Public Enemies n’est pas un autre film policier. Ce n’est même pas Heat dans les années 1930. Selon le réalisateur Michael Mann, ce biopic de John Dillinger avec Johnny Depp dit la vérité frappante. Et il parle également, Empire doit le rajouter, de batailles d’armes à feu les plus stupéfiantes sur le plan visuel qu’on ait jamais vues…

Plus que tout, John Dillinger aimait les films. Dans un sens très réel, ils seront sa mort. Le soir fatal où le cambrioleur de banques notoire a rencontré sa fin seulement âgé de 31 ans, il était allé voir l’Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke au Biograph en centre-ville de Chicago. combien il a dû avoir souri d’un air suffisant pour lui à la vue de Clark Gable, en juste adéquation pour Dillinger (et une ressemblance troublante avec Johnny Depp dans le rôle de Dillinger), répénrant les poses arrogantes que le gangster avait donné pour les photographes des journaux. Combien aussi il a dû avoir essuyé une larme à la vision de Myrna Loy comme nana de gangster qui ressemble autant à son véritable amour, Billie Frechette, actuellement incarcérée en tant que complice (et entièrement Marion Cotillard dans le rôle de la petite amie de Dillinger). Ce qu’il n’a pas accepté, semblerait-il, était le rebondissement cruellement ironique du film : “Le Blackie de Gable a été trahi par ceux qui lui étaient le plus proche”, explique Michael Mann, gobant le symbolisme. “Quelque chose de similaire allait arriver à Dillinger…”

À l’extérieur du Biograph, le FBI, mené par l’agent gentleman Melvin Purvis (pas très loin de Gable lui-même, comme on pourrait avancer l’est Christian Bale) attendait sa proie. Le tuyau était la jupe orange de la compagne traître de Dillinger, Anna Sage. Tandis qu’il se promenait dans la chaleur du soir, ils se sont jetés sur lui, et une balle du pistolet de l’Agent Charles Winstead a fendu l’arrière de son crâne pour en sortir sous son œil droit, soufflant instantanément la flamme de magnésium de la brève vie frénétique de Dillinger. Selon votre point de vue, cela marquait la fin dramatique de soit un Robin des Bois de la Dépression ou de son Ennemi Public N°1, dont la fièvre criminelle de huit semaines était devenue la peste de la quête du grand bosse du FBI J. Edgar Hoover pour une nouvelle sorte de police fédérale aux États-Unis.

“Il est devenu ce grand héro populaire, alors Hollywood a commencé à incorporer des aspects du personnage de Hollywood dans leurs caractérisations, s’enthousiasme Mann. L’Ennemi public n°1 était Dillingeresque ! C’est une boucle bizarre : il copiait les films, ils l’ont copié en train de les copier…”

C’est peut-être ici que réside le Rêve américain : perpétuer son propre mythe en tant que gangster aux nerfs d’acier, héro populaire et muse d’Hollywood, vivre vite et mourir jeune ; et finir comme sujet d’un biopic de Michael Mann, incarné par les traits et les pommettes aux lignes pures et branchées de Johnny Depp. Ce n’est qu’en Amérique que les hors-la-loi rêvent d’être des stars de cinéma qui rêvent de jouer des hors-la-loi. Dillinger serait le premier à faire la queue pour Public Enemies.

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C’est un matin nuageux de Los Angeles que Empire arrive dans les bureaux de Mann à Santa Monica, situés dans une zone d’activités autonome nommée Tribeca West. C’est un quartier créatif : Oliver Stone a ses bureaux ici ; jusqu’à récemment, Peter Berg était à côté pour monter Hancock – une production de Mann ; bien que de manière moins pertinente, Rob Zombie rôde également dans le coin. À l’intéreiru de Forward Pass Productions, les murs intelligemment décorés de clichés extraits de AliHeat et les Incorruptibles de Chicago (la série télé située dans les années 1960 d’un flic contre la Mafia de Mann), il règne un silence monacal. Le réalisateur n’est pas encore arrivé, et Empire est poliment conduit dans une salle de projection pour voir le film. Bien que ce ne soit pas les cinémas dans lesquels se rendait Dillinger au début des années 1930, des palaces du bon vieux temps que Mann décrit comme “Versailles pour dix cents”, il y a quelque chose de bizarrement intime de voir un film au cœur du domaine de son créateur.

