La Galadriel de Peter Jackson revient pour sa “deuxième lune de miel” en Terre du Milieu

Cate Blanchett vient juste de quitter Woody Allen. Mais tout s’est passé à l’amiable. Quand Empire lui parle, elle attend dans la salle des départs de l’aéroport JFK, ayant fini de tourner le rôle principal du dernier film du fils maladroit préféré de Manhattan, et a hâte de retourner chez elle à Sydney. Blanchett fait beaucoup cela, se déplacer brièvement en avion dans divers coins du monde pour travailler avec certains des plus grands réalisateurs de l’histoire avant de filer à toute allure chez elle dès qu’elle le peut. Si on devait jouer au bingo des grands réalisateurs, le carton de Blanchett serait quasiment rempli. Elle a coché Spielberg, Fincher, Raimi, Allen, Miyazaki, Scorsese (celui-là est venu avec un oscar), Malick, Soderbergh et Ridley Scott, et elle a Haynes et Jarmusch dans les coins indés. Elle est actuellement à un Cameron et deux Coens d’un carton plein.

La raison pour laquelle nous parlons, cependant, c’est à cause du réalisateur dont Blanchett a désormais tamponné le nom cinq fois, possiblement six une fois que tout sera fait : Peter Jackson. Il y a environ 12 ans, Jackson a choisi Blanchett dans le rôle de Galadriel, la “reine” des Elfes (bien qu’elle ne prend jamais ce titre) dans la trilogie du Seigneur des anneaux. Peut-être une chose étonnante pour tous ceux qui ont lu le livre, plus de dix ans plus tard, elle est retournée en Terre du Milieu pour reprendre le rôle dans au moins deux des trois nouveaux films adaptés du Hobbit.

Durant les années entre les voyages dans le monde de Tolkien, Blanchett a cimenté sa réputation de l’une des actrices les plus versatiles de cet âge ou n’importe lequel. Que ce soit avoir la grandeur imposée sur elle dans Elizabeth, se faire matraquer la vie dans Chronique d’un scandale ou marcher comme une horreur soviétique dans Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, elle disparaît dans chaque rôle comme le lait dans le café. Et elle fait la même chose sur scène, tenant la Sydney Theatre Company avec son mari, le dramaturge Andrew Upton, depuis 2009. Mais avant que nous ne discutions d’autre chose, nous devons parler Elfes et craquer sur des Magiciens gays.

* * *

Empire : C’est un peu surprenant de parler de toi dans le Hobbit, puisque Galadriel n’est pas dans le livre…

Blanchett : Eh bien, je pense que Galadriel est peut-être mentionnée brièvement. Mais tu veux dire comment s’est arrivé que je sois dedans ? J’ai entendu parler, comme tout fan de Peter Jackson, que le Hobbit était dans les tuyaux. J’avais lu le livre à mes gamins, alors c’était frais dans ma tête, et j’ai pensé, “Eh bien, il n’y a aucune chance qu’on me rappelle”. Et puis, j’ai entendu que parce que le Hobbit n’a quasiment aucune femme dedans, ils pourraient introduire quelques rôles féminins pour le pimenter un peu et Galadriel pourrait en faire partie. Je n’y ai pas plus pensé jusqu’à ce que Peter appelle pour me demander sur je viendrai tourner quelques jours. Alors c’était vraiment quelques jours que j’ai fait. Quand j’en ai entendu parler à l’origine, ça n’allait être qu’un film. Puis ce film s’est transformé en deux films et je pense que ça montre le niveau de compréhension des livres par Peter. Il s’y est plongé d’une manière très riche et dense… Dans les premiers films, le lien de Galadriel et mes scènes sont assez avec Frodon et maintenant le lien est beaucoup avec Gandalf. La manière dont le Conseil Blanc s’est formé et comment il s’est fracturé – c’est vraiment là où les trucs arrivent.

Empire : Alors tu seras dans les deux premiers films ?

Blanchett : Oui, apparemment. Je pense qu’il n’y a que Peter qui sache qu’est-ce qui ira où. Qui sait, ce pourrait devenir trois films.

