Concevoir la première partie du voyage épique de Bilbon ou : dans la poêle à frire, en dehors de la Comté…

CUL-DE-SAC & HOBBITBOURG

Étant donné que les petites gens de Tolkien sont un groupe assez conservateur, résistant à tout ce qui perturbe leur routine confortable de deuxième petit-déjeuner et de consommation de tabac à pipe, il est peu surprenant d’apprendre que la patrie des Hobbits a peu changé dans son incarnation 60 ans plus jeune. “Chaleureux, romantique, engageant”, dit le directeur de la photographie Andrew Lesnie. “L’endroit le plus idéal à vivre au monde. Innocent, naturel, simple, à couper le souffle”. le cf décorateur Dan Hennah, pendant ce temps, a maintenu l’idée que la Comté est plus avancée sur le plan technologique que les domaines plus rustiques à l’Est : “post médiéval avec quelques anomalies – comme le fait d’avoir des montres à gousset”. Les visiteurs attentifs remarqueront de subtiles différences, cependant. “On a ajouté quelques couleurs plus vives, révèle Hannah, et on l’a rafraîchi un peu. Certainement à Cul-De-Sac, on sent la différence”.

“On a rajouté quelques pièces, dit l’artiste conceptuel John Howe de la demeure de Bilbon douillette à la porte ronde et à flanc de coteau. “Il y avait, ça et là, je suppose, un effort conscient de la faire apparaître 60 ans plus jeune, mis ce n’était pas quelque chose sur quoi on s’est attardés. Les meubles, je crois, ont changé. Les parties qu’on ne voyait pas, on a pu les réinventer et évidemment, on a fait une réserve parce que les Nains la pillent ; et une salle à manger où ils s’entassent tous. C’état assez excitant”.

FONDCOMBE

Comme pour Hobbitbourg, la vallée cachée où Bilbon, Gandalf et les Nains font une Courte Pause dans la Dernière Maison Simple de Elrond sera principalement familiers, mais avec de petites modifications et extensions importantes. Sans surprise, Dan Hennah s’est basé sur le matériel source, notant que les Elfes de Fondcombe dans le Hobbit sont un groupe bien plus enjoués que les oreilles pointues qui quittent la Terre du Milieu dans le Seigneur.

“Le Fondcombe dans le Seigneur des anneaux était la fin de l’âge des Elfes, alors tout était dans des tons automnaux, explique-t-il. Alors que cette fois, c’est l’été et frais et les Elfes ont encore beaucoup d’énergie positive. Puis on voit la chambre d’Elrond et la cour et des choses qu’on n’a pas vu la dernière fois, alors on sent tout plus grand. On en voit plus”.

RHOSGOBEL

“Je pense que c’était autrefois un petit cottage pittoresque ordinaire”, dit Sylvester McCoy de la maison peu conventionnelle de son Magicien excentrique, Radagast. “Et puis un chêne a décidé d’y pousser dedans ! Et Radagast, étant le Magicien qu’il est, n’allait pas virer un chêne, alors il l’a accueilli”.

Philippa Boyens décrit cet écolo comme “puissant, étourdi et préoccupé par le monde naturel”. Mais un tel amour de la nature peut avoir des conséquences d’hygiène et de sécurité. “Le chêne a transformé la maison en une maison en vrac ! s’exclame McCoy. Avec un sol en vrac, qui faisait mal à mes chevilles en vrac quand je courrais partout à essayer de trouver un remède pour mon hérisson piquant en peluche. C’était un décor pratique, et ils ont construit la forêt, aussi – ce décor énorme, dans un vieil hangar, je pense…”

LES MONTS BRUMEUX

“Il n’y a pas de manque de Monts Brumeux en Nouvelle Zélande, dit John Howe en riant. On a eu l’opportunité d’aller faire des repérages, mais cette fois le paysage néo-zélandais va être mis en valeur d’une manière plus intime ; on n’aura pas les mêmes grands panoramas qu’on avait dans le Seigneur des anneaux avec les plaines du Rohan, mais un paysage très différent. Peter était déterminé à aller là où aucun Hobbit n’était jamais allé”. Dans ce cas, l’étendue pénible décrite par Andrew Lesnie comme “un paysage agressif qui représente un grand danger à bien des niveaux ” est au moins représenté par la station de sports d’hiver Treble Cone à Wanaka et Earnslaw Burn près de Glenorchy.