Michael Mann, le capo di tutti capi de Hollywood du genre policier, est fasciné depuis longtemps par l’idée de faire un film sur les exploits de Dillinger. Après tout, il a grandi sur le lieu de prédilection de Dillinger dans les petites rues de Chicago et fréquentait le célèbre cinéma Biograph enfant parce qu’ils “passaient de vieux films là-bas”. Sa mère a travaillé sur l’Exposition Universelle de 933, il se peut qu’elle ait côtoyé le ravissant méchant.

“Ce n’est pas personnel dans le sens que vous pensez – personnel à ma vie”, soutient le réalisateur de 66 ans, stoïque jusqu’au bout, “mais c’est mon œuvre la plus personnelle dans la manière dont on s’est rapprochés du personnage et de la psychologie de sa sous-culture”.

Mann avait écrit un scénario Dillinger dans les années 1970, se centralisant uniquement sur la chasse au braqueur de banque. Il s’appelait Public Enemy. Sans vraiment l’influence qu’il exerce aujourd’hui, cette version n’a pas abouti, mais le malin n’avait cessé de chercher le réalisateur. On pourrait avancer que Dillinger suit les pas du perceur de coffre-forts Frank de James Caan dans le Solitaire, et le Neil McCauley de Robert De Niro dans Heat : aussi fanfaronnant qu’il était dans sa vie personnelle, Dillinger était méticuleux dans ses braquages. Il organisait des raids en une minute 40 pile poil, annoncé par une élégante salle des coffres au dessus du comptoir principal. “Il n’y a jamais eu d’équipe aussi impécable que ces gars”, s’émerveille Mann.

Après le processus fatiguant et perturbant d’adapter Deux Flics à Miami, le réalisateur penchait vers l’adaptation de l’œuvre d’un autre grand vaurien américain : Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway. Mais cela n’a pas fait tilt. Mann aime que les films fermentent. De nombreux projets mijotent dans ces bureaux calmes jusqu’à ce qu’il estime qu’ils soient prêts et l’endroit explose dans la frénésie de la production. Parmi eux se trouvait une adaptation prévue de Public Enemies de Bryan Burrough, récit factuel des antihéros de l’Amérique de la Dépression : Bonnie et Clyde, Baby Face Nelson, Pretty Boy Floyd, Ma Barker et Dillinger. “C’est difficile de dire exactement pourquoi on choisit un projet. On en a juste l’ambiance, dit Mann en riant. C’était au fond de mon cerveau pendant des années et j’ai eu l’ambiance de Dillinger”. un budget de 80 millions de $ de la part d’Universal a sûrement aidé.

“L’Amérique a une longue tradition de ce qu’on appelle hors-la-loi sociaux”, dit l’auteur Bryan Burrough de l’époque de Public Enemy. “C’est à dire, des hors-la-loi de type Robin des Bois, qui datent de jesse James et avant. Mais jamais auparavant les États-Unis avaient été dans une telle mauvaise passe économique que tant que criminels, en particulier Dillinger, se sont vraiment liés au peuple. Ils étaient en colère contre les banques et les grandes sociétés et un gars comme Dillinger semblait se défendre”.

Cela vous rappelle quelque chose ? Public Enemies a beau se passer il y a 75 ans, mais ce pourrait être le film le plus d’actualité de l’année. Durant la réalisation du film, l’économie mondiale a dégringolé, et elle a assumé une pertinence sinistre. Le sourire de Mann demeure évasif : “Manifestement, on ne l’avait pas prévu de cette manière, mais il pourrait communiquer sur ce niveau. On traverse ce changement économique, les règles changent, et ça met les gens en colère. Dillinger représente une sorte similaire de rage”. Johnny Depp vêtu d’un costume classe qui s’attaque aux banques qui se sont enrichies à l’aide d’une mitraillette Thompson : qui ne s’identifie pas avec cela ?

Avant qu’elle ne devienne un livre, HBO avait flirté avec l’idée de transformer la recherche de Burrough en série télé – imaginez Sur écoute redirigé dans les années 1930 désolées. De Niro, McCauley lui-même, avait sauté à bord comme producteur exécutif. Mais après des années de développement, le projet a stagné, perdu dans une pagaille de bonnes intentions. HBO n’arrivait pas à trouver de structure qui fonctionnait ; une manière de contenir toutes les “légendes” différentes, cette galerie de fripouilles et de hors-la-loi étalée sur des milliers de kilomètres de géographie désertique. “J’étais là, Je me casse, je vais écrire un livre”, dit Burrough en riant.

