Chaque voyage a sa première griffe

SORTIE Sur les écrans actuellement
INTERDIT aux moins de 12 ans
RÉALISATEUR Gavin Hood
DISTRIBUTION Hugh Jackman, Ryan Reynolds, Liev Schreiber, Danny Huston
SCÉNARISTES David Benioff, Skip Woods
DURÉE 107 min
SYNOPSIS Le badass Wolverine (Jackman) fait partie d’une unité militaire d’élite nommée Équipe X. Mais quand il essaie d’abandonner la violence, il se retrouve rattrapé par son passé de manière brutale – pas moins que son demi-frère aimant le carnage, Victor Creed, alias Dents-de-Sabre (Schreiber).

Pauvre Hugh Jackman. Pour son deuxième film en tant que star et producteur à la fois (après le thriller érotique mou Manipulation), il a dû se lever à 4 heures, en jurant on le présume, avançant en trébuchant et se cognant dans des chats au passage, pour boire une boisson protéinée. Après une longue séance de gym, il se dirige vers un plateau assailli de murmures d’interférence du studio et d’incompétence de réalisation. Et puis, quand tout était fini et qu’il avait finalement réussi à faire la grasse matinée, une copie non-finie du film est arrivée sur internet.

Il a dû grimacer en entendant parler de la fuite ; après tout, il y a de gros enjeux. Ce n’est que depuis le Van Helsing de 2004 que le poids d’un blockbuster ait reposé entièrement sur ses épaules carrées, et encore il avait Dracula, Frankenstein et le Loup-Garou pour l’aider. Mais malgré tout cela, l’homme le plus sympa d’Hollywood restait optimiste – lancer son personnage le plus iconique comme héros indépendant a été, il semblerait, un travail d’amour. Alors est-ce que cela en a porté les fruits ? Malheureusement, la réponse est non, pas vraiment.

Wolverine n’est pas aussi odieux que X-Men: l’Affrontement final, mais c’est tout de même un bon chantier. Même un bref prologue dans le Canada des années 1840, montrant Wolvie et son demi-frère Dents-de-Sabre enfants, pose des questions auxquelles aucune réponse ne sera jamais donnée. Comme, pourquoi arrête-t-il de vieillir quand il devient Hugh Jackman ? Ou, est-ce que son père est l’Arme X et pourquoi cela nous intéresse-t-il ?

L’intrigue est plus criblée de trous qu’un village vacances pour taupes. Une scène clé – dont on voit des aperçus dans les scènes de flashback de la saga X-Men – voit James Logan devenir Wolverine via une chirurgie douloureuse qui recouvre son squelette et ses griffes en os d’adamantium, supervisée par le maléfique tsar de l’armée Stryker (Danny Huston). Mais il est difficile de prendre un méchant au sérieux quand il est assez bête pour attendre après une opération d’invincibilité pour tenter d’efface la mémoire du héros. Plus tard, se rendant compte qu’il n’y a plus rien comme tension quand rien ne peut blesser le protagoniste, les scénaristes présentent quelque chose qui le peut : un pistolet avec des balles en adamantium. Mais encore plus tard, Stryker change d’avis et déclare qu’un balle en adamantium ne ferait que faire oublier les choses à Wolverine. Comment le sait-il ?!

De telles questions seraient moins urgentes si on s’amusait plus. Mais la Fox, sans doute jetant un œil jaloux sur le reboot de Warner Bros. de Batman, a opté pour transformer cette préquelle située dans les années 1970 en conte assez noir de revanche et trahison. Ainsi c’est Rouflaquettes Begins, avec le personnage bourru, torturé et sarcastique qu’on aime des films X-Men modifié en “héros qui veut juste une vie pépère mais qu’on force à revenir en action” en colère et générique. C’est comme si on échangeait Han Solo pour Luke Skywalker.

Cela n’ide pas que Ryan Reynolds, qui arrive au début du film dans le rôle du mutant qui manie les épées Wade Wilson, suinte le charisme et le genre d’attitude impassible que le Jackman castré possédait. Son temps à l’écran est d’une brièveté exaspérante, tout comme celle de Dominc Monaghan, dont l’infortuné Bolt a une tristesse intéressante. Beaucoup plus de temps est consacré aux mutant pourris Wraith (le rappeur Will.i.am) et le Colosse (Kevin Durant de Lost), qui appartiennent à une autre film ou Gladiators.

Tout n’est pas mauvais. Le Dents-de-Sabre de Liv Schreiber est d’une férocité satisfaisante ; il y a  une escellente séquence au générique du début avec les frères dans diverses poudrières de combat américain ; et lier la bataille finale à l’accident nucléaire de la centrale de Three Mile Island est intelligent – mais les effets sont souvent suspects et le gros coup de théâtre est un plagiat de Heroes. L’expression de Wolverine, c’est “Je suis le meilleur à ce que je fais”. À en juger par cette preuve, ce qu’il fait, c’est apparaître dans des films d’action profondément moyen.

Nick De Semlyen

VERDICT Bien que pas un désastre, ce n’est pas l’aventure toutes griffes dehors qui saccage tout sur son passage comme on l’espérait. On s’en fout de là où Wolverine a eu sa veste – une suite proposée avec lui qui se bat au Japon devrait être plus amusante.

2/5

POUR ALLER PLUS LOIN

• Il y a deux “arcs” post-générique ainsi qu’un au milieu à différentes copies pour encourager les gens à aller le voir plusieurs fois.

• La rumeur court selon laquelle plusieurs jeunes mutants reviendront dans X-Men : le Commencement de la Fox.

• Le champion de poker Daniel Negreanu est l’adversaire de Gambit à la Nouvelle Orléans

Traduction – 27 avril 2014