Quant aux grands dangers de Lesnie, sur les basses pentes occidentales des montagnes, nous rencontrerons une nouvelle race de féroce monture de Gobelins, le Warg. “Ils sont plus gros, plus angulaires”, dit le superviseur des effets spéciaux Joe Letteri. “Dans le Seigneur des anneaux, ils avaient des têtes plus carrées, comme des mastiffs. Ils ressemblent plus à des loups. Leurs gestes sont réalisés par une animation en image clé, mais on a ce qu’on appelle un mulet – un bout de l’épaule du Warg pour que les acteurs puissent les monter”.

Et nous avons les majestueux Aigles géants, autre créature qui revient sur la Terre du Milieu. À la différence des Wargs, ils demeurent non modifiés. “Ils ont toujours été juste de beaux aigles géants, s’enthousiasme Richard Taylor. On ne peut faire mieux. On s’est amusés avec quelques idées autour de marques sur la tête et des trucs comme ça, mais au bout du compte, on ne peut améliorer la beauté du monde naturel. Alors on a fini par se décider à les refaire comme dans le passé”.

TROUÉE DES TROLLS

La clairière de forêt où Bilbon et ses compagnons tombent aux prises d’un trio de Trolls des Cavernes blottis contre un feu de camp a été brièvement aperçue comme lieu dans la Communauté de l’anneau, et ici a été réalisée via une combinaison de lieux en extérieur (Magaotaki Rocks, Piopio) et décors associés, avec le besoin de mo-cap pour les créatures de plus de 4 mètres de haut, ce qui signifiait que les acteurs et l’équipe devaient travailler sur deux scènes installées côte à côte.

Les Trolls eux-mêmes sont une proposition différente des bêtes guerrières rugissantes du Seigneur des anneaux. “Si le Troll des Cavernes dans la Communauté était légèrement stupide et juste de la pure agression, ces gars sont plus sophistiqués”, explique le responsable du Weta Workshop Richard Taylor. “Ils ont la capacité à parler et sont de véritables personnages de leurs propres droits”.

Et on nous promet : il y aura de la morve. “Ils sont définitivement remplis de mucus, dit Taylor en riant. C’est Peter tout craché. Ce sont des créatures extrêmement morveuses. On est tous impatients de voir comment il s’amuse de ça dans le film. C’est définitivement de la morve numérique, venant de la tête des personnages, mais peut-être que le service artistique fera un peu de morve physique pour le tournage…”

LA CAVERNE DE GOLLUM

“C’est, en fait, un vaste lac sous-terrain”, explique Andrew Lesnie de, manifestement, le lieu le plus important de toute la sage, où l’Obscurité résonnera d’Énigmes. “C’est le calme au milieu d’une tempête. Sa tranquillité souligne seulement la qualité étrange et fantasmagorique qui existe dans cette caverne. Elle empeste de solitude et de désespoir des âmes perdues”.

Avec le changement vers la haute définition et la 3D, les effets spéciaux numériques en sont arrivés à supplanter la plupart de l’œuvre physique que le Weta Workshop de Richard Taylor a fait sur la trilogie originale. Même ainsi, il raconte à Empire que le Workshop a produit des études de couleurs qui changent avec l’humeur et a été impliqué pour “jouer” avec les formations rocheuses. “Mais au bout du compte, cet environnement a été créé par les incroyables sculpteurs du service artistique. C’était si incroyablement réel quand on y rentrait. Le travail sur les rochers est exemplaire. On dirait que ce serait une chose assez inoffensive à reconnaître, mais ce n’est pas le cas. J’étais enthousiaste en allant sur ce décor. On avait un Gobelin animatronique qui jouait là-bas le premier jour du tournage. La technologie change si rapidement. On est ravis quand on est invités à faire quelque chose, et on a fait des petits trucs pour aider les acteurs à se sentir comme dans un monde vivant avec des créatures, mais au bout du compte, une grande partie du travail sur les créatures est fait par la technologie”.

