À propos de James Bond, la mort par une Ford Anglia et avoir la plus grande télé de Wellington…

RICHARD TAYLOR (co-fondateur, Weta) : Un jour, Tania (Rodger, co-fondatrice) et moi, on a entendu parler de ce gars de Pukerua Bay, qui faisait un film gore SF dans sa cave. On voulait vraiment le rencontrer.

COSTA BOTES (co-réalisateur, Fogotten Silver) : Peter a commencé à tourner des films à 8 ans. Un an après notre rencontre, il m’a montré une parodie de Bond intitulée Coldfinger qu’il avait faite à 15 ou 16 ans. Il avait copié le montage de Au service secret de Sa Majesté. Et il jouait James Bond lui-même. J’ai pensé, “C’est troublant – il ressemble vraiment à Sean Connery”. Il n’y avait pas de James Bond Girl dedans. Je ne pense pas que les filles s’approchaient de lui à l’époque !

TAYLOR : Il s’est avéré que ce film SF s’appelait Bad Taste. Il cuisait de la mousse de latex dans le four de sa mère. Ses parents étaient des personnes très bienveillantes. Imperturbables.

CAMERON CHITTOCK (Alien de troisième classe, Bad Taste) : Le film a pris quatre ans. Peter était le caméraman, il a fait les costumes, il était acteur, il a fait tous les effets spéciaux. Et c’était excellent ! On se levait à 7 heures du matin, on jetait les marionnettes dans son van Morris Minor, puis on se dirigeait vers le boucher pour prendre du sang, des tripes et de la cervelle.

BOTES : J’avais une attitude assez snob envers le gore, mais Peter m’a montré le côté marrant. Je pouvais voir le Buster Keaton dans ce qu’il faisait, le Charlot de ça. Il était très bon pour trouver l’humour dans l’anxiété. Il m’a donné un choix de mort : démembrement par tronçonneuse, ou être déchiré en deux par une Ford Anglia. J’ai pris la Ford Anglia.

JAMIE SELKIRK (monteur, Bad Taste à King Kong) : Peter et moi, on a fait tous les effets sonores nous-mêmes. On mélangeait du yaourt avec des légumes et on aspirait ça. Il a même gravé les flashs des flingues à la main sur la pellicule.

TAYLOR : Il faisait Bad Taste le weekend, parce qu’il devait travailler toute la semaine pour pouvoir se le payer. De lundi à vendredi, il travaillait pour notre journal local comme lithographe photo.

BOTES : Je me souviens qu’il m’avait dit qu’il avait quitté l’école à 15 ans parce qu’il avait vu une annonce dans le journal avec le mot “film” dans le titre. Il s’est avéré être un boulot dans le département d’imprimerie de l’Evening Post, à travailler avec tous ces vieux processus qui sont désormais défunts. Alors je dirais que le cinéma l’a sauvé. Il n’avait aucun avenir dans ça.

TAYLOR : Quand il ne travaillait pas, on jouait au softball sur la plage les soirs d’été, ou on s’asseyait à lire de vieux numéros de Cinefantastique. Il parlait de son espoir de rencontrer Ray Harryhausen.

BOTES : Je l’ai rencontré sur Worzel Gummidge. Il était depuis assez longtemps sur Bad Taste, mais il avait rencontré l’accessoiriste, Paul, à une fête, et je pense qu’il faisait du racolage pour avoir un peu de boulot. Son grand effet pyrotechnique était une poupée vaudou qui s’enflammait.

BRUCE PHILLIPS (The Crowman, Worzel Gummidge Down Under) : Il n’est venu que pour un épisode, comme gars des effets spéciaux. C’était le cinquième épisode de la saison 2, intitulé Bulbous Cauliflower, qui a été écrit par Fran Walsh. Je devine que c’est là où ils se sont rencontrés pour la première fois. Peter y était aussi dans deux scènes à jouer un entrepreneur qui venait vaporiser du DDT, ce qui a abîmé gravement l’un des épouvantails. Quand l’épisode a été diffusé, sa voix a été doublée pour je ne sais quelle raison.

BOTES : Quand je l’ai vu pour la première fois, ma première impression était qu’il était un genre de nigaud demi-arriéré. Il avait cet épouvantable gilet bordeaux qu’il adorait absolument – cette chose allait partout avec lui – et un horrible bégaiement. Et il parlait de ce film qu’il faisait. J’ai pensé, “Pauvre âme induite en erreur”. Mais je l’ai aimé de suite.