Quand le livre est sorti, Mann a vu une nouvelle tentatives de porter l’histoire de Dillinger à l’écran et a poursuivi les droits. “Il a exprimé son amour pour le livre via mon agent, dit Burrough avec plaisir. J’étais là, Ce n’est pas comme si les gens se bousculaient pour ça ; mettons-le dans les mains de l’un des meilleurs réalisateurs du moment…”.

Il avait vu Heat, il avait vu RévélationsAlile Solitaire, et le Sixième Sens. Burrough, reporter au New York Times et Wall Street Journal entre l’écriture de ses livres, n’était pas un idiot. Trois ans ont dû se passer avant qu’il ait des nouvelles.

“Je me réveille et il y a un e-mail de mon agent”, explique-t-il en gloussant, le scénario de rêve dans sa boîte. “Mann a le feu vert pour le film, il le fait avec Johnny Depp. Vous auriez pu me ramasser par terre !”

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Chose peu surprenante, Johnny Depp convoitait depuis longtemps le rôle de Dillinger. Le grand-père de la star de 45 ans tant le Moonshine dans le Kentucky durant la prohibition, et il a grandi en écoutant les récits de Bonnie et Clyde, Pretty Boy Flood et Dillinger en particulier. En apparence, c’est l’acteur parfait – Depp canalise un esprit hors-la-loi dans ses personnages – et est très versé dans la tradition Dillinger. “Il y avait un rapport basique entre Depp en tant qu’être humain et John Dillinger”, dit Mann avec admiration. Non pas que Depp soit une sorte de criminel, ou cautionne le braquage de banques ; juste qu’il comprend cette énergie imprudente mais contrôlée qui dansait en Dillinger. “Les courants au sein de Johnny sont très profonds”, fanfaronne son réalisateur.

Depp incarne Dillinger moins avec la joie de vivre de Jack Sparro ou la férocité gothique de Sweeney Todd qu’une confiance calme et insatiable. “Certains pourraient ne pas être d’accord, mais je pense que c’était un Robin des Bois de la vraie vie, expliquait récemment Depp. Il savait que le temps était compté”. La star et le réalisateur ont tous les deux été enchantés par l’énigme que présentait Dillinger – pourquoi n’a-t-il jamais simplement fuit pour la frontière ? “Il croyait en une forme de destinée, dit Mann. L’Histoire t’arrive”.

Le scénario, écrit par Mann et le romancier Ronan Bennett, agit comme biopic en accéléré – les huit semaines glorieuses de vols, amour et infamie (“Il a eu le droit à plus de couverture médiatique que Obama !”) entre la prison et finalement la mort qui l’emporte. Il perd des amis et des mentors, trouve l’amour (avec la lumineuse fille du vestiaire Billie Frechette), dévalise des banques, et en gros tourne comme une toupie dans la vie comme si rien ne pouvait le toucher.

“C’était une personne en récente liberté conditionnelle qui voulait la belle vie, explique Burrough. Il voulait mener la vie qu’on lui avait refusée contre celles passées en prison. À sa grande surprise, il est devenu un personnage public. Puis tout lui est monté à la tête”. Ou, comme Mann le dit, “La causalité sévère d’être en pénitencier”.

Depp peut sembler être l’acteur parfait – et le studio n’était certainement pas contre – mais le projet a été monté à la base avec Leonardo Di Caprio en tête. Mann décline tout commentaire sur pourquoi Di Caprio est parti. Burrough, hermétique aux rumeurs, pense que c’était une question de timing : “Mann voulait avancer dans le projet et Di Caprio faisait un Scorsese (Shutter Island)”.

Christian Ball était le premier choix pour jouer Melvin Purvis, l’agent du FBI “aristocrate” du Sud à la lourde tâche d’arrêter Dillinger. “Il vient d’un milieu culturel spécifique, dit Mann. En même temps, il pourrait être un tueur”. Purvis avait gagné ses lauriers avec la mort récente de Pretty Boy Floyd, et Hoover, déterminé à attirer les médias, savait reconnaître une figure emblématique quand il en voyait une. Un chauffeur conduisait le gars au travail tous les jours.

