PULP : Uniques réinventeurs du revival 1970, derniers chéris de Siobhan et Dave, les “Suede cinglés” que tout le monde doit encore aimer. Mais sont-ils, et plus particulièrement leur chanteur “farfelu” JARVIS COCKER, vraiment fous ? Ou ont-ils eu tout simplement mauvaise presse ? SIAN PATTENDEN entre dans leur monde en crêpe polyester à paillettes.

Mythe : Jarvis Cocker des esthètes pop Pulp est fou, le type qui aime se balancer des melons à la tête à ses heures perdues.

La foule glamour au chatoyant quizz de Noël du NME l’a pensé. Il a des rouflaquettes, des talonnettes et a une fois fait une tournée en fauteuil roulant. Il vit dans une maison sans téléphone et écoute Radio 2. C’est le chanteur du meilleur quintet de synthpop de Sheffield. Il a incarné une nouvelle scène “je m’habille en crêpe polyester” constituée d’individus comme lui. Il n’est pas habituel.

Au cours de ce quizz désormais légendaire, il a prononcé la phrase immortelle : “Serait-ce Scunthorpe ?” et puis a paru grognon pour le reste de la soirée.

“Tout le monde sait combien j’étais ennuyant, admet-il. Je ne suis pas grognon, mais je ne me considère pas comme une personne joviale. Je déteste qu’on me considère comme farfelu. Je suis sérieux à propos de mon art”.

Jarvis Cocker a 29 ans et est toujours dans un groupe pop. Il est né à Sheffield (c’est un Vierge “pointilleux” pour les fans d’astrologie) d’un couple beatnik qui aimait jouer du trombone ainsi que l’art. Sa mère l’a envoyé à l’école vêtu pantalon en cuir noir avec un “cerf” sur son bavoir (cadeau d’un parent allemand) enfant ; elle a vacillé quand il a pissé dans une boîte à chaussures (”Pour voir si ça coulait par les coins. Ça l’a fait”.) et elle ne lui coupait pas les cheveux (“J’étais le seul garçon à l’école qui ressemblait à une petite godiche”).

Le jeune Cocker avait sept ans quand son père a quitté la maison et quatorze quand il a commencé à piquer ses vieux costumes pour être punk. Entre-temps  il a été l’idiot de l’école. Il a une fois prétendu être mort dans la cour de l’école après avoir joué aux soldats de manière si convaincante que l’école a décidé d’appeler une ambulance.

“Ça a dû durer une vingtaine de minutes. J’ai pensé que ça allait un peu trop loin, alors j’ai fait un miraculeux réveil du coma et voilà”, se souvient-il.

Jusqu’à l’âge de douze ans, il voulait être astronaute. “Je pensais que tout le monde établirait des bases sur Mars et des trucs comme ça en 1985, se rappelle-t-il. J’avais des livres, des trucs et un télescope, mais c’était un pas cher alors quand on regardait la lune, on ne voyait pas plus de détails, on la voyait juste plus grosse”.

Puis il a voulu être célèbre.

“C’était le principal, juste le fait que les gens penseraient que vous être génial et tous ces trucs. Je pensais que ce serait bien, parce que je n’aurais pas à m’occuper des petites choses banales de la vie. Je n’aurais plus besoin de faire les courses, je me ferais livrer. Je pourrais me concentrer sur l’essence la plus élevée de la vie”.

Il a cultivé une image “Je suis Jarvis et je suis taré”. Il portait des hauts talons pour accentuer sa grandeur et a fait des numéros comiques (sa typique philosophie de clown : “Je ne pouvais aucunement être cool pour tout le monde à cause du football ou parce que les filles m’aimaient bien”.) Il a fondé Pulp dans un cours d’économie et a fait son premier concert à l’école avec le département de chimie qui a fournit des “effets” spéciaux en mettant le feu à des rubans de magnésium.

Après l’école, il est devenu poissonnier, à frotter des crabes (“Ma mère m’a déniché ce boulot pour me rendre plus extraverti”) ; c’était un leader de garderie ; puis il est tombé d’une fenêtre en essayant d’impressionner une petite amie.

“C’était assez bien, parce que ce n’est pas souvent qu’on a l’opportunité de se détacher de la vie quotidienne. Ça m’a fait me rendre compte que je devais faire quelque chose de différent au lieu des choses merdiques que je me retrouvais à faire. Je n’allais pas avoir de grands souvenirs. Comme se réveiller à 14h et tout ce grand sommeil que j’ai eu”.

Jarvis a déménagé à Londres pour étudier le cinéma à la St Martin’s School Of Art. Puis il a découvert la rave. Il avait 25 ans.

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Vérité : Jarvis a une fois pensé être Paul Nicholas.

“On est allés à cette rave et quelqu’un a dû me vendre ce très mauvais E. Je suis rentré chez moi et j’ai eu un peu de fièvre. Deux choses me sont arrivées. D’abord, j’avais la chanson de Milli Vanilli, Girl I’m Gonna Miss You, en boucle dans la tête, alors ça me rendait fou. Puis, quand ma fièvre a été au plus haut, j’ai brusquement pensé que j’étais Paul Nicholas. Tu sais, comme quand tu es à moitié réveillé et à moitié endormi, je pensais juste être Paul Nicholas, mais ça n’a duré qu’une dizaine de minutes.

