroule actuellement dans une séquence qui se tourne en même temps que Fondcombe, avec les trolls moches comme des poux dont les mouvements sont captés sur des acteurs nains additionnels.

Une bonne raison pour passer au film additionnel était pour amplifier la plus grande image à laquelle on ne fait qu’allusion dans le livre. Semer plus généreusement les graines de ce qui deviendra Sauron (la découverte de l’Anneau en était manifestement une). C’est un thème qui commence avec ces fichus trolls. “Ils n’auraient pas dû être là”, fait remarquer Boyens, de la séquence où la bande joyeuse de Thorin rencontre trois créatures grincheuses ressemblant à des ogres résolues à ajouter Bilbon à la marmite – que l’endroit ait été nommé Trouée des Trolls avant ou après l’incident reste non expliqué. “Les Trolls des cavernes sont descendus de la montagne. Ça ne devrait pas se passer. C’est l’un des premiers avertissement pour Gandalf, et une partie de sa narration est qu’il doit résoudre une énigme – le monde était en paix…”

Curieusement, c’est principalement via les créatures qu’ils ont pu élever l’esprit fantasque du Hobbit vers les horreurs des Anneaux. Même si, en termes de la dernière ménagerie en date de faune antagoniste, le livre présentait un autre challenge tonal : à part les orques chamailleurs et Gollum (qui est en gros un camé hobbit), les habitants fétides des films plus anciens (bien que plus récents) de Jackson étaient dépeints comme purement animalistes, tandis que dans le Hobbit de Tolkien, isl sont pourvus de personnalités ouvrières anachronismes. En gros, on dirait qu’ils sont Cockney.

“On le fait de manière aussi naturelle que l’on peut, explique Jackson. Je veux dire, les Trolls sont assez faciles – ça ne semblait pas exagéré. Smaug va être intéressant”. Il laisse entendre que le dragon fera une brève apparition dans le premier film, plus plausiblement dans le prologue, et restera autant capable de parole que le méchant mémorable du livre (c’est un personnage, pas un monstre). “Les araignées auront plus une communication psychique”, ajoute Jackson en parlant du nid d’arachnides de la Forêt Noire (désormais dans le deuxième film). “Seul Bilbon les entend”.

En parlant de sous-entendus, le roi des Gobelins, joué par Barry Humphries (oui, Dame Edna), a été fondé en partie sur Kim Jong-il, le regretté seigneur sombre mal-aimé de la Corée du Nord. Grotesque est le mot-clé ici : “C’est un personnage puéril qui aime tourmenter les Nains”, dit Jackson du souverain du royaume montagnard délabré construit en décors et dans les unités centrales insondables de Weta Digital. “Les Gobelin sont une race assez putride et moisie”. (Ce qui n’est nullement une réflexion sur le bon peuple de la Corée du Nord.)

Si faire un film sur la Terre du Milieu dans l’univers post-Avatar a eu son effet – finies les “bigiatures”, ces magnifiques miniatures géantes de tours et citadelles, avec les endroits touristiques de la Terre du Milieu comme Gobelin-Ville désormais cousus numériquement – il y a eu une admirable détermination de rester fidèle à la “réalité” fournie par la Nouvelle Zélande. “Ça enracine le film dans le monde réel, explique Jackson. Peu importe quelle architecture fantastique que l’on montre, que ce soit Dol Guldur ou divers endroits elfiques, on met ça au milieu d’un véritable paysage pour une vérité organique. Ce que je trouve important. Je n’ai pas du tout changé ce style depuis les films des Anneaux”.

Une autre chose qui a émergé de la métamorphose du Hobbit en trilogie a été un mimétisme géographique des AnneauxUn Voyage inattendu suit les pas (au début du mois) de la Communauté de l’Anneau. “J’y ai pensé en salle de montage, reconnaît Jackson. On a un prologue qui établit une partie des évènements  puis il y a la séquence à Cul-de-Sac, et Gandalf entre dans l’histoire, puis ont est sur la route, et on se repose un peu chez Elrond, et puis on est dans les montagnes et sous les montagnes…” Mesdames et messieurs, le premier film en bref. “Alors que les deuxième et troisième films seront très différents…”

Quittons Peter Jackson à ce moment, laissons le travailler sans relâche sur Avid, à prélever des échantillons des nombreux plaisirs d’un Voyage inattendu. Nous retrouverons le réalisateur plus tard. En attendant, tournez la page…

Ian Nathan

Traduction – 24 décembre 2012