Tel Chiriro, le dixième long-métrage de Pixar va vous faire voyager…

SORTIE LE 9 octobre
TOUS PUBLICS
RÉALISATEURS/SCÉNARISTES Pete Docter, Bob Peterson
AVEC Ed Asner, Christopher Plummer, Jordan Nagai (voix)
DURÉE 102 min.
SYNOPSIS Inspiré par son héro d’enfance, l’aventurier Charles F. Muntz (Plmmer), et les souhaits de sa regrettée femme Ellie, l’octogénaire Carl Friedricksen (Asner) utilise une grappe de ballons pour faire voler sa maison vers la jungle des Chutes du Paradis. Son problème commence quand il découvre un passager clandestin, le scout Russel (Nagai).

En 1982, Werner Herzog a fait Fitzcarraldo, l’histoire d’un Irlandais trop zélé (le cinglé de Klaus Kinski) qui, dans sa quête d’amener l’opéra dans la jungle sud-américaine, tire un énorme bateau à vapeur par dessus une montagne. film d’action épique et visionnaire, une tranche de vie jamais répétée, c’est aussi une référence peu probable d’un film d’animation, qui sont habituellement poussés par des groupes de consommateurs et le besoin de se retrouver dans les jouets des Happy Meals. Comme FitzcarraldoLà-Haut, le dixième long-métrage de Pixar, tranche de génie, est poussé par un personnage principal tenace qui tire sa maison dans la jungle, une véritable largeur cinématique et un sens de l’émerveillement devant à la fois la nature et le fardeau des rêves. Contrairement à FitzcarraldoLà-Haut vous brisera le cœur durant les cinq premières minutes, se vante de posséder des chiens aux voix haut perchées qui volent la vedette et comprend un oiseau exotique rare nommé Kevin. Herzog a raté un truc ici. Un oiseau nommé Kevin aurait fait des merveilles pour le box office de Fitzcarraldo.

Si la vision traditionnelle de l’animation est celle de nourriture ciblant les gamins avec une dose de ruse adulte passée en douce entre les couleurs primaires, les frissons et les chutes, Pixar semble travailler avec des principes opposés. Même selon ses propre standards, Là-Haut étend les limites de ce qui est permis dans les histoires de l’animation de grand public. Malgré toute l’abstraction muette de Wall•E, il possédait quand même des signes extérieurs SF, des vaisseaux spatiaux rapides comme l’éclair et des acolytes robotiques mignons. Ici, le traitement et l’image sont encore plus bizarres. C’est une étude de personnage sur un vieux con acariâtre. C’est un buddy movie dans lequel les amis ont 70 ans d’écart. C’est une histoire d’amour où l’amour transcende la mort.

Là-Haut révèle également une rétro-lecture intéressante des précédents héros de Pixar, redistribuant les principaux comme des personnes coincées dans une routine et cherchant une manière de sortie de leur statut-quo : les fainéants qui travaillent en usine de Monstres et compagnie, opprimés par le besoin de récolter les cris des enfants ; les superhéros obsolètes des Indestructibles abandonnés dans la médiocrité de banlieue ; le rat d’égout qui rêve d’une cuisine 5 étoiles dans Ratatouille ; le robot compacteur d’ordures de Wall•E qui désire ardemment la vie (et l’amour) au-delà des poubelles. Dans le cas de Là-Haut, le héro, Carl Fredricksen, est litéralement attaché à sa maison, la tirant dans d’exotiques paysages sud-américains, mais en réalité, il est attaché à ses souvenirs d’une vie d’autrefois. C’est cela qui donne aux frisson grand public du très lourd poids émotionnel.

Avec FitzcarraldoLà-Haut partage aussi des traces de Chaplin, The Station Agentle Magicien d’Ozla Vie est belleMonsieur SchmidtGran Torino et Hitchcock, alors étant donné son melting pot affectueux d’influences cinématographiques, il est peut-être approprié que le film commence par un petit garçon assis en extase devant les images clignotantes sur un écran de cinéma. Carl Fredricksen, les yeux grands ouverts derrière ses lunettes d’aviateur, est scotché devant les exploits de l’explorateur intrépide Charles Muntz, détaillé dans un faux film d’actualités des années 1930 monté avec amour, articulant silencieusement le slogan de Muntz, “l’aventure est là-haut !” Ce milieu des années 1930 pèse lourd : tout le film est nourri de cet esprit de cette décennie de bravoure, le frisson de vénération d’héro et le sens que le monde est une énorme cour de récréation qui attend d’être exploré. Tandis que Carl quitte le cinéma, il imagine le narrateur du film d’actualités qui décrit son trajet vers chez lui comme une grande aventure, son imagination transformant le passage de craquements dans le trottoir en sauts au-dessus de ravins les plus larges. C’est une jolie fioriture qui reconnaît l’importance des rêves (endormis ou éveillés) au sein du quotidien sans verser une seule fois dans les âneries sentimentales et mielleuses.