TAYLOR : Quand il a eu finalement assez d’argent pour s’installer en ville, il était dans la maison la plus minuscule de Wellington. Il a acheté la plus grande télévision que je n’avais jamais vue et on s’asseyait dans son salon, éclipsés par cette chose gigantesque, qui prenait tout le mur du fond. Quand on se levait pour faire une tasse de thé, il y avait une demi-douzaine de gens sur le trottoir, à regarder le film debout !

TAYLOR : Quand il a fini Bad Taste, je devine que Peter avait attrapé le virus. jusqu’alors, il avait pensé que peut-être il allait être un gars des effets spéciaux. Parce que la pensée qu’en Nouvelle Zélande on pouvait faire carrière dans la mise en scène était au delà de l’imagination de quiconque. Mais la réponse au film a été si puissante que ça l’a convaincu de tenter le coup.

CHITTOCK : Quand Peter, Stephen Sinclair, Fran et Danny (Mulheron) ont écrit les Feebles, ils étaient en quelque sorte incontrôlables, créativement. L’intérêt était de faire sensation.

DANNY MULHERON (Heidi l’hippopotame / co-scénariste, les Feebles) : On a écrit ce scénario outrageux sur un film gore à marionnettes, et on l’a tourné dans un abri de chemin de fer pendant 15 ans. Ou plutôt 50 ans, comme on aurait cru.

CHITTOCK : C’était glacial et on était infestés de puces. J’arrivais et je découvrais que certaines de mes marionnettes avaient été mangées par des rats. On avait des mouettes qui volaient partout dans l’abri, et on devait appeler quelqu’un pour les tuer. C’était terrible.

TAYLOR : Les Feebles, c’était un an de rigolade la plus incroyable. Une grande partie de l’équipe a fini tôt, parce qu’on manquait d’argent. Mais Peter était fermement décidé à tourner chaque page du script. Alors on a juste continué. Pour les tous derniers plans – les grenouilles en guerre dans la forêt – Peter a couru en arrière, tenant sa Bolex 16 mm sur l’épaule, une marionnette à la main, tandis que Tania et moi, on le poursuivait avec deux marionnettes chacun. On était tellement euphoriques que peu importe si ça paraissait sale ou si on était fatigués.

BOTES : Le monde a besoin de plus de films avec des mouches mangent-merde.

TIMOTHY BALME (Lionel, Braindead) : Braindead pourrait être le film le plus gore jamais fait. Je me souviens de Pete qui revenait de LA ayant rencontré Tarantino, qui venait de sortir Reservoir Dogs. Il avait dit à Pete que ses acteurs s’étaient plaints de la quantité de sang qu’ils avaient dû endurés, mais après avoir vu Braindead, il a dit, “Tu les as fait paraître comme un groupe de fillettes !”.

TAYLOR : Quand on a fini Braindead et qu’on a décidé de monter Weta, c’était un moment très joli dans nos vies. On était prêts à avancer.

CHITTOCK : J’ai demandé à Peter à l’époque s’il allait jamais faire d’autres sortes de films qui ne soient pas aussi violents, et il a dit, “Non, non – je suis un homme gore ! Je serai toujours un homme gore !”

À propos d’ados tueurs, de pellicule en œuf et trouver un coussin pour les fesses orange…

MELANIE LYNSKEY (Pauline, Créatures célestes) : Mes parents ne semblaient pas du tout s’inquiéter de Peter Jackson. Ils n’étaient même pas là quand on tournait. Ils ont juste dit, “Génial ! C’est bien pour toi !”

TAYLOR : Tous ceux qui étaient surpris quand Peter est passé de zombies et de tondeuses à gazon qui déchirent la chair à la plus poignante et belle des histoires néo-zélandaises mal interprétaient qui il était en tant que metteur en scène.

BOTES : Vous devez comprendre que jusqu’à Créatures célestes, Peter, c’était un embarras en Nouvelle Zélande. Ce n’était pas quelqu’un à célébrer. Je veux dire n’importe qui avec un cerveau pouvait voir que c’était un cinéaste de génie, mais à cause des films qu’il faisait, il y avait certaines factions de l’industrie qui l’avaient activement dans le collimateur. Tous, bien sûr, lui ont donné une standing ovation après Créatures célestes. J’étais un peu ennuyé par ça.

