En juin 1979, Joy Division a sorti le chef d’œuvre lugubre qu’est Unknown Pleasures, disque si majestueux qu’il a changé le visage de la musique. Le NME célèbre son génie.

Il ne doit pas rester beaucoup de personnes dans ce monde civilisé qui ne se soit pas, à un moment ou un autre, assis pour discuter de l’influence de Unknown Pleasures durant les 30 dernières années. Mais égrener une liste de groupes redevables qui est plus longue que le temps lui-même n’est aujourd’hui qu’une facette de pourquoi le premier album de Joy Division est si important.

L’histoire de comment Bernard Sumner, Peter Hook, Stephen Morris et Ian curtis ont uni leurs forces avec leur producteur à l’innovation incomparable, Martin Hannett, pour enregistrer l’album est si fascinante qu’elle a été l’inspiration de plus de livres que la plupart des gens liront dans leurs vies. Cela ne dit rien des nombreux documentaires qui se sont avérés être une affaire lucrative à la télé pour tous ceux qui ont passé plus de deux semaines à Manchester à la fin des années 1970. N’oublions pas les deux longs métrages – 24 Hour Party People et Control – qui montraient l’enregistrement de l’album et qui étaient en grande partie célèbres pour cela. Puis il y a la mince affaire de la forme d’onde radio caractéristique extraite de The Cambridge Encyclopaedia Of Astronomy qui est l’une des pochettes d’album les plus iconiques de tous les temps. Non seulement elle inspire des réinterprétations régulières dans le monde de l’art et du design, elle s’imprime également sur des t-shirts, refourguées dans des magasins de centre-ville pour être portée par des personnes qui ne reconnaîtraient pas une chanson de Joy Division si elles tombaient sur une. Essentiellement, Unknown Pleasures n’est pas juste l’un des meilleurs albums britanniques de tous les temps, c’est une pierre angulaire culturelle qui couvre des langues, des intérêts et des disciplines comme peu d’autres auparavant.

Cette pertinence étendue signifie que le premier album de Joy Division est devenu bien plus crucial qu’il ne l’était à sa sortie en juin 1979. Ainsi, trois décennies plus tard, le NME parle à deux des membres originaux (Bernard n’était pas disponible) à propos de la manière dont l’album est né et de manière plus important, pourquoi il ne mourra jamais.

NME : Pourquoi avoir choisi Factory pour faire le premier album ?

Peter Hook (basse) : “Genetic Records nous offrait un contrat. C’était 70 000£, ce pour quoi on était aux anges – c’était plus d’argent qu’on n’ait jamais entendu ! Tous les quatre, on était cons comme des balais et je pense que Rob Gretton [manager] pensait qu’emmener les crétins de Manchester à un grand studio londonien pouvait signifier qu’il finissait par perdre le contrôle de tout. Il pensait que ce serait mieux de choisir Tony Wilson et Factory pour nous garder tels quels – les pieds sur terre. Et le truc, c’était quon était si cons qu’on a juste fait Oh, d’accord ! (rit) Il y avait 70 sacs sur la table, et puis c’est parti et on était d’accord. La confiance est une chose magnifique, et on faisait confiance à Rob et Tony. Avec le recul, ce contrat nous a permis de nous développer. On pouvait être aussi maladroits qu’on le voulait et on n’avait pas besoin de vendre autant de disques que Siouxsie And The Banshees ni même les Sex Pistols pour gagner notre vie”.

Quel était l’état d’esprit de Ian Curtis durant les sessions d’enregistrement ?

Hook : “Quand on a fait l’album, c’était quelques mois après la première crise d’épilepsie de Ian mais il l’a caché vraiment bien sur cette session. Je ne me souviens pas que c’était un problème. Au moment de Closer, c’était définitivement un problème – il était bien plus malade. Ian pouvait être très sérieux – presqu’au point où je le trouvais prétentieux. Alors Bernard et moi, on prenait grand plaisir à se foutre de sa gueule et à lui faire des blagues. Puis il se détendait au bout d’un moment”.

Stephen Morris (batterie) : “Ian pouvait être aussi fan que nous de farces. Le niveau de sophistication était assez bas, cependant. Il avait un coussin péteur d’abord…”

Est-ce que Ian a expliqué de ce dont parlaient ces paroles ?

