Alias Deux flics à Chicago

Le petit écran pourrait être la planque parfaite pour l’exploration irrésistible et romantique d’une manière inattendue des derniers mois de vie du gangster notoire John Dillinger par Michael Mann. Non seulement il rend immédiatement le drame, qui est en grande partie confiné aux bars clandestins, prisons et hôtels, plus intimes et immersifs, mais cela retire une difficulté majeure pour certains. La décision de Mann d’utiliser des caméras numériques a résulté dans des scènes d’action qui flamboyaient et crépitaient et des compositions de Dante Spinotti somptueuses et époustouflantes qui semblaient si réelles et dans le moment que parfois on aurait dit que l’écran du cinéma a été retiré et remplacé par une fenêtre, mais certaines scènes étaient marquées par un flou pixelisé occasionnel du mouvement de caméra qui perturbait la vraisemblance durement gagné du film. Sur un écran de 12 mètres, cet effet était plus remarquable ; sur la télé ou l’écran d’ordinateur, on le remarque à peine.

Ceux qui s’attendaient à une redite d’époque de Heat auraient dû être avertis par l’affiche sous le titre donné au personnage de Christian Bale, l’agent du FBI tenace et austère, Melvin Purvis, l’homme chargé de traquer Dillinger, joué par Johnny Depp, situé au-dessus du titre. Mann s’intéresse moins ici à examiner les deux faces de la pièce flics contre criminels qu’ils se focalise sur Dillinger. Il n’est pas difficile de voir pourquoi – Dillinger est un perfectionniste obsessif et dangereux à l’âme agitée ; en gros, il est tout ce que Mann veut chez un leader, et Depp fait passer ce clinquant de Jack Sparrow, mais pas son charisme naturel, pour le minimiser à la perfection.

Partout ailleurs, il y a beaucoup de choses à admirer, de l’épuisante séquence de fusillade de Little Bohemia, aux prestations d’acteurs supernova secondaires de personnes comme Stephen Graham, Billy Crudrup et, en particulier, Marion Cotillard, qui apporte une vraie chaleur à son rôle de copine de Dillinger, Billie Frechette. Tout comme le dernier film de Mann, le sous-estimé de manière criminelle Deux flics à Miami, prenait un détour dans la vie amoureuse torturée de Sonny Crockett, Public Enemies est à son plus affectueux durant les scènes entre Depp et Cotillard en tant que deux amants qui savent que le sable de leur sablier va bientôt s’écouler. Ce n’est pas le meilleur film de Mann, mais il est là et, étant donné la compétition, c’est déjà très bien.

BONUS DVD : Le commentaire de Mann est fantastique, un flot non-stop de fond sur les événements de la vraie vie qui mènent au film, ses expériences à travailler avec ale et Depp, et les aspects les plus profonds du film, dont la psychologie des personnages et de l’époque – le tout prononcé dans l’accent nasal de Chicago de Mann, les références aux mitraillettes (à un moment, il compare l’équipe de Dillinger à celle d’une F1 Ferrari) qui déferlent comme des balles. Si vous n’êtes pas expert de l’époque Dillinger avant le commentaire, vous le serez après. Et puis il y a les documentaires décents, qui choisissent de se concentrer sur la relation entre Purvis et Dillinger (dont les images nettes de la rencontre de Christian Bale avec les fils de Purvis, et obtenant leur approbation), et un mini-documentaire de 20 minutes sur Mann. Tout va bien, mais le “making of” définitif de Mann demeure élusif.

Chris Hewitt

Film 4/5 Bonus 4/5

Traduction – 30 juin 2013