KATE WINSLET (Juliet, Créatures célestes) : Tourner Créatures célestes a été terrifiant de toutes les manières possibles. Mon premier film, ma première fois seule loin de chez moi pendant quatre mois… Jouer un rôle d’une force aussi incroyable, et une histoire qui nous secouait tous les jours. Pete s’occupait de moi et Melanie comme un père. Je me souviens qu’il nous a tenues dans les bras en pleurant avec nous après avoir tourné le meurtre. C’était aussi traumatisant pour lui que pour nous.

BRYAN SINGER (réalisateur) : Après que j’ai réorganisé le planning de Ian McKellen (pour X-Men) pour lui permettre de jouer Gandalf, Peter m’a écrit une lettre de remerciement et m’a envoyé une copie de son documentaire, Forgotten Silver, qui posait comme principe qu’un Néo-Zélandais avait inventé le cinéma et fabriqué de la pellicule avec des œufs.

BOTES : Il n’y a eu qu’une mauvaise réaction en Nouvelle-Zélande. Ça a touché une corde sensible là-bas. Mais c’était juste une partie de rigolade. Forgotten Silver est un film sur les films – il s’est excité du potentiel de récréer de vieux films. Et bien sûr, Weta, petite société d’images de synthèse mais viable, faisait tout à coup certaines illusion cruciales possibles.

SELKIRK : Fantômes contre fantômes a été un film très compliqué à faire. C’était le premier projet à gros budget de Peter, mais on n’avait pas le luxe du montage numérique. C’était un processus intéressant, devoir ajouter tous ces effets visuels.

JEFFREY COMBS : C’est un beau film. Ce que j’aime dedans, c’est que ça commence comme un comédie et ça descend dans quelque chose de gênant. Je me souviens que même avant le tournage, il y avait beaucoup de batailles avec le studio. Ils voulaient que le film soit tourné aux États-Unis, mais Peter ne voulait pas de ça. Il est très loyal à son équipe. Aussi, sa zone de confort, c’est là où il vit. C’est la grande bataille qu’il a menée et gagnée.

TAYLOR : Peter est extrêmement loyal. Une grande partie de notre équipe est avec nous depuis très longtemps et il y a un sens de confiance. Il ne ressent pas le besoin de microgérer.

COMBS : Dammers, c’est la quintessence de Jackson. Il voulait vraiment que j’ai des yeux sombres et perçants. Quand j’ai suggéré la coupe de cheveux folle, sans hésitation, il a dit, “Ouais, ça sera bon”. On a gloussé tellement à inventer toutes ces petites choses comme les hémorroïdes. Dans la scène de l’interrogation, je m’assois à un moment et je me relève aussi rapidement que possible. Plus tard, dans le cimetière, il s’est souvenu de ça et a dit, “Trouvez-moi un coussin pour le cul ! Un coussin orange pour le cul !” L’équipe a couru dans tout Wellington – finalement, ils en ont fait un à partir de la chambre à air interne d’une brouette !

SELKIRK : Je ne pense pas qu’Universal l’ait vraiment compris. Ce n’était pas ce à quoi ils s’attendaient et ils l’ont lancé en face des JO. On état vraiment déçus.

COMBS : Comme il n’a pas bien marché, Universal a retiré le contrat pour King Kong. Plus tard, ils sont revenus sur leur décision et l’ont supplié de le faire. Ce qui est parfait !

Sur comprendre Tolkien, les costumes de location, et faire sauter la maison de Sam Neill…

ELIJAH WOOD (Frodon, le Seigneur des anneaux et le Hobbit) : C’est le créateur d’un monde, ou, du moins, il en est devenu un.

JOHN RHYS-DAVIES (Gimli, le Seigneur des anneaux) : C’est un homme qui a créé toute une industrie cinématographique afin de servir un film, et l’a construite sur cette toute petite île absurde nommé Nouvelle Zélande. Puis il  fait l’un des plus grands films du XXIème siècle.

PHILIPPA BOYENS (scénariste, le Seigneur des anneaux au hobbit) : Je pensais qu’il était fou d’essayer de faire le Seigneur des anneaux.