Hook : “Non. En fait, la session Unknown Pleasures a été la première fois où j’ai effectivement entendu les paroles de Ian. On ne pouvait jamais les entendre sur scène et on ne pouvait simplement pas les entendre sur la démo qu’on a faite pour RCA parce qu’elle était tellement horrible. Alors quand j’ai entendu ce que chantait Ian, j’était juste vraiment fier. C’était un merveilleux sentiment de puissance et de satisfaction de savoir que tu avais ça dans l’arsenal du groupe. Je pense que les gens ont été très touchés par Ian – ses paroles, sa personnalité, et malheureusement son décès prématuré. Ça a touché une corde sensible chez beaucoup de personnes seules et déprimées qui ne sentaient pas avoir leur place dans la vie. Ce lien a commencé avec Unknown Pleasures. C’était moi qu’i m’occupait du courrier des fans, et au fils du temps il y a eu des lettres horribles qui nous ont été envoyées. Après sa mort, on en a même eu écrites avec du sang”.

Est-ce qu’il y a eu quelque chose que Martin Hannet vous ait fait ou demandé qui était trop ?

Hook : “Eh bien, Ian était une personne très gentille et très en admiration de Martin ; il voulait rendre Martin heureux, alors si Bernard et moi, on commençait à râler à propos de quelque chose, il disait, Non, non, non, vous devez le laissez faire. C’est un génie. Martin nous a fait jeter les morceaux les plus faibles et les plus punks comme Ice Age et écrire de nouvelles, et c’était à cause de ça qu’on a fini avec CandidateAutosuggestion et From Safety To Where…? [les deux dernières ont fini sur le EP compilation Earcom 2]. Bernard n’aimait pas Candidate, en fait, et il était très réticent à jouer de la guitare dessus”.

Morris : “J’étais d’accord avec quasiment tout ce qu’il nous demandait, même s’il m’a fait utiliser la bombe aérosol sur la version maxi de She’s Lost Control comme on voit dans Control. Il m’a enfermé dans une pièce avec une bombe de nettoyant pour bande et m’a fait presser dessus en rythme avec la chanson. À la fin, la cabine était remplie d’émanations nocives. Je pense qu’il essayait de me tuer. Si j’avais allumé une clope, tous les Studios Strawberry seraient partis en fumée”.

Alors combien de temps cela a pris au total ?

Hook : “J’ai l’impression que tout l’album a été fait en trois weekends – six jours au total. Et ça inclut le mixage. Quand on voit combien il a duré et l’impact qu’il a eu, c’est incroyable, merde ! C’est bizarre que plus tu es musicien depuis longtemps, plus de temps tu prends pour faire un disque. Waiting For The Sirens’ Call [le dernier album de New Order] a pris trois ans du début à la fin”.

Morris : “Martin a fait le mixage en pleine nuit parce que c’est quand ton cerveau est le plus créatif. Il aimait les heures asociales et l’isolement, et je pense qu’il prenait un peu de speed seulement si le temps était compté et qu’on devait le faire”.

Comment la pochette s’est-elle assemblée ?

Hook : “Le truc marrant sur la pochette, c’est que Peter Savlle a été crédité pour elle mais c’était Bernard qui a trouvé l’image dans un livre. L’intérieur de la pochette a été faite par Rob parce qu’il voulait utiliser l’image d’une porte parce que je pense qu’il trouvait que l’ouverture d’une porte était comme un commencement. La seule contribution que Saville ait fait, c’était la police et la texture de la pochette. Et il se nourrit de ça depuis 30 ans !”

N’est-ce pas bizarre de voir ce design reproduit sur tout et n’importe quoi ?

Hook : “On n’a jamais fait de t-shirt Unknown Pleasures officiel avant 1994 mais des contrefaçons tournent dans le monde. Quand le percepteur a enquêté sur nous quand l’Haçienda était tout foireux, il a dit qu’il n’arrivait pas à trouver de reçu pour des t-shirts Unknown Pleasures. On lui a dit qu’on était un groupe punk et qu’on ne croyait pas dans la promotion de soi. Il a répondu qu’il pensait qu’on était soit des menteurs ou des crétins finis et il a fini par nous filer une contredanse de toute manière. Alors on a dû payer un tas de fric pour ne pas avoir déclaré des bénéfices sur un t-shirt qu’on n’a pas fait !”