Empire : C’est trois films maintenant.

Blanchett : Quoi ? Non. Tu te fous de moi. Non.

Empire : Sérieusement, il y a un Voyage inattendula Désolation de Smaug et maintenant l’Histoire d’un aller retour.

Blanchett : Magnifique ! C’est la série qui ne cesse d’en donner ! Waou. Quand je suis arrivée en Nouvelle Zélande, ce n’était qu’un. C’est comme la boîte de Pandore, n’est-ce pas ? Tu ouvres le couvercle et d’innombrables films en sortent. Mais l’esprit de Peter est comme un labyrinthe. Je ne serais pas surprise si on se retrouvait avec dix films.

Empire : Bien que Galadriel n’est pas dans le Hobbit de Tolkien, il y a une histoire plus large pour elle détaillée dans d’autres parties de ses écrits, comme la manière dont elle est arrivée au pouvoir. Est-ce exploré ?

Blanchett : Je parlais à Philippa (Boyens) et Fran (Walsh) qui sont des lexiques de Tolkien, et elles parlaient de mentions de Galadriel dans les appendices et elles étaient vraiment fascinées par ça. Ainsi, il y a une expansion du monde autour des personnages et non pas juste l’histoire du Hobbit. Ce sont de merveilleuses raconteuses d’histoire mais elles comprennent également que le public a une obsession pour et une fixation sur certains personnages. Je pense que parce que ces personnages sont dessinés de manière si riche, le passé des personnages est presque aussi fascinant que l’histoire du Hobbit elle-même.

Empire : Il y a des descriptions d’elle dans des termes quasiment guerriers dans ses premières années. Te verra-t-on sur le champ de bataille ?

Blanchett : Sur le champ de bataille ? Non, pas exactement. C’est là où le chaos extraordinaire de notre époque se reflète dans les scènes avec Galadriel et Gandalf. Leur monde commence à se fracturer et c’est quelque chose que le Conseil Blanc ne vaut pas entendre – c’est un peu comme le changement de climat, vraiment. Ils ne veulent pas savoir que le monde est en désordre et qu’il y a ce mal qui a été relâché et qui est non maîtrisé. Je pense qu’ils sentent qu’une grande guerre approche et le Conseil commence à se diviser pour trouver comment l’arrêter. C’est là toute la responsabilité de ceux au pouvoir d’agir.

Empire : Comment s’est passé ton premier jour de retour dans ce monde après tant d’années ?

Blanchette : Comme c’était tellement une expérience spéciale la première fois, c’était un petit peu comme partir en deuxième lune de miel. Veux-tu vraiment prendre une deuxième lune de miel ? Et si elle ruine la romance de la première ? Mais c’était comme revenir dans le temps. C’était la même équipe, une grande partie des mêmes acteurs. Alors c’était comme rentrer dans une distorsion du temps. Je discutais avec Hugo Weaving (qui joue Elrond) du challenge de jouer des Elfes. Ils sont sans âge. Pas moi. Alors on revient dix ans plus tard mais on les joue bien des années auparavant. C’est un peu bizarre. Je pense qu’il y a eu un peu plus de maquillage nécessaire pour nous cette fois.

Empire : De quelle manière a changé Peter Jackson depuis que vous avez travaillé sur le Seigneur, quand c’était un réalisateur culte qui faisait un grand pas en avant plutôt qu’un des cinéastes les plus puissants au monde ?

Blanchette : Il est plus mince et plus énergique. Je veux toujours lui brosser les cheveux. Chaque jour, submergée par une forte envie d’aller lui brosser les cheveux. Mais il est aussi dynamique, enthousiaste, loufoque, kamikaze et passionnée qu’il a toujours été.

Empire : Et retravailler avec tes co-stars qui sont revenues ?

