Là où les rois de l’indé pré-Britpop The Jesus And Mary Chain, My Bloody Valentine, Blur et Dinosaur Jr. en ont décousu dans les plus grandes salles de Grande-Bretagne… mais il y avait de gros changements en cours.

1ÈRE PARTIE : LES ESPRITS UNIS
Le chanteur des Jesus And Mary Chain Jim Reid voulait changer la routine et satisfaire toutes les tendances du rock indépendant. Viennent l’hédonisme compétitif, les conversations monosyllabiques et les bonnes vibrations.

“Cette année, tout le monde parlait de Lollapalooza [le festival package rock alternatif en tournée de Perry Farrell], qui était pour nous assez merdique. On l’a fait, à 14h après Pearl Jam, et c’était assez désastreux. Alors on a pensé, Pourquoi ne pas en faire une bonne version ?

On essayait juste de secouer les choses, de ne pas en faire un groupe de mecs chiants qui sont là à boire des pintes de bière. On en avait ras le bol d’avancer laborieusement de part et d’autre du Royaume-Uni seuls, à jouer dans les mêmes trous à rats. Les salles qu’on a faites sur le Rollercoaster, comme l’Ice Rink de Whitley Bay et le SECC de Glasgow, on n’aurait jamais pu les faire seuls. Au lieu d’un putain de vendredi soir au Rock City de Nottingham, on se sentait plus comme des rock stars – plus comme un truc Bowie/Bolan.

L’idée, c’était d’avoir des groupes de différents coins de la scène indée. C’était pré-Britpop, alors Blur étaient là pour couvrir le truc Manchester/baggy, le truc grunge était couvert par Dinosaur Jr., et puis il y avait les Valentines qui faisaient du bruit en colère, et on faisait quelque chose de similaire, mais plus pop.

Il y avait beaucoup de compétition – comme, qui pourrait être le plus fort ? Qui avait les meilleurs films ? Et puis il y avait, Qui pouvait être le plus bourré et pourtant être capable de jouer un set ? On a tous essayé, putain. J’ai juste essayé tout à mon époque, mais la chose vers laquelle j’ai tendance à revenir, c’est alcool, et pour Blur, c’était pareil. Les Valentines étaient de gros drogués. Kevin [Shields] collait du ruban de scène de crime sur la porte de sa chambre d’hôtel, avec Ne pas entrer écrit dessus. Si j’allais faire un trip, j’aurais été terriblement parano, aussi.

En regardant de l’extérieur, il y avait probablement une ambiance incroyablement égoïste. Parce qu’on se biturait tellement, la dernière chose qu’on voulait faire le lendemain soir, c’était rejouer. Tu te tenais là comme une ombre pâle de toi-même. Mais il y avait définitivement une bonne ambiance. Je ne me souviens pas de confrontation ni de conflit. Tout le monde plus ou moins s’entendait, ce qui est bizarre, parce que ce n’est pas généralement la manière des Mary Chain. J Mascis a dit qu’il avait finalement rencontré un autre groupe qui était plus foutu socialement que lui. Mais il y avait un truc traîner dans le hall de l’hôtel avec des gueules de bois, qu’on était des personnes sur la même longueur d’onde.

Les Valentines ont évidemment gagné le concours du groupe le plus fort, ils faisaient un larsen à un accord pendant 20 minutes. Je suis allé dans la fosse au Centre de Brighton, et Seigneur-Tout-Puissant, ça m’a détruit les tympans. Sur le plan sonore, ils étaient tout simplement fous – la mort par les Valentines. Mais merde, on n’est pas des clowns.

À l’époque, il y avait un sentiment que Blur étaient vers la sortie, mais ils étaient sur le point de sortir Modern Life Is Rubbish. Alors ils sont partis avec des sacs d’attitude, et faire cette tournée a en quelque sorte sauvé leur carrière.