SIR IAN McKELLEN (Gandalf, le Seigneur des anneaux et le Hobbit) : L’un des succès de ces films, c’est que les performances réussissent à être à la hauteur des effets spéciaux, et ça ne devient pas un film qui n’est que effets spéciaux, même s’il y en a pleins.

JOHN HOWE (artiste conceptuel, le Seigneur des anneaux au Hobbit) : Je n’avais aucune idée de qui était Peter Jackson, je n’avais jamais vu ses films ni entendu parler de lui. Il paraissait très, très sympa au téléphone.

ANDREW LESNIE (directeur de la photographie, le Seigneur des anneaux au Hobbit) : Quand j’ai rencontré Peter pour la première fois, il était pieds nus et il les avait mis sur le bureau. Je pense que c’était un test.

McKELLEN : Il y avait des milliers et des milliers de personnes qui attendaient ce premier film. Et il y avait cet homme – je pense qu’il s’appelle John – qui regardait au travers des barrières un jour quand on tournait juste à la sortie de Wellington. Peter l’a espionné et a dit, “Que fait cet homme ?” Et il était juste fou du film. “Eh bien, faites le venir”. Alors il a pu regarder de l’intérieur. Trois ans plus tard, il travaillait sur le film. Il avait le boulot le plsu bas – la surveillance des avion, je pense – heureux comme un larron en foire.

WOOD : Tout le monde avait le sens de la dévotion envers lui et sa vision.

HOWE : Il n’oublie rien.

WOOD : Je me souviens d’un jour, quand il neigeait beaucoup sur le lieu du tournage et ça nous bouffait la journée, Pete a demandé à celui qui fait le journal vidéo de le filmer pour envoyer un message à New Line : “On va tous très bien ici en Nouvelle Zélande et l’équipe travaille énormément. Si dur qu’on leur a offert une petite pause, et on a apporté des canons à neige à Wellington”.

JOE LETTERI (chef de VFX, Weta Digital) : Il ne rejette jamais quelque chose sur le champ. Les idées excentriques peuvent avoir un cœur de quelque chose dedans.

BOYENS : Avec Fran et moi à l’écriture, il y a eu des moments où il devait nous arracher les pages des mains. “Assez ! Je dois tourner ça !” Il comprend que la réalisation est compromise.

HOWE : On était dans sa tente à un moment quand le temps ne coopérait pas, et c’était une après-midi assez difficile, et on espérait lui montrer quelques images. À chaque fois que le soleil se cachait derrière un nuage, il pouvait regarder nos œuvres. On pouvait visiblement voir son esprit changer.

HUGO WEAVING (Elrond, le Seigneur des anneaux et le Hobbit) : Je déteste utiliser le mot geek, mais il y a toujours ce petit garçon qui joue avec ses soldats de plomb, ou cette personne qui est en quelque sorte dans son monde. Et il y a cet esprit génial.

LETTERI : Peter et James Cameron sont en fait très similaires. Ce sont tous les deux des réalisateurs très collaborateurs.

WODD : L’une des impressions les plus fortes que Peter a eu sur ma vie, concernant la réalisation, c’est juste l’environnement qu’il crée pour le processus.

HOWE : peter n’aime pas le harcèlement ; il a une affection sincère pour les opprimés.

SELKIRK : Durant les derniers films, les heures se sont beaucoup allongées. On y passait la nuit parfois. Je changeais de plan, puis j’entendais ce ronflement. Peter piquait un roupillon sur le canapé.

WEAVING : C’est un esprit irrépressible et ça se transmet avec force chez toi.

SELKIRK : Quand on faisait le Retour du roi, c’était le moment le plus dur qu’on ait traversé ensemble. Tout le monde était épuisé. Mais il y travaillera jusqu’au dernier effort. On est passés par des litres et des litres de thé. Peter est un grand buveur de thé.

BOTES : J’ai fait partie d’une blague qu’il fait à Sam Neill. C’était un dîner de célébrité organisé pour Sam à Los Angeles. Peter n’a pu venir parce qu’il était occupé à monter le Seigneur des anneaux. Alors il m’a appelé en disant “Peux-tu venir tourner cette cascade que je veux faire ?” C’était une vidéo qui est passée au dîner. Elle commençait dans une voiture, avec Peter qui disait, “Je pense qu’on devait montrer à tous tes amis ta maison de Wellington, parce qu’elle est belle”. En un plan séquence, on va en voiture jusqu’à la maison et il y a tous ces Hells Angels dehors. Ils venaient de rentrer par infraction chez Sam – et c’était vraiment sa maison, Peter avait réussi à obtenir la clé – et on est montés dans une scène de dévastation. Peter essaie de les arrêter de voler tous ces trucs et repart la queue entre les jambes, en disant, “On va tout arranger, Sam. On va faire partir ces sales taches sur la moquette…” Et tandis qu’il parle, la maison prend en fait feu et explose derrière lui. Tout était tourné caméra à la maison et il l’a donné aux sorciers de Weta pour y mettre les effets.