GOBELINVILLE

“Une telle partie du Hobbit semble se passer sous terre ou dans l’obscurité, dit John Howe en riant. Alors on a mis pas mal d’effort à rendre ces univers intéressants et distincts. Il semblerait certainement que le segment “Sous Colline” d’un Voyage inattendu fera bien plus que simplement les mines de la Moria. Andrew Lesnie décrit ce royaume sous-terrain des Gobelins du film comme “un réseau de gouffres”, qui, “bien que vaste, est sombre et claustrophobe”.

Notez que c’est définitivement des Gobelins, ici, pas des Orques. “Il y a une distinction”, insiste le responsable maquillage/coiffure Peter King. Dan Hennah la définit de façon frappant : “Les Gobelins, c’est comme des poux dans la couture de ton pantalon, alors que les Orques, ils sont bien plus intègres et plus grands”.

Des poux ? Est-ce que Peter Jackson est parti sur quelque chose de plus bébête pour les habitants nauséabonds de Gobelinville ? “Non, répond Richard Taylor. On a joué avec cette idée mais on n’y est pas arrivés. Peut-être que véreux serait un meilleur mot !” dit-il en gloussant. Comme on peut voir, ces méchants sous-terrains sont d’une inhumanité assez repoussante. King : “Cette fois, Peter a dit assez justement, J’en ai marre de voir toutes ces créatures qui sont des gens maigres avec des prothèses. Je veux autre chose. Alors on utilise des têtes de quelques personnes et puis on fait des marionnettes. Certains Gobelins sont quasiment squelettiques, certains sont justes bizarres et certains sont des choses dégoûtantes, grasses et viles qui ressemblent à des vers”.

LE GRAND GOBELIN

Le seigneur de Gobelinville mérite une mention spéciale, étant la chose la plus proche que le premier film ait en termes de grand méchant. Et il est joué par Barry Humphries, faisant une pause loin de la perruque rose de Dame Edna Everage pour revêtir le pyjama gris de la capture de mouvement du Grand Gobelin. “C’est une figure très dominante, croit Humphries, en taille physique, si non en taille du rôle ! Je pense qu’il est plutôt étoffé dans le film”.

Tolkien décrit le personnage comme “énorme… avec une grosse tête”, mais nos notes de Weta élaborent qu’il est “vain, grotesque, flasque et capricieux”. “Je rentre dans toutes ces catégories, dit Humphries en gloussant. Je ne suis pas exactement Hugh Grant. Je me spécialise dans le grotesque”. Quelque peu semblable à son autre alter ego, Les Patterson, il dit que le Grand Gobelin est “énormément répulsif. Il est 100% non sympathique”.

Pour un acteur habitué à s’intégrer dans un costume, la mo-cap présentait des challenges particuliers. “Au début, couvert de tous ces points, avec un minuscule micro attaché à mon nez, j’avais des difficultés à faire plus que juste dire les répliques, se souvient-il. Puis j’ai vu, sur un écran, un monstre qui disait exactement ce que je disais, et je me suis rendu compte que quelque part, électroniquement, j’étais transformé. Et au fond de cette carapace dégoûtante, on peut toujours m’apercevoir !”.

À sa surprise, Humphries n’était même pas demandé sur le plateau pour filmer sa bataille avec le Gandalf de Ian McKellen. “Peter a dit, oh, on s’en occupe, et il l’a en quelque sorte envoyé balader, dit-il. Ne me demande pas comment c’est fait. C’est de la poudre aux yeux”. Et est-ce que le Grand Gobelin apparaîtra dans plus d’un épisode des trois du Hobbit ? “Qui sait ? demande Humphries en riant. Au moment où ils seront finis, je pourrais être dans aucun !”

Dan Jolin

Traduction – 21 février 2015