Sur le poster photocopié collé sur les portes du Africa Centre, Brett Anderson regarde avec les yeux cernés de noir d’un homme pas si jeune qui semble avoir passé ses années formatrices dans des bordels, des fumeries d’opium, des casinos et des clubs fétichistes. Il ne ressemble pas à un skateboarder, ni à un raver aux cheveux ébouriffés, ni à un étudiant débraillé. Il semble élégamment débauché, chérie.

Si les shoegazers étaient des valeurs artistiques bourgeoises qui se vengeaient du baggy, alors Suede est le triomphe du dandysme aristo décadent sur la pop prolo. Il y a une foule de fans et de types de l’industrie la bave aux lèvres qui sont enfermés devant la salle, avec rien d’autre à regarder que le poster et ils sont là, blottis les uns contre les autres sous la pluie non glam, non pas parce que Suede est le meilleur groupe de Grande Bretagne, mais parce que c’est le premier à réussir à aller maniérisme et pop blanche anglaise à guitare depuis les Smiths. Mignon.

Deux pas à l’intérieur de la salle moite de sueur d’un Africa Centre rembourré et on est frappé par un mur de simulation. Pantomime Horse gémit avec un riff visqueux hoquetant, un solo très orné et les maniérismes vocaux d’une dame du rock’n’roll. Les yeux fermés et la frange tombante, Brett respire l’hystérie éméchée dans le micro tel un poète bohême soûl au sweet sherry ou trop de Bryan Ferry. Les bouts de boa de la discothèque de votre frère aîné sur scène. Mais le plus intelligent chez Suede, c’est la manière dont cela rappelle le rock narcissique des années 1970 sans donner l’impression d’un groupe de cabaret revivaliste. C’est exagéré, mais avec goût. Adorable.

Le jeu de guitare électrique vieillot las et lié fait l’étalage d’une connaissance intime de la collection des pédales d’effet du copain de Bowie, Mick Ronson, mais ce sont des indices indés traditionnels au sein du bruit de fond et sur le plan vestimentaire, le glam est loin d’être exagéré. La vieille chemise à fanfreluches et pas une once de paillette en vue. Pastiche, ce n’est point. C’est plus découvrir ce qui reste quand on retire les américanismes de la Britpop. Ils ont retiré les Velvets, les Byrds, Big Star et les punks new yorkais ainsi que certainement le funk et ont inspecté le reste. Et ce qui reste à plus à voir avec la grâce que le bruit.

Suede n’écrira jamais de chanson intitulée One Love. Ses membres sont trop excités par leur propre perversité. Délicieusement égoïstes, ils ne font pas de rappel. Mais l’important a été dit. Ils vous laissent avec un sentiment qui n’a pas été satisfait. Que leur seul intérêt est d’afficher leurs défauts. C’est le retournement de la situation maître-serviteur, qui sert qui?, et c’est un petit exploit. Allez ressentez la grâce.

Roger Morton

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Singles

SUEDE – SINGLE DE LA SEMAINE
The Drowners
 Nude
Je déteste qu’on me dise quoi aimer. Alors toute cette blague de “Meilleur Nouveau groupe de Grande Bretagne”… Peu importe, j’ai trouvé un exemplaire, alors je reviens chez moi, cacao, crackers et pantoufles, je le flanque sur ma chaîne et je vois si ce groupe a ce qu’il faut.

Euh, c’est excellent. Je suspecte qu’après quelques disques/couvertures de magazine, je voudrais m’asseoir sur les petits visages suffisants de Suede jusqu’à ce qu’ils suffoquent, mais là maintenant, je veux gémir en chœur ces trois morceaux “j’ai rien à faire de ma vie” grotesques, mais excellents jusqu’à en être malade.
Jim Arundel MM, 2 mai 1992, page 31

SUEDE – SINGLE DE LA SEMAINE
Metal Mickey Nude

Brett aux membres extra-longs produit un deuxième classique en série. Quel est le charme ? Ce n’est pas tant la voix sifflante et visionnaire garantie à donner des cauchemars aux ingénieurs du son, ni les guitares fouettantes, ce sont les refrains. On a l’impression de les avoir entendus 100 fois quand c’est juste deux fois. Un jour, vous vous rappellerez quand vous les aurez vus pour la première fois, et vous jubilerez sur vos exemplaires usés des singles de Nude. Ou vous ferez quelque chose d’utile de votre vie.

Fait : à chaque fois que l’équipe du NME se tombe en pâmoison devant un groupe, j’ai des doutes parce que cela arrive toutes les semaines. Mais même moi, j’aime Suede.

Impossibles d’arrêter et créés sur mesure pour le succès, c’est comme s’ils étaient là, les jambes écartées, à attendre que les majors viennent leur péter le cul. Intéressez-vous à eux avant que cela n’arrive.
Ian McCann NME, 12 septembre 1992, page 18

Traduction – 24 avril 2006