“Il était connu comme le Clark Gable du Bureau”, a commenté Bale de son personnage. “Bien qu’il était de l’autre côté de la loi que Dillinger, il lui ressemblait à bien des égards”.

Il est difficile de se débarrasser des similitudes avec Heat : flic et criminel comme les deux faces d’une même pièce, tandis qu’au-delà des fusillades, ils ne partagent qu’une seule scène principale. Mann ne veut rien entendre de cela, cependant, plus heureux à faire l’apologie du professionnalisme de Bale : “C’était l’un des acteurs les plus dévoués et décents avec lesquels je n’ai jamais travaillés”, dit-il, répondant à sa propre question. De plus, Public Enemies est plus une triple tête d’affiche qu’une affaire à deux. La Billie Frechette de Marion Cotillard a un énorme impact sur Dillinger, et le film est en partie une histoire d’amour tandis qu’elle essaie désespérément de freiner l’élan de Dillinger.

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“Alors, qu’en avez-vous pensé ?” se renseigne le réalisateur quelque chose comme deux heures plus tard tandis que Empire revient petit à petit dans le XXIème siècle. Il semble plus simplement curieux que nerveux.

La première chose qui vous frappera quand vous regardez Public Enemies, c’est que cela ne ressemble en rien à un film. Cela ressemble à la vie. Tourné entièrement en numérique, ce voile de celluloïd entre le spectateur et le sujet, ce coup de pouce subconscient qui est vraiment un monde cinématographique, a été enlevé. Regarder les années 1930 aussi sûrement qu’elles ont dû paraître.

“C’est comme une langue différente, se réjouit Mann. Le français vers l’allemand. J’avais prévu d’utiliser du celluloïd, mais Dante (Spinotti, directeur de la photographie) et moi, on est sortis sur le parking et on a fait ces tests, juste des textures. On ne pouvait pas revenir en arrière”.

Imaginez une nouvelle version du blu-ray – appelons le le Michael Mann-Blue blu-ray – où le papier peint floqué devient une carte du monde et l’écorce la surface de la lune. Il semble y avoir des couleurs, des sons, des textures, tout un niveau de centres d’attention non disponibles aux autres cinéastes.

Puis, Mann a cet aura Kubrick/Malick, ses films de vastes entreprises personnelles où le compromis est aussi plausible qu’un Transformer. Il n’y a rien d’exactement réclusif chez lui – il se révèle facile à vivre et disponible – mais son immersion dans ses sujets partagent leur intensité dévorante. Chaque réponse peut partir dans des niveaux encyclopédiques de connaissance et de pensée. Demandez-lui des détails sur la naissance du FBI (thème majeur) et il vous expliquera comment le NKVD russe et la Gestapo étaient des prototypes pour le sinistre J. Edgar Hoover (Billy Crudup). C’est un intellectuel sans la moindre gêne, soulignant les aspects “post-freudiens”, “marxistes-hégéliens” et “calvinistes profanes” de son scénario. “Il voulait connaître cette période entièrement”, s’emballe Burrough.

Au lieu d’avoir des designers qui reproduisent des lieux à partir de vieilles photos en noir et blanc, Mann est allé directement à la vraie chose. Le véritable Biograph sur la Lincoln Avenue, aujourd’hui théâtre en mauvais état, avait perdu sa marquise scintillante, alors le réalisateur l’a faite remettre exactement. Il nomme ce processus pour rendre les films “vifs”. “Si vous êtes vivant le 22 avril, à 10h17 du matin, en 1933, voici combien le monde est vif, détaillé et réel”.

À un moment, Dillinger sort de prison de force – c’est un homme difficile à garder en taule – et ils ont tourné la séquence dans la prison de Crown Point Jail, ayant déjà tourné dans la salle d’audience Crown Point Courtroom. “Cette évasion n’avait pas de sens, qu’il pouvait se fabriquer un flingue en bois et sortir avec son bluff, jusqu’à ce qu’on voit l’endroit. La configuration était unique… Il y a quelque chose que les acteurs et moi avons tiré des vrais endroits. Les endroits nous parlaient”.