Je ne suis pas sûr que ça ait fait du bien à notre carrière. Ou du mal. C’était juste quelque chose de sympa à faire. C’était juste avant que la merde touche le fan avec moi et William [Reid, guitariste, le frère de Jim] – tout semblait merder durant l’enregistrement de Stoned & Dethroned [en 1993]. On n’a jamais été les types qui se tiennent la main en traversant la route, on a toujours eu une relation houleuse, mais à l’époque, c’était insoutenable.

Quand on s’est séparés [en 1999], bien qu’on ne pouvait plus se voir à l’époque, pour moi c’était du gâchis. Les gens ont essayé de nous faire rejouer ensemble, mais il y avait eu des malentendus : j’avais présumé qu’il [William] ne voulait pas le faire, et il présumait la même chose de moi. Quand on l’a fait, on a réellement eu du plaisir. Contrairement aux rumeurs, ces jours-ci, je ne travaille pas dans un café sur le bord de mer du Devon. C’est probablement plus comme si j’aidais à envoyer les mômes du patron du pub local à la fac”.

2ÈME PARTIE : LE CHANGEMENT
Graham Coxon de Blur se souvient de se sentir flatté, d’être énervant et de la culpabilité de ceux qui ont rit en dernier.

“C’était juste un certain moment au monde pour le rock. C’était peu après la sortie de trois des meilleurs albums alternatifs de tous les temps – Isn’t Anything [de MBV], Bug [de Dinosaur Jr] et Surfer Rosa [des Pixies] – alors être avec deux de ces groupes était, pour moi, le paradis.

Définitivement, Dinosaur Jr. et My Bloody Valentine étaient une grosse part de l’évolution de ce qu’est devenu Seymour [combo proto-Blur]. On a perdu deux membres quand j’ai fait écouter à tout le monde Freak Scene [de Dinosaur]. Alors tout le monde était assez enthousiaste pour faire Rollercoaster. Mais les gens nous connaissaient pour There’s No Other Way, et alors on était définitivement les mômes pop.

Le premier soir était absolument terrifiant, parce que c’était au Nord [à l’Apollo de Manchester]. On est montés sur scène les premiers et il y avait des visages extrêmement austères avec des t-shirts JAMC. Ça a provoqué beaucoup de passion chez les gens – comme, Mais putain qu’est-ce que Blur foutent là ? (rires) Et encore aujourd’hui !

Les JAMC avaient eu une grosse résurgence en utilisant des loops de batterie et des trucs comme ça, avec des guitares extrêmement agressives. [Les trois autres groupes] tournaient chaque soir. Je n’ai pas remarqué de friction – ce sont des gens vraiment cool.

On était les chiots, grandement enthousiastes. Les autres groupes nous ont demandé de nous calmer quelques fois. On rentrait à l’hôtel, on sautait tous dans la piscine pendant des siècles, les autres groupes allaient au bar. On a dû être très énervants.

Avant, toute mon idée, à 23 ans, c’était que ces groupes indés étaient comme des bibliothécaires. Ce n’était pas les Who. Je ne pensais pas qu’il se passerait quelque chose comme la folie qu’il y avait backstage. Quelques semaines suffisaient, plus long et je pense que quelqu’un serait mort.

J’ai pu monter sur scène durant les balances de Dinosaur Jr une fois, ce qui m’a perturbé. Ils semblaient faire des choses totalement indépendantes de chacun, aussi fort que possible. J’étais au milieu de leur scène jusqu’à ce que je n’en puisse plus.

On était terrifiés d’aller dans la loge des Jesus And Mary Chain, parce que tout le monde avait peur de William. Tout ce qu’il nous a dit, c’était, Vous vous amusez bien ? Il nous a demandé ça environ 15 fois durant la tournée, mais il ne disait rien d’autre.

Tu ne savais pas ce qui allait t’arriver. Ce que la musique indée était à l’époque – c’était son dernier hourra. Ce n’était pas la même chose que Blur et Oasis l’ont faite. On devait être comme ça pour combattre la bête grunge des États-Unis, mais tout à coup on ne voyait plus du tout ces groupes. Je me sentais vraiment mal pour [avoir fait ça]”.

Comme raconté à Andrew Perry

Traduction – 10 mai 2014