Vous attendez-vous à ce que la réaction à Unknown Pleasures soit si positive ?

Morris : “À beaucoup d’occasions, quand on faisait une interview, le journaliste disait des choses comme, Eh bien, il y a manifestement une profonde symbiose entre la musique que vous produisez et la désolation de votre environnement et on se regardait en pensant, Il a dit quoi là ? Symbiose ? Il a pris quoi ? je pense que beaucoup pensent que cet album vient du cœur de la noirceur. On a essayé de contredire cette idée mais on a empiré les choses, vraiment. On courait acheter le NME parce que c’était génial que les gens écrivaient sur nous, mais assez souvent on comprenait un mot sur dix ! Parfois, Rob nous disait, On a une interview, d’accord, alors voici mon idée : vous laissez juste Ian parler. C’était pour que les gens ne se rendent pas compte qu’on était en gros un groupe d’idiots”.

Écoutez-vous toujours l’album ?

Hook : “Au cours des années, je ne l’ai pas vraiment écouté. Je pense que je l’ai délibérément ignoré à cause de ce qui est arrivé à Ian. Pendant un moment, c’était presque un tabou, ce qui est un truc que seuls New Order et Factory peuvent faire. Mais j’ai dû l’écouter pour le remaster il y a deux ans et j’ai été estomaqué par combien il sonne toujours aussi bon et combien la production de Martin était radicale. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Martin a fait ce qu’il a fait avec l’album aujourd’hui, mais à l’époque, c’était très dur. Bernard et moi, on aurait juste fait un disque de punk normal et essayé de décapiter les gens avec les guitares. Martin en a fait un chef d’œuvre et s’est assuré qu’il dure 30 ans”.

Comment pensez-vous que l’album se défende aujourd’hui ?

Morris : “L’autre jour, je suis allé m’acheter un sandwich et le gars derrière le comptoir savait qui j’étais. Il a dit qu’il y avait quelqu’un qui pleurait pour mettre Radio 2 et sa réponse était (adopte un fort accent du LancashireEh bien, je peux pas mettre ces satanés Joy Division, ça va faire fuir les clients ! Au début, j’étais un peu offensé mais je me suis rendu compte que ça veut dire quelque chose. Ce n’est pas quelque chose qu’on écoute à la légère et ce n’est toujours pas digéré par… l’homme. Je suis sorti vachement content en pensant que ce n’est pas le genre de choses que tu peux passer dans une sandwicherie”.

Hardeep Phull / Barry Nicolson

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DERRIÈRE LA TABLE DE MIXAGE DE UNKNOWN PLEASURES
En souvenir de Martin Hannett : l’homme qui a façonné le son innovant du groupe.

Même dans leur première incarnation, Joy Division voulaient pousser les choses en avant. Le fait même qu’ils s’appelaient à la base Warsaw en référence à l’expérimentation ambiante de David Bowie, Warszawa (extrait de Low, 1977), montrait que leur cercle de connaissance n’était pas limité à l’obscénité et la fureur du punk. Mais tandis qu’ils s’approchaient doucement de domaines aventureux mentalement, physiquement, ils étaient à la traîne. Le premier EP de 1978, An Ideal For Living, est à titre d’exemple : sombre, agité et inconfortablement sinistre étaient les chansons, cette pointe de quelque chose spéciale a été aplatie par un enregistrement boiteux. Mais avec la profondeur et la sophistication de Unknown Pleasures (sorti seulement 12 mois plus tard), Martin Hannett les a emmenés dans un avenir si distant que même les geeks des Pro-Tools du début du XXIème siècle essaient de le rattraper. Peut-être que Joy Division auraient fini par attendre cet état hautement évolué, mais Hannett, avec tous ses trucs de studio, cette expérimentation technologique et traits de personnalité exigeants, a ouvert un trous de ver musical.