Sur le chemin, Carl rencontre la fan de Muntz et aventurière en herbe Ellie (qui ressemble à la petite sœur de Helen Parr des Indestructibles), et ce qui suit est l’histoire d’amour le plus poétique et de toute beauté de l’année. Tandis que les rêves du couple d’aller dans des endroits lointains sont remis en question par la réalité de la vie de tous les jours, Docter et Peterson fournissent des clichés de la vie mariée, une sorte de Noces rebelles sans les cris sévères, qui documentent avec émotion les petits triomphes (transformer une maison délabrée en maison de rêves technicolor) et les catastrophes terribles (la triste découverte d’Ellie à l’hôpital) qui constituent la vie. C’est un bout parfait de narration simple si lucide et émouvant que si vous quittiez le film à ce moment, vous vous sentirez satisfait que vous avez eu la monnaie de votre pièce.

Pourtant, heureusement, Là-Haut a beaucoup d’autres surprises dans son placard. Ressemblant à une version coincée de Spencer Tracy période Devine qui vient dîner ?, le vieil homme Carl (voix de Ed Asner), retiré de la vie et face à l’expulsion de son nid d’amour chéri, trouve un plan pour accomplir finalement ses rêves de longue date. Vendeur de ballons toute sa vie, le courageux retraité attache son inventaire à sa maison, envolant lui-même, sa maison et le film vers une zone entièrement différente d’imprévisibilité. La première surprise, c’est que Carl n’est pas seul : un explorateur bosseur nommé Russell, désespéré d’obtenir son badge “Aide aux personnes âgées”, voyage clandestinement sur le porche de Carl. Russell peut se vanter de posséder plus de bonne humeur que tous les ballons du vieillard rassemblés, et sa relation avec Carl est tendrement gravée. L’arc du dédain initial de Carl à l’amitié mutuelle du duo et sa dépendance peut être évidente, mais le lien ne paraît jamais forcé.

Ce que cette deuxième phase de Là-Haut n’a pas, c’est le genre de complots tendus qui fait chanter le meilleur de Pixar (il a aussi l’un des plus faibles méchants du studio), mais son approche plus libre livre de vrais délices. Il y a une dispute avec la nature sauvage colorée : l’oiseau rare exotique que Russell surnomme Kevin sort tout droit de la palette de Chuck Jones, version cadet de l’espace du Coyotte ; dans un geste de génie, une meute de chiens à la poursuite de l’oiseau peuvent vocaliser leurs pensées intérieures et obsessions via leurs colliers électroniques. Le meilleur de ce groupe, c’est Doug (interprété de manière hilarante par le co-réalisateur Peterson), clébard intello maladroit et attachant. Là-Haut livre aussi les meilleures séquences d’action de la saison : fuite des chiens baveurs et un troisième acte pétrifiant avec un combat aérien impliquant un zeppelin sont parfaitement réalisées, séquences de virtuose où on peut effectivement dire qui poursuit qui. La plupart des films d’animation bombardent les spectateurs de surcharge sensorielle et voit ce qui tient, mais Là-Haut a une approche plus classique. Des blagues subtiles – soyez à l’affût de la critique voilée des tableaux Dogs Playing Poker de C.M. Coolidge – à une palette de couleurs qui passent joliment des tons voilés de la maison de Carl à l’explosion de nuances des Chutes du Paradis, à la musique jolie et ingénieuse de Michael Giacchino, c’est du cinéma raffiné selon tous les standards. Ça et là, Docter et Peterson délivrent de la bravoure en 3D – la profondeur de champ dans un coucher de soleil dans la jungle, ou Russell qui se balance vers la caméra sur une code – mais pour la majeure partie, ils sont admirablement restreints. C’est parce qu’ils ont d’autres chats plus gros à fouetter. Là-Haut n’a pas besoin de bidules en 3D parce que, ironiquement, il est enraciné dans des fondations solides. Malgré ses penchants fantastiques, Là-Haut est ce rare film d’animation qui voit le monde pour de vrai. Sa douleur semble réelle et ses joies semblent méritées. Ce peut être une évidence, mais cela élève Là-Haut dans une classe de lui même de toute beauté.

Ian Freer

VERDICT

S’il avait été à la hauteur de ses cinq premières minutes en or, Là-Haut aurait été le film de la décennie. Dans l’état actuel des choses, il reste le meilleur film d’animation de 2009, argument marrant, émouvant et merveilleusement fait que les rêveurs peuvent déplacer des montagnes.

4/5

POUR ALLER PLUS LOIN

John Ratzenberger, favori de chez Pixar, prête sa voix à un contremaître de construction qui démolit la maison de Carl.

Charles Muntz est nommé d’après Charles Mintz, producteur d’Universal, qui a volé les droits du dessin animé de Disney, Oswald le lapin chanceux.

Soyez à l’affût de la lampe Luxo du logo Pixar – elle apparaît sur les flacons de pilules sur la table de chevet de Carl.

Et gardez les ouverts pour le van Pizza Planet de Toy Story, visible alors que la maison s’élève dans les cieux.

Traduction – 6 juillet 2013