Le fils voué à l’échec du post-punk

La première fois que j’ai vu Ian Curtis, c’était à l’Electric Circus [le club punk de Manchester] en 1977. Il avait le mot “HATE” écrit au dos de sa grosse veste. C’était de l’adhésif blanc repositionnable alors il pouvait l’enlever pour travailler et le remettre pour sortir. Il y avait un petit noyau de personnes à Manchester qui allaient à tous les concerts punks. J’en faisais partie et Ian aussi. Alors c’était logique qu’on finisse par se parler.

Nos premières répétitions [en tant que Warsaw] sonnaient comme une voiture qui rentrait dans un mur. Je ne savais pas quel merveilleux chanteur Ian était à l’époque, parce que je ne pouvais l’entendre. C’est venu plus tard, après qu’on soit devenu Joy Division et qu’on ait enregistré Unknown Pleasures [le premier album de 1979]. J’étais derrière la console de mixage et je pouvais entendre Ian clairement pour la première fois. C’était l’un des moments les plus agréables de ma vie. J’adorais le mec, alors je m’en foutais s’il chantait de la merde. Découvrir qu’il chantait des paroles qui allait changer le monde jusqu’à 30 ans plus tard était un bonus merveilleux.

Si tu parles à la femme de Ian, Debbie, elle dirait qu’on l’a ruiné. Mais Ian était trop sympa pour être loubard. Il dansait et agissait de manière agressive, mais ce n’était pas une personne agressive au fond. C’était quelqu’un qui aimait faire plaisir aux gens. S’il voyait quelqu’un triste ou perdu, il allait l’aider. Il devenu une grande éducation pour moi et Bernard. Il nous a donné des livres de Burroughs et Kerouac et des albums de Kraftwerk, des albums de Kraftwerk, des Doors et de Iggy Pop. Un prof fantastique.

À chaque fois qu’on en avait ras le bol que Joy Division stagne, Ian était le premier au téléphone en disant, “Allez, on peut le faire”. Mais tout a changé après qu’on ait joué au Hope & Anchor de Londres [le 27 décembre 1978]. Sur le retour, Ian a fait une crise d’épilepsie. C’était un énorme tournant. C’était horrible parce qu’il détestait ça, en pensant qu’il nous laissait tomber. Mais on ne pouvait y échapper. Je me suis assis des heures à tenir sa langue pendant ses crises, à m’occuper de lui. On devait, il faisait partie de l’équipe.

On était reconnaissants du fait qu’Ian ait essayé de continuer, mais parfois j’aurais aimé qu’on en parle plus avec lui. On ne voulait pas retourner le couteau dans la plaie en parlant de sa maladie tout le temps. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était le cajoler en espérant qu’il se calme, mais à chaque fois que quelqu’un lui disait ça, il faisait l’opposé. C’était son propre pire ennemi à cet égard.

Je n’ai pas été surpris quand Ian a commencé à avoir une liaison avec Annik [Honoré]. Quand on a rencontré Annik, on a tous essayé de coucher avec elle. Quand on en est venus à enregistrer le deuxième album de Joy Division, Closer, Annik était là tout le temps, alors le groupe est devenu un camp séparé en deux. Notre réaction a été de se foutre d’eux. Alors il y avait de la colère et de la frustration, mais au bout du compte, on s’inquiétait juste pour lui et on ne savait pas quoi faire. Il avait déjà fait une overdose. Puis une autre fois, il s’est tailladé alors qu’il était bourré. Il est venu aux répétitions avec toutes ces coupures sur lui. C’était un cas d’école d’appel à l’aide, mais aucun de nous n’était assez grand ou sage piur dire, “le mec est allé trop loin”. Moi, le premier, je ne pouvais m’en occuper alors j’ai choisi d’ignorer ces avertissements.

* * *

La dernière fois que j’ai vu Ian est toujours vive dans mon esprit. On rentrait de répétition dans cette vieille Mk X Jag que j’avais. Je le déposais chez ses parents. Ian était vraiment excité parce que deux jours après on allait tourner aux États-Unis pour la première fois. Je ne me souviens pas de la dernière chose qu’il m’ait dit, mais il était de très bonne humeur. C’était le samedi soir à 17 heures. Après que je l’ai déposé, il a littéralement fait son sac et est allé à Macclesfield. C’était le 18 mai 1980, le soir où il s’est tué. Je me demande toujours ce qui aurait pu arriver si on était allés aux États-Unis. Aurait-on été aussi gros que U2 ? Aurait-il été plus heureux ? Aurait-il survécu ?

C’est le dimanche après-midi que j’ai reçu l’appel. C’était un policier. Il essayait de joindre notre manager, Rob Gretton, mais m’a appelé à la place. J’étais en plein déjeuner du dimanche. J’ai raccroché et ma femme a dit, “C’était qui ?” J’ai répondu, “C’est Ian. Il s’est tué”. Puis je me suis rassis et j’ai continué à manger, le calme plat. Mon cerveau ne comprenait pas l’énormité de ça. Puis rob m’a appelé plus tard. et c’est là que je me suis complètement effondré.

L’un de mes plus grands regrets, c’est que je n’ai jamais dit au-revoir à Ian. Son corps a été exposé avant les funérailles. J’avais trop peur d’aller voir. Ne pas aller aux funérailles semblaient être la bonne chose à faire à l’époque, mais je le regrette toute ma ie. je pense que je me sentais coupable aussi. aurais-je pu l’arrêter ? Si seulement j’étais resté avec lui ce samedi soir au lieu de le déposer et de rentrer… Mais il n’y a absolument rien qu’on puisse y faire.

Je vis toujours avec Ian Curtis tous les jours. À chaque fois que je sors mixer, je joue toujours des chansons de Joy Division. Les gens me posent toujours des questions sur Ian. Ma maison est remplie de photos et de souvenirs de Ian et Joy Division. Je suis absolument ravi quand tous ces nouveaux groupes sont comparés à nous. Toujours “ressemble à” ou “Influencé par”, mais jamais jamais “meilleur que”. À chaque fois que j’entends ou lis quelque chose comme ça, je souris un peu, lève les yeux au ciel et dit “Et voilà Ian”. Où qu’il soit, j’espère juste qu’il est heureux.

Peter Hook est l’ancien bassiste de Joy Division et de New Order. Le biopic de Ian, Control, sort le 5 octobre au cinéma.

Traduction – 6 septembre 2013

Peter Cook