Suede est tellement quelque chose de spécial que, comme ce concert des Pistols au 100 Club, des milliers clameront dans le futur qu’ils les ont vu ici ce soir, à donner du bouche-à-bouche glamour avec l’élégance et l’audace la plus minable.

Suede est un petit groupe merveilleusement sexy. Brett Anderson, le séducteur maigre et suave qui frappe son cul avec une cravache imaginaire, descend en piqué durant Metal Mickey de la même manière dont Morrissey ne s’est jamais intéressé à la comédie (dans notre époque post-shoegazing, n’est-il pas étrange combien les Smiths semblent vintage ?). L’angoisse théâtrale coule de tous leurs pores manucurés. Une ballade débauchée commence par “I was born a pantomime horse” (“Je suis né cheval de pantomime”), l’information révélée avec une angoisse tellement fausse que la critique de tous les perdants qui languissent d’amour est aussi implicite que des panneaux de 30 mètres de haut.

“Have you ever tried it that way?” (“L’as-tu déjà essayé de cette façon ?”) plaide Brett, la malice fouine, pas du tout intéressé si oui ou non, nous l’avons fait. C’est le premier groupe de prima donna que nous attendions désespérément. Les fils des petits frères de Bowie, Suede est déjà le futur avec lequel tout le reste sera forcé de compter. Leur cassette démo est meilleure que n’importe quel album qui sortira cette année. The Drowners, c’est Hamlet en tutu. Ils sont aussi anglais que neuf pense et sentent la banquette arrière en cuir des Vauxhall des années 1950. Moving fait rôder sa basse sur les grilles de la cour de récréation, se vante de ses bottes à 16 trous et devient assez vache – “I wouldn’t give a shit if your bicycle’s in bits” (“Je m’en tape si ton vélo est en miettes”) ! – avant que Suede partent dans un mouvement d’humeur et nous laissent sur notre faim.

Steve Sutherland

Traduction – 24 avril 2006