Et ce sont les fous qui rient le plus fort. La montée et le déclin de Blur ont les nuances comiques de Reginald Perrin. Il y a deux ans, c’était les Charlots pétillants de la pop. There’s No Other Way et Bang étaient des tubes du Top 20 et Smash Hits était tombé raide dingue de leur bizzareté des Beaux Arts et leur charme aux yeux bleus de la classe moyenne. Graham portait des lunettes et un t-shirt de la fac d’Oxford. Damon a passé tout le temps d’une performance à Top Of The Pops à sourire comme un taré tout en s’agrippant à un jeune coq en carton de Kellogg’s. C’était bien trop beau.

Mais le meilleur, c’était qu’ils avaient trois membres cool. Alors que la plupart des groupes en avaient un (The Jam) et que certains en avaient parfois deux (les Kinks, les Smiths), Blur en avaient trois : Damon, Graham et le louche et allongé étudiant des Beaux Arts, Alex. Non seulement Alex était cool, mais encore mieux, il était énervant comme pas possible ; il a en fait dit une fois : “Le meilleur quand on est célèbre, c’est de ne jamais à avoir à lever la voix”. Eurk !

Comme ils ont rit quand Blur a été détourné sur une tournée avec The Jesus And Mary Chain, sorti un single brouillon et froid en Popscene et a commencé à traîner dans les clubs soûls et mal rasés. Ils ne pouvaient même pas user de leurs charmes pour entrer dans Syndrome. Et tout juste à temps pour la crise du deuxième album. Alors imaginez l’horreur quand For Tomorrow est arrivé, en mettant le bon côté de la vie en avant, tel un précurseur bêcheur d’une chose nommée Modern Life Is Rubbish. Ah ! Blur était de retour et l’énervant à la basse était aussi suffisant que jamais !

Premières impressions : cela paraît génial. Un train à vapeur passe en trombe sur la pochette, et à l’intérieur il y a un tableau (ouais, huile sur toile) des quatres dans leur dernière incarnation de skinheads au bols, écroulés sur les sièges d’un métro. Sur son intérieur en teck poli se trouvent les paroles. Mon Dieu. Blur n’est pas célèbre pour ses paroles. Dans le passé, Damon s’est vanté de ses, euh, talents de composer des paroles sur le champ; les résultats faisaient immanquablement passer les chansons de l’Eurovision pour de grandes œuvres de poésie.

Mais peu importe, cette fois elles sont principalement géniales et (gloups !) font toutes partie d’un concept album à peine voilé ! Car Modern Life Is Rubbish (à part la fin de la face 2) est un odyssée londonien bourré d’étranges banlieusards, de voyeurs et de rêves perdus ; d’ouvrir la fenêtre et de respirer l’essence. Et vous pouvez remballer vos idiotes comparaisons avec Suede. Les membres de Blur se sont réinventés dans l’image de leur jeunesse, maussade et suburbaine, tels des fantômes d’un temps quand on pouvait encore se faire battre avant le rassemblement scolaire pour avoir porté le mauvais badge. C’est The Village Green Preservation Society qui rentre chez lui pour trouver un parking à sa place.

Nous connaissons For TomorrowDriving In My Car de Madness avec une meilleure mélodie peut-être, mais il reste de la quintessence de Blur. Damon, éternellement ennuyé, ne s’arrête jamais de chanter et Graham fournit son accompagnement habituel de guitare immaculée. C’est un classique. Advert est un éclat d’ennui qui ronronne sûrement inspiré de leur période noire de tracas de maison de disques : “Un état nerveux ne s’accorde pas avec ça”Colin Zeal et Starshaped, pendant ce temps, sont des coups de patte hérissés aux effets abrutissants de la vie à l’air conditionné, de devenir un homme inconscient, installé au milieu de Everybodu’s Happy Nowadays des Buzzcocks. Blue Jeans, cependant, est sensass. Promenade acoustique au travers de l’Ouest londonien, elle capture Blur entre Portobello Road et les Smiths, et Damon, la garde baissée, qui confesse son rêve d’éternelle enfance pop star. “Ne penses pas que je m’en sors, je veux rester comme cela pour toujours”. Hommes adultes : vous allez pleurer. La face se termine de façon particulière avec Intermission, pince-fesses de piano-pub qui avance de façon déglinguée puis se fatigue dans les guitares et les batteries accélérées. Commentaire sur la vie anglaise qui perd sa fénéantise aux roues abrutissantes du commerce ? Ou des conneries de studio ? C’est vous qui décidez.

La face 2 commence bien. Sunday Sunday, c’est du Madness période Grey Day avec des guitares de mauvaise humeur, ronchon et aigres. Oily Water est à cran et soûle (“J’ai avalé trop d’eau graisseusse !”). À part Miss America (bécotage flou), les choses se terminent dramatiquement en queue de poisson. Villa Rosie est infesté par le côté dingue “s’il y a un trou, remplissons le” de Damon, alors que Turn It Up est tout simplement insensée. Gros et post-baggy, elle patauge grâce aux paroles (sans aucun doute) spontanées de Damon. “Kazoo, kazoo, tu m’appartiens !” Euh, ouais. Et quant à Resigned ? Croyez-moi, vous ne voulez pas savoir.

Pas de vraies surprises alors. Modern Life Is Rubbish a assez de défauts pour donner des cauchemars à un expert. Ce qui est génial dans cela, cependant, c’est que, à la différence de Ride et des Charlatans, dont les seconds albums rentrent à peine en boîtant dans la brèche, les membres de Blur ont enfilé à la hâte leurs vieux vêtements et sont entrés en trombe dans un No Man’s Land avec tous leurs armes flamboyantes. Qu’ils aient choisi d’embrasser un Londres adolescent si cher à leurs yeux est doublement bien. Blur énervent désormais énormément de gens : ils sont venus, ils ont vu, ils ont joué aux osselets. Blur sont des excentriques de la pop dans la même veine que Syd Barrett et Julian Cope, et s’ils ont fait une erreur, alors faites la fête – parfois elle est excellente. (7)

Paul Moody

Traduction – 10 décembre 2006