“Puis la semaine suivante, j’avais le nom de Mike Lipbarski à l’esprit. Je n’ai jamais rencontré Mike Lipbarski alors j’avais peur parce que je pensais : Il va peut-être me tuer ! Quand des choses comme ça arrivent, je pense qu’il faut arrêter”.

Heureusement pour lui, Pulp marche bien. Ils n’ont pas eu de tubes, mais ils ont sortis des singles space et beaucoup de gens vêtus de bas nylon discutables ont commencé à venir à leurs concerts. Ils ont eu des “problèmes contractuels” avec leur maison de disques, Fire ; ont sorti deux chansons fringantes sur le nouveau label de Sheffield, Gift Records (OU sur les gares et Babies sur les armoires) et ont désormais signé sur Island Records.

Les spécialistes de la pop ont aussi commencé à s’imposer. Siobhan et son mari Dave des Shakespeare Sister étaient sur la guest list de leur concert à l’ULU de Londres plus tôt cette année. Le contingent aux visages frais du label hasardeux de St Etienne, Ice Rink, assiste religieusement à chaque concert. Miki de Lush, Mat de Suede, Denim, ce mec aux cheveux bizarres de Revolver, tous viennent. Voilà les graines d’une scène ici – elle s’appelle la Scène “Je m’habille en crêpe polyester”…

“Euh…”

Jarvis est en train de découvrir de nouvelles manières excitantes de secouer la cendre d’une cigarette, communément connue sous le nom de “habitude nerveuse”.

“Oui. On est amis avec St Etienne. Ça a plus à voir avec qui ils sont qu’avec le fait qu’ils soient connus. Ça serait un peu merdique”.

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Il se peut que Pulp aime St Etienne. Cependant, ils n’aiment pas le grunge.

“Je m’en fous de Nirvana, mais je n’ai jamais aimé une telle musique. C’est de la musique de gars. Quand j’allais en club, c’était The Cult et tout le monde faisait la danse de guerre des poulets et se rentrait dedans. C’est facile de se cacher derrière le bruit. Si on fait beaucoup de bruit et qu’on crie derrière, personne ne peur dire ce que tu chantes. C’est le showbiz après tout. Je pense qu’on a le devoir de jouer sur scène, de divertir les gens. Mais le fait qu’un gars porte une veste à paillettes sur scène ne veut pas dire qu’il est intéressant à regarder”.

Ah, les vestes pailletées. Puisqu’on est sur le sujet du style, parlons du “revival” 1970. Même si beaucoup tiennent Denim responsable, Jarvis, avec son penchant pour les cols tombants et les tissus brillants, est un homme qui pourrait être cité comme avoir redéfini à lui seul le concept du “style” vestimentaire.

Jarvis, ta défense s’il te plaît.

“Je suppose que je suis le principal délinquant dans le groupe. Mais la raison pour laquelle j’aime les années 1970 devient plus obscure maintenant. Notre guitariste Russel est allé dans une boîte années 1970 à Sheffield l’autre jour, et il a dit que ces genres de trucs sont meilleurs maintenant qu’avant. Toute la merde dégage.

“J’aime les années 1970 parce que c’était aussi un peu ringard ; les gens portaient des vestes en vinyle et transpiraient. Je ne sais pas si c’est une nouvelle scène ou pas, mais au moins les années 1970 étaient sexy. Dans les années 1980, tout le monde regardait Antiques Roadshow”.

Mais aujourd’hui, tout le monde peut regarder les merveilleux clips de Pulp que Jarvis réalise. Autant que c’est un rajout bienvenu au média visuel, la rumeur dit qu’en étendant son côté de sa carrière, Jarvis a pris sous son aile des projets moins que crédibles. Par exemple, le clip de We Are Raving de Slipstream! Es-tu vraiment responsable de cet atroce moment de goût moral ?

“Je ne sais pas si je devrais te parler de celui-là, il est si nul, hésite-t-il. Je le considère être le dernier clou du cercueil de la rave. Je suis le coupable, ouais. Island m’a demandé de faire le clip et j’ai dit oui parce que je voulais des sous pour Noël. J’ai eu une longue lutte avec ma conscience à ce propos, mais on a fait quelque chose de très amusant à la fin alors ça va. Je ne le referais jamais, cependant, à moins que ce soit pour quelqu’un qu’on aime.

“Mais c’est flatteur d’une manière, qu’on te demande de faire des choses. Comme être dans un groupe. Savoir que d’une certaine manière quelqu’un peut être intéressé de savoir si tu préfères les Twix ou les Mars. Normalement, tu ne ferais pas d’entretien où on te dirait : Juste une dernière chose M. Cocker, vous préférez les Twix ou les Mars ?

Tu manges les deux ?

“Ouais, des tonnes même. Je ne sais pas pourquoi je suis si mince. Je n’ai jamais été gros. J’aime manger aussi”.

Tu n’es pas vraiment fou alors ? Tu manges, tu dors et tu as tes propres clés ?

“Ça a toujours été une de mes aspirations de devenir plus physique, déclare-t-il avec sérieux. J’ai un vélo maintenant. Je peux jouer au flipper. Je sais conduire, toutes ces choses pratiques journalières. Quand j’étais jeune, comme je l’ai dit, j’avais cette attitude que j’allais jamais n’avoir besoin de ces choses ; que quelqu’un allait me conduire partout et tout ça.

“Maintenant, je peux faire ces choses. Tu ne peux pas t’attendre à ce que quelqu’un vive son art tout le temps”.

Traduction – 2 mai 2006