Il était l’antichrist. Il était anarchiste.

Tu avais 21 ans en 1977. Te rappelles-tu de ton 21ème anniversaire ?
Ce que je faisais pour mon anniversaire ? Je ne sais pas. Je faisais le sale boulot des autres, hein ? Je posais des questions sur un pays en dépression et je me faisais calomnier pour ça. Mais je ne tenais pas de journal de tournée ni je le filmais pour un DVD. Je ne suis pas le genre à écrire ma propre épitaphe.

Anarchy In The UK – toujours pertinent ?
Eh bien, voyons qui est à l’horizon. David Cameron ? Bonne chance ! Je pense que les Britanniques manquent d’estime de soi. Ils trouvent ces idiots de la haute et disent “Gouvernez-moi, volez-moi, prenez tout ce que j’ai !” Gordon Brown semble être belligérant en quelque sorte – chevauchant un cheval à bascule à trois pattes. Je dis qu’il faut ramener Arthur Scargill [meneur syndicaliste des mineurs intransigeant des années 1980]. Au moins, il avait un point de vue. Le problème, c’était qu’il l’a mélangé avec le communisme. Un peu comme Al Gore. Il a de bonnes idées mais il veut le communisme inversé. Il veut contrôler les choix qu’on est autorisés à prendre.

Un jour, Buckingham Palace t’appelle. Ils te proposent un titre de chevalier. Que dis-tu ?
Non merci, même si les gens supposent toujours que je la déteste. Non. J’aime le grand spectacle de la monarchie. Elle a mille ans. On devrait la garder. On ne devrait pas la remplacer par une doctrine socialiste. On peut la restructurer. Je sais que je vis en Californie maintenant, mais je paie mes impôts alors j’ai mon mot à dire. Entre moi et Mme Windsor, ça n’a jamais été personnel. Je suis passé à autre chose. Ce qui m’a choqué, c’était que dans les années 1970, on n’avait même pas le droit de faire un débat sur la monarchie. Eh bien, je suis désolé, mais tu dois gagner mon allégeance par l’exemple, pas par l’ordre. Je veux savoir dans quoi je vais. Je veux savoir si tu es corrompu.

Tu as écrit les paroles de God Save The Queen au petit-déjeuner chez ta mère en attendant tes haricots sur un toast. Savais-tu quel prix tu payerais ?
Les gens ne le croiraient pas aujourd’hui. Être discuté au parlement sous le Treason Act, qui impliquait la peine de mort. Le député [Bernard] Brook-Partridge a déposé une motion à l’époque pour lancer un débat si on était des traîtres ou pas ! [Brook-Partridge était en fait membre du conseil municipal de Londres, pas député. Il a proposé qu’on “améliore grandement les Pistols par une mort soudaine”.] Dans la rue, il n’y avait pas de débat. Je ne peux toujours pas vraiment fermer la main gauche après m’être fait buter. J’ai eu une machette dans le genou et une bouteille dans la tronche. Cela dit, la pire blessure, c’était au Barrowlands de Glasgow. Une femme m’a jeté un haut talon et il a atterri sur mon front. Je me suis baladé avec u troisième œil pendant un mois.

Mais tu as recollé les morceaux maintenant…
J’ai rencontré Pink Floyd et ce sont des gens bien [en 1975, Lydon portait un célèbre t-shirt “I hate Pink Floyd”]. Bien sûr, je détestais ce qu’ils représentaient dans les années 1970. C’était des universitaires suffisants et gâtés qui avaient tout l’argent et ils voulaient que leur “belle maestria” soit joué dans des stades. Personne n’avait le droit de regarder. Mais avec le recul, certains disques étaient bons – ceux de Syd Barrett.

Malcolm McLaren dit que vivre aux États-Unis t’a rendu ennuyant.
Je suis allé aux États-Unis parce qu’ils ont pratiquement toutes les armes, c’est aussi simple que ça. Je suis pragmatiste. Si une guerre éclate, alors au moins je suis près des plus gros missiles ! C’est débattable si oui ou non je serais plus intéressant si je vivais à Londres. Le fait, c’est que je ne pense pas que je serais vivant et c’est toujours un obstacle à la créativité. Je suis loin des querelles. Mais n’oublie pas que j’ai dû vivre en personne avec les idées de Malcolm sur ce qui constitue quelque chose “d’intéressant”. Elles ont toujours été un petit peu ringardes, si tu vois ce que je veux dire.

Tu es souvent en colère contre le révisionnisme punk. Nomme un mensonge spécifique.
Les putains de Ramones. Il y a maintenant de l’histoire factuelle écrite d’un concert où on est censés être allés voir les Ramones en leur demandant comment on joue un riff. Putain ! J’ai vérifié – je faisais un concert à moi ! Ou j’étais chez ma grand-mère ! Les Ramones ne savaient pas écrire de paroles, ni chanter d’ailleurs. C’est une honte.

Cela semble aujourd’hui incroyable que les Sex Pistols se soient faits payer 67$ pour leur dernier concert au Winterland de San Francisco en 1978.
67$ et j’en ai vu aucun cent. La plupart du temps, on avait un billet de 20£ à nous quatre. Quand tu vas à l’encontre des valeurs, c’est ce qui arrive. Tu continues. On s’est faits entuber, aléser, baiser et enculer.

Penses-tu que vous étiez bons ?
Les gens ont commencé à dire, “Ils savaient vraiment jouer”. Je ne le pensais pas à l’époque. Mais aujourd’hui… Je pense que Paul [Cook] était un batteur étonnant. Il mérite de la reconnaissance pour ça. Notre vitesse et notre temps étaient bons. Aussi, quand tu vois tous les poseurs en vestes de cuir et rictus qui sont arrivés après, on était des poètes. Nos paroles étaient bonnes.

En 2005, tu as dit à Q que tu voulais Justin Timberlake soit la star de l’adaptation ciné de ton autobiographie, Rotten: No Irish, No Blacks, No Dogs. Comment ça avance ? Est-ce que Timberlake va te joue ?
Eh bien, je pense qu’il serait bon à regarder. Le problème, c’est que les financiers amerloques veulent leur réalité. Ils te demanderont, “Où est l’intrigue amoureuse, John ?” Et je devrai leur dire, “Ce n’est pas une histoire d’amour, c’est ce qui s’est vraiment passé”. De toute manière, si Timberlake ne peut pas le faire, je pensais à James Earl Jones ou Laurence Fishburne pour me jouer [Q commence à rire]. De quoi tu te moques, merde ? C’est un conte universel… Tu dois faire marcher ton petit cerveau prévisible pour qu’il voit au-delà de la couleur.

La série de vinyle 30ème anniversaire de Never Mind The Bollocks sortia en octobre.

Michael Odell

Traduction – 12 janvier 2014