BOYENS : Quand il est allé aux Golden Globes, il devait porter un costume. Son merveilleux assistant, Jan Blenkin, a réussi à en trouver un d’un magasin de location local. Le voici sur le tapis rouge et il a eu la question inévitable : “Qu’est-ce que vous portez ce soir ?” Et il a dit, “Suit Hire” (le nom du magasin de location). Ils ont tous pensé que c’était un couturier, mais ensuite Peter a dit, “Je dois le ramener avant mercredi”.

JAMES NESBITT (Bofur, le Hobbit) : Quand vous allez chez lui, les oscars traînent un peu partout, pas exposés. Ce n’est pas qu’il s’en fout, c’est juste qu’il n’a pas eu le temps de les mettre quelque part.

À propos de projets animaux, perdre à Halo et être un peu comme Clint Eastwood…

SINGER : J’ai dû regarder les choses qu’il collectionne. Ma préférée est le King Kong miniature qui est tombé de l’Empire State Building. Cette petite chose de 10 cm qui est recouverte de poils de souris embryonnaire ! C’est étrange.

NAOMI WATTS (Ann Darrow, King Kong) : C’était une expérience émotionnelle pour Peter de rencontrer Fay Wray ; il a vu le film originale à neuf ans et est tombé amoureux – il a tombé dans le mélo.

SELKIR : La poursuite avec le dinosaure dans King Kong, où ils s’empilent tous dans le précipice, c’était une scène pour laquelle j’harcelais toujours Peter : “Tu dois couper ça. Ça ne fait pas progresser l’histoire – c’est un gag”. Il ne voulait pas perdre des plans.

EDGAR WRIGHT (réalisateur) : J’y suis allé quand ils faisaient des plans supplémentaires pour King Kong et j’ai traîné pendant deux semaines à juste observer les équipes différentes. Il m’a proposé de me laisser réaliser un plan mais je me suis dégonflé.

NEILL BLOMKAMP (réalisateur, District 9) : Il n’y a pas de doute concernant la manière dont ma carrière a tourné, je dois énormément de gratitude à Peter Jackson. Aucune force extérieure ne peut l’influencer. Et le film Halo a été une situation où il pensait que le studio l’avait emmerdé, et m’ont fait pire. Il était là, “Ne quitte pas la Nouvelle Zélande à cause de ça. On va trouver quelque chose, alors tu peux faire ce que tu veux”.

SUSAN SARANDON (Grande-mère Lynn, Lovely Bones) : Je l’ai rencontré aux Oscars? Je n’y vais pas habituellement sauf si je le dois, alors j’étais nommée ou je remettais une statuette. C’était quelque chose – le Seigneur des anneaux, c’était une grande chose à ce moment…

WRIGHT : On a tourné son caméo [de Hot Fuzz] derrière la mairie de Wells. Il était couvert de vomi, un père noël minable, un peu comme Dan Aykroyd dans Trading Places. On tournait dans le Somerset, à trois heures et demies de Londres mais pour un Néo-Zélandais, ce n’est rien : il l’a pris comme une balade dans l’après-midi. Il a séjourné au Swan Hotel de Wells, où les acteurs séjournaient. La plupart des gens savaient qui il était, mais Billie Whitelaw, la pauvre, n’en avait aucune idée. Elle est allée le voir et lui a dit “Êtes-vous le frère d’Edgar ?”

BLOMKAMP : Avec District 9, certaines scènes sanglantes ont des similitudes avec Braindead, ce qui a très excité Pete. Quand Wikus gazéifie des mercenaires, j’ai dit, “Penses-tu qu’on soit en danger de perdre le public ? Tu as un personnage que tu encourages qui commence à éliminer des humaines. Ce n’est vraiment pas une vertu”. Il a répondu, “Mec, va en ville. Tuons autant de personnes qu’on en a envie. Le public sera de son côté”.