À bien des égards, Hannett avait besoin de Joy Division autant qu’ils avaient besoin de lui. Né en 1948, il est allé à Manchester Polytechnic pour étudier la chimie mais le son et la technologie ont toujours été sa fascination principale, au point où il pouvait même s’affamer afin d’économiser de l’argent pour les enceintes qu’il voulait. Après avoir abandonné, il a entamé la scène musicale mancunienne en jouant de la basse, étant un roadie occasionnel, écrivant des chroniques et gérant Music Force, coopérative pour musiciens locaux.

Au cours des années 1970, Hannett a commencé à se focaliser sur la production. La clé de cela étaient deux ingénieurs de Burnley qui le rencontraient et l’écoutaient alors qu’il décrivait les sons mystiques qu’il imaginaient dans sa tête dans l’espoir qu’ils puissent créer une machine qui les réaliserait. Le résultat était la machine AMS Digital Delay, qui s’est matérialisée juste avant que Hannett est allé en studio avec Joy Division pour la première fois en 1978 pour enregistrer les chansons Digital (nommée d’après la machine) et Glass. Le petit bidule génial plaçait un écho hantant sur la batterie pour créer ce qui était un son grandement inédit. Au moment où ils ont travaillé sur Unknown Pleasures, Hannett avait trois machines AMS pour jouer avec. “C’était [Joy Division] un cadeau pour le producteur parce qu’ils ne pigeaient que dalle”, s’est souvenu plus tard Hannett des jeunes punks naïfs qui l’ont laissé nerveusement se livrer à sa tendance expérimentale.

Ce n’était pas non plus juste ses nouveaux jouets qui donnaient à Joy Division ce son sinistre et spacieux unique. Sur Insight, il a enregistré Ian Curtis dans l’ascenseur des Studios Strawberry, donnant au morceau son ouverture menaçante, tandis que le verre brisé sur I Remember Nothing est le manager du groupe, Rob Gretton, qui éclate des bouteilles de lait avec un faux pistolet. Sur de nombreux morceaux, il a également insisté pour que Morris joue de sa batterie fut par fut au lieu de tous en même temps – processus ardu mais un qui a fait que le groupe se distinguait de tous les autres.

Le problème était que le groupe n’était pas heureux du tout de ce que Hannett avait fait à leur cacophonie punk – mais le producteur tyrannique était préparé à cela aussi. Pour quelqu’un qui détestait les musiciens dans le meilleur des cas, Hannett n’avait aucun scrupule à répondre aux suggestions mitigées du groupe en faisant tut-tut ou en leur disant simplement d’aller se faire foutre. Si cela ne fonctionnait pas, il essayait littéralement de les congeler. “Martin et l’ingé son Chris Nagle gardaient l’air conditionné dans la salle de mixage sur le réglage Arctique, se souvient Morris. Il gardait la pièce délibérément froide parce qu’il ne voulait pas de nous ici. C’était comme une guerre d’usure età la fin, on descendait prendre une tasse de thé et on le laissait vaquer à ses occupations”.

C’était ces coups de génie qui ont assuré que Joy Division soient bien en avance sur leur temps, mais ils ont également fait de Hannett lui-même une légende et l’ont mené à travailler avec des groupes comme Magazine, OMD et U2 peu après. Mais tandis que l’héroïne et plus tard l’alcool laissaient des séquelles sur le producteur, les visions du futur de Hannett sont restées bloquées dans le passé. Bien que sa réputation a toujours attiré les Stone Roses pour leur premier single So Young, Ian Brown se souvient qu’“il était vraiment, vraiment dans les classes A. Il passait quelques heures sous la table les jambes croisées… puis il mettait de vieilles [cassettes de] Joy Division, pour lui rappeler comment on faisait”. Durant la même session, Brown se rappelle aussi comment la taille ballonante de Hannett débordait sur la table et poussait les boutons en avant dans la forme d’un arc. Mais quand un ingénieur a essayé de corriger les niveaux, il a insisté que ce devrait rester comme cela parce que c’était “le son courbé de Martin Hannett”.

Après un dernier coup d’éclat sous la forme du classique des Happy Mondays de 1988, Bummed, Hannett est mort en 1991 d’une crise cardiaque. “La chose malheureuse, c’est qu’il était clean depuis quelques années mais il avait déjà abîmé son cœur, se souvient Hook. Il est en fait mort en déménageant. Alors voici une morale pour nous tous : ne déménagez pas !”