Blanchett : Eh bien, Hugo Weaving, je le connais vraiment bien puisqu’on a travaillé sur les planches beaucoup et on a fait un autre film ensemble. Alors je n’ai pas l’impression que c’est une réunion. Au contraire, notre relation s’est beaucoup rapprochée depuis le Seigneur des anneaux. Mais ce qui a été extraordinaire pour moi, c’était de travailler avec Ian McKellen. Je n’ai que brièvement travaillé avec lui sur le Seigneur des anneaux et dans mon tout petit rôle dans le Hobbit, j’étais principalement avec lui. C’est juste un Dieu parmi les hommes. C’est un grand moment de ma carrière de jouer avec lui. C’est un homme merveilleux et l’un des acteurs les plus extraordinaires au monde. Je pense honnêtement que c’est l’un des meilleurs de tous les temps.

Empire : Maintenant que tu vas apparaître dans cinq – possiblement six – films de la saga du Seigneur des anneaux, quel souvenir te vient en premier de toute cette expérience ?

Blanchett : Bon Dieu, tellement. Je me souviens comme si c’était hier sur le Seigneur des anneaux de juste voir Viggo Mortensen et Pete partir joyeusement avec leurs armures comme s’ils partaient à un match de rugby. Tous les samedis, ils partaient filmes des plans pour la bataille du dernier film et c’était comme leur faire au-revoir alors qu’ils partaient joyeusement jouer au rugby l’après-midi. Il y avait une telle hilarité dans la normalité et la bizarrerie de ça. Ils partaient en sautillant tuer volontiers des Orques. Mais aussi pour moi, à part la chose fantastique de travailler avec Peter, Philippa et Fran – et je suis fan de Peter depuis Braindead – je pense que c’était juste passer du temps proche de Ian McKellen. Je suis amoureuse. Si seulement il était hétéro.

Empire : Mais tu es mariée et a trois enfants, alors ce serait encore plus compliqué s’il était.

Blanchett : (Soupire) Je sais. Dans une autre vie. Peut-être que dans un univers différent, on serait merveilleusement heureux ensemble.

Empire : En regardant à nouveau ton CV, il n’y a que deux rôles que tu as repris : Galadriel et Elizabeth Ière. Ce sont toutes deux des reins. Est-ce que cela reflète un désir secret pour le pouvoir, ou l’amour de porter des couronnes ?

Blanchett : Ah. Ce sont les seuls qu’on m’a demandés de rejouer. Non, ça n’a rien à voir avec moi ni ma prédilection pour les reines, c’est une question des histoires racontées. Elizabeth Ière était une telle figure incroyablement influente dans l’histoire et Galadriel, dans son propre monde, a une telle place spéciale dans l’univers de Tolkien. Alors ça n’a rien à voir avec moi, ça a à voir avec ces mondes et ces histoires. J’ai eu de la chance d’obtenir le boulot.

Empire : Elizabeth était un rôle qui est venu assez tôt dans ta carrière musicale et était un vrai tremplin. Quel était ton était d’esprit en s’attaquant à elle, étant donné que c’est un rôle qui a été repris maintes fois ?

Blanchett : Eh bien, je n’étais pas une jeune ingénue à l’époque. C’est sûr, je n’avais pas fait énormément de films, mais je faisais du théâtre depuis longtemps, alors je n’étais pas une gamine de 19 ans quand c’est arrivé. En année d’actrice, qui ressemblent beaucoup aux années canines, je prenais de l’âge. Je pense que mon appréhension, c’était que des gens comme Flora Robson, Glenda Jackson, Judi Dench, Bette Davis (1) s’étaient toutes attaquées à elle de manières si différentes et je pensais, “Eh bien, qu’est-ce que je dois ajouter ici ?” Mais d’une manière, c’est une libération. Je n’avais rien à perdre. Quand on te donne un rôle comme ça, tu n’as pas le temps d’avoir peur. Tu y vas, un point c’est tout.

Empire : Si tu n’étais pas bien connue avant, après sa sortie, tu étais l’une des actrices dont on parlait le plus au monde. Que te rappelles-tu de cette époque ?

