J.J. Abrams fait son Perdus dans l’espace

Si Mission: Impossible III a prouvé que nous pouvions au moins prendre J.J. Abrams au sérieux comme joueur sur grand écran, alors Star Trek – autre franchise aux racines cathodiques – lui a fait prendre pied fermement sur la liste A des réalisateurs. Pourtant les attentes étaient toujours relativement basses. D’un côté, les Trekkers doutaient qu’un matériel aussi sanctifié soit tripoté. Après tout, comme Leonard Nimoy l’a écrit une fois, Je Suis Spock (nos italiques), et anticipant que l’équipe de William Shatner deviendrait trop vieille finalement pour ce vaisseau, le camp de Gene Roddenberry, le créateur de Trek, n’a pas oser choisir d’autres acteurs, inventant à la place une Nouvelle Génération adorable et intello. D’un autre côté, les infidèles SF se demandaient pourquoi le créateur d’Alias et Lost – qui a confié qu’il n’a jamais été grand fan de la série originale – devait se préoccuper de bricoler avec ces bêtises raides de scouts dans l’espace ; et avec la distribution aux visages frais et l’idée vague (erronée) que ce serait une préquelle fondée sur la Starfleet Academy, tout semblait tourner en Beverly hills de velours. J.J. était, semble-t-il, destiné à soit aliéner la fanbase en rebootant de manière trop brusque, ou dégoûter les mômes cool en faisant une séquence pré-générique esclave du canon d’une longueur d’un long métrage. Foutu s’il le fait, et foutu s’il ne le fait pas. Et alors, eh bien, J.J. a prouvé qu’on ne doit jamais sous-estimer J.J. – que la damnation soit damnée.

Non seulement Star Trek, mis très tôt sur le tremplin des blockbusters 2009, est devenu le film d’été à battre, il n’a été égalé que par District 9, pas en termes de monstruosité de pêche à l’argent (384 millions $ de part le monde comparés aux terrifiants 710 millions $ de Transformers 2), alors certainement en respectabilité critique. Les Trekkers ont été, en gros, agréablement surpris, tandis que les incroyants ont été choqués de découvrir que non seulement ils aimaient un film Star Trek, mais ils y retournaient.

Le secret de J.J. ? Cela va plus en profondeur que juste booster l’action – pensant un peu plus Wars que Trek, comme il le dit – et remplacer les discussions imposantes de ruban de Möbius ou de philosophie vulcaine qui a juste les sourcils par une grande vitesse et des vannes. (Parfois il va un peu trop loin, mais on doit quand même applaudir une scène complètement hors sujet et inutile qui existe uniquement pour voir le James T. Kirk de Chris Pine poursuivi par des monstres sortis des planches à dessin de Cloverfield, et une autre dans laquelle le Sulu de John Cho saute en parachute et combat à l’épée dans une même séquence.) Cela va également plus loin qu’un distribution intelligente – trouver un clone de Nimoy avec du sex appeal injecté en Zachary Quinto, augmentant la standardiste cosmique Uhura via la forme chic de Zoe Saldana, et en quelque sorte faisant bien rentrer les formes peu plausibles de Karl Urban et Simon Pegg dans Bones et Scotty respectivement.

La victoire de Trek remonte à ce dilemme central “Cap ou pas cap” qu’a dû affronter Abrams à la genèse : aller en terre brûlée avec l’original, ou fabriquer de la chair à canon ? Lui, avec les scénaristes Roberto Orci et Alex Kurtzman, a finalement trouvé la réponse dans un petit bout important de la tradition Trek, lié à l’excellente suite de 1982, la Colère de Khan, et rejouée au début du film. L’un des tests les plus durs de Starfleet est le scénario Kobayashi Maru qui pose en principe une situation sans issue. Foutu si vous êtes cap et foutu si vous n’êtes pas cap. Kirk, nous dit-on, est le seul cadet à l’avoir réussi. Comment ? Eh bien, il triche. Que la damnation soit damnée. il reprogramme le système de simulation de Starfleet et le reconfigure à son propre goût. Ajoutez à cela l’établissement du concept d’univers parallèles au sein de la propre mythologie SF de Trek, et J.J. avait sa réponse brillante – la triche.

Dans sa propre manœuvre Kobayashi Maru, il a pris l’univers principal de Roddenberry et puis – grâce à un bout de pagaille de voyage dans le temps sournois provoqué par Nero, le Romulien aux tendances de Vogon de Eric Bana, et son vaisseau-perceuse géant du futur – a créé sa propre branche, une où il pouvait se libérer entièrement du problème créatif et dramatique du public sachant où cet opéra spatial sur rails allait ultimativement se terminer (quelque chose qui a assailli les récentes préquelles Star Wars), tout en dépouillant sans la moindre gêne la création de Roddenberry de son caractère enjoué des années 1960 et lui donnant un nouvel état d’esprit post-11 septembre en élevant les intérêts personnels avec un cataclysme au milieu de l’intrigue.

De plus – et c’est vraiment la partie la plus douce – il rend ses personnages conscients que leurs destinées ont été changées, que leur univers n’est pas comme il devrait l’être ; la ruse de l’intrigue formant ainsi le cœur du développement des personnages. C’est souligné par la présence même physique – et chaudement rassurante – du Spock de Leonard Nimoy, aspiré de la branche principale dans la folle de J.J.. Il est certain, quand lui et Quinto-Spock, ce jeune demi-Vulcain en colère, se rencontrent, il y a un clin d’œil gag à propos d’être désormais capable d’être à deux endroits en même temps. Mais l’allusion est plus nerveuse : Quinto-Spock ne deviendra jamais Nimoy-Spock, tout comme Pine-Kirk ne deviendra jamais Shat-Kirk. Les choses ont changé. Et, nous pourrions avancer, fondé sur la preuve du reboot d’Abrams, elles ont changé pour le meilleur. Encore une fois, nous allons audacieusement là où personne n’est allé avant…

BONUS DVD : Malheureusement, aucun disque fini n’était disponible avant que Empire parte à la presse, mais nous pouvons vous dire que l’édition normale comprend un commentaire d’Abrams, des scénaristes Orci et Furtzman plus d’autres producteurs, un documentaire soigné sur comment J.J. a trouvé sa grande Nouvelle Vision, et un bêtisier habituel. Tandis que l’édition collector ajoute des scènes coupées, plus divers documentaires sur le processus d’écriture, la distribution et la musique de Michael Giacchino.

Dan Jolin

Film 4/5

Traduction – 23 juin 2013