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UNKNOWN PLEASURES FICHE TECHNIQUE

Enregistré : 1-17 avril 1979
À : Studio Strawberry, Stockport
Sortie : 15 juin 1979
Personnel : Ian Curtis (chant/guitare) Bernard Sumner (guitare/claviers) Peter Hook (basse) Stephen Morris (batterie)
Paroles & musique par : Joy Division
Produit par : Martin Hannett
Enregistré par : Chris Nagle
Position la plus haute dans les charts albums britaniques : 71
Label : Factory Records
Tirage initial : 10 000 exemplaires
Design de la pochette : Peter Saville et Joy Division
Ce que les critiques ont dit : “Quitter le XXème siècle, c’est difficile, la plupart des gens préfèrent revenir en arrière avec la nostalgie. Bon Dieu. Joy Division au moins ouvrent la voie dans le présent avec des traînées dans le futur – on ne peut peut-être en demander plus. En effet, Unknown Pleasures peut être l’un des meilleurs premiers LP blancs et anglais de l’années” – Jon Savage, Melody Maker

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PETER SAVILLE L’ART

Seul Che Guevara, 37°2 le Matin et des petites taches de sauce Bombay Bad Boy peuvent clamer avoir orné plus de murs de dortoirs universitaires que la pochette saisissante, frappante et iconique de Unknown Pleasures. Extraite d’une édition de la Cambridge Encyclopedia of Astronomy, l’image comprend exactement 100 pulsations électro-magnétiques de PSR B1919+21, ou en termes de novice, le premier pulsar jamais découvert. Comme vous le savez bien, un pulsar est une étoile à neutrons en rotation qui émet un rayon de radiations électro-magnétiques dont les régularités de pulsation sont connues pour être aussi précises qu’un horloge atomique. La légende veut que Bernard Sumner a donné l’image au designer Peter Saville et il a décidé d’inverser les couleurs, des lignes noires sur un fond blanc à l’image iconique que nous connaissons aujourd’hui. Mais la vraie beauté de l’image ne réside pas dans la science ; c’est l’ambiguïté de tout cela. Il n’y a pas de nom de groupe, pas de titre de l’album, ni même une tracklisting au dos, seule une table vide où les titres des chansons auraient dû être, posée sur le vide noir calmant de l’espace. C’est ouvert à n’importe quelle interprétation qu’on veuille bien lui mettre. Et elle a l’air cool sur un t-shirt.

IAN CURTIS LES PAROLES

“J’attends qu’un guide vienne me prendre par la main / Est-ce que ces sensations pourraient me faire ressentir les plaisirs d’un homme normal ?” Telles sont les lignes d’ouverture de Disorder, la première chanson de Unknown Pleasures, et le premier indice de nombreux autres à venir que tout n’allait pas bien dans le monde de Ian Curtis. Quand un fanzine lui a demandé quelle était leur signification  Curtis lui-même a dit : “On n’a pas vraiment de message, les paroles sont ouvertes à l’interprétation. Elles sont multidimensionnelles. On peut y lire ce qu’on veut”.

Néanmoins, regardées au travers du prisme de son suicide tragique, il devient difficile de lire autre chose que de la tristesse dans les paroles. Stephen Morris a admis il y a quelques années que ce n’est qu’après sa mort que le groupe a étudié les paroles.

“Je regardais les paroles de Ian et pensais combien il était intelligent, raconte Morris. À se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais cru qu’il parlait de lui. Avec le recul, comment ai-je pu être aussi stupide, merde ? Bien sûr qu’il écrivait à propos de lui. Mais je ne l’ai pas saisi en lui demandant Qu’est-ce qui ne va pas ? Je dois vivre avec ça”.

Pourtant bien que l’oppression des paroles de Curtis peuvent rendre l’écoute morbide – “Violent, plus violent”, fait I Remember Nothing, “Sa main fend la chaise / Bouge par réaction, puis s’effondre avec désespoir” – c’est aussi l’un des meilleurs paroliers de tous les temps. Il y a un cœur et une profondeur dans la tristesse. C’est un mot qui devrait être utilisé avec attention quand on parle de musique, mais Curtis était un véritable poète.

Traduction – 29 janvier 2015