Jarvis Cocker est torse nu, à l’exception de quelques poils qui se battent en duel sur son torse, sous la sorte de costume brun terreux qu’Oxfam ne prendrait même pas. Il enfile des beignets sur ses doigts, puis lui ainsi que plusieurs personnes du groupe et du public commencent à mordiller dedans. Quand le chanteur à la maigreur charismatique tend ses mains chargées de nourriture vers les bras tout aussi tendus de ses adeptes, il ressemble à un croisement entre Jésus Christ et le Bonhomme Pillsbury.

C’est le tour des prunes, Jarvis devient pensif sur les mérites de toutes les prunes, puis se met à en jeter quelques mauves d’une mollesse suspecte avec des entailles noires sur le côté aux fans de Pulp aux premiers rangs. “Jusqu’où voulez-vous aller ?” demande l’homme lugubre du Yorkshire, lançant un coup de pied kung-fu en leur direction. “Jusqu’au bout !” répondent les hordes passionnées sans un moment d’hésitation. “Vous voulez vous goinfrez à donf ?” Jarvis commence sa deuxième question décisive, “ou juste un peu ?”

Je peux répondre à cela. Ce soir, Pulp – la meilleure troupe de cabaret de techno space-pop excentrique et misérable depuis The Human League – sort tout l’attirail : entrailles, parties charnues, exosquelette et tout. Et comme tout festin, c’est assez délicieux.

Le festin, ainsi que le costume brun terreux, les poils sur le torse, les beignets et les prunes, pourraient aussi expliquer pourquoi, après dix années affreusement longues, Pulp joue encore devant des publics restreints mais adeptes dans des petits pubs et clubs de part le pays, tel un Wheeltappers & Shunters de la génération ecstasy.

Pulp semble également par esprit de contradiction être attiré par l’échec héroïque, presque condamné en conséquence de s’être languit dans une obscurité culte. Tout chez ses membres et leur attitude crie, non parle, non, attendez, murmure le manque de confiance en soi et la dénigration de soi. Il n’est pas surprenant que les traits les plus comédiques les plus acérés de Pulp visent principalement ses membres.

Quand ils ne se rabaissent pas, les membres de Pulp s’occupent à ratisser les détritus de la culture britannique du début des années 1970, autant obsédés par Morrissey et ses minuties (ouvrières ?) longtemps oubliées que les stars d’un jour et les publications annuelles de Look In. En fait, une comparaison plus pertinente serait World Of Twist, ces autres fournisseurs originaires du Nord de pop électronique en habits kitsch.

Contrairement à World Of Twist, cependant, Pulp est plus glum (mélancolique) que glam, mais plus maniéré que pauvre, ignorant les possibilités fastueuses et luxueuses de la vie pour explorer à la place l’envers du décor de l’amour et la vie. Oh, un vrai traumatisme !

Paul Lester

Traduction – 24 avril 2006