Roald Dahl dans le style des Furets.com

SORTIE le 28 octobre
TOUS PUBLICS
RÉALISATEUR Wes Anderson
AVEC LES VOIX DE George Clooney, Meryl Streep, Bill Murray, Jason Schwartzman
SCÉNARISTES Wes Anderson, Noah Baumbach
DURÉE 90 min.
SYNOPSIS M. Fox (Clooney), renard avec une haute opinion de lui-même, lutte pour mettre de côté ses habitudes de voleur de poules et s’installer dans sa vie de famille. Quand un trio de fermiers méchants s’installe dans ses bois, la tentation de montrer combien il est fantastique s’avère trop grande…

Dans cette époque de réalisme photo du fantastique et de jolis paysages de stop-motion réalisés avec précision, c’est bizarrement gratifiant de trouver que Wes Anderson, dans sa première aventure solo dans l’univers animé, ne veut pas en entendre parler. Il est toujours occupé à creuser son sillon indé ironique, seulement maintenant sous la forme de renards miniatures d’aspect caoutchouteux.

Bien sûr, Anderson s’est essayé à l’animation excentrique auparavant – ces scénettes en eau profonde dans la Vie aquatique faisant allusion à une appréciation des marionnettes, et il y a une patine stop-motion dans ses explorations du monde réel, des films si relaxés qu’ils auraient pu être réalisés image par image. Alors nous ne devrions pas être surpris que le réalisateur ait abandonné les acteurs humains pou des animaux en cure-pipe, ni que le résultat soit si idiosyncrasique, charmant et marrant.

Cette fusion inattendue du fableur anglais chatouilleux et de l’humble cinéaste texan paraît sensée. Tout en restant la morale caustique de Roald Dahl sur un renard vaniteux, c’est aussi manifestement l’un des odes doux d’Anderson aux familles cinglées de névrosés et crétins. Des pères pompeux, une progéniture dysfonctionnelle, et des voisins empotés : toute la gamme d’excentriques rendue dans un stop-motion lo-fi à peine un cran ou deux au-dessus de l’œuvre du maestro de Clangers Oliver Postgate de la télé britannique des années 1970. Malgré la contradiction des voix américaines, une telle familiarité Bagpuss lui accorde un côté salon de thé anglais qui convient parfaitement à Dahl. De là, c’est une adaptation libérale en la famille Tenenbaum à fourrure.

L’histoire commence et se termine avec l’incapacité de M. Fox de se caser tandis qu’il – enrôlant son imbécile de meilleur ami, Rickity (un opossum) – complote une série de raids stupides sur les fermiers voisins Boggins, Bunce et Bean (la description chantée en chœur de Dahl, “un petit, un gros, un maigre”, est visualisée avec un panache méchant). La conséquence, entre autres, est que M. Fox perdra sa queue (une vraie entaille dans son image renard de la haute) et la communauté animale locale perdra sa communauté. Pendant ce temps, et voici le truc de Wes, il ne peut non plus se lier à son fils chétif et égocentrique, Ash (Jason Schwartzman), situation exacerbée par l’arrivée du cousin de Ash, premier de la classe en sport, renardes et, il s’avère, vol de poules.

Un tel délice de narration ne vient pas sans l’exactitude de l’animation, même si elle possède une certaine lueur psychédélique, mais comment elle transmet sournoisement du caractère, de l’humour et, comme le Yorkshire zinzin de Nick Park, une version déviante de la vie moderne.

Grâce à la ruse du réalisateur et de ses animateurs, la sténographie raccords apparents possède une splendeur de petite nuance, comme la lueur suspecte des cigarettes clouées au bec de Bean (Michael Gambon), ou un truc amusant d’yeux qui passent de perles noires à billes blanches barbouillées de spirales perplexes. Il y a un sublime mariage ici de scénario et de technique. Le M. Fox de George Clooney est mielleux à la fois dans l’élocution tranquille de l’acteur de la crise de la cinquantaine et en texture soyeuse, tandis que la Mme Fox de Meryl Streep a une douceur à la fois dans sa manière de soupirer à propos d’un mariage malchanceux et dans sa fourrure couleur orangeade qui s’hérisse quand la vantardise de son mari mène cette ménagerie d’acteurs refusés pour le Vent dans les saules dans une succession de pétrins. Il peut être léger comme une plume (une qualité chère à Anderson et fâcheux pour les puristes de Dahl, mais pour un film d’apparence aussi barjot, cela fonctionne comme un charme.

Ian Nathan

VERDICT Véritablement original : une adaptation idiote, hilarante et bizarrement profonde pour les adultes étant restés enfants.

4/5

POUR ALLER PLUS LOIN

Inclus dans la distribution vocale se trouve le réalisateur du Fils de Rambow, Garth Jennings, dans le rôle du fils roux de Bean.

Et jouant du banjo en chantant au nom des fermiers se trouve Petey, alias Jarvis Cocker.

Le village pittoresque du film est fondé sur Great Missenden dans le Buckinghamshire où l’auteur Roald Dahl a effectivement vécu.

Traduction – 7 septembre 2013