Blanchett : Eh bien… Heureusement, ça a généré du boulot. Alors j’ai juste continué à travailler. Avec le recul, je pense que je suis ravie de ne pas avoir pris le prochain grand rôle et le rechercher. J’ai fait les Aiguilleurs et  [le Talentueux Mr] Ripley et j’ai fait encore plus de théâtre. Je n’étais pas du genre à rechercher les rôles avec le plus de répliques. C’est ce qu’est le Seigneur des anneaux pour moi, aussi. Il est plus important pour moi de faire partie de quelque chose de spécial et de travailler avec ces grands réalisateurs qu’être le plus grand rôle dans quelque chose. C’est le voyage qui est intéressant pour moi. J’étais passionnément intéressée par travailler avec des réalisateurs vraiment bons, peu importe la taille du rôle. En conséquence, j’ai vécu des expériences vraiment extraordinaires. Certaines ont résulté en films merveilleux, d’autres non, mais j’ai eu une chance incroyable.

Empire : Tu as aussi joué une autre monarque britannique…

Blanchett : Ah oui ? Laquelle ?

Empire :  Tu as été la Reine Elizabeth II dans un épisode des Griffin.

Blanchett : (Rit) Bon Dieu ! C’est vrai ! J’avais complètement oublié ça.

Empire : Comment est-ce que tu t’es retrouvée dans les Griffin ?

Blanchett : Eh bien, ils ont demandé. Ils m’ont demandé de faire la voix de la petite amie de Stewie dans un autre épisode (2), ce que j’ai fait avec plaisir. J’aime le dessin animé. Puis ils m’ont demandé si ça ne me dérangeait pas de faire une réplique pour la Reine Elizabeth dans un autre épisode. Je ne l’ai jamais vu, alors je n’ai aucune idée de ce qui se passe.

Empire : Je ne veux pas te gâcher le truc, mais tu meurs dans un tunnel.

Blanchett : Oh… Comme c’est grossier. C’est tellement marrant de faire des trucs comme ça. J’étais tellement ravie de pouvoir faire quelque chose comme ça parce que quand tu as (prend une voix plus grave) une voix retentissante, on te demande de faire beaucoup de voix retentissantes. Alors c’est génial de faire quelque chose de vraiment… taré. C’est inhabituel. C’est tout ce que je recherche, des expériences inhabituelles. J’aime les choses où j’ai aucune idée de ce qu’elles vont être.

Empire : As-tu beaucoup d’offres comme les Griffin ? On dirait qu’une grande partie de tes expériences de comédie soient des caméos – comme les Griffin ou Hot Fuzz (3). Est-ce que de plus grands rôles comiques viennent vers toi ?

Blanchett : Eh bien, je pense que tout est de la comédie. J’ai été dans beaucoup de choses où il y a eu des moments très marrants mais ils ne se sont pas nécessairement retrouvés à l’écran. C’est pourquoi c’est si génial de faire des choses sur les planches. Tu sais que ces moments d’absurdité ou de comédie seront vus. Tu as plus le contrôle de l’élocution et du ton de ce que les gens voient. Mais c’est amusant. Quand tu passes une certaine porte de l’industrie du cinéma – et l’industrie du cinéma est assez littérale – il est difficile d’en passer une autre. Tu peux te plaindre de ça ou penser “Eh bien, c’est ce qui arrive alors je m’en irais faire autre chose”. Mais pour moi, tout est drôle.

Empire : Est-ce que tu t’ennuies facilement ?

Blanchett : J’ai trois enfants. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Empire : Je veux dire, créativement. Tu l’as dit avant qu’une grande partie de tes rôles ne prend que quelques semaines à tourner. Est-ce que c’est parce que tu as toujours besoin de quelque chose de nouveau sur quoi réfléchir ?

Blanchett : Non, pas du tout. Ça n’a rien à voir avec l’impatience. Absolument pas. C’est un côté pratique. J’ai trois enfants âges de quatre à dix ans et mon mari et moi, on tient la Sydney theatre Company (4), alors les seuls boulots au cinéma que j’ai pu faire sont ceux qui peuvent être faits durant les vacances scolaires ou durant une petite période où je puisse m’intégrer. Dis jours sur le Hobbit est une chance absolue parce que c’est un amusement génial et tu sais que les résultats vont être géniaux et même si je n’ai qu’un petit rôle dedans, je suis très heureuse de n’être qu’une roue de ce camion Tonka.