WRIGHT : Peter est retourné à l’hôtel à 2h du mat’, mais on ne l’a pas fini avant les premières lueurs du matin. Descendant la grand-rue, je vois Peter, qui marche vers moi. Il a dit, “Je n’arrivais pas à dormir, alors j’ai pensé sortir prendre des photos”. Alors on s’est baladés dans ma ville natale, regardant la Cathédrale de Wells, le palais de l’archevêque et Vicar’s Close. C’était une jolie expérience surréaliste.

SAOIRSE RONAN (Susie Salmon, Lovely Bones) : Il est en quelque sorte calme au début, un petit peu timide. Au fur et à mesure que tu le connais, tu te rends compte pourquoi il est aussi génial dans ce qu’il fait. Il a toutes ces idées qui filent à toute allure dans sa tête tout le temps. Quand il te parle, il est dans son petit monde, à regarde dans le vide.

ROSE McIVER (Lindsey Salmon, Lovely Bones) : Il y a ce truc autour de lui. Je ne savais pas s’il allait être super-intimidant ou pas.

RONAN : Pete vit dans cinq chemises. Il en a une le Monde de Némo, tous ces personnages de dessins animés.

BLOMKAMP : On aime tous les deux les armes. Les vraies. Il y a un terrain qu’il possède et où on va pour tirer. Ce n’est pas du défoulement, juste un amour des armements de la seconde guerre mondiale.

McIVER : Ce qui rend ces histoires si irrésistibles, c’est qu’il est fasciné par l’intime, et avec des relations intimes. Les mondes qu’il crée sert ça.

SARANDON : L’une des choses que j’aime chez Peter, c’est qu’il a construit une vie qui est exactement la sienne. Il a cette merveilleuse famille, il a créé un studio en Nouvelle Zélande, et il peut contrôler son art de la manière qu’il veut. C’est ce que Clint Eastwood fait aussi – il y a un confort à être entouré par des gens qu’on connait depuis longtemps.

RAY HARRYAUSEN (héro de Peter Jackson) : C’est un ami cher. Il a sa propre manière de regarder les choses. Je ne me souviens pas de notre première rencontre, mais il est certainement impressionnant. Peter m’a fait aller en Nouvelle Zélande et on est allés voir une bonne partie des lieux utilisés sur le Seigneur des Anneaux.

McIVER : Il n’aime pas faire sa promotion, il n’est pas énorme sur le plan de la pub, mais les gens sont attirés vers lui.

À propos de revenir en Terre du Milieu, des chateaux en fibre de verre et faire la navette dans Chitty Chitty Bang Bang

SYLVESTER McCOY (Radagast, le Hobbit) : C’est le genre de gars qu’on pourrait aborder sur le plateau en lui disant “Pourriez-vous me montrer où se trouve le réalisateur ?”

MARTIN FREEMAN (Bilbon, le Hobbit) : Je ne sais pas comment il est encore vivant. Mais il semblait être encore assez pétillant – non, ce n’est pas le bon mot ; on n’est pas dans The Only Way Is Essex bordel – mais il débordait toujours assez de vie.

BARRY HUMPHRIES (le Grand Gobelin, le Hobbit) : Il y a tant de personnes, et tant de temps impliqués dans ces choses. Et puis au milieu de tout cela, on trouve la petite silhouette légèrement rondouillarde, plutôt débraillée mais toujours géniale de Peter Jackson.

FREEMAN : C’est un maniaque dans le bon sens du terme – c’est pourquoi il fait les films qu’il fait, c’est son art.

HUMPHRIES : Il a pris toute une banlieue de Wellington et l’a faite ressembler à Florence sous la Renaissance.

RICHARD ARMITAGE (Thorïn, le Hobbit) : Il rend chaque personnage fantastique sur le plan physique d’une manière inimitable.

STEPHEN HUNTER (Bombur, le Hobbit) : On a l’impression qu’il aimerait se joindre à vous en plein milieu d’un plan. Et il le fait habituellement.

AIDAN TURNER (Kili, le Hobbit) : Peter rigole, tout simplement. Si tu entends un petit rire dans la tente quand tu as essayé quelque chose, ça finira sûrement dans le film.

