Tout le monde acclame le film que nous ne pensions jamais voir.

SORTIE le 16 octobre
DÉCONSEILLÉ aux moins de 12 ans
RÉALISATEUR Terry Gilliam
AVEC Heath Ledger, Lily Cole, Andrew Garfield, Christopher Plummer
SCÉNARISTES Terry Gilliam, Charles McKeown
DURÉE 123 min.
SYNOPSIS Le Docteur Parnassus (Plummer) mène une troupe de théâtre itinérante à une différence près : ils transportent le public dans un domaine de merveilles étranges. Mais il risque de perdre l’âme de sa fille dans un pari avec le diable que le nouveau venu Tony (Ledger) pourrait aider ou gêner.

Le dernier film de Terry Gilliam porte un fardeau injuste. Là où avant on aurait pu simplement s’en souvenir comme le film le plus imaginatif et charmant du réalisateur depuis un moment, il est désormais vu avec des yeux plus sérieux, étant donné qu’il contient la dernière performance de Heath Ledger (ou du moins ce qui a été capturé de sa dernière performance, avant qu’il ne meure tristement en pleine production). Il a été sellé d’une pression d’être Quelque Chose de Spécial.

On se sent presque engagé de dire que la performance de Ledger est extraordinaire, un dernier aperçu saisi d’un grand futur frappant sa démarche confiante, mais ce serait déloyal. Ce n’est pas une critique de Ledger de dire qu’elle n’est pas extraordinaire, parce que ce n’est pas un rôle extraordinaire. Il fait partie d’un ensemble, ni plus ou moins intéressant que ceux qui l’entourent. En tant que Tony, jeune homme louche qui souffre d’amnésie après avoir été sauvé du suicide par les étranges mais gentils joueurs de Parnassus, Ledger est très bon – tout en grimaces de Jack Sparrow et en blagues de Chuck Jones. Mais il serait erroné de le comparer à son travail superlatif dans le Secret de Brokeback Mountain ou The Dark Knight. C’est l’un de ces rôles qui servira d’épitaphe ; c’est le point final. Ce sont, cependant, deux autres parties de cette troupe qui valent la peine d’être remarquées.

Les relativement nouveaux venus Lily Cole et Andrew Gardfield donnent des performances qui attirent l’attention en tant que, respectivement, la file de l’ancien showman qui est transformée en prix dans une affaire avec le diable, et l’acteur qui l’aime. Nous avons précédemment vu Garfield briller dramatiquement dans Lions et Agneaux et The Red Riding Trilogy, mais ici il montre quelque chose de nouveau : la capacité d’être à la fois bizarre et crédible en tant que messager de l’étrange monde de Parnassus. Tous ceux qui recherchent le prochain meilleur acteur de Grande-Bretagne ne doivent plus chercher loin. Cole, tout aussi, défie toutes les règles de la mannequin reconvertie en actrice en n’étant pas juste bonne étant donné la situation mais une nouvelle présence à l’écran véritablement intrigante, passant de douce à sensuelle en un clin d’œil. Dans un film où le sens n’est délibérément pas une denrée rare, ils donnent quelque chose de réel et de sincère à croire.

Cependant, la véritable star ici, c’est Gilliam. Parnassus n’est pas un succès total – une tempête d’imagination se transforme en une bruine légèrement décevante à la fin – mais c’est un exploit de mise en scène à applaudir. Perdre un de ses principaux acteurs en plein milieu du tournage et puis avoir l’intelligence créative de réorganiser le film d’une manière qu’il soit toujours compréhensible – du moins dans toute sa surréalité – montre le genre de ténacité bizarre qui a rendu Gilliam si intéressant avant des années de malchance et de mauvais studios ne semblait l’avoir épuisé. C’est tout à son honneur distinct qu’il est difficile de voir comment cela aurait fonctionné différemment si Ledger avait joué tout le rôle. Il est possible que le film aurait été moins bon. Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell jouent brièvement Tony quand il entre dans le pays des merveilles en perpétuel changement de l’Imaginarium, renforçant son allure spectrale où tout peut arriver tout en suggérant aussi que Tony est un homme qui n’est pas tout ce qu’il paraît. C’est un truc stylistique né de la tragédie, mais c’est l’un des points les plus forts de l’histoire.

Et si le dynamisme de Gilliam de finir Parnassus était dû à un désir de rendre hommage à sa star, alors il a rendu son ami fier, non pas en mettant Ledger en vedette, mais en tenant tant à l’histoire en tant qu’entité qu’il a réveillé quelque chose en lui et produit son œuvre la plus intéressante depuis plus de dix ans.

Olly Richards

VERDICT Il y a des flashs palpitants de Gilliam de retour en grande forme ici. Film morcelé avec plus d’idées qu’il ne peut en contrôler, mais né d’une passion et d’une détermination qui sont entièrement contagieuses.

3/5

POUR ALLER PLUS LOIN

Depp, Law et Farrell ont tous donné leur cachet à la fille de Ledger, Mathilda.

Gilliam et McKeown ont collaboré ensemble pour la dernière fois sur les Aventures du baron de Münchhausen.

Gilliam a commencé à créer le film en fouillant dans ses archives d’idées non utilisées.

Selon Gilliam, la dernière réplique qu’ait prononcé Ledger sur le film était “Don’t shoot the messenger”, qu’il a improvisée. Sans le savoir, Depp a plus tard improvisé la même réplique.

Traduction – 10 août 2013