Emppire : Si tu ne travailles sur des films que par courtes périodes, est-ce que cela veut dire que tu manques des rôles parce que tu n’as pas le temps ?

Blanchett : On ne peut tout faire. Je n’ai aucun regret. J’ai eu des enfants et c’est la chose la plus importante pour moi, alors je ne peux pas tout faire. Biensûr, il y a des choses que je voulais faire que je n’ai pu faire mais j’ai aussi pu faire des choses fantastiques à la Sydney Theatre Company. Je ne troquerais aucun moment de ça.

Empire : Un film qui était l’exact opposé de rapide, c’était Benjamin Button. De tes discussions initiales à sa sortie finale, il s’est passé des années. Qu’est-ce qui a fait qu’il était digne d’y rester fidèle ?

Blanchett : Le désir de travailler avec David Fincher. Je suis vraiment fière d’avoir fait partie de ce film. Eric Roth a écrit un beau scénation mais comme c’est l’histoire d’une vie, les scènes sont assez épisodiques. C’est le sens magistral de la réalisation de David qui lui a donné un tel sentiment de poussée et d’émotion. C’est un maître, ce réalisateur. Alors pour travailler avec lui, j’aurais pris tout le temps au monde.

Empire : Tu diriges la Sydney Theatre Company depuis plusieurs années maintenant. Pourquoi as-tu choisi cela et t’éloigner du cinéma ?

Blanchett : C’est une manière assez journalistique de voir ça. Ce n’est pas une situation soit/soit. Ça présume en quelque sorte que ta carrière est une narration linéaire. C’est bien plus aléatoire que ça ne pourrait sembler sur papier… Alors ce n’était pas une décision de quitter le cinéma. Ça fait paraître ça comme une fuite de quelque chose. J’avançais avec de grandes foulées confiantes vers la compagnie. J’ai suivi des cours d’art dramatique pour travailler au théâtre et Andrew et moi, on s’est rencontrés au théâtre. Il y a des talents extraordinaires en Australie, alors retourner à ça et faire partie de l’œuvre d’autres personnes a été une opportunité fantastique. Alors, ce n’est pas que je ne voulais pas faire de films, c’était que je voulais faire du théâtre et que c’était une expérience trop bonne pour être refusée.

Empire : En repensant à tes débuts, quelle sorte de rôles te donnait-on à l’école d’art dramatique ?

Blanchett : J’ai fait ces premiers rôles shakespeariens, comme Ophelia, Miranda, Viola. Mais il y a eu un tournant quand j’ai été choisie dans Oleanna de David Mamet, avec Geoffrey Rush. C’était une pièce incroyablement énorme, puissante et choquante et c’était génial de sortir tous les soirs et de voir que quand les gens sortaient du théâtre, certains se battaient dans le foyer. Ça créait cette réponse très viscérale. C’était électrifiant.

Empire : Tu as été nommée cinq fois aux Oscars, mais le rôle qui t’a donné la statuette était Katharine Hepburn dans Aviator. C’était un rôle avec beaucoup à perdre – c’est un personnage tellement distinctif que l’interpréter, c’est risquer de tomber dans la caricature – alors pourquoi as-tu voulu la jouer ?

Blanchett : Martin Scorsese. C’est la même réponse qu’à “Qu’est-ce qui t’a poussée à vouloir jouer Galadriel ?” Peter Jackson. J’aurais fait tout ce que Scorsese m’aurait demandé de faire et malheureusement, il m’a demandée de jouer Katharine Hepburn, ce qui était complètement terrifiant. Tu ne fais pas de sa vie une sorte de cabaret, ni une grande performance sur les planches. Tu essaies de l’interpréter d’une manière qui n’est pas iconique. L’avantage avec quelqu’un comme Galadriel, c’est que les gens ne la connaissent que sur papier, mais tu sais qu’il y a toujours des légions de fans de Tolkien qui seront déçus par ce que tu fais. Mais une fois que tu as accepté ça et que tu te concentres juste sur le fait que tu vis ça avec Peter Jackson ou Martin Scorsese, alors ça te recentralise. Puis, c’est juste excitant.