FREEMAN : Son truc célèbre, c’était “une autre pour la chance”, mais on savait tous que ça voulait dire “dix autres pour la chance” – ce n’est pas un homme qui aime le manque de prises. Il tournera jusqu’à plus soif jusqu’à ce qu’il soit heureux et jusqu’à ce qu’on soit heureux. C’est ce que j’ai aimé à travailler avec lui – il est ouvert, il est ouvert au fait que tes idées soient meilleures que les siennes. Non pas que ce soit toujours le cas.

ANDY SERKIS (Gollum, le Seigneur des Anneaux et le Hobbit / réalisateur de la deuxième équipe, le Hobbit) : Il y a certaines règles que Peter a en tant que réalisateur. Laisse tourner les caméras. Et la continuité, c’est pour les mauviettes.

GRAHAM McTAVISH (Dwalin, le Hobbit) : Ce que je trouve si extraordinaire chez lui, c’est qu’il peut porter tant dans son esprit ; cela rendrait fou un homme moins costaud.

BOYENS : Il est un peu fou.

LESNIE : Quand on est dans le moment décisif et qu’on doit se décider rapidement, parfois c’est dur de comprendre certains appels qu’il fait, mais je suis toujours sans cesse impressionné par combien ces appels marchent bien.

NESBITT : On n’allait pas chaque jour formuler un voyage parfaitement storyboardé : la plupart du temps, Peter travaille simplement à l’improviste. C’est plutôt étonnant. C’est comme avoir un puzzle de 10 000 pièces et de les jeter toutes dans sa tête tous les matins et en quelque sorte, il fait le puzzle.

ARMITAGE : La seule fois que j’ai vu Pete s’irriter un peu, c’était quand il a dit, “Pourquoi vous ne filmez pas ? Je veux que vous filmiez”.

NESBITT : On ne doute jamais qu’il est le boss – je ne le contrarierai pas, mais j’ai vraiment apprécié le moment que j’ai passé avec lui.

FREEMAN : On peut voir qu’il semble fatigué, mais pas assez souvent à mon goût ! La vache, je serais sur les genoux. Il est infatigable. Je ne sais pas quand il dort, putain.

SELKIRK : Il a tellement de pain sur la planche ces jours-ci, ce n’est pas facile de lui parler ou de s’amuser avec lui. Ce n’est pas pareil. Il y a tant de pression sur ses épaules, avec ces films à énormes budgets qu’il fait. Il se renferme un peu plus maintenant.

FREEMAN : Sur le plan social, il ne montre pas son jeu. Non pas qu’il soit froid, mais il révèle ce qu’il a besoin de révéler.

HUMPHRIES : Il a eu tellement de succès avec ces films, et a dû, on le suppose, s’être fait beaucoup d’argent, mais si on veut lui faire un cadeau, quelque chose qu’il n’a pas, on lui donnerait un peigne.

McTAVISH : Il a plus de choses en commun avec les Nains qu’avec les Elfes.

WEAVING : Il est toujours un bon Néo-Zélandais ; cette sorte d’être pieds nus.

HUMPHRIES : Je suis allé dans sa maison de campagne pour un weekend, et en me promenant dans le jardin assez grand, j’ai vu cette sorte de colline, avec une porte en son flanc. J’ai demandé, “Qu’est-ce que c’est ?” et il a répondu, “Oh, c’est la maison du Hobbit”. Tu passes cette porte et il y a cette maison souterraine labyrinthique, réalisée dans le style Arts And Crafts. Il y a tous ces tunnels souterrains, et une île sur un lac avec un chateau dessus, qui est en fibre de verre et possède un donjon. C’est stupéfiant. C’est sa chambre d’amis. C’est là qu’on dort.

FREEMAN : Il aimait faire des représentations hebdomadaires de films de Buster Keaton. C’est un évangéliste de Buster Keaton.

HUMPHRIES : C’est un personnage très farceur, Jackson. Il s’est appuyé contre le lambris et a dit, “Oh bon Dieu, je j’aurais pas dû faire ça”. Et le lambris a cédé, et il y avait des marches en pierre qui menaient à un tunnel, qui serpente avec des restes humains sur le sol comme des crânes et des cages thoraciques, au-dessus d’un pont avec une sorte de torrent sombre en dessous, on monte encore quelques marches, on passe devant une armure rouillée, et puis une autre porte s’ouvre et on est dans l’entrée moderne de sa maison, avec la télé néo-zélandaise qui braille !