Se faisant l’écho du fracas de 11 minutes dans la rue de Heat, c’est une fusillade tournée en extérieur au véritable Little Bohemia Lodge à Manitowish Waters dans le Wisconsin. Ici Purvis a coincé Dillinger et son gang, et le carnage s’en est ensuit. Pourtant Mann et ses soldats mobilisent une beauté brutale – 14 minutes d’hallucinations due à la fièvre de pistolets automatiques rugissants et de métal volant propulsé tout droit dans une forêt éclairée par la lune, la fumée argentée des canons chauds qui se mélange à la brume comme si on se trouvait dans un conte de fées bizarre, mais ramené sur terre par l’inévitable préoccupation de Mann pour la dynamique de tirer des coups de feu en s’agrippant au toit d’un coupé Pierre-Arrow de 1934. “Ça a à voir avec la visualisation”, soupire le réalisateur, comme si cela devrait être évident pour tout le monde.

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Plus tard ce même jour, nous nous trouvons sur le terrain de Warner Bros – le bâtiment de post-production de Eastwood, pour être exact – où Mann met les touches finales au mixage sonore. Malgré que ce soit un projet Universal, il a loué la scène de doublage du studio qui a rendu le genre gangster célèbre – l’Ennemi publicl’Enfer est à luile petit César et tous : retours flamboyants à un million de kilomètres de la précision froide de Public Enemies – bien qu’il soit inconscient de, ou peut-être indifférent à, l’association. “J’aime travailler ici”, dit-il en soulevant les épaules. Entourée de diodes clignotantes, d’écrans d’ordinateur et de contrôles byzantins, une équipe de jeunes hommes est suspendue à la moindre de ses paroles. L’image de Kirk sur le pont de l’Enterprise vient à l’esprit. “Revenons à Johnny dans la cellule…” il donne en instruction, ajustant des niveaux microscopiques de dialogue pour altérer l’humeur et l’emphase. La réalisation au niveau quantique.

il peut contenir de furieuses fusillades, des braquages, des stars poids lourd (apparemment les deux plus grandes actuellement en fonction), mais Public Enemies a également l’ambition et la sophistication d’un film de saison des récompenses. Va-t-il être jugé avec justesse dans un champ de robots et de Vulcains ?

Le sourire énigmatique de Mann revient : “Je respecte l’audace de le sortir maintenant, répond-t-il. C’est un gros film. Est-ce que je le vois comme un film d’été ? C’est quoi un film d’été ?”

Bien sûr, Mann déteste catégoriser son œuvre : ce ne sont pas autant des films policiers que des études psychologiques d’hommes ambigus ; ce ne sont pas autant des épopées ou des films d’action que des mondes intimes – des visualisations. “Je n’aime pas voir les choses en termes de morale”, dit-il, continuant si oui ou non il avait rendu justice à Dillinger. “Ce n’est pas une question de mériter quelque chose. Je suis intéressé par la psychologie qui le pousse, une psychologie propre à une époque”.

Mann admet qu’il a aimé la discipline de travailler jusqu’aux dates butoir en été. Le tournage, qui s’est étalé sur des centaines de lieux sur Chicago et le Midwest, traversant toutes sortes de temps (“On a tourné dans un blizzard en plein avril !”, a été encore plus gêné par le fantôme d’une grève des acteurs. “On devait avoir fini le 24 juin ou ils étaient partis”, explique-t-il en riant tristement. “Mais ça peut aider. Ça vous discipline plus”. Les souvenirs des coûteux dépassements de Deux Flics à Miami sont manifestement toujours frais.

Aime-t-il ce qu’il fait ? “Je suis comme tout le monde”, répond-t-il, complètement à côté de la plaque. “Affronter quelque chose de difficile, c’est excitant. Quand tu as l’impression d’avoir fait un boulot assez décent avec, c’est une bonne sensation…”

Avec son iPhone qui vibre et ses assistants qui l’implorent en silence à la porte, notre temps est évidemment fini. “Tout va bien ?” demande-t-il, en se levant, son cerveau de retour dans le détail infinitésimal de son œuvre. Tout va bien.

Ian Nathan

Public Enemies sort le 3 juillet et sera chroniqué dans le prochain numéro.