Empire : Tu viens juste de travailler avec Terrence Malick. Il reste un mystère pour pratiquement tout le monde excepté ceux avec qui il a travaillé. Quelle est ton explication de lui ? (5)

Blanchett : Il a cette mystique féminine dont nous avons tous une folle envie, ce qui est très rare chez un homme. C’est un gentleman, un homme du Sud aux vieilles manières qui dira des choses comme, “Parle-lui comme tu le ferais avec ton frère”. Et tu le fais. Il est d’une franchise et d’une ouverture d’esprit désarmantes et je ne le connais qu’un petit peu. Je ne pourrais vraiment pas dire que je le connais bien. Je pense qu’il a fait un grand film de toute sa vie, que ce soit Tree Of Life qui est né des Moissons du ciel ou le documentaire sur lequel il travaille. Tout est un plan large sur lequel il a travaillé toute sa vie, ce que je trouve fascinant d’être proche de ça.

Empire : Que peux-tu dire de ton rôle dans le film ?

Blanchett : Eh bien, il est comme Woody Allen – quoique, avec Woody Allen, j’ai eu le scénario en entier (6). Avec les films de Terry, on a juste des aspects, vraiment. Ou un peu de poésie. Alors il est difficile de saisir le film en entier. J’ai l’impression de saisir l’atmosphère mais je ne pourrais raconter l’histoire. Celui que je commence en octobre se déroule sur la scène musicale d’Austin. Je fais juste quelques jours à Los Angeles avec Christian Bale. La manière dont il m’a parlé d’eux, c’était créer une trilogie d’histoires d’amour. Si tu repenses aux Moissons du ciel ou au Nouveau Monde ou à Tree Of Life, ils sont imprégnés d’un désir ardent d’une plus haute forme d’amour. Alors c’est ce qu’il a exploré toute sa vie.

Empire : Ta carrière couvre beaucoup de choses. Si tu arrêtais de travailler demain, qu’est-ce que tu penserais ne pas encore avoir fait ?

Blanchett : C’est une question très difficile, mais j’y ai beaucoup pensé. Je pense qu’il y a beaucoup de choses géniales qui sont écrites pour la télévision en ce moment. C’est un média qui évolue constamment et j’aime vivre ça. Mais tout est une question de timing et de personnes. L’école finit à 15h, alors quelque chose pour m’éloigner de ça serait bien. Mais qu’est-ce que je n’ai pas fait encore ? Hmmm…Je n’ai pas encore tenu de potager. Et je ne sais vraiment rien de l’élevage des animaux. Je devrais potasser ça.

Olly Richards

(1) Flora Robson dans l’Aigle des mers, Glenda Jackson dans Elizabeth R, Judi Dench dans Shakespeare in love et Bette Davis dans le Seigneur de l’aventure

(2) Blanchett a joué Pénélope dans Mr et Mme Stewie et la Reine Elizabeth II dans le Retour, tous deux épisodes de la dixième saison. 

(3) Blanchett est apparue très brièvement avec un masque couvrant le visage en tant qu’ex-petite amie de Nicholas Angel, Janine, rôle qu’elle a obtenu après avoir exprimé son amour pour Shaun Of The Dead

(4) Blanchett et Upton sont devenus les directeurs artistiques de la compagnie en 2009, la poussant dans sa meilleure période depuis des années avec des productions comme Hedda Gabler et un Tramway nommé désir. Upton est désormais principalement responsable de la direction quotidienne du théâtre. 

(5) Blanchett apparaîtra, à moins qu’elle ne soit la victime du montage notoirement impitoyable de Malick, dans Knight Of Cups en 2013, ainsi que dans son prochain film, encore sans titre. 

(6) Dans le film d’Allen de 2013, également sans titre pour le moment, Blanchett joue une feme aisée qui doit quitter New York pour San Francisco après une calamité financière. Le film s’est tourné en cinq semaines à San Francisco et une semaine à New York, et comporte également Alex Baldwin et Peter Sarsgaard. 

Traduction – 27 juin 2015