Rendez-vous à l’évidence. Nous sommes en train de nous noyer dans un océan de suffisance. Tout le monde est si heureux aujourd’hui – tous nos potes sont Énormes aux Etats-Unis, Énormes au Japon, Top 40 et tout à coup, c’est siiii chiants. Nous célébrons la médiocrité parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Et puis il y a ce monde peu passionnant qui obtient sans effort des huit sur dix et qui commence et se termine dans un club merdique en sous-sol nommé Syndrome situé sur Oxford Street dans lequel nous (la presse), nous nous donnons des claques dans le dos de chacun jusqu’à ce que nos poignets nous fassent mal, alors que eux (les groupes), forment un cercle et que vous (les mômes), vous vous demandez pourquoi le club ne désemplit pas. Il est plein parce que minuscule et personne ne rentre chez lui bouleversé, alors il est grand temps que quelqu’un tire une ligne dans cette boîte de pilules renversées.

Les gars de Blur sont le présent, le moment présent, ce sont les champs ensemencés du malaise post-Roses et, oui, ils sont vraiment bons. Leisure jaillira dans les bas fonds pourris des charts albums, Ocean Colour Scene se demandera ce qui s’est mal passé et quatre gars originaires d’un trou perdu prolo en briques rouges boiront du champagne. Fantastique. Mais Blur ne sera qu’une trace de doigt poisseuse dans la grande Histoire du Rock’n’Roll. Ils sont bons aujourd’hui, comme le dit la chanson, mais la semaine prochaine ? L’année prochaine ? Après !

Leurs disques sont les mieux habillés de la ville (une baigneuse on ne peut plus kitsch orne la pochette du LP) et le chanteur Damon a certainement le look (anti-coupe de cheveux, bouche béante, t-shirt Penguin, perles de rocaille) mais sont-ils vraiment le genre de personne qui a accès au statut de pop star ?

Leur musique est à mi chemin entre le lourd et l’inspiré, une seule écoute de leur single There’s No Other Way vous convaincra que les gars de Blur sont des envoyés de Dieu – guitare traînante, “ce” temps faible glissé nonchalamment, l’impression réfléchie à la Oliver Twist de Dame, c’est du bla-bla-bla.

Deux morceaux sur Leisure le recommandent par dessus tout et en font autre chose qu’un “remplisseur opportun de bac à disques avec quelques tubes dessus” : Repetition et Sing. Le premier, c’est Chapterhouse à la foire, guitare bourdonnante, piano frappé et le “lève toi et marche” d’un bœuf tranquillisé. Du grand fun. Le deuxième est tellement reculé du plan générique dans lequel on avait déjà classé le groupe qu’il en est effrayant. Sa base est un piano solitaire à la Nyman, l’attirail une caisse claire puérile et une vaste intensification harmonique qui s’infiltre littéralement dans votre chambre.

Les plaisantins qui avaient transformé The Only One I Know des Charlatans en une confession des propres limites du groupe auront certainement autant de plaisir avec le There’s No Other Way de Blur. Mais ils vont (encore une fois) se casser les dents. Blur peut être un peu simple – et même, on dit que Stephen Street dit le “Maestro” a été greffé à ce projet afin de le faire exploser – mais ils ont plus d’une chanson à la différence de EMF.

Malheureusement, EMF sont de meilleures pop stars. Et c’est là que résident les majuscules PROBLÈME. Il n’y a pas de mystique dans Blur, ces gars sont à côté de vous au concert de Moose, ils dépensent moins d’argent dans les fringues que vous, ils font ressembler Ride à Duran Duran, ils ont emmené le concept de l’ordinaire dans de nouveaux extrêmes franchement déprimants – et bien que ce ne soit pas un critère qu’on peut appliquer utilement à une chronique d’album, cela vous pousse réellement à vous demander si ce groupe peut durer deux ans, tels les Roses, et si tout le monde en dehors de Food pourrait penser à eux, encore moins s’inquiéter de leurs moindres gestes.

Ce qui nous ramène à l’océan de suffisance. On ne devrait pas laisser la voix de la sagesse sortir d’ici avec une chronique d’album notée d’un neuf sur dix. David Bowie ne devrait pas être sur Paramount City. Blur, c’est vraiment bien ; Leisure est un premier album assez attachant avec au moins cinq chansons dessus qui justifie son achat. Mais ce n’est pas le futur. Blur, c’est simplement le présent du rock’n’roll. (6)

Andrew Collins

Traduction – 24 avril 2006