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BRIEFING PUBLIC ENEMIES

Sortie : 3 juillet
Budget : 80 millions $ (estimation)
Réalisateur : Michael Mann
Distribution : Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Billy Crudup, Stephen Graham, Giovanni Ribisi
Histoire : Après neuf années en prison, le braqueur de banques John Dillinger (Depp) part dans huit semaines de folie criminelle hautement publicisée. Cela ne va pas du tout pour le patron du FBI J. Edgar Hoover (Crudup) qui envoie son meilleur homme, un Sudiste raffiné nommé Melvin Purvis (Bale), sur la piste de Dillinger.

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MARION COTTILARD EST BILLIE FRECHETTE

Martion Cotillard n’avait même pas vu le panneau Hollywood de près avant de finir de tourner le rôle qui lui fera remporter un Oscar, Edith Piaf dans la Môme.

“On a fini de tourner à LA et c’était la première fois que j’y allais”, dit l’actrice dont le CV inclut Un long dimanche de fiançailles et Une grande année de Ridley Scott. Bien que ce n’est qu’après avoir remporté quelques récompenses dans le rôle de la diva condamnée que Hollywood a commencé à appeler.

“J’étais en Californie à parler avec des réalisateurs et j’ai rencontré Mann. C’était énorme pour moi, j’admire tellement ses films”, dit Cotillard au téléphone depuis New York.

“Je ne connaissais rien de Dillinger, je ne reconnaissais même pas son nom, mais Mann est tellement passionné. La mère de mon personnage (Billie Frechette, le grand amour de Dillinger) était une Indienne Menominee alors il m’a emmenée à Green Bay pour rencontrer la tribu. Avec quelqu’un réel comme Billie, on voit les images, on lit les choses qu’ils ont dites, la construction est déjà faite, mais tu dois remodeler la maison et en faire la tienne”.

Elle est tout aussi expansive sur sa co-star, Johnny Depp, que sur son réalisateur : “Il s’intéressait vraiment à Dillinger – je pense qu’il en est un peu amoureux, on pouvait sentir ça”.

Avec l’adaptation de Nine de Broadway déjà en boîte (“J’ai deux chansons à chanter !”), le grand drame saharien le dernier Vol doit finir quelques jours avant qu’elle ne commence à tourner l’insaisissable drame SF de Christopher Nolan, Inception.

“C’est un génie, dit-elle chaleureusement. Il est tellement riche à l’intérieur, il a tellement de choses à raconter”.

Philip Wilding

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CONNAIS TON ENNEMI
L’historien Bryan Burrough sur les faits derrière les Public Enemies aux États-Unis

JOHN DILLINGER (Johnny Depp)
“Dillinger n’était pas du tout un Robin des Bois ! Il voulait vivre la vie qu’on lui avait retirée après neuf ans en prison. il braquait des banques pour mener la grande vie. À sa surprise, le public est tombé amoureux de lui et tout lui est monté à la tête”.

BABY FACE NELSON (Stephen Graham)
“Baby Face Nelson vous dirait que c’était son gang, pas celui de Dillinger ! Ce qui est un peu vrai, mais le public ne le savait pas. C’était les exploits de Nelson avec Dillinger qui ont fait de lui un nom courant. Pourtant, c’était un psychopathe et un fou”.

PRETTY BOY FLOYD (Channing Tatum)
“C’était le premier à devenir un nom courant, mais seulement dans l’Oklahoma. Quand tout a éclaté sur le plan national en 1933, il était à moitié retraité. Mais son nom était attaché au massacre de Kansas City alors il a dû se planquer”.

PETE PIERPOINT (David Wenham)
“Il était probablement l’un des deux, l’autre étant Charles Makley, mentors de Dillinger quand il était en prison. Quand ils ont fini par faire équipe dehors, Dillinger avait un flair démontre dans ses braquages de banque et a volé tous les gros titres”.

J. EDGAR HOOVER (Billy Crudup)
“C’est un Hoover différent de ce dont la plupart des gens sont familiers. On est plus influencés par les choses qu’il a mal faites après, qui ont obscuré le fait qu’il a fait naître quasiment seul toute la notion d’une force de police centralisée”.

MELVIN PURVIS (Christian Bale)
“Il était énormément bosseur, mais n’était pas entraîné pour l’énormité de la tâche. Il ne savait pas comment diriger une investigation de cette taille… Je pense que le scénario est plus gentil envers lui que les faits. Il le représente comme humain”.

Traduction – 12 février 2015