SELKIRK : Son ambition est de construire un musée en Nouvelle Zélande, de manière à ce que d’autres personnes puissent en profiter. Et quelle série ? Thunderbirds ! Il a des tas de ces marionnettes.

NESBITT : Il est venu au boulot au volant de Chitty Chitty Bang Bang un jour, qu’il venait d’acheter. J’ai entendu qu’il avait tout.

BLOMKAMP : Je ne suis pas certain en fait que Pete soit monté dans un de ses avions. Je me souviens qu’il m’a dit que ce n’est pas une question de les piloter – c’est l’avion en lui-même.

SELKIRK : Ce n’est pas une personne qui aime voler. Je pense qu’il s’est amélioré maintenant qu’il a son propre jet, mais je me souviens quand on faisait Fantômes contre fantômes et qu’on allait souvent aux États-Unis, je n’ai jamais vu quelqu’un s’aggriper autant aux accoudoirs.

FREEMAN : J’imagine parfois que c’est solitaire si l’argent s’arrête avec toi.

À propos de Peter Jackson…

NESBITT : Ce gars possède quelque chose que je dirais très peu de personnes ont.

DAVIES : En tant qu’homme, il est gentil, aimable, patient, jamais fier ni orgueilleux. Je pense qu’il est tout ce qu’un homme devrait être.

WINSLET : Que serait l’industrie cinématographique sans lui ? Je veux dire, sérieusement, ce serait une planète différente, nan ?

CHITTOCK : Les meilleures histoires sont ce qu’il a fait pour les gens qui ont travaillé pour lui. Il y a des personnes comme moi qui ont eu une relation de travail avec lui et qui ont fait des choses géniales. Je peux voir son influence dans leurs vies. C’est probablement la chose la plus spéciale. Travailler avec lui a été un don du ciel. C’était très marrant, et ça ma manque.

WEAVING : C’est juste un être humain.

TAYLOR : Aller boire une bière tranquillement avec lui ces jours-ci, c’est impossible, mais j’ai eu la chance de traîner avec lui un soir la semaine dernière pour sculpter pour s’amuser. Il a pu prendre un soir de repos – pratiquement une chose inédite. S’il travaille sur un film, il y donne 100% et plus et il ne se calmera pas. Alors c’était une jolie surprise. On est restés dans l’atelier, à sculpter. On a fait des petits soldats.

Nick De Semlyn & Ian Nathan

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Les Techlings
Le club des mega-blockbusters de Peter Jackson

De 1933 à 1949, les Inklings était un groupe littéraire fondé à l’université d’Oxford mené par J.R.R. “Tollers” Tolkien et C.S. “Jack” Lewis. Se réunissant dans les dortoirs et les pubs (principalement The Eagle And Child), les réunions impliquaient la lecture de romans non finis, dont le Seigneur des Anneaux.

Dans le même esprit, Peter Jackson s’est retrouvé à faire partie d’un groupe informel – avec Steven Spielberg, James Cameron, Robert Zemeckis et George Lucas – unis par un sens similaire de narration cinématographique, de fantasy et de désir de repousser les limites. Ce n’est pas un mouvement, juste un groupe de cinéastes qui se respectent et transmettent leur perspicacité dans un milieu qui peut être perçu comme féroce et compétitif.

“C’est le terme le plus inapproprié du milieu, dit Zemeckis. La raison pour laquelle les cinéastes ne sont pas compétitifs, c’est que si tous les films étaient géniaux, les gens vivraient au cinéma. ce n’est pas comme si on faisait des frigos”.

Une grande partie du partage se trouve dans le domaine de la technologie. De l’ouverture des portes de ILM par Lucas, au travail de pionnier de Zemeckis et Jackson dans la mo-cap, en passant par les avancées révolutionnaires de Cameron dans la 3D, les Techlings se sont mis sur les épaules de chacun pour améliorer la boîte à outils narrative pour tout le monde. Il n’est pas rare de voir ces réalisateurs derrière les retours vidéos sur le tournage de chacun, remontant même leurs manches pour réaliser des plans en invités. “C’est une situation de shareware, résume Spielberg. On s’inspire mutuellement. On regarde les films de chacun et ça nous donne envie de faire des films”.

Ian Freer

Traduction – 1er janvier 2014